‹ Harmonies de la natureChapitre 44 sur 49 · AI · texte numérisé non relu

AI

Mon père et ma mère.

DOlt^ OZÔftIO.

Et ^i Ta dit à ton père et à ta mère 7

Leur père et leur uïèrel

DOi^dzoVClo.

Sans doute, nous ne tenbns nik opinions qiie de la foi de nos pères. Heureux l'homme simple qui ne voit pas dans la mort plus de mal que la nature n'y eh'a'Ynîs I HéuJrèhi'qtir W élevé dans le repos du cœur et de Fespirlt!'! H' n*est pas plus en souci de sa taibri )}ue de sa naissance. Il se laisse aller à Tordre imivèrsel, des choses , sans inquiétude et sans effrqi. Heureux ceux qui sont nés parmi les peuples que nous appe- Ions sauvages : ce sont les peuples civilises qui sont les plus malheuréiix.^ L^s préjugés terribles s'emparent d'eux à ' leur 'naièsàW^^ le!; \ou^-

• DE LA IfjCTtTRE. ^71

mentent pendant leur vie et les environnent à la mort. Il en est des conditions des hommes comme des contrées où ils naissetit : plus dles sont belles y plus il ij aooumule de maux. C'est autour d'elles- que se rassemblent tous les fléaux du corps et de Tâme , les préjugés de la naissance, de-làfoitune, de l'honneur , de la superstition. O AlmiriJ tuefrplusheuin^x que moi : ton corps est esclave ; mais ton âme

est libre Oui , tu as raison y mon fils ; il ne

&ttt'pais craindce la: mort. Ea religion m^e nous l'apprend , et elle est* d'aocord) avetj< la ' nature.

ALMIRI.

Mbn père, je ne vous abandonnerai jamais je vous accompagnerai dans l'antre monde.

DOM OZORIO. ^

Comment ! tu tè férois mourir ?

AlMtllI.'

Oui y pour vous suivre.

Dfm ozomo. ,

. O Almiri I se tuer est un grand crimAd/ Ma.vie estàjiuû. * NoD^ efle est à la^société*

ALMIAI.

Qu'est-ce que la société ?

DOH OZORIO.

Ce sont les hommesavec lesquels nous vivons.

àlMOd.

Ma vie est donc à vous ?

DOM ozoaio.

Mon ; je n'ai plus, rien : ta vis et la mieime sont à nos maîtres.

ALMIRI.

Quoi I à des hommes qui nous rendent misérables ! Mon corp^ est à mon maître -, mais ma yie est à vous , car elle est à moi.

DOH ozomo.

Elle est à Diea qui te Ta donnée.

ALHIRI.

Puisqu'il me l'a donnée , je peux en disposer pour vbos.

DOH OZORIO.

Non y car il te l'a donnée sans ton area et doit te la retirer de même; d'ailleurs^ si je meurs^ tu ne peux me suivre : la mort nous sépareroit.

ÀLMIRI.

Non y la mort ne nous séparera pas ; nous vivrons et nous mourrons ensemble.

DQM OZORIO.

O mon fils ! ton amitié m'attache encore à fe&ist'ence. *

ALMIAI.

Vous avez besoin de prendre des forces; il nous faut des vivres , j'«n vais chercher dans cette chaumière.

Garde-toi d'y rien prendre j ce seroit un vol.

ALMIRI.

Dans mon pays^ les vivres sont communs entre les noirs; on ne les refuse pas même aux étrangers.

DOM OZORIO.

C'est un crime de les prendre parmi les

«blancs ; mais j'ai plus besoin de dormir que de

manger : tâche de reposer aussi ; le sommeil

calme à la fois les peines du corps et de l'âme ;

il répare toutes les forces : c'est le plus doux

bienfait de la nature.

ALMIRI.

Je ne dormirai pas tant que vous veillerex.

$74 UMMQUUS

DOM ozosao.

Je çitarns de m'endormir, à cause des bétes féroces; la lumière les diasse^ mais je n*ai pas seulement une pierre à fusil.

ALMIRI.

Oh !'il n^en est pas besoin; 'je vais allumer du feu à la manière de mon pays. Bon , voici deux petits morceaux de bois sec... Mon maître.

non azoua £h bien !

ALMiai*

Dites^moi pourquoi les bétes féroces ont peur du feu.

DOM OZORIO.

' Cesl pour assnrer la tranquillité de Phomme pendant la nuit y qœ Dieu a youhi qae le feu fît peur aux animaux qui vivent de .sang. -

ALMIRI.

Fort bien , fort bien ; mais le feu attire les mOttcbes qui vivent aussi de sang- : que direz* vous à cela ?

DOM OSBtmtQ.

Tu as Tcsprit bien' libre pour t'occuper de ces questions !

ALMIRI.

J/ai peu. d& savoir ; mais r^ondez*moi.

DE ;L^ BATCpiB. 575

Oui.

Dites-moi donc pourquoi le feu chasse les lions et attire les mouches.

Ah I 9h I

ALMiRi , en riant

Ah ! ah ! voyons avec votre grand e^r^( ^ n'allez pas me donner quelque raison comme

celle du soleil qui tourne.

DOM ozomo. Oui.

ALMIRI.

Mais oui.

j^OM o^Eio ^endorU *

Oui.

ALMIRI.

£h bieni vous ne répond^ PQS:?r Yous n'en savez pas la raison : eh bien^ je vais vous la dire. Il y a dans mon pays une mouche luisante^ qui brille la nuit comme une étoile ^ toutes les autres mouches en sont s^moncfiJl&es ; mai^^ pour s'en débarrasser , elle leur promet^ se;5^ f^\;eur5 , à^ cqn-

576 KARMOHICS

dition qu'elles lui apporteront du feu (i) : voila pourquoi^ dès qu'il y a du feu allumé , les mouches y volent de tons côtés y afin de devenir brillantes comme leur amie. £h bien ! que dites-vous de mon histoire? N'est-elle . pas jolie ?.... (// chasse les mouches ai^ec une tranche d*arbre.) Allez ^ pauvres mouches.... ne soyez pas amoureuses; ne vous jetez pas au leu^ pauvres mouches! {Il s'endort.)

{Zoraîde arrive auec ses femmes et desjlamieaux.)

ROSA ALBÀ.

Au moins ^ madame^ vous en voilà délivrée ! Quel cruel embarras pour vous si Empsael eût trouvé ici Pedro Ozorio 1

ZOaAÏDE.

Ce malheureux est bien plus embarrassé que noi , quelque part où il soit.

PETHOWlfA.

Et son pauvre noir ?

MARGX7EIUTE.

Qui est-ce dope qui a allumé ici du fen ?...• Madame , ne faites pas de bruit. Voici ces

(t) Cetre fable est tirée des Siamois*

deux esclaves qu'on cherche partout : ils sont endormisv

ZORAÏDE

Ne les réveille pas... O sommeil I tu calmes les peines des infortunés. ^

iCDSA. ALBA.

Empsael va arriver. . . . Quelle scène terrible lorsqu'il reconnoitra Ozorio^ son ancien maître!

ZOEAÏDE.

Si Ozorio lui - même apprend qu'il est au pouvoir d'Ëmpsael; il va mourir de frayeur..... ODieu!....

EOSA ALBA.

Madame^ vous êtes trop bonne. Il y a un pro* verbe bien vrai dans mon pays : « Ne voulezvous pas qu'il vous arrive de mal 7 ne faites, pas de bien. »

ZORAÏDE

. Ce sont des méchans qui ont imaginé ce proverbe. Celui-ci est bien plus vrai : « Si vous faites du mal, il vous arrivera du mal. » Ne voyez-vous pas que le mal qu'Ozorio a fait autrefois à Empsael est puni aujourd'hui par son propre esclavage?

ROSA ALBA

Vous avez raison ^ madame.

57@ HUMOSIES

Au contraire 9 youlez-Yons qu'il vous arriTe du bien? faites dn bien. Ne voyez-yons pas que le bien qn'Oaorio a fait 4 nn noir est récompensé par rattachement de ce panVre esclave? Gomment allonsHipiis fidre pour empêcher Oiorio. d'^tpç U victime de la fureur (jTÊmpwd ?

Ozorio a laissé croître sa barbe. D y a bien long-temps qu'Empsael ne Fa vu , il n'en sera pas

recq«9^ 4'«^^4*

ZOAiiSE.

Mais lorsque Empsael l'interrogera et qu'il saura qu'il ^tde Saint-Domingue , et qu'il s'appelle Ozoriq ?

BPSi ÀLBA.

Il n'a qu'à changer de nom et se dire df un au<<-

tre pays.

aûEàiax.

Il ne kut jamais tromper.

II jaut le prévenir de sa situation^ afin qu'il y pourvoie lui-même. A sa place , je me tu^pis.

ZOaAJLDE.

GénéreuseDalton, ce seroit le tuer moi-même^ dans l'état de foiblesse ou il est, que 4e lui mon-

DE LA MÂTintE. $^g

V(tf le précipice sur le bord duquel il est endormi. D'ailleurs , quand une fois on a rendu service aux malheureux^ il ne Êiut paâ leâ aBandoûûer : l'inconstance des protecteocs met le comble aux peines des infortunés.

MAHGUEIUTB.

n y a un moyen bien simple^ c'est de les faire retourner avec les autres esclaves dans la matamore y par le moyen du souterrain que Williams y a creusé. Ah I voici Williams.

vriUii^Bis.

Ces mauditf esclaves fngitifi^ ont redoublé notre misère. Lerenégat Achmec^qui les cbctdw partout , a Mi la visite dans la prison ^ oà il a découvert le souterrain que j'y avois fait. Malé-* diction sur les Espagnols !

MAUGITBRXTB.

Apaise-toi , mon cher Williams.

Le renégat attend le retour d'EnSfisael poui' faire donner la question à tous les esclaves. Il veut savoir qui a creusé le souterrain.

ROSA ÀLBA.

Mais ce bon Père de la Merci ne trouve-t-il pas moyen de le calmer ?

S80 SAftlIMtBS

WILLIAMS

n se contente) de nous prêcher la patience.

'liâaoïnBEiTE*

Et le juif portugais^ à qui madame a remi^ des charités pour vous ? '

-WILLIAMS

Cest lui qui a découve):t le. souterrain et qui en a prévenu, lie renégat r-rXe maudit requin m^envoie faire patrouille sur mer avec les gardes noirs; il a fait allumer des feux tout le long de la côte : on j décrâvrir oit une hirondelle. Je donneroîs ma vie pour savoir où sont ces demx esclaves , j'irois les dénoncer toilt de suite.

MAHGUERITE.

Ah! Waiiamsl

Gomment! ils sont cause' que fai perdu le moyen de te voir. Tu auras beau me Ssiire des signaux , ils m'ont ôté ma boussole.

ZORAÏDE

Songez qu'ib sont vos compagnons.

W^ILLIAMS.

Quoiqu'ils soient Espagnols , et que je sois Hollaadois^ madame^ s'ils se fussent fiés à moi ^ je

DE LÀ KÀTURE. 58 1

leur aurois gardé ma parole au milieu même des tourmens ; mais ils ne m'ont rien dit , je ne leur dois rien. ( // les aperçoit et s^ écrie : ) Ah ! les Toici. (^D'un ton pénétré:) Pauvres diables! Ne craignes rien , madame j foi de Batave , je ne les trahirai pas. Je vais donner le change à notre renégat y et lui faire croire qu'ils ont pris du côté de la mer. (Il court du c^ôté de la mer.)

MÂAGUËRITE.

Oh^ madame ! Williams a un bon cœUr; il noua servira.

ROSA ÂLBA.

JTespère aussi que Januario nous sera utile. Je l'ai rencontré lorsqu'il famenoit de la chasse le cheval de relai d'EiAp^el ; il m'a apprîs que son maître avoit rencontré près de la. terre de Lésa un grand philosophe ^ «mi desmalheuteux. Je l'ai prié, en votre nom, d'aller le chercher, afin qu'il nous donné des conseils. Il a pris surle-champ deux chevaux frais ;, et est retourné sur ses pas.

ZORAIDE.

Pourquoi exposer ainsi votre amant ? C'est une heure trop dangereuse.

5M HlUMOltllS

n a pris m flambeau ; les cbieiis de garde le connoissent^ il s'en est £ait accompagner; il n'a rien à craindre des bêtes féroces, H sera bientôt de retour avec le philosophe.

n arrÎTera trop tard. O mon Dieu , ce n'est qu'en toi que j'espère !

{Âlnùriserês^eUle; il se met à chasser les mau^ ches avec SAfemllt^

▲Lioai.

Allez ^ pauTres mouches.... ailes.... l'amour brùlc.

9AtT0V.

▲k! le pauvre garçon t il se ermt encore dans son pays.

^ {jébniri 4êpêrç<Ài ZoreXde et ses femmes.)

▲Lifiai.

Oh qu'elles sont belles I Suliaue ^ ayez pitié de mon maître ^ c'est moi qui l'ai égaré ; \t Fai amené ici pour y trouver un asile. Nous no vous avons fait aucun tort

ZORAÎDE.

Rassurez-vous , mon ami.

DE LA NATimE. 583

ÂLHlRI.

On nous a amenés ce matin aux tentes d'Empsael y et ce soir noits nous sommes égares sans ponvoli: i'éfrùairer noli'é pïisôti > et tiotis taourons de fatigue et dé fedoi.

IJOtt OÂORIO.

Almirî?

ALilÎRI.

Soltane , voilà mon maitf e. Il est mourant de fatigue > de faim et de soif.

Apportez- moi des rafratchissemens. Gon^ solez-^YOus , vos maux ne sont point sans remède.

BOX OZOKIO.

Ange du ciel^ votre voix me rappelle à la vie.

ZOEAÎDB.

Asseye&'-vous ^ mon père; couvrez votre âme à l'espérance.

ooM ézùÉio.

L'espérance a marché ^ dès mon enfance , devant moi sans cpiê j'aie jamais pu Fatteindre.

534 HAIHOKIES

Maintenant, parvenu à Vextrémité de ma vie , je Tai laissée bien loin derrière moi.

ZORAÏDE

n en estnne céleste ^ que donne la vertu et qui nous attend à la fin de.notre carrière.

DOM ozoaio.

Ah ! si j'avois employé la mienne ^ comme vous la vôtre , à faire le bien !

ZORMDE.

Vous en avez fait à ce noir , qui vous est si attaché ? Un verre d'eau donné à Finfortune ne reste pas , devant Dieu , sans récompense ; il ne sera pas sans mérite devant le généreux Empsael. Ecoutez ; il va arriver : il vous croit Pua et l'autre fugitifs. Le premier mouvement de sa colère est violent } laissez-moi le temps de le préparer ; vous vous tiendrez derrière cette roche j vous ne paroitrez que quand je vous appela lerai.

non OZORIO.

Oui, madame.

ZORAÎBE.

Je dois vous prévenir que , par l'effet d'anciens ressentimens des haibitans de l'Afrique cou«

tre ceux d'Espagne , il haït tous les Espagnols. S*il vous demande de quel pays vous êtes y que lui repondrez-vous ?

DOM ozo&io. , •

Que )e suis Espagnol. Je ue peux renoncer à ma patrie ; mais , pour le calmer^ j'ajouterai que je suis de Saint-Domingue. Les habitans de Maroc n*ont aucun sujet de haïr ceux de cette ile ; elle ne leur a jamais fait de tort.

ZORÀÏDE.

Ne vous hâtez pas de répondre. Si Empsael vous demande de quelle partie de FEspagne vous êtes y vous pourrez répondre : De Saint-Domingue.

DOM OZORIO.

Oui . madame.

SMl VOUS interroge sur votre profession y que lui direz-vous ?

DOM OZORIO.

Les nobles y ep Espagne y n'en ont point : le titre de noble leur tient lieu de tout.

ZORAÏDE

La noblesse est ici sans recommandation. Mais

enfin si Empsael vous demande en quoi consis-

toit votre revenu ?

5d6 HAAMOl^IfcS

BOM OEORIO.

Je lui dirai qu il consistoit dans mes terres. JTétois habitant.

tOMÀÎDt.

Vous aviez , sans doute , des noirs ponr esclaves ?

Oh^ madame! mon maître faisoit leor bonheor.

ZOAIIDE.

Si Empsael vous demande si vous étiez habitant , laissez votre noir r^K)ndre. Le juste ciel permet ici que le& blancs soient sous Fempire des noirs ^ il vous sera doux d'y avoir votre ancien esclave pour ami. Si Empsael vous demande votre nom?

Je lui dirai que je m'appelle dom Pedro Ozorio.

ZORAÏDE

n a eu autrefois un ennemi qui se nommoit comme vous.

DOM OZOAIO.

Ce ne peut être moi. Je ne suis sorti de Saint- Domingue que pour tomber dans Feselavage.

ilORJklDS.

Mais n*aviez-vous point d'autnes noms ?

DE Li. NÂTtfllE. 587

DOH OZORIO.

On m appelle aussi le grand commandetir , parce que j'étois honoré de Tordre illustre de Saint- Jacques. Je portois encore le nom de mar-^ quis de Las Yittorias y du nom <Fun de mes an* cêtreâ , qui fut un des conqnérans de l'Amérique* (On entend le son des trompettes et des tambours maures.)

ZORAÏDE y effrayée.

Retîrez^YOus. Lorsque vous le verrez en colère y ne lui résistez point. Je vous le répète ^ laissez votre noir répondre pour vous ; songez que vous êtes ici sous sa protection.

DOM OZORIO.

Et sous la vdtre y ange consolateur. (// se retire avec Almiri derrière le rocker. Petroiyna et DaUon les accompagnent.)

Petrowna et Daljton y portez-leur des rafraîchissemens^ rassurez-les. Et vous^ Marguerite et Rosa Alba^ hàtez-vous d^illuminer cette chaumière; u» jour de trHna[dfee pour Empsael doit

être un jour de fête pour zioraide ! O mon

Dieu ! veillez sur ces infortunés ; toute la prudence humaine y sans vous y ne peut que s'égarer.

S9è BÀAMOK1E9

EMPSAEL.

Console^toi ^ chère Zoraide, je retroayeraî mes esclaves fugitifs : mes gardes vigilantes, les chiens da camp, les lions dn désert, le vaste Océan , tout s'oppose à leur fuite. Je te ferai présent de l'esclave blanè : on dit qu'il garde un monie silence ; son âge et son humeur taciturne le rendent propre au sérail.

ZORAÎDE.

Ah ! seigneur, si j'ose dire, vous voulez faire mon bonheur , et vous m'entourez du malheur de mes semblables !

EHPSAEL.

Tu plains sans cesse les malheurs de mes tyrans !

ZORAÎDE.

Seigneur, si j'ai cherché à soulager vos esclaves, c>st par amour même pour vous ,. c'est pour éloigner de vous le spectacle déchirant de leurs peines.

EMPSAEL.

Que t'importentleurs peineslorsqu'il ne manque rien à ton bonheur? Des esclaves de toutes les nations de l'Europe travaillent ici pour tes plai- $irs ; ils apportent à . tes pieds toutes les pro«

DE LÀ KÂTtlUC. 589

dnctions de TAtlas y depuis ses sommets glacés Jusqu'aux rivages brûlans de la mer.

zoraIde.

Ah , Empsael ! si vous saviez ce que peut pour le bonheur le concours des riches quand ils sont bons , et des pauvres quand ils sont libres ! si vous connoissiez mon paya , et ce qu'y produit la liberté ! >

EMPSAEL.

Qu'a donc ton pays de comparable à F Afrique?

ZORAIDE.

n n'y a pas ^ comme ici , en tont temps , un dimat chaud et des arbres couverts de verdure, lia régnent de rudes hivers où' la terre se couvre de frimas; mais on n'y voit pas, comme ici , des villes sans habitans , des che- -mins sans voyageurs , des forêts dû lès arbres fruitiers laissent tomber en vain leurs fruits, des fontaines qui n'abreuvent que des lions. L'homme n'y laisse perdre aucun des bienfaits de la nature; il y recueille des moissons dan^ toutes les plaines , et des fruits sur tous les coteaux : tout y est riant et animé ; l'air y retentit partout des chansons des paysans, soit qu'ils se livrent pendant le jour à leurs paisibles travaux, soit que le soir ils s'assemblent

aa pied d'un orme ponr y danser atec les jeunes filles du Tillage. Le bonhear des campagnes j annonce l'opnlence des villes. On aperçoit les longues avenues de ces arbres <{ni traversent les plaines ^ et se perdent à Fhorizon ^ tandis que les vaisseaux jettent Fancre dans le canal des fleuves ; leurs mâts se confondent avec les saules des rivages et les chansons de leurs matelots avec celles des bergers. Cest à la liberté que les hommes de iHon pays doivent leur industrie^ les champs leur culture^ les villes leur commerce ^ la France sa puissance et son bonheur. G^est à la liberté que ses femmes doivent les grâces qui les rendent recommandables dans toute FEurope ; et ^ si je Fose dire , seigneur ^ si vous avex trouvé en moi quelques foiUes charmes ^ je les dois à la liberté y qui ^ dans mon enfance , développa dans mon âme et dans mes traits les premieralinéamens du bonheur.

empsàbl.

Tu me fais de la France une description bien touchante ! voudrois^tu j retourner ?

ZORAÎDE.

Moi y quitter le plus> généreux des hommes ! Ah I seigneur ! je vo^drois vous voir heurent ^

D9 l'A KATURE. Sgi

J6 Toudfoi^ VOUS entourer du bonheur de mou paysl

ElfPSA£L.

Les gens de ton pays ne font-ils pas dépouillée de tes biens ? n'ont-ils pas cherché à arracher de ton cœur la religion de tes pères?

ZOaAÎDE.

J'ai oublié leur injustice depuis qu^ils sent malheureux j mais croyez ^e^parmi ces hommes que vous poursuivez ^ il en est beaucoup qui détestent vos tyrans; croyez qu'il en est qui auroient soulagé vos maux s'ils l'avoient pu , )ugez-en par mes foibles. efforts pour vous les faire oublier.

BlfPSAEL.

Je ne peux rien te refuser. J'étais ton tuteur lorsque tu étois enfant, tu es le nuen maintenant que je viens sux l'âge ^ mais )0 me puis oublier la ^engoance^

ZOEAJinE-

Ce mot glace tons mes sens.

EMP&AEL.

Il embrase tous les miens. Regarde cette main, iU l'ont marquée avec le ieu. Tu.....

592 fiAAttOKlB$

pleures Ah ! tes larmes pénètrent jns^'i

mon cœur 1

zoRAÏDE. ( Elle aperçoit son collier).

Seigneur^ par ce foible vœu offert sur la tombe d'une femme moins infortunée que moi.

EMPSAEL.

Par toi-même ^ chère Zoraîde I que veux-tu que je fasse pour ces misérables ? On ne les retrouve plus ; oublie-les : ils sont en proie à la fureur des lions.

, . zoaaIde.

Us ne redoutent que là vôtre.

EXPSAEL*

OÙ sont-ils?

Us s'étoient égarés ; ils sont venus chercher un asile auprès près de cette chaumière.

EHPSAEL.

Elle les protégera : qu'ils paroissent.

ZORAÏDE

Vous m'avez promis de parler à reûropiéen avec bonté ; il a fait du bien à son esdave^

SMPftASU

Je te le jure par ce signe «acre. (// montre h ruban ifu'il a à son poignet.) Objet plut ehéri que H entîa 1 je les recevrai run et Tauti:* comme des frères malheureux.

ZORAÎDE.

Parpissez, infortunés... (^JlOzorio.) Parlez avec simplicité et franchise ; ne craignez rien : Empsael est généreux , même envers se9 en*^ nemis. O Dieu , viens à mon secours I

EMPSA£L.

Chrétien , consoie-toi ; ton esclavage est une fortune de la mer. La mer est comiae la mort ; aujourd'hui à toi , demain à moi.

DOM OZORIO.

Illustre amiral^ les fortunes de la mer ne devroient être que pour ceux qui s'y font la guerre. Je ne vous ai jamais fait de mal ; je naviguois bien loin de vos cotes lorsque vos vaisseaux m'ont amené en esclavage^ contre le droit des gens.

EMPSAEl..

De quelle nation es-tu ?

DOM OZOBIO.

Seigneur^ je suis Espagnol.

$94 Hl&MOHlES

EMPSAEL.

Espagnol ! tu es de cette nation qai^ contre la foi des traités y a chasse de FEspagne les rois légitimes de Grenade^ fondateurs de Fempire de Maroc > qui^ sans aucun sujet de plainte^ a exterminé la plupart des peuples de F Améri- ^e; qui , la première des nations de l'Europe^ a réduit en esclavage les noirs de l'Afrique pour les transporter en Amérique ; qui s'est emparée des lies et des côtes de l'Asie; qui a rempli les quatre parties du monde de ses brigandages... Tu es Espagnol ! et tu parles du droit des gens \

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