IV INTRODUCTION
te jugement, quand il s'agit de cet art qui se meut dans le temps, fuit rapide comme lui, et n'arrive qu'à travers les caprices, les dis- * positions plus ou moins heureuses des exécutants, à l'auditoire plus ou moins capricieux, plus ou moins bien disposé lui-même !
La première fois que j'entendis le célèbre quintette de Schumann, j'en méconnus la haute valeur à un point qui m'étonne encore quand j'y pense. Plus tard, j'y pris goût et ce fut pendant plusieurs années un enthousiasme débordant, furieux!.,. Depuis, cette belle fureur s'est calmée. Tout en reconnaissant ce morceau fameux pour une œuvre . hors ligne, qui fait époque dans l'histoire de la musique de chambre, je lui trouve de graves défauts qui m'en rendent l'audition presque pénible.
Ces défauts , je les connaissais depuis
INTRODUCTION v
longtemps, mais je ne voulais pas les voir. On devient amoureux des œuvres d'art, et, tant qu'on les aime, les défauts sont comme s'ils n'existaient pas ou passent même pour des qualités; puis l'amour s'en va et les défauts restent.
Il y a des œuvres dont on est amoureux toute la vie; il en est d'autres qui résistent victorieusement à toutes les vicissitudes du goût. Celles-ci, très rares, sont les vrais chefs-d'œuvre, et les plus grands maîtres n'en font pas tous les jours.
Après ces confidences, on ne s'étonnera pas, je pense , de me voir répondre avec calme à l'accusation d'avoir parfois changé d'avis. On m'a si aigrement reproché, à propos des œuvres de Richard Wagner, d'avoir brûlé ce que j'avais adoré, que je ne suis pas fâché de saisir l'occasion de m'expliquer une