‹ Harmonie et mélodieChapitre 3 sur 29 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

bonne fois sur ce point. Il est permis de varier sur Beethoven, sur Mozart, mais sur Wagner! c'est un crime, ou plutôt c'est un sacrilège. Il ne s'agit plus d'art; il s'agit d'un culte.

En réalité, ce n'est pas moi qui ai changé, c'est la situation.

Au temps où l'œuvre de Wagner s'arrêtait à Lohengrm, alors qu'on ne pouvait prévoir les transformations de cette puissante nature, quand on voyait des pages comme la marche du Tannhauser et le prélude de Lohengrin soulever des hurlements d'mdignation , je ne songeais guère à la critique. J'étais pour l'art contre les Philistins, et il n'y avait pas d'autre attitudepossible. Maintenant l'œuvre est achevée; la marche du temps l'éloigné de nous chaque jour, et la reculée nous permet de la juger dans son ensemble.

INTRODUCTION. vu

Il est arrivé que, pendant qu'elle acquérait dans le monde musical la place qui lui était due, elle envahissait la presse d'une façon démesurée et que les grosses caisses de la réclame frappaient en son honneur une exubérante symphonie. Le public parisien a suivi la presse, et tel qui se bouchait les oreilles aux suavités de Lohengrm , hurle d'aise et crie bis à des cacophonies pittoresques, excitantes, mais effroyables, et qui sont à la musique ce que les pickles sont à la cuisine. Le point de vue n'étant plus le même, n'est-il pas naturel que mon impression soit toute différente? Le contraire serait plutôt fait pour étonner.

Ehbien! malgré cela, j'ai très peu changé. Certaines choses qui ne me plaisaient point et sur lesquelles je réservais mon jugement me déplaisent définitivement, voilà tout. Je

Page 1