‹ Harmonies de la natureChapitre 45 sur 49 · Z0RAU>E. I · texte numérisé non relu

Z0RAU>E. I

Ah^ seigneur !

EHPSÂEL.

Je me contiendrai , 2k)raïde y je te l'ai promis. (-^ Ozorio. ) Oii alloi^tu?

npH OZORIO.

Seigneur^ j'allois sur la côte de Guinée pour y faire un chargement d'esclaves.

EMPSAEL.

Tu faisois la traite des escjaves, et tu te plains d'être tombé dans l'esclavage ! Infidèle ! Dieu est juste , il te punit par où tu as péché.

DOM OZORIO.

Seigneur; les peuples noirs de l'Afrique se

DE lA N4TtRE. 5g5

font fréquemment la guerre ^ et ils nous vendent volontairement leurs prisonniers pour l'esda^ vagç.

EMPSÂEL.

A rinstigation des Européens qui les trompent, et font naître parmi eux mille querelles dont ils profitent. Mais^ de quel droit après tout les peuples de TEurope se mêlent*ils des guerres de TAfrique , lorsque les noirs de l'Afrique ne se mêlent point des guerres de l'Europe ?

DOH OZORIO.

Grand ministre, si les Espagnols vont en Afrique chercher des noirs , c'est pour les rendre plus heureux en leur apprenant des arts utiles y et en les accoutumant au travail ; car les noirs ne travaillent pas s'ils n'y sont contraints.

BMPSAEl.

Que dis-tu ? Les noirs, n'ont-ils pas des arts qui sufiisent à leurs besoins? meurent- ils de faim dans leur pays ? vont-ils chercher les bras des Européens pour le cultiver? Quels sont les plus indolens , des blancs qui ont besoin des noirs pour cultiver leurs colonies,. ou des noirs qui tirent assez de superflu de leurs cultures pour en charger des flottes européennes qui viennent commercer sur leurs côtes ?

5^6 HAAHOIlIilS

DOM OBORIO.

Seigneur , tom atez raison ; mais les terres de rAmérique sont des terres brûlantes qui ne peuvent être cultivées par les blancs.

EMPSAEL.

De quelle couleur étoient les Péruviens et les Mexicains y ces anciens cultivateurs de rAmérique que les Espagnols ont exterminés ? N^étoient-ils pas blancs^ ou plus foibles même que les blancs? Les infatigables conquérans qui sont venus les détruire à travers les mers orageuses et des montagnes que des neiges étemelles sembloient rendre inaccessibles^ n'étoient - ils pâ$ blancs aussi? L'Europe ne peut-elle fournir aux pays chauds que de sanguinaires soldats et non de paisibles laboureurs ? n^a-t-elle de force que pour ravager la terre y et en manque-t-elle pour la cultiver?... Mais ^ dis -moi , infidèle^ la terre de l'Amérique te semble-t-elle plus brAIaute que celle de l'Afrique ^ qui noircit la plupart de ses habitam ? Ne sont*ce pas des esclaves blancs qui ont bâti les fortîBcations de Miqoenei^^ de Tafilet y de Salé et les monumens de Fet Tincomparable? nesont-ce pas trente mille hommes de ta nation qui ont élevé les remparts d^ Maroc, semblables aux rochers de l'Atlas, -sous ce vengeur de l'Afrique et ce fléau de l'Es-

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pagne (i)^ Jacob Almanzor? Ces travaux ne sonr ils pas mille fois plus rudes sous un ciel voisin du brûlant Zara , que la culture du café et des cannes à sucre sous les brises fraîches de rAmërique? Répondfr^moi.

noM ozoaio.

n n'est que trop vrai , seigneur : les esclaves blancs supportent de plus rudes travaux en Afrique que les esclaves noirs en Amérique. Ici^ on nous fait porter des chaînes en travaillant ; penda^t le sommeil même , ce consolateur des misérables^ nous ne pouvons respirer en liberté. On nous renferme dans d'étouffantes matamores.

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