‹ Harmonies de la natureChapitre 2 sur 49 · BAIIM09IES · texte numérisé non relu

BAIIM09IES

La tèëologie^ qui s'occupe de la connoissaace <Io tous les attributs de Dieu ^ ne peut être que le sentiment des lois que Dieu a établies entre lui rt les homilite. Uaitronomie ^ dont les prétentions ne sont pas moins étendues dans leur genre ^ n'est que le sentiment des lois qni exis* tent entre les astres et les hommes. Il en est de même de tonles Ie$ antres^ même de celles qui , comme la chimie , croient déconqposer les élé-* mens de la nature , et les réduire i leurs pre-» miers principes»

; Je ne parb ici que de» sciences humaines; car quant au sciences véritables , elles ne sont connues que de Dieu : lui seul a le secret de son intelligence , de sa puissance^ des principes de la nature y de son origine^ de sa durée et de son ensemble. Il y a bien plus, c'est que chaque animal a la science incommunicable de ce qui lui est propre. Tous les pkiloeopheB du m<»d& ne parviendront jamais A savoir d'où dérivent les instincts si variés des animaux. Celui d'une chenille qui file sa coque en automne pour passer chaudement mu hiver qu'elle n*a jamais vu , et qui y ménage une ouverture pour en sortir en papillon an printemps qu'elle ne con-^ nolt pas , suffit pour renverser tous les raison^nemens de Locke contre les idées innées. La science humaine n'étant donc que le sen^

Oê LÀ HATURE. tt

fîment des lois de la nature par rapport aux hommes^ la morale^ d<mt nom dierdboni) les élémens^ ne peat être ^ue le sentiment des lois que IKeu a établie» de rhorame à riioinme. Oof peut tirer do cette déinition cette oensé^enee importante y c'est que toutes les sciences ont des relations avec la morale, puisqu'elles abou*tissent ausei toutes à Pborame.

En effets un liottitee seul sur la terre for- TOCTou ses mosnjps de tout oe qui reurîronneroit ', il pourroit se Iiyrer i, la paresse , ou à l'inquiétude , par la dmleur ou la froidure du climat y à Tnitenipérance par Texc^s des fruits , à la cruauté envers les anhnaux innocens, et i tous les désordres des sens et de Fàme avec lni*-inénie. Tous les objets envc^nt des rayons morau^i i son cosur, comme des rayons visuels

à son cerveau. Sa vie ^ morale > eomme sa vie pbysique , n^est cpi'une harmcmie .de ces denx orj^anes, on plutM àe$ facultés de son âme qui y r&ide. Son intelligence lui présente les objets, son sentiment les adopte ou les repousse.

Mais (fest surtoaf au milieu de ses semblables qu'il est au foyer de toutes les impulsions morales. La nature, quia feitles hommes sujets à une infinité de besoins pour leur donner les jouissances de tousses biens, et pour les obliger de s'enti^aider, a mis dans le cœur de chacun

d'eux le sentiment primitif de la sociabilité^ qni dit : Faites à vos semblables ce que vous vou* driez qu'ils vous fissent. C'est donc par sa raison. CA harmonie avec toutes les lois de la nature , que rhomme se met d'abord à la place d'un autre homme, et qu'en même temps naissent dans son cœur les lois de la morale par le sentiment de son propre intérêt et de celui de ses semblables. Malheur donc à ceux qui séparent ce que la nature a joint, et qui mettent une barrière entre leur raison et leur cœur ! Le méchant est celui qui circonscrit sa raison atitour de lui seul , qui voit les autres hommes et qui ne sent rien pour eux.

La morale étant donc le sentiment des lois que Dieu a établies de l'homme à Thomme / il s'ensuit qu'un simple traité de morale ne peut servir à des enfaus : un enfant n'est pas plus capable d'acquérir de la morale en spéculation , qu'il ne le seroit de développer sa faculté de voir par la théorie de la vision. Je dis plus , il ne compr endroit rien à ce traité , fût-il composé avec toute la dialectique de Bayle , rempli des imagée les plus intéressantes, et écrit avec les grâces du style de Fénélon et l'énergie de celui de Jean-Jacques.

Supposez un enfant élevé dans une galerie de tableaux de paysages sans avoir jamais vu

la campagne^ il ny apiercevroît qne des coukùrs et des surfaces y et lorsqu'il verrôit la campagne pour la première fois ^ il en jugeroit tous* les objets sur le m^ême plao^ comme dans sa galerie ^ il seroit comme cet a\reiigle*né auquel on domia tout à coup l'usage de la vne^ en lui étant des cataractes qu'il avoit suir.lesyeiix. II crut au premier instant que tous les objets -de sa chambre étoient à la même distance, et il fallut qu^il marchai vers lés uxxs et les autres, pour se couTahicre qu'ils n'y étoient pas.

Nous formons d'abord notre vue sur no tretou^ cher^ ensuite sur notre'marcher^ tant la nature à harmonie entré eux t'ou^:nos sens. £Ue a lié encore les diflpérens âges .d^ notre vie pour notre instruction. J'en ai reçu de ma fille ^ âgée de quatre mois; elle croy oit toucher une fleur qui étoit à un pied de son visage.; elle tournoit ses mains autour de ses yeux pour la saisir ; elle s'imagîaoit que cet abjet étoit au bout de. son nez ; il fàlloit que sa nuàre iui allongeât; le bras Ters U fleur et lui apprît à la toucher^ pour lui apprendre à la Toir : ce n'a été que quand elle a marché qu'elle a pu juger des distances plus éloignées. C'est pour accélérer cette connoissance que Jean-Jacques veut qu'on porte Teur fant vers l'objet qu'il désire y et non l'objet v:ers l'enfant^ comme on a couiume de faiitv

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Ce n'est donc que par les expériences acquises parla réalite des objets^ que nous pouTons juger de leurs images. Un amateur ne prend plaisir à voir un tableau de Yemet que parce qu^il lui rappelle une série d'effets qu'il a observés lui-* même ^ et je tiens qu'il n*en peut connottre tout le mérite , s'il n'a vu la mer , et même s'il n'y a navigué*

B en est d'un traité de morale comme d'une galerie de tableaux; il n'intéresse que le pbi^ losophe qui connoit le monde : c'est par cette raison que tant d'â»propos nous échappent dans les comiques ches les Grecs et les Latins^ et que nous .saisissons toutes les beautés de sentiment dans leurs auteurs tragiques^ parce que les mœurs des anciens nous sont inconnues en par* tie, et que nous avons l'expérience de la pitié , de la générosité j dont les sentimens nous sont communs dans tous les âges. Mais un traité de morale ne fera pas d'impression sur un entant qui y n'ayant pas vécu avec le& hommes y n'a pas encore l'expérience de leurs passions et des lois que la nature leur a données pour les régir. Un enfant cité par Jean- Jacques n'a« percevoit que la difficulté d'avaler une médc'* cine dans le trait sublime d'Alexandre malade > qui prend une potion de la main de son méde* cin en lui faisant lire une lettre qui l'accusoit de

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trahison : le jeune cœur de cet enfant n'ayant )a«. mais été trahi y il ne connoissoit d'autre amertume que celle du goût Je me souviens moi*méme qu'étant enfant^ les fables de La Fontaine m'amu* soient beaucoup , parc^ que leurs images naïTes Tont au cœur comme celles de la nature, et que je connoissois les mœurs de quelques ani** maux ; mais leur application m'ennny dit , parce que j'ignorob celles des hommes : je lisois la fable et )e laissons là la morale ; )e uaitois ma leçon comme mon déjeuner, j'en mângeois la confiture et j'en jetois le pain.

Ce seroit bien pire si on ne présentoit aux enfuis que la métaphysique de la morale sans la reTetir d'images. Gomment leur apprendroiton par de simples raisonnemens ce que 6'est que conscience et justice ? Ils sauroient laire des définitions comme Aristote et des analyses comme Locke et Gondillac , qu'ils n'en seroient pas meilleurs ; ils seroîent y comme bien des hommes, Tertueux en spéculation > et non yer* tueux en réalité* Toute science ne s'acquiert que par l'expérienee. Enseigner aux en&ns la Tertu par la théorie de la morale, c'est leur enseigner à parler par la grammaire , et i marcher par les lois de l'équilibre X sur tous ces points leurs mères nourrices letur fer<Hent faire plus dé progrès que tous les professeurs des académies. Uâme^

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