‹ Harmonies de la natureChapitre 27 sur 49 · DE LA LUNE · texte numérisé non relu

DE LA LUNE

Flepler y le restaurateur de rastronomie , et

celui qui entrevit le premier la loi par laquelle

les planètes s'attirent , assure positivement que

la lune a une atmosphère : il en donne pour

preuves les éclipses centrales du soleil , où l'on

voit toujours un anneau lumineux autour de

la lune ^ qui ne provient ^ selon lui , que dç

l'atmosphère de ce satellite ^ qui réfracte les

rayons du soleil qui l'éclairent dans la partie op^

posée. Selon lui , les diamètres apparens de ces

deux astres sont de la même grandeur à peu près ^

celui du soleil ne surpassant celui de la lune que

de sa cent quatre-vingtième partie; Gassendi

et quelques autres astronomes croient même

que celui de la lune est toujours plus grand }

enfin ^ dans plusieurs éclipses solaires centrales

observées à Londres , et décrites dans les Tran-*

êactions philosophiques ^ on a toujours remar«

que un anneau lumineux y large de plus d'un

doigt ^ qui entonroit le limbe de la lune^ et qui

se rëfractoit sur son disque , de manière qu'a peine il paroissoit obscurci. Telle fut entre autres réclipse totale du soleil^ du i«' mars 1738, observée à Edimbourg par Mac^Laurin, célèbre professeur de mathématiques. Il dit que, durant l'apparence de l'anneau, la lumière du soleil fut toujours très-sensible ^ et il ajoute que plusieurs personnes de bonne vue, et de bonne foi ', ce qui est plus rare , lui assurèrent que , vers le milieu de l'apparence annulaire , c'està-dire dans le plus fort de Féclipse , ils ne pou-f voient discerner la lune sur le soleil. Ces effets expansifs des rayons solaires ne peuvent s'attribuer qu'à leur réfraction dans Fatmosphère de la lune. \

Les autorités que je viens de citer sont grandes sans doute ; mais je pense qu'il ne faut admettre que celles de l'expérience et de la raison lorsqu'il s'agit de la recherche de la vérité. Les anti-atmosphériques lunaires opposent^ il est vrai , expérience à expérience ; mais les leurs paroissent fautives. Il est possible que Tiitmosphère de la lune ne soit pas plus élevée que ses Aïontagnes , qui , comme nous Talions voir, sont d'une hauteur prodigieuse. Dans cette hypothèse , elle ne doit pas altérer la lumière des étoiles sur lesquelles elle passe , piiis-r qu'elle ne déborde pas sa planète ; il est pos^

dWe encore qu^après des jours d^un demî**mois elle se trouve fort dilatée, et par conséquent peu réfrangible dans l'hémisplière qui nous regarde.

Au défaut de preuves astronomiques, appor-* tons-en de physiques pour prouver son existence. On ne peut douter que la lune n'ait une atmosphère, depuis qu'Herschell y a observé trois volcans. Il est certain qu'il ne peut exister de feu apparent sans air , ni de volcan sans eau, puisque c'est l'eau qui lui fournit des alimens : or , l'eau seule contient beaucoup d'air ^ selon les chimistes, et de plus il n'y a que Vair environnant qui brûle dans un corps enflammé. Il est étonnant que les physiciens démontrent d'une part qu il n'y a point de feu sans air , et que d'une autre part les astronome^ soutiennent qu'il n'y a point d'air dans la lune, où il y a des volcans : les sciences devroientau moins se mettre d'accord, et pour cela elles devroient marcher ensemble.

Empruntons nous-mcme de la physique terrestre les lumières qui doivent nous éclairer dans la physique céleste: les rapprochemens que j'en vais faire sont dignes de la plus grande, attention.

Nous venons de démontrer xjuc la lune avoît une atmosphère pour rassembler sur elle les

374 UAKMOHIES

rayons du soleil^ nous allons voir qn'elle est disposé^ de la manière la plus propre à les réverbérer.

Tous les peintres et tous les opticiens savent que si un corps sphérique est éclairé^ il y brille un seul point lumineux^ qui va en se dégradant sur le reste du corps et le fait paroitre arrondi ; dans la représentation qu ils en font y ils expriment ce jet de lumière par une masse de blanc qui tombe sur le globe ^ et fuit de demi -jour en quart de jour sur le reste de son hémisphère et lui donne de la rondeur* Cet effet a lieu sur tous les fruits ronds suspen* dus aux arbres. Nous y voyons un coup de lumière qui frappe sur un points et^ sur tout le reste ^ des demi -teintes ou plutôt des demi«lueurs, quiTarrondissent àla vue. Ceci est très-sensible sur le globe de Tœil , quoiqu'il soit blanc en grande partie.

U n'en est pas de même de la plupart des fleurs. Nous avons démontré , dans nos Études, que c'étoient autant de réverbères ou convergens ou divergens y qui renvoient la lumière du soleil sur leurs parties sexuelles ; elles la réfléchissent par leurs pétales convexes et con^ caves , ce qui y produit plusieurs jets lumineux. U résulte de-là que les fleurs ont plus d'éclat que les fruits de la même couleur et du même

DE LA KATUKE. ' SjS

diamètre. Aiasi ^ par exemple , un tableau de roses paroit sensiblement plus grand qu'un ta« bleau de pêches de la même proportion , parce que chaque rose a plusieurs foyers de lumière dans ses pétales ^ à la fois concaves et convexes , et que chaque pêche n'en a qu'un seul jet , comme tous les corps ronds. Ces effets sont très-appareiis , surtout dans la nature. Les roses éclairées par le soleil semblent avoir un éclat lumineiu^ et le rosier qui les porte apparoit d'un diamètre beaucoup plus grand que lorsqu'il n^est couvert que de feuilles. Il n'en est pas ainsi a beaucoup près d'un pêcher de la même grandeur. Ceci posé , il est certain que si la lune étoit un corps sphérique tout uni^ nous n'y verrions, lorsqu'elle est pleine, d'autre lumière brillante qu'un point lumineux qui iroit en dégradant sur le reste de son hémisphère , et nous la feroit paroitre saillante et ronde comme ces globes dorés qu'on voit au haut de quelque^ clochers, et comme tous ceux que représentent les peintres. Au contraire nous voyons la lune plate et unie comme un miroir plan t il faut donc qu'elle nous renvoie la lumière de toutes les parties de son hémisphère. Or il n*y a qu'une lui][iière disséminée également dans toutes les parties d'un globe qui puisse le faire paroitre aplati : c'est en effet ce qui arrive à un

3'j6 HARMONIES

boulet^ ou à un simple charbon embrasé au milieu d'une fournaise^ on n'aperçoit que le contour et la surface uniforme. Ces effets sont évidens dans le soleil , qui , dardant des rayons de tous côtés ^ ne nous présente^ comme la lune, qu'une surface plate , sans saillie ni convexité. Il y a plus , c'est que ces deux astres dont l'un fait jaillir ses rayons de tout son globe y et l'autre les réfléchit de tout un hémisphère , nous apparoissent, ainsi que les fleurs^ d'un diamètre plus grand qu'ils ne le sont en effet : car nous les voyons sensiblement plus petits , du som* met d'une haute montagne dans la moyenne région de l'air y où leurs rayons sont moins réfractés.

Je conclus donc de l'uniformité de là lumière de la lune , qui fait paroltre son hémisphère aplati y que ses montagnes y sont disposées en réverbères , pour renvoyer également de tous les points de sa circonférence les rayons du soleil sur la terre. D'ailleurs est-il vraisemblable que Dieu y qui a donné des réverbères si variés à de simples fleurs pour réfléchir les rayons de l'astre du .jour sur leurs parties sexuelles, en ait refusé à l'astre des nuits, qui devoit les refléter sur un moiyle.

C'est sans doute par cette raison que la lune «ous îïioptye toujours la mçme face et qu'elle

DE LA NATTtkE. SjJ

ne lonrne pas sur elle-même ; car elle dcrangcroit à chaqne instant ses foyers luinineiix.' Quelques astronomes prétendent qu'elle a une rotation sur son axe y et ils croient en donner la preuve en supposant que cette rotation cadre exactement avec sa révolution autour de la terre; mais je crois qu'ils se trompent dans la cause 9 quoiqu'ils aient raison dans Teffet. Cette harmonie^ au reste, seroit une preuve encore plus admirable de la Providence, qui auroit fait accorder d'une manière si juste la rotation de la lune avec sa révolution terrestre. Représentons^nous donc la lune fixée à l'extrémité du rayon de son orbite terrestre, et faisons -la tourner, ainsi fixée, autour de la terre : il est certain qu'elle lui montrera toujours sa même face sans avoii* de rotation sur elle-même. Les astronomes disent que dans ce mouvement elle découvre sept à 'hiiit degrés de l'hémisphère opposé , et ils en concluent sa rotation ,• mais^ il est évident qu'en la Supposant fixée par son centre à un rayon de la terre et en la faisant circuler autour, on apercevra dans ce mouvement dé translation quelque petite partie de son hémisphère opposé, dès qu'on ne la verra plus en f^ce.

Nous pouvons juger des diiFérens effets de la lumière à la simple vue , en comparant

378 HAAtfONItS *

la lamière réfléchie de la terre sur la lane i celle de la lune sur la terre: celle-ci parott beaucoup plus vive ^ quoique la planète qui la renvoie ait seize fois moins d'étendue. U est remarquable que les axes des réverbères de la lune ne sont pas lout-à-fait dirigés pa* rallèlement au rayon de son orbite autour de la terre y mais que leurs foyers sont un peu di-* vergens. S'ils n'étoient formés , par exemple y que de courbes paraboliques parallèles au rayon de son orbite^ ils ne renverroient tous ensemble, même dans la pleine lune y qu'une gerbe de lumière égale au diamètre de la lune y et ib n'éclaireroient sur la terre qu'un espace de sept cent cinquante lieues de large y tandis que lorsque la lune est nouvelle et qu'elle n'a qu'uu croissant lu» mineux, elle édaireun hémisphère terrestre tout entier. Il s'ensuit de-là que la lune est à une distance convenable pour produire sur la terre le plus grand effet lumineux possible^ et que, par cette distance on pourroit calculer la cour-* bure de ses réverbères. Je ne doute pas ^ussi que la terre n'ait les chaînes de ses hautes montagnes couvertes de glaces, et surtout les glaciers de ses pôles , disposés pour produire quelques-uns de ces effets sur le disque de la lune. La nature sait faire des miroirs ardens avec des glaces, jpour le mqjns aussi bien'

DE LÀ NÀTUHE* ^9

^e nos physiciens. Le navigateur Marten^ raconte que dans le voyage qu'il fit sur les côtes du Spitzberg pour* y pécher des baleines ^ ht réverbération du soleil dans les glaces flottantes étoit si forte , qu'elle iaisoit fondre le goudron, de son vaisseau.

Je vais traiter fort superficiellement un su jèfe bien ^u-4cssus de ma portée ; mais )e 3uis si peiné de l'ingratitude > de quelques prétendus savans qui emploient les découvertes faites par des hommes de génie^ pour tâcher d'établir le matérialisme jusque dans les cieux^ que je veux leur fair€ voir qu'il ne faut que' du sins com^ mun pour renverser tous leurs sophismes^ et qu'un ignorant peut les confondre. Je i. vais donc essayer de donner.une idée des réverbère» célestes, non d'après de fausses .hypothèses^ mais d'après les observations les. plus certaines.' Les cartes que j'ai vues de la lune ne sont/pàs pltis ressemblantes que cdles du soleil. Les astronomes la représentent sillonnée irréguHèhr rement, comme si les volcans l'avcMfsnt boule* versée. A la vérité, ils y expriment quelques endroits rayonnans, auxquels ils ont donné avec raisonles nomsdeplusieurs philosophes illustres^ tels que ceux de Platon , de Tycho, de Kepler, de Copernic; mais ils regardent ces rayons comme dc$ torrens de matière fondue qui se 3ont

386 BARMOmES

écoulés en divergeant d'un volcan immense. Ces idées sont dues à des astronomes italiens , et sans dente elles leur sont venues à Taspect des laves du mont Etna ou du mont Vésuve , qui étoient dans leur voisinage. S'ils eussent raisonné en bons physiciens^ tels qu'ils Tétoient d'ailleurs 9 ils auroient senti que des chaînes de montagnes disposées en rayons autour d'un centre ne pouvoient être des laves produites par un volcan , parce qu'elles n'auroîent pu s'étendre aussi loin de leur cratère sans se refroidir. Celles de Tycho occupent au moins un tiers 'de l'hémisphère de la lune , c^est-à-dire deux ou trois cents lieues. La terre, qui est soixante-seize fois plus éteàdue, et dont l'Océan est beaucoup plus grand que toutes' les mers de la lune, n'a pas de volcans dont les* laves • aient seulement trois lieues de rayon. D'ailleurs ces chaînes de montagnes divergentes se ressemblent en rien à des matières volcaniques. J'ai vu la lune, k File de France, dans une lunette de vingt pieds : elle me parut presque partout d'une blancheur éblouissante , et semblable à un bain de chaux éteinte, couverte en grande partie de bulles rondes, rangées ptès à près à la suite les unes des autres, copime des jetons comptés sur une table j il me parut même que plusieurs empiétoient les

DE Li. HATURE. 38 1

unes sur les autres. Ces bujles n^<^toient point ^n creux ^ comme celles d'un bain de chaux ^ mais en relief et évidées dans leur milieu ^ avec un petit piton à leur centre. Elles ressemblent au chaton d'une bague d'argent^ doutTentou-* rage et le milieu seroient en relief^ etTentredeux creusé, ou plutôt au disque d'une fleur' entourée d'un seul pétale. Quant à la disposition de ces montagnes entre elles, j'avoue que ]e n y ai pas fait une grande attention , et j'en suis bien fâché; mais je ne soupçonnois pas alors qu'il pût y avoir quelques harmonies dans les montagnes d'une planète , puisque les naturalistes même n'en admettoient pas dans les pétales des fleurs, qui sont des corps organisés* Au reste, de toutes les descriptions que j'ai lues de la lune , je ne trouve que celle du P. Bec<» caria , qui se rapporte à ce que j'ai vu ; en*core n'ai-je eu qu'un foible aperçu de sa relation , ainsi que de cette planète. Selon lui, la plupart des montagnes de la lune s'arrondissent ^n rentrant sur elles-mêmes , et renferment une vallée ronde , au centre de laquelle est un monticule. Uidée que cet habile astronome nous en donne , est d'autant plus digne de confiance , qu'il est, je crois, le premier qui ait découvert le volcan soupçonné par Hévélius dans le lieu appelé mont Porphiiite , parce qu'il paroît lou-

3821 HAimoinÊs

jours rouge. Herschell^ depuis^ en a va troiJ dans cette planète* Cependant je ne pense pas avec Beccaria que ces montagnes^ évidées dan$ le milieu avec un piton ^ et qui forment de longs rayons à la suite les unes des autres^ soient des layes^ ni même des volcans éteints; car leurs laves y et leurs cratères noircis par le feu y ne rendroient pas une lumière aussi vive et aussi blanche. Les terres lointaines^ comme je Tai dit ailleurs , apparoissent sombres : ce sont les eaux et les sommets des monts couverts de neiges et de glaces qui resplendissent. Je crois donc que ces montagnes qui rentrent sur elles-mêmes y et renferment une vallée ronde avec un monticule au milieu , sont de véritables réverbères dont les axes sont tournés vers la terre. Sans cette direction , nous ne verrions pas l'intérieur de la plupart tout à la fois> comme nous le voyons dans la pleine lune 5 le plus grand nombre de leurs foyers fuiroit en perspective sur la sphéricité de cette planète. Je crois donc que ces montagnes» si lumineuses^ qui ont dans leur centre une vallée et un monitcule , sont si élevées , que leurs, sommets sont toujours couverts de glaces , et cette température est très-vraisemblable ; car y outre que leur atmosphère s'élève peu y elles ont plus de trois lieues de hauteur^ ainsi que l'ont observé Gassini et Riccioli. Elles

DC I.A NÀT0RE. 383

Mnt si hautes^ qu'elles foHt paroitre le limbe de la lune dentelé comme une grosse scie. C'est par une des profondes yallées de sa cir-> conférence^ disposées en réverbères par rapport à nous^ que l'Espagnol dom UUoa, enob* servant l'éclipsé totale du soleil le 24 juin 1778 ^ aperçut un rayon du soleil, très-vif, qui passoit par ce profond ravin , comme par un trou»

Je ne peux me lasser de le répéter , c'est donc par une admirable loi de la Providence^ que, pendant que les planètes tournent sur elles *« mêmes autour du soleil pour répandre ses rayons sur toutes leurs surfaces, les lunes, qui renvoient ses rayons à leurs planètes, ne tournent point sur elles-mêmes, parce qu'elles dérangeroient à chaque instant les foyers de leurs réverbères. D'un autre côté, si ces foyers nétoient pas rangés sur le même hémisphère, et perpendiculairement à la planète qu^ils éclairent ^ il n'y en auroit qu'un seul de lumineux pour elles.

Il ne faut pas croire que la lune ne serve qu'aux besoins de la terre, et qu'elle soit ellemême dépourvue d'habitans. Elle a de l'air et de l'eau, comme nous l'avons vu, puisqu'elle a des volcans, et elle a des végétaux et des animaux ; car ce sont leurs détrimens que les ri-« vières charrient sans cesse dans le bassin des

384 ^ BÀRHONIES-

mers qui foiirnisscnt les huilfô, les bitumes et les soufres qui servent à Tentretien de ces feux marins situés^ par toute la terre, sur le bord des eaux. Nous ne pouvons rien dire sur la nature de ces végétaux et de ces animaux lunaires, qui doivent différer des nôtres à beaucoup d'égards. Ceux de l'Amérique ne ressemblent point a ceux de TEurope , à plus forte raison ceux d'une autre planète. Quelques degrés dn nord au sud en montrent sur notre globe de genres très-différens; ceux de la lune, qui éprouvent alternativement des jours et desnuits d'un demimois consécutif, doivent avoir des caractères particuliers. Les pythagoriciens , qui de tous les philosophes de l'antiquité ont le mieux connu la nature, prétendoient que tous les astres étoient habités, et que les plantes et les animaux de la lune étoient quinze fois plus grands que les nôtres. Us concluoient sans doute leur gran-> deur de la durée des jours de leur planète. Mais, à raisonner par analogie, nous ne voyons pas que les herbes et les oiseaux du Spitzberg , qui éprouvent des jours de deux et trois mois, soient plus volumineux que ceux de la même espèce qui sont dans des latitudes où le soleil est moins long- temps sur l'horizon. A la vérité, les énormes baleines et les ours blancs monstrueux de ses rivages ) ainsi que les grands sa-

pîos du Nord , pourroient motiver en quelque sorte l'opinion des pythagoriciens. Quoi qu'il en soit , nous ne devons pas douter^ que les plantes de la lune ne portent des fleurs faites autrement que les nôtres^ puisque leurs pétales sont des réverbères du soleil. Nos roses , qui ne vivent sur la terre que depuis son aurore jusqu'à son couchant 9 doivent briller quinze jours sur le sein des bergères. Beaucoup d'espèces d'animaux doivent y veiller et y dormir alternativement un demi-mois. Il y a apparence que plusieurs espèces d'oiseaux et de poissons fout le tour de cette planète avec la lumière du soleil. Comme elle n'a que deux mille trois cent quarante-six lieues de tour^ ils en peuvent venir aisément à bout en un mois en en faisant soixante-dix-huit par jour. I^es hirondelles^ les frégates^ les marsouins et les thons ^ voyagent avec plus de vitesse.

Il n'est pas douteux que cette planète ne soit habitable aux hommes, puisqu'elle est à peu près à la même distance du soleil que la terre. Ses montagnes ; trois fois aussi hautes que les Cordillères ; leurs vallées rondes ; les pyramides de deux ou trois lieues de hauteur qui en occupent le centre, doivent offrir une multitude de températures très -variées et des points de 3. a5

396 HÀnmoNiEs

Yue ravissans. Leurs sommets $t Couvrent sans doute de glaces peudaut des nuits d^ua demiiDOÎSy et ces glaces se fondent pendant des jours d'une égale durée. Leurs eaux doivent se rassembler autour de leurs pyramides centrales , et y former des bassins circulaires qui en reflètent les différens aspects. Ces lacs, par leurs vapeurs y couronnent de neiges les sommets de ces rocbers y et ces neiges en fondant fournissent mille ruisseaux aux lacs qui entourent leurs bases* Quand, après une longue nuit, le soleil commence à en éclairer les cimes, ainsi que celles des montagnes environnantes, il en résulte tout à coup la plus magnifique illumination. On en aperçoit , avec le télescope , quelque effet de la terre; car, dans la nouvelle lune, on voit les premiers rayons de Tastre du jour y passer rapi- <iementdepic en pic, et les glaciers étinceler successivement comme des grains de poudre qui s*enflamment Tun après lautre. Ces feux naissans qui brillent au-dessus de ces profondes et som-> bres vallées , y paroissent comme autant de nouvelles aurores; mais quand, au bout de quelques jours , le soleil y fait sentir toute son action et qu'il en éclaire tous les entonnoirs , alors des gerbes innombrables de sa lumière, reflétées par les vallées, les eaux et les glaces, font

DE Là NÀTÛtlË. 387

totiler des milliers de cascades de ces haute urs« Les lacs répètent leurs reflets ^ et les échos leurs murmures.

Ces admirables harmonies des neiges et de la verdure , de la lumière et des eaux^ des bruits et de la solitude^ dont nous voyons quelques images danslesÂlpes^ n'ont rien d'aussi merveil** leux que le tableau du même genre que présente une planète entière. C'est alors que ses habitans, séduits par la longueur de leurs jours et les beautés innombrables de tant de sites difFérens > se laissent aller aux couransde leurs ruisseaux et aux flux de leurs méditerranées. Les heureux insulaires de la mer du sud voguent d'ile en ile, ceux-ci voyagent de lac en lac jusque dans l'océan commun qui en réunit les eaux^ et aux golfes duquel nos astronomes ont donné des noms : mais quand le soleil s'éloigne d'eux , alors ils retournent dans leurs habitations ^ à l'aide du reflux de leurs marées. C'est en ce moment que la nuit et le silence viennent régner sur leur hémisphère. Les sommets de leurs rochers se couvrent de neiges nouvelles; les cascades de leurs ruisseaux , frappées de congélations , restent suspendues sur leurs flancs tThiver est sur leur tête; mais l'été est à leur« pieds ^ au fond de leurs entonnoirs. Les feux d'un grand nombre de volcans brûlent au sein de leurs lacs^ et

388 HAABfONlES

jettent encore de brillantes clartés. On ne peut plus en douter, Herschell^ avec un télescope qui grossissoit seulement trois cent vingt fois, a découvert, le 22 octobre 1790, dans une éclipse totale de lune, au moins cent cinquante points lumineux de couleur rouge. D'un autre côté, la terre, éclairée à son tour par le soleil , leur renvoie quelque portion de sa lumière, non aussi vive que celle de la lune sur la terre, mais plus étendue; car ils la voient sous un diamètre quatre fois plus grand que nous ne voyons leur planète. Quoique la terre tourne, ils en aperçoivent toujours le limbe resplendissant par des mers ou des monts à glaces ; car les premières harmonies des montagnes sont solaires et sidérales, afin que les planètes soient visibles les unes aux autres. Ils en distin* guent les divers océans, les longues chaînes glacées de FAtlas, du Taurus, de Tlmaiis et du Thibet, qui vont d'occident en orient, et celles des Cordillères qui vont du nord au sud, et surtout les coupoles immenses de glaces qui font rayonner sur ses pçlcs les aurores boréales et australes. Il y a apparence qu'ils ajoutent à ces douces clartés l'usage du feu , dont la nature les a favorisés , comme nous^ en en plaçant les foyers dans leurs volcans. Lc^ peuples de notre zone glaciale ne dorment pas

i)K LA TïATunE. SSg

toujours pendant leurs nuits de trois mois. C'est sans doute pour que l'homme pût suppléer à l'absence du soleil^ et habiter toutes les latitudes de la terre , qu'ejle n'a donné qu'à lui seul la puissance de disposer du feu. Cependant si slon sommeil n'est pas en harmonie avec l'absence journalière de l'astre du jour, il paroit l'être avec son absence annuelle. Dans sa première enfance qui dure six mois , il dort ^ pour ainsi dire, pendant tout ce temps, qui est le même pendant lequel le soleil cesse d*éclairer un des pôles de la terre. Sa décrépitude n'est, comme sa naissance, qu'un crépuscule aussi long que la nuit du pôle opposé. Les alternatives de veilles et de sommeil qui remplissent les intervalles de sa vie semblent réglées sur les longueurs des nuits des zones tempérées et de l'équateur. Comme la nature a varié pour l'homme ses harmonies à l'inlini , et qu'elle les rapporte toutes à celles du soleil, il est possible que les habitans de la lune dorment un demimois de suite. Ils sont livrés sans doute à des songes agréables, produits par des spectacles ravissans,qui pendant quinze jours consécutifs doivent leur faire des impressions profondes. Quoi qu'il en soit, les anciens croyoient , avec quelque sorte d'apparence, que la lime étoit le séjour des songes , et que c'étoit là que les âmes

des hommes alloient après leur mort. Cest en suivant cette idée qu'ils lui donnèrent le nom d'Hécate, et qu'ils la firent présider aux Enfers. En effet, elle est la reine des nuits et de l'hiver, qui sont en quelque sorte des morts passagères de la terre. Il y a plus, soit qu'il y ait dans notre cœur des sentimens innés des lois de la nature, qui nous en donnent la conscience avant que notre esprit en acquière la science, comme nous en savons qui nous donnent celle de nos organes et de notre existence bien avant que nous puissions en raisonner; soit qu'il émané encore des astres d'autres qualités que celles de leur lumière , de leurs couleurs et de leurs attractions , il est certain que tous les peuples ont regardé la lune comme un astre qui influoit sur la naissance, la* génération et la mort de tous les êtres. Elle est la Vénus des insulaires de la mer du Sud , qui la célèbrent dans leurs chansons. Les Grecs et les Latins l'invoquoient» pour les accouchemens, sous les noms de Lucine et d'Ilithye, et enfin, pour la mort^ sous le nom d'Hécate. Il y a en effet dans sa lueur bleuâtre je ne sais quoi d'amoureux et de funèbre , de vivant et de mourant , de concordant à la vo-* lupté et à la philosophie. Elle semble nouer et dénouer à la fois les liens de la vie ; elle vivifie les eaux par ses rais lumineux, et elle ensevelit

DE LÀ NATURE. SqI

les monts et les forêts sous le crêpe de la nuit qu*elle rend visible. C'est a ses diverses phases que les poissons s'abandonnent aus: courans de rOcéan pour se reperpétuer, et que les bêles féroces sortent de leurs déserts pour chercher de la proie. Ce n'est qu'à ses douces clartés qu'on peut rendre une scène d'amour très-touchante, et animer les tombeaux , et si j'ayoîs à peindre les adieux d'Andromaque , je les placerois sur les mêmes rivages^ et je les éclairerois de la même lumière nocturne que les funérailles d'Hector.

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