DE JUPITER
Après Mars suil Jupiter^ le plus grand de tous les corps planétaîres(i). Sa couleur tire surFazur. II a^ comme MarS; des bandes tantôt brillantes^ tantôt sombres ; elles sont parallèles à son équateur : communément on en observe deux sombres à la fois. Sa bande méridionale reparoît de six ans en six ans ^ et ramène une tache noire^ située à son bord septentrional. Ses variations ont été observées au mois de septembre des années i665, 1677 et 17 13, et au mois d'avril des années 1672 et 1708. Mais ce qu'il a encore de très - remarquable , c'est qu'il paroît aplati sur ses pôles d'une manière si sensible ,
(i) U est treize cents fois plus gros que la terre; il est, dans sa distance moyenne^ à cent soixante-trob millions sept cent mille lieues du soleil: il tourne sur lui-même en neuf heures cinquante-six minutes; son cours annuel est de onze ans trois cent quinzie jours huit heures cinquante* Luit minutes.
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que son axe est plus court d'un dîx-huitième que son grand diamètre. Les astronomes ont conclu de ces apparences que ses bandes sombres venoient des nuages qui s'élevoient à sa surface ^ et l'aplatissement de ses pôles de sa force centrifuge; mais nous oserons former d'autres conjectures. Si les bandes obscures de Jupiter n'étoient composées que de nuages, il nous semble qu'elles ne seroient ni si constantes ni si larges; elles ne se dîrlgeroient pas parallèlement à son équateur : car n'étant for^mées que de vapeurs , elles seroient le jouet des vents, et les vents, quoi qu'en aient dit les attractionnaires, dépendent «n partie de l'atmosphère des pôles qui reflue vers Téquateur , où l'air est toujours dilaté par l'action constante du soleil : d'aillears nous avons prouvé que des nuages éclairés par le soleil étoient resplendissans. Quant à l'aplatissement des pôles de Jupiter, il ne provient point de la force centrifuge; car, comme nous l'avons dit, pourquoi n'auroit-elle pas produit le même effet sur les autres planètes parfaîlement sphériques, et surtout sur le soleil , qui est le foyer de cette force? Nous croyons donc que Jupiter, étant dans la zone glaciale du système solaire et couvert de glace dans toute sa circonférence , excepté aux pôles, les mers et les qoBtinensy
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<5t)nt distribués , nola d'tm pôle à Fautre comme sur notre globe.^ mais par zones d'orient en occident : ainsi lesbandes variablesqniapparoissent entre les bandes édatantes ^ sont des terres qui &ant brillantes lorsque l'hiver de leur hémisphère lésa conteites ée neiges; et qui devienneht sombres dans son été lorsque ces neiges oixl été fondues.' En effet ^ ces bandes sombries varient tojis les six ans à peu près^ c'est-à-^re tontes les de'mî*<Lniiées de Jupiter, et elles passent d'nn hémisphère dans l'autre comme s^s ités. Quant .à Tâ^iplaiissement de ses pôles ^ nmis pensons qu'il n'est produit que par une illuision d^oplique^ nous croyons que ses poks> n'étant cou- ,ver tk ni de glacés ni de mers y ne réfléchii9sent point là lumière , et par conséquent échappent à notre vue > ce qui fait paroitre sa sphère aplatie à ses deux extrémités. G^st ainsi que Mars lui-même parott échancré k un de ses pôles y lorsque l'été en a fondu les glaces iqui le rendoient apparent. Nous observerons ici un trait bien sensâ>le de la Providence dans Jupiter. RappelonsHEious d'abord que les iAclinaisoss des équateùrs des planètes sur leurs .orbites vont toujours en diminuant, â nte'sure jqué ces planètes s'éloighent du soleil, afin que l'action de cet a^tre ait moins de force sur les ^mêMes lieux, à mesure qu'elles en sont plus près,
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et qu'elle en ait davantage à proportion qu'elle s'afFoiblit par leur éloignement. Plu^ leur zone torride est étendue , moins elle a d'action , et plus elle en acquiert en se rétrécissant.
La nature en a fait des continent et elle en a éloigné les mers* Elle paroit les avoir entremêlées avec les terres dans cet ordre ; elle a mis une bande de terre sous l'équateur de Jupiter, avec deux bandes d'eau collatérales, dont les vapeurs en hiver couvrent celle du milieu de frimas 9 qui la font apparoître blanche et la confondent avec elle. Après chaque bande d'eau, suivent de chaque côté une bande de terre , et une autre bande d'eau , qui produit sur sa colla-» térale les mêmes effets danS chaque hémisphère, suivant ses saisons. Quoique ces mers soient disposées en zones aquatiques alternativement avee des zones de terre qui les séparent, je suis porté à croire qu'elles communiquent entre elles par des détroits de l'équateur aux pôles , dont elles tempèrent l'atmosphère. La circulation des mers est le premier mobile de la température des globes. Elle est dans les planètes ce que le sang est dans le corps humain ; il part du cœur pour réchauffer les extrémités , et revient des extrémités pour rafraîchir le cœur. La simple éva-> poration des mers par le soleil suffit pour ea établir tour à tour la circulation dans chaque
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hémisphère ^ comme la. transpiration des corps animés produit peut-être celle de leur sailg* Nous observerons encore que la nuit de Jupiter n'étant que de cinq heures dans sa zone torride^ son disque n'a pas le temps de s'y refroidir pen* dant l'absence du soleil. C'est sans doute par une raison contraire que la nature a donné à Vénus des nuits vingt-qinq fois plus longues que les nôtres. D'ailleurs , s'il est vrai que nos boulets de canon s'échauffent en traversant l'air^ et même que des balles de plomb lancées par de simples frondes se liquéfient^ comme le prétendoient quelques anciens y on ne peut douter que le mouvement rapide de rotation de Jupiter sur son axe n'augmente sa chaleur^ car son disque doit frotter aussi un peu contre son at« mosphère. Celte vitesse est par heure de neuf mille trois cent trente-cinq lieues dans Jupiter^ tandis qu'elle n'est , dans le même temps , que de trois cent cinquante -huit lieues pour la terre ^ et de quatorze lieues seulement pour Vénus. Mais peut-être ce frottement n'a-t-il pas lieu, et Jupiter emporte-t-il autour de lui son atmosphère tranquille, quoi qu'en dise le docteur Halley, qui attribue au mouvement de rotation de la terre celui de son atmosphère en sens contraire décrient en occident , d'où il dérive la cause des vents alizés. D après son hypothèse, ceux
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qni régnent sons Fé^nateûr de Jnpicer seroieni d'nne violence incomparable y et il a'y en anroil point dans Vénus y dont cependant la Mme torride a besoin d'être rafraîchie, fies Ttnxs alîzës de Jupiter auroient yingt-six fois plus de vitesse t^e TOUX de notre zone torride, ^ui sont quelquefois bien impétueux , et cette même zone terrestre , d'après le système de Halley, n'auroit jamais de calmes^ qni cependant y sont fréquens^ comme le savent bien les marins. Mais laissons ces petits moyens de notre physique terrestre pour étudier ceux de la physique céleste : la nature en a employé encore d'autres que ceuji de l'attraction et de la force centrifuge^ Ce ne sont point ces forces qni ont réglé dans les cieux les rangs des planètes , qui ont mis celles qui sont de diamètres égaux à des distances inégales^ les plus grosses etlespluspeiites tantôt plus loin, tantôt plus près; ce ne sont point elles qui font tourner ces planètes sur elles-mêmes les unes lentement, et les autres rapidement , quelle que «oit leur vitesse dans leur orbite; enfin ce ne sont point les forces qui ont donné des satellites à celles qui étoient éloignées du soleil y et qui en ont refusé à celles de son voisinage : c'est la Providence qui a disposé ces harmonies admirables par des lois qui nous sont inconnues , mais dont les effets nous sont sensibles. La terre étant à plus
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et trenteH^uatre miliioos dé lieues dm soleil , h, nature lui a adjoint «me luue de la moitié d» son diamètre, pour ^éYerèérar sur elk l«s rayons de l'astre du jour. Ju|)iter^ «tanrt cinq fois piui éloigné 9 en a reçu quatre^ chacune du diamètre entier de la terre. Ces quatre lunes , appelées aussi satellites, parce qu'elles accompagnait Ju^ piter comme un roi, furent découTertes, au corniuencement du siècle passé, par le célèbre et infortuné Galilée. Il fut mis en prison par llnquisilion de Rome, pour avoir prouvé le mouveM^nt de là terre. Ces satellites (i) > et surtout te quatrième , étant tournés vers la terre , y a{^roissent aveô des ta(Àes obscures qui les font paroitre quel*» quefois plus petits qu'ils ne sont, sans ^tre plus éloignés , de sorte que le quatrième disparott quelcpiefois entièrement. On suppose^ d'ailleurs^ sans preuve , Qu'ils tournent sur eux-*mèmes , et qu'ils nous montrent dans leur rotation des
(i) Le premier de ces salelUtes est à ^atre'^ingt-littit -mille lieaes de Jupiter y et il tourne autotir de lui en nn jour dix-huit heures viugt-huit minutes ; le second ^ à cent quarante mille lieues de distance, en trois Jours treize heures dix-sept minutes 5 le troisième , à deux cent vingttrois mille lieues , en sept jours trois heures cinquanteneuf minutes ; et le quatrième , à trois cent quatre-vingt-* quatorze mille lieues, en seize jours dix-huit heures cinq minutes.
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taches obscures y qiii dimiDuent tout à coup leur diamètre. Mais je pense , au contraire ^ qu'ils ne tournent point sur leur axe y qu'ils font l'office de réverbère^ et que les foyers lumineux de leurs miroirs sont toujours dirigés yers Jupiter : de sorte qu'en décrivant leurs orbites autour de lui y ces foyers y tantôt sont tournés vers nous y alors ces satellites nous apparoissent dans toute leur grandeur; tantôt ils^cessent de l'être et se montrent obliquement : alors les satellites disparoissent en partie et quelquefois entièrement. !Nous verrons que ces réverbères existent dans notre lune y lorsque nous parlerons de la configuration de ses montagnes. Quoi qu'en disent quelques astronomes , cette planète secondaire ne tourne pas sur son axe y puisqu'elle nous montre toujours la même face. Les planètes du premier ordre y qui font leur révolution autour du soleil y ont besoin de tourner sur leurs poles^ afin d'éclairer toute leur circonférence de ses rayons ; mais les planètes du second^ordre y ou satellites y qui font leur révolution autour d'une planète principale, servent à lui renvoyer les rayons du soleil par leurs réverbères, dont les foyers seroient dérangés à chaque instant, si elles a voient un mouvement de rotation. Il est certain qu^ ce mouvement prouva n'a été en core aperçu dans aucun des satellites»
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La communication doit être facile dans toutes les parties de Jupiter ^ Tété de chacun de ses deux hémisphères y est de six ans. Il est aussi aisé à un de ses habitans de parcourir une zone de sa planète^ qu'à un homme d'en parcourir une semblable sur la terre. Si Jupiter a dix fois plus de circonférence , son été a près de douze fois plus de durée. Ainsi on voit que le cours du soleil et le globe de Jupiter, malgré sa grosseur ^ sont encore en proportion avec les pas de l'homme. Il n'est donc pas besoin de supposer a ses habitans une grandeur gigantesque pour le parcourir : cependant s'ils sont dans la même proportion de taille que nous, ils ont d'autres harmonies de la lumière. Dans le même espace de temps, ils vivent plus d'une fois plus de jours^' et douze fois moins d'années. Leur adolescence commence à un an, leur jeunesse à deux , IJbur virilité à quatre, leur vieillesse à six, leur décrépitude à huit. Le terme des années de leur vie est celui des années de notre enfance. Nos jours sont longs et nos années sont courtes , disoit Fénélon. C'e^t tout 1q contraire dans Jupiter ; ses jours sont courts et ses années sont longues. Ses plus vieux arbres n'ont que peu d'anneaux concentriques^ et ses plantes annuelles doivent en avoir qui se croisent en plusieurs sens, si ses satellites influent
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mr leur YégêKai^on comme notre lune sur la nâtre; nais toms les végétaux doivent y prendre des accraisseincns prodigieux dans des étés de six ans.
fl doit résulter <le ces périodes solaires et lunaires une multitude d'harmonies toutes dil* férenles des nôtres y pour la génération des Tegétaux et des animaux. Le soleil doit éclairer les denx pôles de Jupiter à l;a fois , puisqu'il ne descend jamais pins de trois degrés au-dessous de If ëquateur de cette planète. II est remarquable que c'est à peu près le terme de la réfraction de ses rayons dans notre zone glaciak. Ainsi, une aurove perpétudle les éclaire et s'y combine ayec la lumière et la chaleur réfléchie du soleil par quatre lunes aussi grandes que la terre. Ses eontinens, peu élevés, doivent être couronnés, ions sa aone torride , d*arbres fruitiers , et, dans ses zones tempérées, de forêts et d'immenses pâturages. Les vastes mers qui les entourent par anneaux , et lui donnent sa couleur azurée , doivent offrir à ses habitans , sous les mêmes latitudes, des navigations faciles et des pêches abondantes. Leur caractère est sans doute semblable à celui des peuples' maritimes de FEurope y ils doivent être industrieux , patiens , sages , réfléchis , comme les Danois , les Hollan** dois , les Anglois. Éclairés par des aurores cens-
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tantes^ qui se mêlent aux douceis clartés des lu^ nés lorsqu'ils trayeht leurs nombreux trou-> peaux dans leurs vastes^ prairies., pu qu'ils étalent, avec leurs filets, des légions de poissons sur leurs grèves saUonneases , ik bénissent la Providence , et n'imaginent point de plus beaux jours ni de plys heureuses nuits.
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HARMONIES SOLAIRES