LES MONDES
La*hohme ne yoit dans le soleil , au premier coup d'œil, qu'un astre d'un demi-pied de diltiftètrfd, qui réclaire et réchauffe, et qui chaque joujr se lève à Torient pour aller se couch/çr à Voi^çirdent. Moins attentif à ses mouyenn^ns , qi^'wn enfant à ceux de son ballon^ il fpiut qa'u9 aimanach l'avertisse des heures ou il »e lèv^ et pii il se couche^ et des époques ou il qods dojiiie. JLqs saisons. Cependant ses rayons animent tpuie ]a nature^ ils dilatent les airs, liquéfient le^eanji, réchauffent la terre , fécondent les végélï9«.u , colorent les fleurs, mûrissent les Criûts, et embrasent des feux de l'amour tous les luainiaux. Voyez ses rayons entre les m^ins de l'hommje.
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Archimède les rassemble avec un miroir ar« dent y et en tire un feu capable de fondre les plus durs métaux. Vous les croyez purs et blancs : Newton les déccmipose avec le prisme y et il en fait jaillir le jaune, le rouge , le bleu, le pourpre, qui y étoient renfermés. Ce sont des pinceaux célestes qui colorent toute la nature. Ils vous semblent immobiles, ils n'agitent pas la plus légère feuille; et Newton vous démontre <[u'en venant du soleil à nous ils parcourent trente-quatre millions de lieues en sept minutes et demie. C'est sans doute dans le soleil que sont renfermées les causes inconnues de tant de phénomènes qui nous étonnent, de ceux de l'élec- 'tricité positive et négative , du magnétisme qui a tant de rapports avec elle , des variations, de l'inclinaison et de la déclinaison de l'aiguille aimantée, etc. C'est le soleil qui peint la terre de verdure et les nuées des couleurs de l'arc^-eïH-ciel ; c'est lui qui lance les feux du tonnerre au midi , et ceux de l'aurore boréale sur les pôles. Il attire tous les globes planétaires, les fait circuler autour de lui, et verse sur leur circonférence la lumière, la chaleur, le mouvement et la vie. Il est le réservoir des trésors de la nature. Toutes les modifications .j)hysiques des corps, leurs attractions, leurs mouvemens^ leur durée, leurs géuéraiions; sont
peut-être contenus actuellement dans le globe animé du soleil^ comme toutes les' combinai sons des grandeurs et des formes le sont virtuellement dans une sphère.
Tâchons de nous former une idée du premier mobile de notre univers. Le soleil est un corps céleste^ un million trois cent quatre-vingtquatre mille quatre cent soixante^ deux fois plus gros que la terre. Tons les corps planétaires^ entraînés par son attraction^ tendent vers lui comme vers leur centre y et ils iroient y tomber , si une autre force, perpendiculaire à v^
la première , ne les obligeoit d'aller en avant y et de tracer des cercles autour de lui, en s'échappant à chaque instant par leurs tangentes. La première force s'appelle centripète ou attraction y et la seconde centrifuge ou force de projectile. Telles sont, suivant Newton, les causes des mouvemens circulaires ou plutôt elliptiques des planètes. Cependant Kepler, surnommé avec raison le législateur de l'astronomie, avoit eu à peu près ces mêmes idée^ avant Newton. Il disoit que le soleil, en tournant sur lui-même, attiroit à lui les planètes , mais que celles-ci ne tomboient pas dans le soleil, parce qu'elles font aussi une révolution sur leur axe, et qu^en tournant autour du soleil elles lui présentent , tantôt un côté ami , qui est attiré, et tantôt un
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côté ennemi^ epi est repoussé. L'idée de Newton paroit plus simple y parce qu'il met ou semble mettre les deux forces centripète et centrifuge dans le soleil méme^ la première dans sa ma* tière y et la seconde dans son mouvement : du moins je le conçois ainsi. Ce double effet, partant de la même cause, me paroit d'ailleurs conforme aux harmonies générales du -soleil, qui les produit à la fois positives et négatives. U engendre par sa présence le jour, la chaleur, le mouvement et la vie , et par son absence la nuit, le froid, le repos et la mort, qui, venant k se combiner , forment les principales harmonies de la nature.
Je ne doute pas, comme Brydone, que, si les lois de l'électricité eussent été connues il y a un siècle , Newton ne les eAt appliquées à son système astronomique. Le soleil est un globe immense qui par les jets de sa lumière électrise tous les corps planétaires. Ces corps , a leur tour , renvoient ses feux par leurs côtés opposites , les comètes par des queues, lumineuses , la terre aux pôles par des aurores boréales. L'astre du )our a encore bien d'autres propriétés inconnues. Ceux qui n'y veulent reconnoitre que la force centripète et la force centrifuge , et les appliquer aux opérations de la nature y exclu<sivement à toute autre loi , sont comme de sim-
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près maçons qui , dans na palais magnifique , ut feroient attention ^ qu^à son niveau et à son aplomb. Certainement la beauté de Farchitec«tiire humaine tient encore à d'autres lois y à plus forte raison celle qu'a élevée la Divinité; Je ne suis point surpris que des hommes igno-^ rans^ aveuglés par leur ambition^ et voulant se faire un grand parti en ôiant tout frein aux passions de leurs semblables, aient tâché de ramener tous les ouvrages de la Divinité à queU ques lois de la matière qu'ils ont été capables de saisir ; mais je suis véritablement étonné qu'un génie profond comme Newton , qui a répandu tant de lumières sur les ouvrages les plus incompréhensibles de la nature, et qui avoit tant de respeot pour sou auteur , qu'à son nom il se découvroit la tête , ait avancé dans ses disputes avec Leibnitz sur la raison suffisante , que Dieu , infiniment libre , avoit fait beaucoup de choses qui n'ont d'antre raison de leur exis* tence que sa seule volonté. Selon lui, il est indifférent, par exem{de, que les planètes se meuvent d'Occident en orient ou d'orient en occident : la volonté suprême en est la seule raison. Voltaire , qui rapporte ee raisonnement de Newton et les objections de Leibnits , dans son chapitre i/e U Liberté de Dieu, n'osé
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décider entre eux^ et par ce doute il semble donner gain dé cause au philosophe anglois. Je ne rapporterai point ici les argumens spécieux de Glarke en faveur de la liberté infinie de Dieu, argumens qu^il détruit lui-même en objectant que la volonté de l'Être suprém e est la raison: « On cesse de sentir, me disoit Jean- Jacques , à l'occasion de Mallebranche , quand on commence à raisonner. » Je peux ajouter , qu'on cesse de raisonner quand on commence à disputer. Newton donne aussi , si j'ose dire, un coup de pied à son système , quand il objecte à Leibnitz qu il n'y a pas de raison pour que les planètes se meuvent d'occident en orient plutôt qu'autrement. Cette raison existe dans la force centrifuge même du soleil , qui , provenant du mouvement de rotation de sa partie supérieure vers son inférieure , oblige les planètes d'incliner vers lui dans le m^me sens le côté qui le regarde^ et d'abaisser leur orient en élevant leur occident. D'ailleurs il est évident que notre terre a des chaînes de montagnes disposées dans le même ordre. Si , par exemple , le vent que le soleil fait élever maintenant sous la ligne , du côté de l'orient, par le mouvement actuel de notre globe , souffloit de l'occident par un mouvement en sens contraire, il est certain que
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toute la partie torridienne de l'Amérique ne recevroit pas une seule vapeur de l'Océan atlantique qui la baigne 9 qu'elle n'auroit aucune rivière , et que toutes les vapeurs qui s'élèveroient de la vaste mer du Sud iroient s'arrêter en vain à la ckaine des Cordillères^ qui n'a point son continent tourné vers l'occident.
On pourra me demander maintenant pourquoi le soleil abaisse vers nous sa partie supérieure plutôt qu'il n'élève son inférieure : à cela je répondrai sans doute comme Nev^rton^ que la raison en est dans la volonté suprême de Dieu; mais sa volonté n'est pajs sans raison ^ puisque ^ suivant le néwtonîen Glarke^ elle est la raison même. Au reste ^ j^anéantis la mienne devant sa sagesse infinie^ à l'exemple de Newton^ de Glarke , de Leibnitz ^ et de tous les hommes qui ont tant soit peu médité sur ses sublimes ouvrages.
Quelques obligations que nous ayons à Newton y il ne faut pas croire qu'il ait découvert l'attraction des planètes ; il en a seulement calculé les lois. Bacon l'avoit soupçonnée ^ et Kepler, comme je l'ai dit, l'avoit appliquée à leurs mouvemens bien avant lui y elle a été d'ailleurs connue dans la plus haute antiquité. U est curieux de voir comme le ]>on Plutarque s'éver-
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tme à la coniliatine dans son teaiié intitalé : De lafiêecipiiapparoU au rondde la ïtine. Il regarde FjBttractioDL comme nme des plus grandes absurdités de l'esprit humain. « U y a des pliilosophes , dit*il , qui assurent que la terre est lande oomme une boule, ei néanmoins nous voyons qu'elle a de si grandes hauteurs et si grandes jNrofondeurs*.*. H^ tiennenA-ils pas qa^îl y a des antipodes qui halètent à l'opposite les Ans des autres , attachés de tous c6tés à la terre comme si c'étoient des chats qui s'attachassent à }>dles griffes ? Ne veulent-ils pas quenons soyons posés sur la terre, non aj^omb et à angles droits, «tais penchant à côté comme font cetii qui sont ivres? Ne fontrik pas ces contes, que s'U y ayoit des fardeaux de mille quintaux qui tombassent idedans la proibndeiir de la terre ^ que quand ils -serotent arrivés an centre du milieu ils s'arrêteroient sans que rien les contint ni leur vint 4iTi"*devairt , et si d'avoituxe tondaant à force , ils •outre^passoÂent le milieu, ils s'en retourneroient •et refarossseroient deredief arrière d'eux-mêmes? Ne supposent-ils pas que si un torrent impétueux d'eau couloit contre*bas, et qu'il rencontrât le point du milieu , lequel ils tiennent être incorporelj il s'amasseroit , tournant en rond tout à l'entoiir, demeurant suspendu d'une suspension
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perpétuelle et, sans fin?... N'est-ce pas mettre le hant en has y et tout bouleverser , puisque ce qui est jusqu'au milieu sera le bas , et ce qui est dessous le milieu sera le haut , de manière que si quelque homme avoit son nombril au centre de la terre , il auroit tout ensemble les pieds et la tête en haut? » Après un pareil jugement du plus juste appréciateur du mérite des hommes de lettres grecs et romains y il en faut conclure que la raison humaine est sujette a s'éblouir par l'éclat même de l'évidence j que le sort de la vérité est d'abord d'être méconnue et méprisée ^ et que tout homme qui la cherche sincèrement pour la loger dans son cœur^ doit laisser toujours la porte de son jugement iduverte au donte.
ObseiTons que le nom ^incorporelle que Plntarque donne à l'attraction suppose une espèce d'âme qui agit sur la matière ^ et qui en explique mieux tous les phénomènes que le nom de corporelle ou de matérielle ^ que les attractionnaires d'aujourd'hui lui attribuent comme une qualité résultante de la matière. En effet ^ dans quel corps réside l'attraction qui fait tourner le soleil autour du cercle?
Les anciens connoissoient également la force centrifuge^ etiafaisoient résulter de l'attraction ou force centripète j ils l'appliquoient au cours
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des planètes. c< Si la lune , dit Plutarqué , ait même traité , ne tombe point sur les Ethiopiens^ c'est qu'elle ne se meut point selon lé mouvement de sa pesapteur, son inclination étant déboutée et empêchée par la violence de la révolution circulaire ••••.. ni plus ni moins que les cailloux , et tout ce que Ton met dans une fronde 9 sont empêchés de tomber^ parce qu'on les tourne violemment en rond. »
Les pythagoriciens connoissoient le mouvement des planètes antour du soleil ; ils évaluoient la distance de la lune à la terre à cinquante-six demi-diamètres de la terre , et nous la faisons de soixante^ c'est-à-dire de quatre-vingt-dix mille lieues pour sa distance moyenne, etc. Mais toutes ces vérités , aujourd'hui si bien démontrées , sont entremêlées ^ dans Plutarqué , d'opinions les plus absurdes qui lés offusquent et les prédominent : telle est , par exemple y celle de Pindare , qui prétend que la terre est portée par des colonnes de diamans. Les débris de notre grand système planétaire ^ connu des anciens , ne nous apparoissent plus > au milieu des imaginations des philosophes et des poètes^ que comme les ruines d'un temple antique à travers des ronces et des broussailles^ à la vérité couvertes de fleurs.
Je me suis un peu arrêté sur Tattraction du
DE LA NATURE. a5*J
soleil y parce qu'elle est la base de tout notre système planétaire > ,qu elle est répandue dans toutes les parties de notre globe, qui tendent yersleur centre commun , et qui s^tir^ntles unes et les autres ; qu'elle paroit se combiner avec l'électricité positive et négative, et qui semble produite par les flux et reflux 4n feu, dont le soleil est le foyer, puisque la plupart des corps électriques attirent quand ils sont échauffés , et repoussent quand ils perdent leu^ cha-' leur.
L'astre qui produit ces eifiets et une infinité d'autres dans la nature , semble avoir des analogies particulières avec l'homme. Quoiqu'il soit à trente millions de lieues de nous dans sa plus petite distance, et qu'il ait environ cent onze diamètres et demi de la terre, ou trois cent dixneuf mille trois cent quatorze lieues de largeur^ sa grandeur apparente sur nos horizons est de douze doigts , c'est-à-dire à peu près de la gran-r deur de la face humaine , sous laquelle on It, représente quelquefois. Il occupe un demi-degré du ciel , en sorte qu'il faudroit sept cent vingt soleils pour en faire tout le tour , et trois cent soixante pour en embrasser un hémisphère depu^is l'orient jusqu'à l'occident. Ce dernier nombre est très-remarquable , en ce qu'il est le inéme précisément que celui de la division de 3. 17
2k58 HAUHOinES
notre cercle , formée de décimales tirées du Bombre de nos doigts. CTest encore à peu près le même que celui des jours de l'année ^ formée de trois cent soixante et cinq jours , cinq heures quarante-huit minutes et enTiron douze secondes. Le cours d^un jour seroit en quelque sorte , par aes dÎTisions naturelles y une image du cours de Tannée^ comme un cercle de l'horizon en est une du globe ; mais il ne faut pas s'attendre y dans les ouvrages infinis de la nature y à trouver ces rapports terminés en formes circonscrites y et en nombres ronds y tels que nous les désirons dans nos travaux bornés. Les excès ou les défauts d*un période ne sont que les pierres d'attente d'un autre ; toutes les parties du monde sont engretiées les unes dans les autres, et leur pèr« fectiott n'est que dans leur ensemble. Les rapprochemens que j'indique ici peuvent avoir un jour leur utilité, et je me crois aussi bien fondé i les faire du soleil a l'homme , que Newton l'a été & rapporter les sept* couleurs qu'il appelle primitives anx sept tons de la musique. Au reste, nous avons observé dans nos Études ^e la marche de l'homme sur U terre étoit réglée en quelque sorte sur celle du soktl dans Tannée , car il peut le suivre aisément d'un tropique k Tautre en faisant seulement cinq ou six lieues par jour. '. * '•
DE LA KAT1311C* %Sg
Aa surplus y l'homme ne doit pas s^enorgueillif de ces couveoauces. lointaiues ; il serait coofonda de son néant s'il pouvoit approcher asses de ^^t astre pour en entreyoir seulement la grandeur* Ce n'est pas assez de dire que cet astre a flm d4 cent oue fois le diamètre de la terre i ou troia cent dixHaeuf mille trois cent quatorze lieuea de largeur , et qu'il est un milliou triois cent quatre<-vingt-^quatre mille quatre cent soi wnte«, deux fois plus gros. On y a aperçu^ au téles^ cope , des taches qui étoient dix-sept cent vingts» huit fois plus Yolumineuses que la terre > nt.qui a'étoient pas sensibles à la vuev . .
Je ne suis toujours étonné que des dessin nateurs et des peintres se soient donné beaucoup» de peine pour nous représenter des fleurs ^ des coquillages f des oiseaux étrangers y qu'ils» aient néme entrepris de hxàgi Toyages auab Indes pour y dessiner des insectes Yua au w^[ erosGope^ tandis qu'aucun d'eux n'a eucor«^ esaayé dé peindre le soleil tel qu'il paroît dans' le télescope. L'objet le plus admirable, de nptff#, univers. et le plus commun en est le uM^ius. ooimu. Nous en avons des planiqphèreSfoit mM» faits I si j'en juge par celui de la lune , qui U» ^psi^r semble point du tout à ce que j'ai vu Aoi-*mémo. dans cette planète avec une lunette de vingt pieds , comme je le dirai en son Utii. J^es aspro«- ,
Homes ne dëterminent sur le disque du soleil ' que quelques positions ^ et ils ne les expriment
q»e par des contours secs. Ik font comme nos géographes , qui ne marquent sur leurs mappe<tnondes les Cordillères et les Alpes que comme des taupinières isolëes. Il a fallu que des naturalistes voyageassent pour nous donner une idée des chaînes de montagnes qui divisent le globe , de leurs relations arec l'Océan , des bras dont elles entourent ses golfes^ et pour nous faire connoltre les causes et les sources des fleuves qui arrosent la terre. Si d'habiles artistes avoîent représenté le soleil tel qu'on le voit dans le télesciope , il n'y a pas de doute qu'ils ne nous «{issent manifesté une ' multitude d'effets qui' eii^s^ent contribué à faire connoHre sa nature. Quoique son disque paroisse tout lumineux^ il* sTe brille pas également partout Son portrait j bien rendu nous eût d'abord fait sentir sa con*
Vexité sur son planisphère j ce que ne- font/pas les cartes des astronomes , et nous aurions ju, •pSiT l'uniformité ou l'aspérité de son limbe , s'il n^a que des écumes à sa surface comme im fluide^ on s'il a des montagnes comme les autres corps planétaires. De savans peintres ou dessinateurs nous eussent montré les émbranchemens et les correspondances de ses diverses parties , et par la magie des demi-*teintes ils nous .y eussent en
DE LA NATURE* StCl
^'elqtié sorte transportés. En vérité^ si mes moyens me Teussent permis y j'aurois fait It voyage d'Angleterre, principalement pour voir le soleil dans le télescope d'Herschell, et remercier ce grand homme d'avoir étendu dans les cieux la vue et les espérances du genre humain. De longues caravanes de pèlerins traversent tous les ans une partie de l'Asie pour aller haiser une pierre noire à la Mecque ; d'un autre côté , des caravanes de savans européens vont ad^ mirer les ruines de l'Italie , de la Grèce et dé l'Egypte y monumens de la 4:adùcité des travaux de l'homme , et nul ne. sort de son pays pour avoir une vue plus étendue du plus magnifique ouvrage de la Divinité. Je ne doute pas que des sauvages du Pérou ^ ou de pauvres nègres dé l'Afrique , n'entreprissent le voyage de l'Europe seulement pour y voir le soleil dans nos télescopes ^ s'ils avoient une idée des merveilles de notre optique. . * «
Le t^escope d'Herschell grossit quatre mille fois un objet, c'est-à-dire six a sept fois plus que les meiUeurs instrumens de ce genre qui aient été faits avant lui ; ne pourroit-on pas accroître sa force? Le microscope solaire inventé par Lieberkhun produit des eifets bien plus considérables : j'ai vu une puce plus grosse qu'un mouton , parfaitement dessinée» Ne pour**
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roii«-Mi pas rendre uae petite portion da K^eil f isible par le microscope sokire même ? Je ne présente cet aperça que comme celai d'an igno* nnt ; mais il n' j a pas cinq cents ans qu'on ima« gina de faire des lonettes avec le verre ; an bout d'an siècle on fit arec des Twres à lunettes des Innettes cf approche d'an bien plus grand effet. tm croyoit avoir atteint la perfection de l'art , lorsque Nevrton inventa le télescope à réflexion; On pensoit qu'il éioit impossible de voir plus loin que Newton , lorsque Herschell a augmenté de beaucoup l'action de cet instrument : pour* quoi quelque opticien ne les porteroit-il pas encore au-delà d'Herschell? Le télescope ne peut-il pas étendre la vue de l'homme dans Vinfiniment grand ^ autant que le microscope dans l'infiniment petit ?
Newton et les autres astronomes prétendent que cet asue est un globe de feu dont la chaleur est vingt mille fois plusiorte que celle d'un boulet ronge , et qu'il tourne sor son^ axe en vingtcinq jours et demi. Il est couvert , selon eux ^ d'une mer ignée qui bouillonne sans cesse y et produit des écumes qui apparoissent i sa surface en forme de taches ; c'est même d'après la rotatinn de ces écumes sur sa circonférmce y qu'ils ont conclu celle de son globe. Tel est le résultat de leurs observations faites avec l'ancien
DE LA IÎA.TUJIE. !2€3
télescope. Herschell^ le Christophe Coloiuh do l'astronomie , vient de renverser , avec le sien, toute cette physique. Il a yu et revu qiie le sdeil étoit un corps j^anétaire solide^ environné, à quinze cents lieues de distance y d'une atmo<sphère lumineuse et ondoyante, de six à neuf mille lieues de hauteur. Cette atmosphère s'en-* tr'ouvre de temps en temps , et laisse alors aper* cevoir au<-dessous d'elle des parties du disque solaire , qui ne sont point des taches on des écumes, mais des montagnes et des vallées véritables.
. Herschell assuré qu'il a réitéré ces observa-» lions de manière à les mettre hors de doute. On ne peut, sur ce points refuser sa confiance a un astronome qui a découvert, avec ce même télescope , la nouvelle planète qui porte son nom , et les deux satellites qui l'accompagnent, avec deux nouveaux satellites de Saturne, et plusieurs volcans dans la lune.
Herschell remarque avec raison que les calculs de Nev^ton sur la chaleur immédiate du so* leil sont sans fondement , puisqu'ils ne sont établis que sur celle que cet astre exerce sur la terre, et qui n'y existe que par la médiation d'une atmosphère aérienne , sous laquelle elle seroit sans action , même dans la ^ne torride. C'est ce nue démontrent les soq^ets des Cordi^
S64 HÀRtfOinES
lères qui, ëtant an sein de cette ^one même, aa-dessus de la région de l'air, sont toujours glacés. Il en conclut donc que le soleil, n'étant ni un globe de feu , ni une mer ignée , mais un corps planétaire semblable au nôtre , est habitable.
S'il m'est permis de joindre mes foibles raisonnemens aux sublimes expériences de ce grand homme , je trouve encore d'autres inconséquences dans le système des astronomes, i^. Si le soleil étoit pénétré de feu, il seroit aplati sur ses pôles et dilaté sur son éqtiateur, par la force centrifuge , comme je l'ai déjà dit. a<». Si les taches qu'ils ont aperçues à sa circonférence ëtoient des écumes, elles n'apparoitroient pas sombres sur un globe vingt mille fois plus ardent qu^un boulet rouge : ce n'est que l'action de l'air qui noircit et altère la surface des corps brûlans; et quand il y auroit une atmosphère d'air autour du soleil, elle seroit trop dilatée pour agir à la surface d'une semblable fournaise : un charbon dans un creuset , un boulet dans sa forge , sont tout blancs lorsqu'ils sont imprégnés de feu. 3^. Il s'ensuivroit que les preuves de la rotation du soleil sur son axe seroient fort douteuses , puisqu'elles n'auroient pour appui que des écumes mobiles, qui peuvent être entraînées par des courans particuliers sur un globe en fusion. C'esE comme si des astronomes plafcés dans le
soleil condiioient un mouvement de rotation de la terre d'un pôle à l'autre , en observant les montagnes de glaces qui en descendent^ tons les êtes, vers réquatéur. Il faut l'avouer, l'édifice de nos sciences est bien imparfait, et les pins habiles n'ont pu, autour de lui, élever que quelques petits écbafauds. '
L'idée que Herscbell vient de nous donner da soleil me plaît infiniment. Elle me paroit la seule véritable , parce que je la trouve seule conforme aux plans généraux de la nature , qui varie ses ouvrages à l'infini, et qui n'en fait aucun en vain. Si le soleil , au moins douze cent mille fois plus gros que toutes les autres pla-nètes ensemble , étoit un globe de feu uniquement destiné à les éclairer , le réverbère seroit beaucoup plus grand que les habitations. Les satellites, qui ne renvoient que de simples reflets de sa lumière , sont plus petits que les planètes qu'elles réchauffent. J'aime d'ailleurs à voir le soleil animer le monde sans se montrer , et, à l'image de Dieu, par la seule gloire qui l'environne. Je pense que si ses élémens sont les mêmes que les nôtres j ils doivent être dans un autre ordre que sur nos planètes ténébreuses, et qu'il est habité, puisque est habitable. H ne doit point y avoir d'ombre- sous ime atmosphère de lumière, de nuit aux sources du jour, d'hiver
aQ6 HA&MOSIES r
à celle de la chaleur , ni de mort à celle de 1$, yie.
Platon disoit que notre monde n'étoît qu'une figure du monde vériuble ^ qu'il en existoit un autre où ëtoient en réalité les idées des choses dont nous n'ayions que les ombres. S'il euste dans quelque lieu yisible^ ce doit être sans doute dans le soleil.
S'il étoit permis à un être aussi borné que
moi d'oser étendre ses spéculations sur un
astre que je n'ai pas eu même le bonheur de
voir dans le télescope ^ je dirois que sa matière
doit être de l'or y d'abord parce qu'elle est la
plus pesante de toutes celles que nous connois-
y sons ; ce qui convient au soleil^ placé au centre
de notre nnivers. Sa lumière , comme Tor , est
jaune 9 indestructible > divisible à Tinfini; elle
dore tous les objets qu'elle frappe , et semble
être un or volatilisé. Si on rassemble les rayons
!> du soleil au foyer d'un miroir ardent^ ei qu'on