JAC
Je toiis dtraî donc que la cour est remplie dWidité et de corruption; tnéfiez-vous au^sî de tous les geûs de ce pays, Turcs , Maures , «loirs j et , jusqu'à tos marchands et consuls européens , tous sont des fripons. *
LE Père; ieronimo.
Je Ta vois déjà ouï dire.
JACOB
Avéi-vous apporté ayec vous des fonds concidérabies ?
LE PÈRE JEKONIMO.
f^ n'« f^mbarquë avec moi que êe qui m'étoit nécessaire , avec les présens pour Tempe-^ reur et pour .son mmistre ; mes deniers sont bien peu de.cbo&e pour l'étendup de «m mission; ils doivent n>e parvtoir par k« jtiiiii de Livourne.
JACOB
Vos Pèrt* ^ont fort Men de ne pas les adresser à yos marjchaçds ta à. vos confuls, car ils s'en servent dans leur commerce, et ne remettent- aux esclaves ni lés secours ni les lettres que ïeiirs parens leur envoient (i). Fietl
d)^p* XYII.
Sis HiuxoifiES *
Yoas anx juifs : car ^ malgré la mauvaise repu-* talion que les chrétiens leur donnent en Europe , ils conviennent eux-mêmes qulls ne laissent ici aucun de leurs frères dans l'esclavage ; qu'aucun d'eux n'y mendie son pain, et que, si un de leurs marchands est ruiné , ils lui rendent son bien jusqu'à trois fois pour le rétablir dans son premier état(i).
* LE PÈRE JERORIMO.
La charité est de toutes les cpmmtmions : elle est plus que la foi y dit Saint Paul.
JJLCOI.
. En quoi consistent vos présens pbar l'empereur ?
LB FÈR& JERONIMO.
Gomme il est vieux , et que les vieux princes sont sujets à s'ennuyer
JACOB
A.s'eunuyçr? bien vu, bien ru.
LE pftRE jEEONtaiio y asfec un peu de gaité.
A s'ennuyer, et à compter ,les heures ^ nous avons cru qu'une pendule, l'amasetoit.
(i) Vo jes U RshUon de la captivité ilu sieur Mouette, ohap. XVII.
DB XA. NATURE. : 5l3
JÀGOI.
A lûerveilte. /
LE PÈRE JERONIMO
En conséquence^ nous lui en avons acheté une y qui marque depuis les secondes jus* qu'aux siècles.
JACOB
Ah I voilà qui ' est beau !
LE PÈRE JEROKIMO.
C'est un présent magnifique : nous avons fait peindre ses victoires par un religieux dcihotre ordre , un des plus fameux peintres d'Italie.
JACOB
Ses victoires ! il les verra avec grtod plai-
sir.
LE PÈRE JERONIMO»
Le croyez-vous?
JACOB
Rien n'est si certain. '
Le père jerohimo. ;
C'est moi qui en ai donné l'idée«
JACOB
Elle eit d'un homme d'Un g^and esprit et qui connoit bien la cour.
LE PàaS JERONIUO*
Nous avons joint à ce présôit '"jiiiiAears portraits.
> JÀOOB.
Gonkineat! ne'stVez«tou& pasqde-sa'KlIgion lui défend d'avoir des figitrés dans Mn palais?
LE PÈRE JEROZIIHO.
Pourquoi cela?
JÀCOB»
A<ianse de l'idolâtrie. Quels sont ces portraits?
LE PERE JERONIMO
' Ce sont ceux de plusieurs têtes couronnées dé l'Europe.
JÀCOB.
Oh! il n'y en a guère qui méritent d'être idolâtrées ; la plupart sont la terreur du genre humain.
LE PÈHt^ iFËl(Ôlfl^O.
Il y a le portrait de Louis XIV en pied.
Il plaira à notre 'eihpereur: c'étoit un grand Roi;» Henri IV àuroii été préféra x:epeïidant. Aycz-vous celui de Fempereur de Russie?
DE LA NATURE. Sl6
Non.
JACOB
Xen suis fâché : c'est celui dont il auroit
fait le plus de cas. Pierre I«' n'a fait la
' guerre que pour Sa d^feÀs'e^ et il hh ^bctupa
' fju^à civiliser son empire, en y appelant ''cfes
liommes de tous les états et 1de tbiftes les
religions. '* ' ''
LE PÈRE JERONIHO.'
Ce prince n'est pas de notre communion. Mais ')'ai les portraits des plus belles reines de * FEuropè. Comme Tetupercur aiçie les l>elles femmes , celles-ci lui seront fort agréâiBltfs : elles ont une carnation à éblouir j elles sont ronges comme des roses, et blanches côVnme des lis. ? '
JACOB
Pour le coup , tous vous êtes trompe ; Htftre , empereur n'aime que les femmes noires: ' '
LE PÈRE JERONIMO
Est-il posjsihle?
JACOB
Rien n'est si vrai. Songez que vous ètes; en
Afrique , ^ où tout est à l'opposé de l'Ei
LE PÈRE JEROimiO.
aoui n'jr avons pas pensé.
5l6 HAAMOICIES
JACOB
Sont-ce là tous vos présens pour la cour?
LE PÈRE JERONIMO
J'ai aussi une lettre de félicitation du pape^ adreissëe à l'empereur sur ses victoires ; mais ^ parce <pie je ne peux pas déployer ici un assez grand caractère pour la 'présenter pu* bli({uement, je ne dois la montrer ^e sui« vaut ks circonstances.
JACOI^
Est-ce que le pape écrit aux princes mahométans?
LE PÈ&E JERONIMO
Oui> il écrit quelquefois au roi de Perse; à l'empereur des Turcs, et même à des rois païens y quand ils sont Tictorieux et puîssans, scfin de {ÎGM^iliter dans leur pays l'établissement des missions.
JACOB
Vous ferez bien de ne pas montrer votre lettre à notre empereur^ il est trop ennemi des chrétiens ^ il fait plus de cas de leurs lettres de change que de leurs complimens. Est-ce tout? ■
LE PÈRE JEEONIHO.
J'ai quantité de baromètres et de- thermomètres de Florence.
DE LA NATURE. SlJ
JACOB
Tout cela est de peu de yaleur ici.
XE PÈRE JEROMHO.
JTai des miroirs de Venise ^ des savonnettes de Gênes ^ des gants parfumés de Rome^ et des eaux de senteur de Naples.
JACOB
Cela est bon pour le sérail ; tous avez bien fait : on ne réussit que par les femmes. !N^ayez-TOUS pas de belles armes?
LE PÈRE JERONIMO
Ten aurois apporté y si ce prince n*étoît en guerre avec l'Italie.
JACOB
Vous devez avoir de bon vin.
LE PÈRE JEROKIMO.
JTen ai d'excellent^ de Monte-Pulsiano et de Lacrynut-Christi. Quoique ce prince soit Ma<hométan ^ nous avons pensé qu'il buvoit quelquefois du vin.
JACOB
Fort bien; mais il faut le lui donner en secret : autrement il ne Taccepteroit pas ; il faudra le lui présenter comme remède d'£u*-
sis HAltMOiriES
rope. Je Ten ferai prévenir par son médecin , qui est de ma religion et mon intime ami.
* LE PÈRE JERONIMO
' Je Tous aurai une ^ande obligation..... J'ai aussi apporté pour Ëmpsael une lunette d'approche pour la mer^ avec un excellent télescope.
JACOl.
. Il n'en TOtidra pas« Entre nous y c'est une es*
pèce de sauvage ; mais ne vops en effrayez
point , je lui parlerai en votre faveur.
• «'il t . .
LE PÈRE JERONIMO
J avois aussi pour sa femme un collier de perles ; vous savez qu^elle Fa refusé.
JACOB
Vous me le donnerez et je m'en chargerai.... Je ne crois pas que vous obteniez rien d'Empsael ; mais quand vous serezàMaroc^ je vous ferai avoir du crédit auprès de l'empereur : vous aurez lé choif des esclaves de votre pays; je vous donnerai d'abord la liste des personnes auxquelles vous devez faire des préseos. Il en £ak.ut poar le ÇQ^uverneinr dIAguer où ]vous avez ilébar^é ; pour ip^ çrand douanijir ^e ce port^ giil^de m^ r^iliSÀ^nippurle^porders du pfidais de Maroc i pour le médecin de l'empereur j pour 1«
DE Tuk VATIIjEip. 5f 9 ;
commandant de la garde noire ; pour la sultane noire ^ qui .est la favorite^ et pour, sa première femme, de chambre^ qui est une blanche, Yous^ saves^* ce qiie c'e^t que la cour. !
Tout cela Ta épuiser mes deniers.
J^COB
Je ne tous demande rien pour moi^ je vous le répète; je yeux vous servir gratuitem^snt;. je vous logerai dans ma maison à Maroc.
LE PÈRE JEROI9IHO.
Seigneur ^ )e suis confus de vos boqtés«
JAÇOS.
Je vous changerai gratis votre argent en monr noie du pajs.