‹ Harmonies de la natureChapitre 42 sur 49 · EMPS4EL · texte numérisé non relu

EMPS4EL

X^ ^e crois donc ps^s à la justice d^ Pieu ?

ACHTtfET.

Non^ je ne crois qu'à la force des hommes; c^st par elle seule qu'ils se gouvernent.

Homme: sans loi , i^e vois-tii pas qpne k ciel i mis. U pujaitioft des JEuropéen» sur 1^ rrliTAge de l'ÂfrÂqnoTi U m'a. donné sus eux ua plus gcai)d degré de puissance qu!à ici , pasce t|nfL j'uoispliia à m'enyplaindrei... Songe à^ve

retrouYer mes deu:^ e^eUves fugitifs^ morts ^uvifs-

ACHMET

Je n'y sais qu'un w)yePi c'est de faire donner la question à tous les eççl^yes du camp. Je les forcecai bien de me dire o\\ sont leurs compagnons; fy emploierai la faim^ la soif ^ le fer et le feii.

JAC09, à Jpmpsael.

' Scâgneipr , si v.ous me permettez de dire mon aTÎs^ ce moyea^n^est pas sûr; il yaut mieux profOMt une bonne séoompenseà cehii qui les dsnaattra : on punk résister aux «ourmens /mais on Qfi léfiiste point à Fsirg^ens.

ÏMPSAEL.

' Je laisse ^uf !Çuropeens la cruauté et Ifi cor* iruption envers leuxs ennemis : je ne fais aux miens qu'iine guerre Ipyale ; j'emploie ]s^ force contre les Ibjts , et la justice contre les foii)les. ( ji Achmet ) Va chercher mes deux esclaves; garde-toi surtout de leur faire du mal. Il est naturel au captif de chercher sa li-berté*: qiiaBd il SréQhappe, son' ^aindieA seul est oonpfMtt. Çnrtouif menais Peaclave noivi res^ ^psote^ jusque dans les fors, les hommes do np couleof «

538 HAaMONIBS

ÀCHMET.

Seigneur ^ vous serez obëi de tout point. ( H sort.)

Parlons maintenant en liberté. Coniment se porte notre victorieux empereur?

JACOB

Seigneur^ je Tai laissé en pleine santé, a mon départ de Maroc. La plus paisible vieillesse couronne sa glorieuse vie. U passe près* que tout son temps dans une de ses maisons de campagne , ou à Fombre d'un bois* d'orangers; sur le bord d'un ruisseau, il donne audience à tous ses sujets, noirs ou blancs»

EMPSAEL.

u a plus de quatre-vingt-dix ans. Quand, danls la lune du Ramazan, je lui demandai la permission de venir respirer quelque temps près de mon pays natal , il étoit plein de vigueur : je le laissai rempli de bienveillance pour moi.

JACOB

niait, comme vous, ses délices de la vie champêtre; il semble qu'elle prolonge ses jours. Quant à sa bienveillance pour vous , vous con* noissez la cour, si sujette aux ré volutionSi. *

DE LÀ NATURE. SSq

EMPSA.EL.

Que m'y est-il arrivé depuis inon départ ?

JÀCOB.

Seigneur , j'aspirois au moment de vous entretenir en particulier : c'est le motif secret qui m'a fait entreprendre ce voyage..» Mab personne ne peut- il ici nous écouter?

Parle librement; nous ne sommes point i la cour. Aucun habitant de ces forêts n'est capable de tromper é '

JACOB

n s^est formé y pendant votre absence , de grands orages qui ont pensé renverser toute votre fortune. Si je vous en faisois le récit ^ il y auroit de quoi vous éloigner à jamais du ministère. J'en ai été dans la plus terrible inquiétude y car il y alloit de votre têty.

EMPSAEL.

On peut faire tomber ma téte^ mais non m'ôter mon courage. Dis^moi tout ce que tu sais.

JACOB

Seigneur^ Tempereur^ ralenti^ comme vous savez , par les années y ne s'occupe plus main*» tenant qu'à £dre fleurir les arts de la paix , et

à les répandre dans ses vastes conquêtes. Vo^ ennemis ont profité de ces dispositions et de votre absence pour vous perdre dans son esprit; ils lui ont représenté que votre goût pour la guerre avoit détruit le commerce dans ses états ; qu'on n'y voy oit plus d'autre argent que des monnoies étrangères ; (jue toutes les manufactures y étoient anéanties au point , qu'il n'y avoit dans ses ports ni ateliers de constraotion pour ses vaisseaux ^ ni fonderies de canons , et qu'enfin FeiB^ire tonohoit à sa puineî La savante ville de Fez, à V^quelle vooi&aTes envoyé tous les livrer, européens qui se trouvoient dans vos prises , a représenté è Tempereur que ses collèges étoient déserts ^ parce que $ies étudians s'cng^geoient en. foule sur vos corsaires ; qu'il n'y auroit bientôt plus ni ecclésiastiques, ni hommes de loi : ce qui entraîneroit nécessairement la perte do la religion et de la patrie. D'un autre côté , les Africains blancs^ jaloux de la préférence que l'on donne ici ans noirs pour tous les emplois y ont répandu hd br^it que vous vouliez vous rendre indépendant par le crédit des hommes de votre ooalenr; que, dans cette intention, vous aviez formé U gftrd^' dd Fenipereur de noâra qui vous étoient dévoués ; que- vous faisiez oonslriiire une £orjtei^esse dus. le \oifiînage. de votre pajjrs; ^m

TOUS y k^iès'ce qiic tousaTiies de plus dier| ^ae YOus rouliez profite^: de vos graades ri<ckesses, de votl'e peurcnr , de k Tieilksse dé Tempérear et de la yeuiKsse de son fils pour YOBS emparer de la couronne. ■ Les constils eu<< ropéens , pleins de ressentiment centre tous ^ enc accrédké ces lumeors par de riofaes pré^ sens ^'ik «>nt répandus dans le séraîL Enfin ^ vos fidèles noirs ^ nvâcontans de ce que voua avez ^onsé une femme bkncfae ^ disofièM hantemem qne^ méprisant votre propre «ng, et l'eaLemfde de l'empereur, dont la fanme £i-^ vérité est noire ^ vous aviez sasns doute le pro-*^ jet de voQS allier avec les chrétiens européens, La longue confiance de Mnlej IsiAail pour votis^ ébranlée par «ne conjuration aussi générale^ a été itérée au pDsM cpa/t v^ amis trembkns put craint qu'il ne demandât votre tète ava&t votre justification.

EttPSitaEL.

As-tu tout dit?

JÀCOJB.

Oui, seigneur.

EBCPSASt.

Tant que PéMpereur suivra mesmaiimeâ^ ses états seront fiorbsans. Je ne saurois trop. le ré*^

54^ liiRMOirics

péter , la politique de l'Afrique doit être oppô^ sée en tout à celle de l'Europe. Il faut d'abord laisser aux chrétiens les arts de luxe qui les corrompent : les sérails et les magasins de Maroc ne sont que trop . remplis des étoffes et des bi** )Ous que j ai pris sur les Taisseaux européens ^ BOUS n'avons pas besoin de frapper de la mon^ noie pour notre commerce; nos espèces d'or at d'argent sont en Portugal et en Espagne^ notre trésor en est plein. Quant aux arts de la guerre^ nous pouvons également nous en pas-* ser : nos fabriques d'armes et nos ateliers de construction sont en Italie , eu Espagne y en France et en Angleterre ; nos arsenaux et nos ports sont remplis de canons et de vaisseaux que nous avons enlevés à ces puissances : ils en regorgent au point que nous en pouvons faire commerce. S'il est quelques autrics arts qui nous soient utiles^ laissons ici toutes les religions libres. Tout ce qu'il y a d'illustre et de persécuté cbez nos ennemis passera la mer pour nous les apporter; nous n'avons pas besoin d'écoles à Fez : nous ne manquerons pas de gens éclairés^ tant que nous aurons des succès. Il ne âiut que d'intrépides soldats ; notre religion est de vaincre , et notre justice de nous venger. D'une part^les Maures expulsés d'£spagn.e contre

le droit des gens , et de Vautre les noirs ré« duits à la servitude en Amérique ^ contre le droit de la nature ^ voilà les deux lions qui défendent le trône d'Ismaël et qu'il doit lancer contre toute r£ujrope. Pour la victoire ^ il ne nous faut que le souvenir de nos affronts; nousf n'avons besoin d'autres armes que de nos bras ; les Européens nous fabriqueront toujours assex de vaisseaux et de canons. Pourquoi ne serois-)e pas libre de me livrer à l'amour comme i la vengeance ? Ces deux passions sont en contrepoids égal dans mon cœur. Ma vengeance a été ; utile à l'Afrique y et si mon amour peut nuire à quelqu'un y ce ne peut être qu'à moi« • Pour ce qui est de me rendre indépendant et de m'emparer de la couronne ^ tu as vu près de mes tentes y sur un tertre y une petite chaumière ; c'est là ma forteresse et mon trène; c'est là que je prends plaisir à oublier une cour orageuse. Je l'avoue y j'ai goûté quelque douceur à la rendre au-dedans digne de l'objet que j'aime y en y accumulant les fruits de mes victoires^ et à l'orner au-dehors des pavillons que l'ai enlevés à mes superbes ennemis; et s'il manque aujourd'hui quelque chose à mon bonheur y c'est que mes infortunés parens, qui ont été leurs victimes y ne soient pas les témoins d« ma gloire el de leur humiliation.

S44 «tufomcsi i

SèigMar , TMipet^ur ti*ft fèts iktéi à tehAt^ jtistiM à ta gnM^ttf de t6s tués ^t a là m6^ dérfttioii de voi désirs; Il ^tot rà^pi^ ce^ tastes COHqu^teê ùii roui TàVez si bfen serti tar là terre > lé degrë ût spléùdettr 6i ^tMis àvè« pCfTti sà ^oissànee dur la tAer , les rrcluisses im-^ neoses* que tous avé2 fait eatlrèf "dansséscoffres, la ^délité' inaltérable et robéissànce ateugle de tos comj^trimes $ et il a fait aîmiler à ses titre» dd roi de Fet et dé îilaroé et tfetnpcfear d'Affilé, cehii de seigneur de la ÔuiDée, èomm^ titi titte de {>rotectimi pour lès noirs, et plus fmtefiiel que teitti de rei et d'èAiperenn Enstiiie il a d^»gAé son dernier fils Huley IHkndet Daluibby , sotti comme lui dtuné famtife nuire y poYiV idn sticcessèur ait trâne, au pté)adiee de ses autres éufems nés de femines ' blanche^, et enfin il vous a nominê pour le fûitmet^ «ptéft'lni, dans le grand art de gônterner : tdns en recevrez Tordre inôessamment. Le choix (^'il a fait de votre personne à ea Tap* probation dû tout Fempire.

P6iir instruire le prince de Maroc, sorti du sang des anciens chérifs et de celui des noirs, il ne lui faut d'autre livre qii'une carte marine*

0E LÀ KlVtRE. <S4$

tl y verra ^ âunord de ses états, la perfide Ës<pagne 9 au sud la malheurense Guinée ^ et au couchant: les iles de l'Aniiérique; mais, pour apprendre à y lire , il lui faut pour précep^ teur l'adversité. Je a'ai rien à refuser à Muley Ismi^iël ; il • m'a captivé par ses bienfaits ; mais jamais son fils ne lui ressemblera (i) : 1^ prospérité des pères corrompt les enfans.

Si celui d'Ismaël est formé par un aussi grand

maître que vous, l'Afrique. ne manquera jamais d'esclaves blancs , ni Maroc de trésors. Il ne me reste , Seigneur , qu'un souhait à faire pour votre gloire , c'est que vous ne laissiez pas prej|4re trop de pouvoir sur vous à l'amour de 'VOti;ie épouse. Si vous me permettez de Le dire, ,eUe est d'un sang enncqii des A£ricain$. Qu^^nd vous sentirez afibiblir en vous^ par ses caresses*, .vos justes ressentimens contre les Européenfi , rappelez-vous, seigneur, les injures éternelles qu'ils ont faites à l'Afrique. Ce pays est couvert des monumens de leur tyrannie; les plus coupables de leurs peuples sont sans doute les Romains. Après avoir conqnis l'Asie et détruit

(i) La prëdictioQ d'Empsael sur Muley Dalimet Vcst vérifiée.

54^ HAAMONIES

Fempire des Juifs ^ ils s'étendirent comme tm torrent en Afrique. Rome ^ en tout temps , a fait les malheurs du monde ; Rome moderne , plus ambitieuse , captive les corps et les âmes.

Ein>SÀEL.

Jacob y je t'en remercie ; mais Zoraîde n'est pas Romaine. Adieu , laisse*moi respirer seul un moment.

JÀCOB.

Adieu , seigneur ; accordez-moi TOtre puissante protection^ et soyez sûr de ma fidélité ^ je vous le jure par Abraham.

EMPSAEL seuL

Je me suis expliqué avec trop de liberté de« Tant ce Juif. C'est un courtisan rusé ; il tourne le dos au soleil couchant pour adorer le soleil levant ; il est venu voir s'il n'y avoil pas quelque réalité dans les bruits qui couroient de moi^ et si je n'étois pas disposé à abuser de la vieillesse d'Ismaël et de l'inexpérience de son fils. Il a d'abord entr'ouvert mon cœur par des flatteries ^ ensuite il Ta rempli de fiel contre Fempereur ^ le peuple , mes amis , mes ennemis , ma propre femme , et quand il en a eu pénétre le fond^ il a fini par des sermens de fidélité.... Malheureuse condition des ministres ! au comble de la puissance ^ ils n'ont pas un ami à qui ils

puissent confier leurs peines ! Au moins ^ dans les temps de ma servitude, )e trouvois avec qui les partager. , Quand mon maître m'ayoit mis ma charge sur. mes épaules , je rencontrois toujours sur les chemins quelque compagnon d'esclavage aussi chargé que moi ; après nous être aidés à nous débarrasser de nos fardeaux , nous nous asseyions au pied d'un arbre ; nous nous racontions nos misères ^ nous parlions de de la barbarie de nos maîtres^ nous. formions des projets de yengeance ; ensuite , après nous être aidés à nous recharger, nous nous quittions les larmes aux yeux , nous serrant la main et nous disant : Adieu , mon ami ; adieu. Nous nous séparions, sûrs de notre foi, sans avoir fait de serment ; notre foiblesse nous lioit : la grandeur me met en méfiance de mes propres amis. Esclave , des inconnus me déchargepient de mon fardeau^ ministre, il faut que je porte seul celui d'un empire. Il n'y a qu'un confident digne de l'homme , c'est la femme : la nature les a faits l'un pour l'autre^ La femme a en elle tout ce qui manque à l'homme , de la douceur pour .calmer sa colère, de la gaité pour dis-* siper ses noires réflexions.; l'homme, à son tour, lui communique de la force pour appuyer sa foiblesse , du jugement pour fixer la mobilité

548 SàlLliOKIES

de son imagiiiàlioti ; 1a nature les met sans cesse dans Fheureiise nécessité de {>artager leurs plai«sirs et leurs peines ; oni y la femme est la plus t:hère portion de Tiiomme. Pendant qu'il se liyre le jour auit affaires , il se console en pensant tpie le soir il déposera toutes sie% inquiétudes ^AS son sein ^ mais lorsqu^il voit qu'nn autre homme y a pris sa place et partage son estime ou sa confiance^ à laÊiTeur des préjugés de na^ tion ou de rdigion y alors il ne reconnoît pins en elle sa moitié..». Le ^osur est tout^ le reste n'est rien.... Oni^ trouver un autre hoBune dans le coeur de sa femuie ^ c'est pire que de le trou- Ver dans son lit. Mes ennemis se sou emparés de la mienne : pendant <pie de {usies ressentimens m'animent contre eux ^ une pitié dérai* ' sonnable l'afflige ; mes viot(Mres ia ÙMt pleurer... Va donc chercker du repos contre les iotrignes des cours^ ringratftnde des peufdes et des roîs^ dans le sein de ton épouse'ï tu j trouveras l'amour de tes ancien^ tyrans , et pour mcadkres tes propres esclaves... Oh! heureux l'homme obscur qui vit seul ! Qvte )t selois lieureux à. y an sortir de mon esclavage^ la fortune m'avoît jeté seul et inconnu au milieu de cette foret ! J'y aurois vécu de la ckasse et en liberté. Ces arbres antiques , ces vallées profondes , ces

monts âpres , parsemés de fondrières et cour-* ronnés de neiges resplendissantes ^ me plaisent plus que le palais impérial de Maroc , surmonté àe ses boules d'or. Mon âme s'agrandit dans ces solitudes qui n^ont que le ciel pour toit et que Dieu pour maître* J'aime i voir ces tours enir'ouvettes ^ ces remparts ruinés^ et ce grand squelette d'upe ville européenne que le$ siècles ont dévorée; )e me plais à parcourir ces, longs portiques silencieux où fourmilloit autrefois un peuple tumultueux , bruyant et insolent; jaime à poursuivre les sangliers et les buffles dans ces vastes places où les légions romaines faisoient briller leurs armes devant les palais de leurs généraux , en les proclamant a grands cris les seigneurs de l'Afrique. César ^ avec toute sa puissance , n'a fait qu'un parc pour la chasse du noir Empsael. Les peuples ambitieux de l'Europe bâtissent de grands monumens; les noirs^ plus sages ^ n'élèvent que des cabanes. Tous les monarques de la Guinée n'ont jamais construit un édifice plus durable qu'un homme et plus haut qu'un palmier : la gloire de l'Europe est de laisser partout des tro-t phées; l'Afrique^ comme la nature^ met la sienne à les renverser. Les siècles ont vengé ma patrie de ses anciennes injures^ allons la venger de

55o . HARMONIES

ses nouveaux tyrans; allons réduire leurs flottes en cendres; rendons leurs villes semblables à celle* ci ^ et transportons - en les habitâns esclaves en Afrique ; appesantissons tout le poids de la vengeance sur ceux qui sont en mon pouvoir^ Les liens du devoir vse relâcliei|t parmi eux; à peine ils arrivent qu'ils s'enfuient; ils trouvent de la protection dans les larmes de mon épouse ! JTaimis l'ordre dans troisroyauni&s, je saurai bien le mettre dans mon cœur; l'amour et la vengeance s'en disputent l'empire : ban* nissons l'amour ; plus de pitié. Je verrai dé* sormais Zoraïde en pleurs à mes genoux sans en être ému.

( Benezet vient à passer vêtu comme un es-* claire ; il s* achemine vers la tour de César, )

EMPSAEL.

Que vois-je ? mon esclave fugitif î Holà l arrête ; qui es- tu ?

BEMEZET,

Un habitant du monde.

EBiPSAEL.

Tu es Européen , je le reconnois à ta pbysLO« nomie : où est ton passe*port ?

BENEZET^ bii montrant les plantes gu il porte à

sa rfiain.

Le voicî.

EHPSAEL.

Des plantes à la main peuvent servir- de passeport à des hommes simples ; mais les Européens se servent d'écritures perfides comme eux. Ton passe-port ?

BENEZET

Mon ami, je n'en ai pas d'autre. Des plantes utiles me font bien venir chez tous les peuples innocens et bons.

EHPSAEL.

Quelle est ta profession ?

BENEZET

La même que la tienne ; je suis chasseur.

EMPSAEL.

A qui fais-tu la chasse ?

BENE9ET

A des animaux plus terribles que les lions et aveC:Une arme. plus forte que la lance.

EMPSAEL.

Tu es donc un de ces marabouts du désert qui trompent le peuple par de vains sortilèges ? Quels sontxes animaux et ou sont tes armea ?

553 HAHMOKIES

BEICEZET.

Ces animaux sont les passions y et mon arme est la patience.

"" EMPSAEL.

Dîtes-*moi : ponrqnoi toqs retiret-Yons seul dans ces déserts ? Saylst-Tous que c'est ici \a ville des lions ?

BENBZET.

Mon frère ^ un buisson épineux^ ou les ruines d^un monument, suffisent pour me défendre des lions j mais les lions me défendent des hommes, qui sont beaucoup plus à craindre. Les lions ^e font point de mal aux hommes qui ne leur en font point; ils n'en ont jamais fait aux anciens solitaires de l'Egypte , ni à ceux de ta religion qui vivent dans les déserts,

EMPSAEL.

Vous avez raison ; mais comment vivez-vous seul dans cette forêt inculte ?

BEIfBZET.

Les arbres me donnent des fruits : le jour , je cherche des plantes dans la montagne ; la nuit, je me retire dans cette tour, inaccessible liux bêtes féroces.

EMPSAEL.

Pourquoi av6«->vou9 renoQcé au mond^ ?

BENEZET

Ct sont les hommes du monde qui renoncent au monde. Pour moi y j'en jouis tous le3 jours de ma vie ; je la règle sur le cours du soleil; je passe le printemps et Fêté en Amérique ^ l'automne en Europe , et Thiver en Afrique* Chaque jour, je me lève et je me couche avec le soleil; le jour, les bienfaits de Dieu, ré« pandus en profusion sur la terre , me pénètrent de reconnoissance , et, la nuit, sa magnificence dans les cieux me remplit de ravissement. Ami y crois*moi , la vue seule du ciel me donne des insomnies.

EMPSâEL.

Hélas ! j'ai vécu autrefois aussi heureux !.•• Mais comment pouvezr-vous vivre tout seul ?

BENEZET

Les principales actions de la vie se font seul : on dort seul j on pense seul , on souffre seul, on meurt seuL

EMPSAEL.

Pourquoi ne pas employer vôtre sagesse à servir les hommes ?

lEffEZET.

C'est pour les servir et n'en être point of-

fensé^ que je vis loin d'eux. Je porte d'un pays ù l'autre les semences des plantes utiles. Ckez les peuples riches , )e les sème dans les forets, où elles ne sont connues que d'un petit nombre de sages;- mais jejes porte chez les peuples pauvres et hospitaliers^ qui les cultivent dans leurs champs avec reconnoissance. Chenùn faisant, si je trouve des hommes afiligés des passions qui attaquent les peuples corrompus, tels que les préjugés de la gloire ou de la superstition , je tâche de les déraciner en eux ^ afin de les faire vivre en paix avec les autres et surtout avec eux-mêmes.

Faire vivre les hommes en paix ! Hommes et femmes, blancs et noirs, chrétiens et musulmans, tous les hommes sont en état de guerre. Et où allez- vous maintenant?

BENEZET

Je vais en Guinée pour y faire tomber Feselavage des noirs en Amérique.

EMPSAEL.

£t par quel moyen?

Aveq ces deux'plames.

DG LA NATUAE. 555

EMPSÂEL.

des plantes sont donc magiques ?

BENEZET

Ce sont le café et la canne à sucre. ^ C'est pour les cultiver en Amérique que l'Europe va chercher des esclaves noirs en Afrique. Je veux apprendre aux noirs à les cultiver dans leur pays^ et ^ si je les trouve dociles à mes leçons^ un jour, avec l'aide de mes frères /nous établirons chez eux des moulins a sucre. L'Amérique n'aura plus d'esclaves , et l'Europe vivra en paix avec l'Afrique.

EUPSÂEL.

Notre chérif Mahamed a établi autrefois la culture de la canne à sucre dans la vallée voisine de Tarudan. Le pays en tiroit de grandes richesses ^ mais les guerres en ont tari la source. Homme généreux, il est sublime de vouloir finir les malheurs de trois parties du monde avec deux plantes; mais vous ne connoissez donc pas les Européens? Dès que les noirs auront enrichi leurs terres par cette culture, les blancs viendront s'y établir. Au^ijourd'hui ils s'emparent des habitans, alors ils ^'empareront du pays : ils en ont agi ainsi çur. cette partie de l'Asie ^ fameuse par'leucs

S56 HARMORIES

épiceries. Il faut donc que tous portiez anx noirs, avec les arts de la paix, ceux de la guerre , afin qu'ils puissent se défendre : tout cela demande beaucoup de temps et de dépenses*

BENEZET

Je leur donnerai un moyen de défense qui ne leur coûtera rien.

EHPSAEL*

Et quel est-il?

BENE2ET

C'est de ne rien refuser à ceux qui veulent nous dépouiller.

EMPSAEL.

Votre grande vertu vous met hors de sens.

BENEZET

Mon ami; je suis dans mon bon sens, je te l'assure.

EMPSAEL.

Ne rien refuser à ceux qui veulent nous dépouiller! H n'y a pas un seul exemple d'une pareille politique sur toute la terre.

BBIVBZET.

Je fassure qu'elle fait subsister en paix et fleurir une belle population en Amérique.

I>B LA NÂTmiE. S57

empsael; Comment 1 vous ne faites jamais la guerre?

BENEZET

«Jamais. La guerre ne convient qu'aux betes féroces.

EMPSAEL«

Vous n'avez donc point de voisins ?

BEKEZET. ' -

Nous sommes an milieu des sauvages ton*^ }0urs en guerre*

EMi»SA£L.

Vous éies donc inconnus aux Européens ?

BENEZET

îious irafiqmns arec eux y et nou$ gommes Qousrmémes desceatdaas des Européen».

EMPSAEL.

Comment s'appelle votre pays?

BENEZET

La Pensjlvanîe..

Et votre religion?

•BENEZET

Le cliristlanisme.

55ft HAJIMONIES

EMPSAEL.

Le christianisme! il a &it les malheurs do, monde.

BEKEZET«

Les Européens en ont fait le prétexte deleurs fureurs; mais il fait notre bonheur en Pensylvanie.

EMFSAEIi.

7ai ouï parler de ce pays. Dieu fait donc des miracles en faveur de la vertu?

BBHEZET.

N'en doute pas , mon frère : il en fait par^ tout en faveur de ceux qui se fient en lui ; partout il prend la protection des foihles; il fait réagir contré les méchans les maux qu'ils font aux hommes. Tout homme qui a un esclave a^ à son tour, un tyran ^ ou dans sa femme , ou dansj son souverain.

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