‹ Harmonies de la natureChapitre 21 sur 49 · ia IliilMOHlES · texte numérisé non relu

ia IliilMOHlES

couvrit que Saturne avoit autour de son éqh^^ teur un anneau mince , plan^ qui se soutenoiff autour de son disque^ comme un pont sans pilier, ou plutôt comme un horizon autour d'un globe artificiel. Depuis le disque de Saturne jusqu'à la circonférence intérieure de soa . anneau il y a neuf mille cinq cent trente-quatre ' lieues, et l'anneau a autant de largeur ; de sorte qu'il a deux cent quatre-vingt-dix-neuf mille huit cent huit lieues de circonférence extérieure. Ce n'est pas tout , cet anneau est double y c'est-à-dire formé de deux anneaux concentriques. On l'avoit déjà soupçonné par une petite ombre circulaire qui le divise dans le milieu, mais Herschell vient de s'en assurer; car il a observé une étoile entre la séparation des deux anneaux, qui lui ont, pour ainsi dire ^ servi de lunettes. Cet anneau est fort mince, comme je 1 ai dit. Quand la planète a son équaleur plus ou moins élevé que notre rayon visuel , nous voyons alors son anneau oblique^ ment , et nous apercevons ses deux anses bril-lantes , dont Tintérieur est obscur ; quand aa contraire l'anneau est dans la direction de notre rayon visuel , il disparott entièrement pour nous, à cause de son peu de largeur. Ce phénomène arrive tous les quinze ans, ou toutes les demi-années de Saturne > c'est-à-dire à soa

^qninoxe^ Cet «iiu^au produit autour de Sa^ turne le même effet ^'ua. oercle de pétales autour du disque d'une flçur. U lui renvoie la lumière du soleil pour le féconder y à l'excép^ tion quie le, cercle de la planète produit ce même effet de deux côtés > car il échauffe toUr à tour deux hémisphères ^ et peut-être totis les deux à la fois. Lorsqu'il est dans la direction de notre rayon visuel , ce qui artive tous les quinze ans y on distingue sur Saturne trois bandes rembrunies^ une au milieu de l'équateur^ et les deux autres environ à quarante^cinq degrés plus loin^ l'une dans l'hémisphère méridional et l'autre dans le septentrional. On les vit toutes les trois à la fois en 17 15. Les astronomes supposent qu'elles sont produites par l'ombre de l'anneau: de Saturne ; mais il ne formeroit pas trois ombres à la fois. Celle du milieu est ^ selon moi y un effet direct de la chaleur du soleil j qui a fondu les glaces de l'équateur de Saturne, dont la xone terrestre apparoît rembrunie y comme il arrive en pareil cas dans Jupiter, qui n'a point d'anneau. Quant aux deux bandes supérieure et inférieure , elles sont produites par la double réflexion de l'anneau , qui agit à la fois des deux côtés. Lorsqu'il est incliné vers le soleil et éclairé d'un seul côté, il doit jeter son otoàiit hors de sa planète , dcmt il est éloigné

ai.

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8uffisamm€nt. L'architecte de PiiniTers â rëgl^ retendue de cette ombre , portée k quarante-** cinq degrés^ comme les architectes de k terre, qui déterminent celle de la perspectire de leurs monumens sous le même angle , et en fo^t les ombres égales k leur hauteur. Or , la distance de Tanneau de Saturne à son globe est précisément égale à sa largeur , ce qui suffit pour qu« son ombre ne tombe pas dessus la planète. Quand le soleil Féclaire à quarante-cinq degrés et au-dessus > sous un plus petit angle ^ l'ombre de Tanneau , qui a peu d'épaisseur, diminue, et le disque rond de Saturne lui échappe en rentrant sur lui-même. Si l'anneau de Saturne jetoit son ombre sur un globe aussi éloigné du soleil , elle y apparoîtroit blanche et non obscure par un arc de quatre!-vîngt-dix degrés. Il arriveroit alors ce que nous vojrons sur notre terre lorsque la neige la couvre pendant Fhiver : les ombres des corps y sont blanches , et les parties éclairées du soleil en sont brunes. On remarque souvent ces effets dans les arbres couverts de frimas exposés au soleil. Certaine-^ ment l'anneau de Saturne renvoie de la chaleur et non des ombres sur le globe autour duquel il circule. Des philosophes modernes, avec de simples miroirs plans multipliés , ont rassemblé assez de rayons solaires pour porter

fiDcetidie à plus de déni eents pas; ensuite ayant exposé la boule d'uu thermoio^tre auK rayoos de la lui^e^ m^w doute par un vent du nord, ils put prétendu que l'espritHle-vm.ny éprouvoit aucune chaleur : à la vérité y d'antres expéri^cès faite$ PUr Févaporation rapide de l'eau exposée à la lumière de la lune ont prouvé le contraire. D'ailleurs , est-il vraisexor* hlaBle que les petits miroirs de nos physicien^ renvoient les rayons du soleil avec une partie de leur chaleur à,! une distance plus que cen^ tuple de leur diamètre^ et que les réverbères ^lestes soif ut sans action ? Celui de l'anneau de 3aturoe^ de plus de neuf mille cinq cents lieues de diamètre , en doi^iavoir une très-forte À une distance égale a sa larg;eur.

Les flancs méridionaux d'une simple montagne rérerbèrent la chaleur des rayons solaires quel* quefois sur tout son horizon. La nature a-t-^le moins de sagacité que nos philosophes y ou fait^clle^ comme eux^ quelquefois des expériences en vain ? A quoi serviroient ces lunes nombreuses ^t cet anneau merveilleux , s'ils ne renvoyoient qu'une lumière sans chaleur sur une planète .eu congélation? Quoique l'anneau horizontal 4e Saturne soit mince , il n'est pas plan dans sa surface, comme on l'avok d'«d>ord su]^o«il. lierscheU y a découvert des ombres^ et «'est

même • pair leur moyen qu'il s'est assuré qu'il toumoit autour de Saturne^ et dans le plan de son équatèur^en dix heures dix-huit minutes^ c'est-à-dire un peu plus vite que Jupiter sur lui**même^ et un peu moins vite qiie Saturne^ dont la rotation est de dix heures douze mi-^ nu tes. Je conclus de ces ombres qu'il a des -montagnes , et de la lumière éclatante qu'elles renvoient, qu'elles sont disposées et figurées en .réverbères , ainsi que nous le verrons en par<lant des montagnes de la lune.

Je crois de plus que cet anneau non-seule* ment jette son ombre hors de Saturne quand le soleil Féclaire en dessus ou en dessous , maijs qu'il n'en porte peîbt du tout sur la planète même quand il est éclairé horizontalement. Je suppose, pour cet effet, que les deux bandes qui les composent ne sont pas tout- à -fait dans le même plan j que l'extérieure est un p\eu plus élevée que rintérieiu*e , et que c'est cette élévation qui produit la petite ombre circulaire que l'on aperçoit dans le milieu de l'anneau. Par cette différence de plan , les rayons du so^ leil passent horizontalement entre les deux bandes , et vont éclairer l'équateur de Saturne , comme les rayons visuels de Tastronome Hers^ chell y ont passé obliquement pour voir une étoile, La lumière solaire , de plus ^ doit étr^

DE LA KATUllE. S^j

réfractée et divergée dans ce passage par les montagnes de ces deux bandes y disposées en réverbères y qui d'ailleurs peuvent avoir leur limbe intérieur beaucoup plus mince que l'extérieur. Certainement la nature n'a pas mis moins d'intelligence dans la construction des planètes que dans celle des fleurs y où elle emploie une géométrie si sublime et si variée. Le double anneau de Saturne ne lui a pas plus coûté que le double rang de pétales d'une marguerite; tous deux servent au même usage, à réverbérer les rayons du soleil sur leur disque. La nature, qui semble avoir patronné la plupart des fleurs sur celui de l'astre du )our en leur donnant un petit bémispbère à leur centre et des rayons autour, semble avoir voulu modeler Saturne, avec son anneau et ses limes , sur le soleil lui - même avec tout son système planétaire. Comme le soleil a une atmosphère de lumière et sept planètes , dont la dernière , Herschell , est à une distance double de Saturne ; Saturne a pareillement un anneau lumineux et sept satellites , dont le dernier est à une distance double du péuultième. Certainement des harmonies si merveilleuses ne peuvent se rapporter à une aveugle attraction. Les satellites de Saturne , d'un diamètre à peu près égal, sont à des distances de

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lui fort différentes; ces distances paroissent être dans des proportions semblables à celle» des planètes du soleil > qaoique celles-ci soient au contraire de grosseurs fort inégales. Il paroit que la nature a voulu compenser Saturne^ en lui donnant dans ses lunes une idée de nos pla-* nètes^ dont la {dupart lui sont invisibres, nmis surtout en lui rendant une partie des bienfaits de la lumière du soleil , dont il est si éloigné. H semble encore qu'elle ait touIu réunir dans la zone glaciale céleste tous les reflets de l'astre de U lumière , par tant d*anneaux et de lunes qui la réfléchissent ^ comme elle les a répétés dans la zone glaciale terrestre , par les paré* lies et les aurores boréales. Mais leurs plus brillans effets n'ont rien de comparable aux jours et aux nuits de Saturne. Si le soleil éclaire chacun de nos pôles pendant six mob , il échauffe tour à tour ceux de Saturne pendant quinze ans. Cette longue action , quoique foible , doit donner à leurs végétaux un développement bien supérieur à celui qu'éprouvent les nôtres dans des étés forts courts ; mais rien n'égale la magnificence de leurs nuits , et peutêtre la douceur dp leur température. Quand les habitans d'un hémisphère sont dans l'obscurité la plus profonde, un double anneau lumineux > de plus de neuf mille cinq cents lieues de lar-^

DE LA KAimiE. 8ll^

geur> bjiparoit sur leur horizon. Ils le voient^ dé chaque hémisphère ^ à peu près de sa grandeur naturelle , car sa distance est égale à son ële]^ diie ^ et est la |dus £iT0rabl6 ]pour apercevoir un ob}et dans toutes ses parties \ d'ailleurs cet anneau slncliue vers eux de trenite degrés* Qudiqulls soient dans: la nuit^ ils le distinguent aussi aisément qu'un navigateur sur le rivage d'une île en distingue les coUines ^ les rivièrett et les montagnes lointaines^ éclairées dn soleiL Quoiqu'il soit lui<<4néme dans le même état^ ses hahkans voient^ hors de leur globe , des mers nouvdles > de vastes continens , de longues chaînes de montagnes ^ et tonte la topographie d'un grand corps planétaii^e. Rien n'égale la beauté de ce superbe boriton > dont les : monts et les eaux leur envoient de ternies paris des gerbes de lumière. Sept lunes qui le couronnent s'élèvent au-dessus de lui avec autant d'édat et de BM^esté» La plus voisine , qui en est à qua*« mnte-^deux mille iieùes^ leur epparok sqpt fois plus, large qne nous né vxrjrons notre lune y car elle est dn diamètrede la terre; les antrei vont en diminnant de gtandetur. jusqu'à la phis éèo»^ gikée^ qui > à plus de huit cent milie lienes de disiànbe , leur leqiparo&t encore de la moitié do Bôttelnae^ et toutes ensemble forment > sur un ciel étoile > des perspectives ravissantes. Quand

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les rajrons d'un soleil lointain ont allumé les atmosphères de ces ma^ifiques rëverbires^ mille et mille tableaux lumineux se peignent à la fois aux yeux des habitans de Saturne. Leurs jouis-* sauces sont incomparablement plus grandes que celles d'un amateur de tableaux^ qui, dans un riche musëum de peinture , arrête d'abord ses regards sur celui d'un grand maître , et qui hn&le d'impatience de voir les tableaux de la ttéme main qui sontàla suite les uns des autres : le plaisir qui le charme s'aecrott encore • par celui qui l'attend. Cependant tous ces corps planétaires n'offrent point à leur spectateur des points de Tue isolés et toujours perma-^ nens ; ils voient le double anneau , de plus de neuf miUîe cinq cents lieues de largeur, avec tous ses continens^ toutes ses mers, tontes ses montagiies , ses Ues et ses fleuves, et sa circon«férence de plus de deux cent mille lieues^ passer .'sous leurs yeux en dix heures de temps. Leur lavissement est mille fois plus grand que celui d'un homme qui ,. n'étant jamais sorti de son village , lit pour la première fois une rela-* tion de voyage à la mer du Sud , et qui , dans quelques heures , fait en esprit le tour du monde. Ik doivent voir sur les deux fatesde leur anneau des effets qui existent sur les deux hé-* misphères de notre globe ^ et que l'œil humain

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n'y peut saisir à la fois^ ils doivent y vmr encore deùoi atmosphères^ Fune supérieure^ l'autre inférieure y et des îles et des chaînes de montagnes Adossées par leurs bases. S'ils ont un Herschell ^ ils doivent distinguer dans des terres si voisines des rivières^ des forêts, des troupeaux, des amans et des amantes opposés par leui*s pieds, et qui se ; donnent les mains aux extrémités de leur anneau. S'ils ont un Mon tgolfier ou un Charles, ils peuvent s'y transporter dans les airs. La circonférence.de notre terre, que nos vaisseaux parcourent si fréquemment, n'est guère moins étendue que ;la distance de leur globe à leur anneau, pro* .bablement envtioppés de la inême atmosphère. 'Au mouvement circulaire de leur anneau , se joint celui de leurs sept lunes , qui , à des dis«* •tances inégales , quoique de diamètres égaux > -parcourent dans les cieux des cercles particu*- -liers avec des vitesses différentes. Par une pro* évidence admirable , ces lunes ne circident point dans le même plan , suivant les lois prétendues de l'attraction ; mais leurs orbites particuliers sont plus ou moins inclinés sur l'équateur de Saturne, en sorte qu'elles ne s'éclipsent que dans leurs nœuds, c'est-à-dire dans lés points où leurs orbites se croisent. Des >bergers et des bergères qui dansent en rond autour d'un mai iju'ils ont planté^ ou de jeunes garçons et d^

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jeunes filles qui sautent de joie autour d'niie grande meule de blé qu'Us ont moissonné , n'ont point des mouvemensaussi variés et aussi (çracieuK que ces reines des nuits autour du globe qu'elles éclairent et qu'elles fécondent. Si les nuits de ces liabitations célestes ont tant de beautés , leurs j ours n en ont pas moins. Leur lumière, composée à la fois des reflets ar^ntés de tant de planètes et de la lumière dorée du soleil , est semblable à celle que cet astre répand dans nos forêts à tra^ vers les feuillages des arbres y tandis que quelques-uns de ses lajrons pénètrent dans leur sein, .brillent çà et là sur les troncs moussus des arbres et au sein des eaux : ce sont des clairs de lunes entremêlés d'aurores. Leur globe y divisé en sones de terres et de mers comme cdni de Jupiter y n'a point de montagnes dont l'élévation puisse empêcher, par des ombres prolongées, l'action d'une lumière lointaine et horizontale; aussi il jette moins d'éclat que ses réverbères. Son territoire ne doit être couvert que de collines et de longues pelouses plantées de cèdres et de genévriers. C'est là que ses haiûtans paissent leurs troupeaux sur les rivages de leurs terres tranquilles; du sein de leur doux ciépuscnle ils jouissent du spectacle brillant et toujours renouvelé qui les envircmne. La fable n'a rien îmsgi^é d'aussi merveilleux

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ijiie ce qu'a exécuté autour d'eux la nature. Ces tableaux de leur bonheur ne sont point produits par mon imagination , exaltée par le sentiment d'une Providence toute-puissante : je n'en offre ici qu'un misérable croquis , mais tracé avec une précision astronomique* Si Dieu a donné aux habitans de Saturne^ reculé aux extrémités de notre univers^ une ima^ de son ensemble dans ks planètes £e« condaires qui les environnent, que n'a-^t-il donc pas fait pour ka habitans immortels du soleil placés au centre d^ nos mondes , et qut en aperçoivent le système planétaire tout en«^ tter? £ttx seuls ) aux sources de la vie , en ont tontes les jouissances, tandis qne nous autres , loibles mortels, épars dans diâféreas globes^ n'en avons que des reflets.

HARMONIES SOLAIRES

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