DE VÉNUS
JWlERCURE passoit chez les anciens pour la planète des sciences et de Tesprit. A onze millions de lieues plus loin y et vinçt-deuic millions du soleil y est Vénus y considérée de tout temps comme l'astre des amours. Elle doit son nom à son éclat ^ car c'est la plus brillante des planètes |)our les habitans de la terre : ils Tappelleut rétoile du matin ou Lucifer y c'est-à-dire portelumière y lorsqu'elle devance le lever du soleil^ ou F^espery ou l'étoile du berger, lorsqu'elle le suit à son couchant. Son diamètre est à peu près égal à celui de la terre , c'est-à-dire de deux mille sept cent quarante-huit lieues: ainsi elle est d'un neuvième plus petite. Son année est de deuiL cent vingt -quatre jours seiz^ heures quarante et une minutes et quarante et une secondes. Son jour propre , c'est-à-dire sa révolution sur elle-même , est de vingt-trois de nos heures y suivant Cassini y qui l'observa y en 1700, avec une lunette de seize pieds, qui
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k lui fit paroitre trois fois plus grande que là, lune à la simple vue; mais /en 1726, le cardinal de Poligpac ayant fait établir à Rome à ses dépens une lunette de Campani^ de cent cinquante palmes de longueur , un célèbre astronome italien ^ appelé Bianchîni ^ s'en servit, aux mois de février et de mars de la même année , pour observer Vénus ; il y découvrit sept taches principales vers son équateur et deux vers ses pôles : il condut par leur révolu tien que cette planète tournoit sur elle-iOiSpi^j non pas en vingt-trois heures, comm^ Cas*^ sini avoit cru le voir, mais en viiigt-^quatr^ jours *huit heures. Cette observation vient d'être récemment confirmée par un autte as-* tronome. Elle parott s'accorder davantage avec les lois de la rotation particulière de chaque planète ) dont la rapidité semble en raison inverse de leur distance au soleil. Ainsi Vénus , à yingtp-deux millions de lieues de cet astre, tourne sur elle-même en vingt-cinq jours envi-» ron; la terre y qui en est à trenteH{uatre millions, tourne en vingt-quatre , et Jupiter , à cent cin« quante-six millions , en dix heures. Mais laphy-* sique céleste a sans doute des lois inconnues à la physique terrestre y et inexplicables par Vattraction ou la force centrifuge^ car Mars, qui est à quarante-^ix millions de lieues du soleil ^
DE LA lfATim&. tÉ'f
bdi sa rotation à pen près dans le même tempsr que la terre ; et Saturne ^ qui en est à près d« trois cent millions de lienes , circule sur lui«« même ^ ainsi que ion anneau , k peu près dans^ le même temps que Jupiter sur ses pôles , c'est-* ÀHiire en dii heures y ainsi que vient de le dé-» couvrir Herschell. Quant aux inclinaison! da leur éqnatenr sur leurs orbites , on ne sauroit également les assujettir à dei lois xnécaaiqùes ; car celle de Vénus est de soixante et onse de«« grés trente-sis minutes quarante secondes ;. celle de la terre ^ de vingt- trois degrés et demi ^ et celle de Jupiter de deux degrés cinquante-* cinq minutes. S'il m'est permia de hasarder ues foibles conjectures sur de si étonnans inouvë-» mens /je crois que les inclinaisons des platiètes sur leurs orbites changent insensible -• ment ^ et qu'elles sont . ordonnées non-i-seule^ ment pour produire des harmonies par les variétés des jours et des saisons^ mais même par celles des années et des siècles. Il arrive de-^là que les pôles et les latitudes de chaque planète qe sont plus les milmes au bout d'im certaifa temps. Nous nous flattons d'en avoir ex* posé des preuves démonstratives lorsque noua avons parlé de la mutation des pôles de la terre aux harmonies ierrésires.
Au reste ^ comme la nature , dans ses cou-
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trastes^ a établi différentes zones autour drt soleil^ ainsi que dans chaque planète , elle fait encore contraster entre elles celles qui sont du même genre. Chaque double zone peut se diviser, sur la terre, en terrestre proprement dite , et en aquatique. Les premières contiennent plus de terre que de mer^ et sont plus chaudes : telles sont celles qui sont dans notre hémisphère boréal. Les secondes renferment plus de mer que de terre , et sont plus froides : telles sont celles qui composent notre hémisphère austral, dont le pôle est situé au sein des mers, comme le pôle nord au sein des continens. Ainsi, nous avons deux zones torrides, à droite et à gauche de l'équateur: la boréale renferme les sables briilans de l'Afrique et les presqu'îles de l'Inde, dont les habitans. sont presque tous noirs j Taustrale contient le Brésil, le Pérou, et une muhitude d'îles tempérées dans la mer du Sud, dont les habi- ' tans sont presque tous blancs : c'est ainsi qu'il y a également deux planètes torridiennes qui circulent autour du soleil , dont la plus voisine. Mercure, est plus chaude que celle de Vénus.
Quoi qu'il en soit, on a observé que les montagnes de Vénus sont plus élevées que celles de la lune , c'est-à-dire qu'elles ont plus de trois
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lieues ds hauteur petpendicttlaire : elle en ^-*roit toute hérissée. En leur snpposaut une atmosphère qui ne soit pas plus étendue que la nôtre, elles doivent être courertes de pyra-* mides de glaces et de neiges , beaucoup plus hautes que les Cordillères du Pérou. Herschell juge que son atmosphère doit être très-dense , parce que ses taches sont peu sensibles. Sa den-* site vient peut-être des vapeurs de ses eauxj elle en est couverte comme d'un parasol. C'est sans doute aux reflets qu'y produit le soleil > qu'elle doit son grand éclat. Ces pyramides nombreuses ne peuvent ^ former que par les vapeurs des mers qui les environnent : Vénus doit donc être parsemée d'iles qui portent cha-^ cune des pics cinq ou .six fois plus élevés que celui de Ténériffe. Les cascades brillantes qui en découlent arrosent leurs flancs couverts d6 verdure, et viennent les rafraîchir. Ses mer» doivent offrir à la fois k plus magnifique et le plus délicieux des spectacles. Supposer les glaciers de la Suisse, avec leurs torrens, leur^ lacs, leurs prairies et leurs sapins, au sein de la mer du Sud ; joignez à leurs flancs les collines des bords de la Loire ^ couronnées de vignes et de toutes sortes d'arbres fruitiers; ajoutez à leurs bases les rivages des Moluques , plantés de bocages où. sont suspendus les bananes, les muscades,