‹ Harmonies de la natureChapitre 3 sur 49 · I O HARMONIES · texte numérisé non relu

I O HARMONIES

comme le corps , ne se développe que par l'exercice. U faut commencer rédu cation morale par la pratique des rerlus ; la théorie n'en appartient qu'aux docteurs on aux vieillards^ qui ne veulent ou ne peuvent plus agir.

Pour apprendre la morale aux enfans , il faut donc leur faire connoître d'abord les hommes. L'éducation domestique leur en donne le premier apprentissage en les faisant vivre avec • leurs mères j leurs pères , leurs sœurs , leurs frères , leurs serviteurs ou leurs maîtres ^ c'est d'après les sentimens qu'ils y prennent enfans y que se forment ceux qu'ils auront un jour en devenant hommes.

' U y a à l'amirauté de Londres et à celle d'Amsterdam nn grand navire cojistruit sur terre avec tous ses agrès ^ oi^ y loge de jeunes élèves de la marine pendant plusieurs mois ; ils y manœuvrent comme s'ils étoient sur mer^ on leur apprend à orienter les voiles suivant le vent^ à les amener dans les tempêtes ^ à jeter et lever les ancr es, et par ces exercices on les instruit à devenir d'excellens marins. Ne pourroit-on pas faire d% même un petit modèle du grand vaisseau du monde? Il ne peut être immobile et à sec comme celui d'une école nautique ; les vents des passions Fagitent déjà sur les ondes de la vie , même^ dans le port nous avons besoin de bons pilotes^

DE LA NATtJRË. II

Si un collège doit être une image de la maison paternelle ^ Féducation doit êlre la théorie de la yie ^ mais comment s y prendre pour la tracer d^nne manière facile et durable dans Tesprit des enfans ? En leur donnant des élémens de morale ^ j'ai senti qu'il falloit parler à leur jugement^ et j'ai essayé de le faire. Je vais ici montrer le chemin par où' j'ai marché ^ et j'ai tracé dans quelques pages le résultat de plusieurs années de méditation.

Le cerveau yoit et le cœur sent^ Tintelligence juge et le sentiment agit. Pans la plupart des animaux^ le cerveau reçoit les images d'une autre grandeur^ mais dans les mêmes rapports que nous. Les insectes voient avec des microscopes, et plusieurs oiseaux avec des télescopes ; mais Fintelligence de chacun d'eux est bornée à une seule industrie y et leur cœur à un seul instinct. L^entendement de Fhomme est capable de recevoir toutes leurs lumières y et son cœur toutes leurs passions. L'homme, livréà tousles besoins, ébloui par tant de lumières , et agité par tant de désirs, seroit abandonné à tous les égaremens de la folie^ si Dieu ne Favoit placé au centre de tou tes les harmonies , n'avoit éclairé sa tête par les lumières d'une raison universelle , qui n'est que Fintelli-* gence des convenances de la nature , et s'il n'en avoit mis le sentiment dans son cœur. C'est à sa

1 3 HAAMOlf lES

raison qaeThomme , seul de tous les êtres or^a- ^isés> doit la connoissance d'un Être suprême^ qui ne résulte que des harmonies de l'univers^ et l'amour de ses semblables , sans lesquels il ne pourroit en jouir. De-là est né le sentiment de la vertu y qui est im effort fait sur nous-mêmes pour le bonheur des hommes y dans l'intention de plaire à la Divinité. La vertu est donc produite par cti deux mobiles , Bien et les hommes; elle est donc la véritable harmonie de l'homme, non-seulement en la considérant, comme les Sages la définissent , un milieu entre deux extrêmes, entre un excès et un défaut , mais comme jNToduite par Famour de la Divinité et celui des hommes , qui sont à la vertu les deux plus grands extrêmes qui exbtent dans l'univers , Dieu étant tout et les hommes n'étant rien.

C'est du cours même des harmonies de la nature que résulte celui des vertus de l'homme. Dans sa longue et foible enfance, il fait l'appren^ ibsage des élémens sur le sein maternel ^ et il y puise les premiers sentimens de la reconnoîs-* sauce. U tire de l'usage des végétaux nécessaires à sa vie le sentiment d'une Providence , et des animaux ^ compagnons de son enfance , les pre* mières leçons de l'amitié. Ensuite il apprend de ses frères , la justice ; de Famour conjugal , la constance ; de la paternité , la prévoyance ; de sa

DE tÀ KATUAE. t3

tribu , Tamonr da travail ; de sa nation ^ le pa-* Iriotisme ; du genre humain , l'humanité ^ qui renferme toutes les vertus.

Je ne fais qu'en nommer les principales^ nous en indiquerons bientôt le dëTeloppement ayec celui des lumières des hommes , qui sont ton-» jours en harmonie avec .leurs vertus; }t sfai voulu donner ici qu'une idée de l'homme phy-t sique et moraL Tel est le vaisseau où la natnr« embarque chacun de nous pour lui faire par* courir la sphère de la vie. Elle nous y fait exU trer par l'enÊuice y région pleine d'obscurité et de frimas^ d^oii ^ entraînés par l'océan du temps^ nous traversons la xone tempérée de l'adoles-* cence : nous passons ensuite dans la zone ora-» geuse d'une jeunesse ardente^ puis dans la teuH pérée de l'âge viril ^ qui nous conduit vers un pôle opposé à l'enfance y dans la région glacée et ténébreuse de la vieillesse. Les extrémités de la vie y comme celles du globe et de l'année^ sont commencées et terminées par deux hivers : heu¥» reux encore si y, sur une mer aussi remplie d'é* cueils y nous nous embarquions avec tous nos agrès I Mais au départ , notre vaisseau n'est qu'une foible nacelle^ notre raison un pilote sans expérience y notre cœur une boussole sujette i toutes les variations. Ce n'est que d'après les k^

l4 HÀHMONlfiS

çons de nos pères que nous pouvons naviguer dans ce voyage de la vie : j'en vais présenter la carte à Tenfant y comme une mappemonde à un voyageur qui doit faire le tour du globe.

Soyez mes astres , filles du ciel et de la terre , divines harmonies ! C'est vous qui assemblez et diVisez les élémens , et qui organisez tous les êtres qui végètent et qui respirent : la nature a remis dans vos mains le double flambeau de l'existence. Une de ses extrémités brûle des feux de Famour ^ et l'autre de ceux de la discorde. Avec les feux de l'amour vous touchez la ma* tière^'et vous en faites naître le rocher et ses fontaines ^ l'arbre et ses fruits ^ l'oiseau et ses petits y trois aimans difFérens ^ réunis par de

. ravissans rapports. Avec les feux de la discorde, vous enflammez la même matière^ et il en sort le faucon y la tempête et le volcan , qui rendent l'oiseau, Farbre et le rocher aux élémens. Tour

. à tour vous étendez sur la terre et vous retirez à vous les filets de la vie, non pour le plaisir d^abattre ce que vous avez élevé ^ mais pour conserver l'équilibre de la nature d'après des plans inconnus aux mortels. Si vous ny> faisiez pas

^ mourir , rien ne pourroit y vivre ; si vous n'y

. détruisiez pas , rien n'y pourroit renaître. Sans vous, tout seroit dans un éternel reposa et

DE lA NATURE. t5

VOUS liez ces mondes les uns aux autres par les harmonies d'une yie qui produit la mort^ et d'une mort qui reproduit la vie.

Partout où vous portez vos doubles flambeaux^ ,vous faites naître les doux contrastes de l'existence du jour et de ]^ nuit^ du froid et du chaud y des couleurs y des formes y ,àts mouvemens ; les amours vous précèdent , et les géné« rations vous suivent. Toujours vigilantes, vous ne vous levez point avec Vastre des ^ours , et vous ne vous couchez, point avec celui des nuits. Vous agissez sans cesse au sein de la terre y au fond des mers , au haut des airs.

Planant dans les régions du ciel , vous entourez ce globe de vos danses immortelles y vous tenant toutes par la main y parées d'habits différens y et dans des attitudes ineiSables. Vous étendez vos cercles infinis d'horizon en horizon , de sphère en sphère y de constellation en cons-tellation, et, ravies d'admiration et d'amour, vous attachez les chaînes innombrables des êtres au trône inébranlable de celui qui est.

Sœurs immortelles , du sein de la gloire abaissez-vous vers un enfant de la poussière ; donnez-moi, sur le penchant de la vie, d'en tra-> cer le cours sans m'égarer I Filles de la sagesse étemelle , harmonies de la nature , tous les hommes sont vos enfans ; ils ont sans cesse b^

l6 ttAEHOMES

soin de vos secours ^ sans vous y ils sont nus ^ misérables y discordans de langues y d'opinions y de passions y mais tous les appelez par leurs besoins a toutes les jouissances ; par leur diversité^ à la concorde; par leur foiblesse^ à l'empire. Vous les admettez y par les lumières et la yertn y an partage de vos bienfaits et de votre puissance immortelle. Us sont les seuls de tons les êtres qui jouissent de tos travaux y et les seuls «pii les imitent ;'ils ne sont savans <pie de votre science ; ib ne sont sages que de votre sagesse ; ils ne sont religieux que de vos inspirations. Sans vous y il n^ a point de beauté dans les corps y d'inteHigence dans les esprits y de bonheur sur la terre y et d'espoir dans les cieux.

m^^^0^t^^^ ^^^ %^f%t^^^^^^%f%^^^Ê^%A*^\jw%^^^^mf*^^ %%>«<»i^v%r%<%^%%'*^vxi

Page 1