‹ Harmonies de la natureChapitre 46 sur 49 · EI4P$AEI · texte numérisé non relu

EI4P$AEI

Ainsi donc^ de ton aveu , les Européens sont plus robustes que les noirs y puisqu'ils suppor«tent ici de plus grands travaux sur une terre plus brûlante que celle de leurs colonies. Avoue aussi qu'ils sont plus méchans que les noirs. Si nous ne les tenions enchaînés le jour et renfermés la nniiy ils nous égorgeroient en trahison. Perfides Européens » Dieu est juste; il se sert de l'Afrique pour venger les Africains. La plupart des Européens qui sont esclaves ici

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(i) Voyez Marmol y Histoire de V Afrique^

5q8^ harmokies

sont des navigateurs qui vont aux îles de rAniérique , ou sur la côte d'Afrique^ faire le maU heur des noirs. Vous avez porté le crime de Tesclavage sur les côtes de k Guinée , et Dieu en a mis la vengeance sur celles de Maroc

DOH OZORIO.

Sage ministre de ce grand empire^ dès les premiers temps de nos établLssemens en Amé^ rique^ nous fûmes obligés, par l'épuisement d'hommes'où nous jetèrent nos guerres ^ d'aller chercher des cultivateurs en Afrique.

EHPSAEL.

Pourquoi donc les avoir réduits en esclavage en Amérique? Étant libres, ne pouvoieot-ik pas en cultiver la terre ? Que dirois-tu si dans une ruche tu voyois les abeilles réduites à Tes- •clavage par d'oisifs bourdons^ qui se nourrissem de leurs travaux?

DOM OZORK).

Illustre Musulman, des motifs moins intéressés et plus sublimes que ceux de la politique portèrent les Espagnols à transporter des noirs dans leurs colonies. C'étoit pour les éclairer des lumières d'une religion pure; car, seigneur, si vous l'ignorez, les peuples de cette partie du monde sont plongés dans les ténèbres du fargauisme..

EMPSÀEL.

Puisqu'ilsen vouloicnt faire des frères, pourquoi donc en ont-ils fait des esclayes? Ces t pour empêcher les noirs de briser leurs fers que votre religion les consacre.

Hypocrites Européens ! ainsi vous vous jouez de Dieu et des hommes. Sous le prétexte d'étendre votre religion , vous voits êtes faits les tyrans du monde. Quand vos vaisseaux marchands ont découvert un pays riche, ils y sollicitent un comptoir. Est-il accordé ? vous y envoyez des Missionnaires , qui pénètrent dans l'intérieur à la faveur du commerce. A force de présens , ils obtiennent du souverain la permission de prêcher à ses sujets la soumission aux lois et la charité. Comme le prince et son peuple y trouvent également leur compte, vos prêtres ne tardent pas à s'y faire des prosélytes. Bientôt il s'élève des querelles entre votre religion et celle du pays. Alors vos vaisseaux de guerre arrivent, vos gardes-magasins deviennent des soldats , vos comptoirs des forts , vos chapelles des cathédrales, et vous finissez par renverser la religion et l'état qui vous ont reçus. C'est ainsi que vous vous êtes rendus maîtres d'une partie des côtes

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dé l'Asie et de ses lies ^ et que tous ayez tenté de vous emparer de la Ghiue et du Japon , ou Totre nom est en horreur.

Voilà comme tous en agissez arec les peuples riches ; mais si tous abordez chez un peuple pauTre , tous n'y faites pas tant de façons. Après qu'il TOUS a reçus de son mieux ^ tous ne manquez pas de planter stir le rivage un poteau ayec une inscription, par laquelle tous prenez posses^ sion de son pays , au nom de votre dieu et de Totre prince. Si tous trouTez quelque înconTénient à etposer Totré injustice au grand jour y TOUS enfouissez ce poteau pour le déterrer, en temps et lieu , comme un titre légitime. En cas de besoin , des miroirs y des sonnettes y quelques bouteilles d'eau-de-Tie , couTrent Toire usurpation du titre d'achat. Après aTOir enivré le souverain, TOUS dépouillez son peuple. Cest par ces moyens que tous tous êtes emparés de l'Amerique et des cdtes orientales et méridionales de TAfrique. Vous tous gardez bien d'en agir aiosichez les puissances belliqueuses, car tous êtes tyrans aTec les foibles et foibles àtrec les tyrans. Vous rampez à Gonstantinople, dcTant le grand empereur des fidèles. Ici, tos consuls font mille bassesses pour les intérêts de Toire commerce ; mab aTec les peuples bons et sim-

DE i;à VÀttniE. 60 f

pies de la Guinée , vous êtes des perfides. Dismoi^ qu'ont iaitaux Européensles pauvres noirs? Us n'ont point de vaisseaux pour voguer dans vos mers ; i]s n'envoient ni prêtres ni soldats pour subjuguer vos peuples ; ils n'ont pointbâti de forts sur vos côtes: vous êtes d'autant plus coupables^ que votre religion y émanée de Dieu , comme la nôtre , vous ordonne de traiter tous les hommes en frères.

DOM OZORIO.

Seigneuri^ on abuse des meilleures choses. Si nos missionnaires vont chez les peuples sauvages, c'est par le même motif qui y conduit les prêtres de votre religion , afin de les amener au culte pur d'un seul Dieu.

EMPSÀEL.

Chrétien , tu oses comparer ta religion à celle du Prophète ! Nous n'avons point réduit à Fesclavage les peuples que nous avons domptés ; nous n'en forçons aucun de soumettre leur conscience à nos armes. Les Grecs^ les Juifs , les Arméniens y les Cophtes , les Maronites , exercent librement parmi nous la religion de leurs pères. Nos prêtres, après avoir répandu la lumière du Croissant dans les trois Arabies et dans les îles de l'Asie, n'en ont point subjugué les habitans. Réponds-moi , si tu le peux.

6oa BÀRHOirns

ALMIRI.

Grand esprit ! mon maître est malade ^ ne Faf* fligez pas.

EUPSAEL.

Pauvre noîr ! tu me parois d'un excellent na* turel ! {A Ozorio.) Parle , toi.

DOM OZCRIO.

Seigneur ^ je tous offense en Voulant me justifier.

EMPSAEt.

Non y tu ne m'offenses pas. Ma religion m'ordonne d'entrer en j ustificàtion avec mon esclave... Parle.... Tu te tais.... Pai promis à celle à qui je ne peux rien refuser d'agir à ton égard avec bonté. Je t'offre un moyen de rompre tes fers.

O glorieux sultan^ soyez mille fois béni! O mon pauvre maître ! vous allez être libre.

EMPSÀEL.

Fidèle serviteur , tu ne parles pas de toi ? Ta m'intéresses !

DOM OZORIO.

Seigneur^ comment puis- je rompre mes fers ?

EMPSAEL.

En embrassant ma religion.

DE LÀ NATURE. 6o3

Seigneur , je ne le puis. Je tiens à celle où je suis né.

EMPSAEL.

Tu dois tenir à la meilleure. Ma religion est plus diyine que la tienne , car elle est plus humaine 3 elle nous défend de tenir nos frères dans les fers : il y a plus ^ si (i) un de nos esclaves se marie , il n^est plus tenu de travailler pour son maître. Notre loi suppose , avec raison ^ qu^il doit ses travaitx à sa femme et à ses enfans. Tu vois qu'elle est^ plus que la tienne^ conforme aux lois de la nature. Ouvre les yeux à la vérité.

noM ozo&io.

Je ne puis renoncer à la religion de mes pères.

EMPSAEL.

Tu ne te refuses à la lumière que pour boire du vin et manger du porc.

nou ozoEio.

\ Equitable Mus^lman> je' tiens à ma religion , parce que je la crois la. meilleure ; j'ai un dieu y une patrie^ unefemïne^ des enfans et l'honneur.

(i) VoycB le Voyage de Maroc et d'Atger^ par les Pères de la Trinité, en i']%^.

6o4 BAUCOiriEÂ

EMPSAEL.

Les noirs que tu enlevois à T Afrique n'ayoienti]s pas aussi une patrie ^ des amis y des femmes et des enfans?

DOM OZORIO.

Généreux Empsael , mettez un prix i ma liberté. Voyez ces bras foibles et décharnés y ces épaules écorchées du poids des fardeaux. Je suis vieux y je ne peux me faire à la servitude ; bientôt je mourrai dans vos fers y sans utilité pour vous.

mPSAEI..

Je bh la ^erre aux méchans , mais je n'en fais pas le commerce. Tu me donnerois quatre boules d'or aussi grosses que celles de la mos-' .qnée d'Abdnl Mumen (i), k Maroc, que je ne te rendrois pas la liberté. Souffre le mal que tu as fait souffrir.

nOM OJ^ORIO.

Cest la loi de mon pays qui est coupable y ce n'est pas moi. Je l'adoncissois autant qu'il m'étoit possible ; j'élois allé moi-même Jicheter mes esclaves en Guinée y afin de les transpono:

(i) n parott qa*Âbdiil*Mameii est le roi de fit la conquête de Gago par an Biriage , aiwi <|ae non» l'avonf rapporté.

DE Ui ITÂTU&E. 6o5

avec humanité sur mes habitations ^ Ou f allois tâcher de les rendre heureux.

ALMI&I.

n les rendoit heureux; c'est la vérité^ fen )ure par le soleil.

EMPSAEL*

Par le soleil !... O doux rivages de la Fa*lémé!... Gomment! tu étois habitant? Dans quel pa js ?

nOM OZORIO.

Dans Vile de Saint-Domingue.

EMPSiJBL^ entrant enjuteur.

A Saint «-Domingue ! habitant à Saint-Do* kningne 1 A ce nom tout mon sang bouillonne. Comment t'appelles-tu ?

ZORAiDE.

Seigneur , souvenezr-vous....

Parie... park... on je te foiis mourir.

nOM OZOAIO.

Je n'ai jamais pu vous offenser. Je sortois de mon pays lorsque j'ai été pris par un de vos vaisseaux. J'kabitois la partie méridionale de Saint'-Domingue ^ où je suis connu par moi^i é<^ité envers tous les hommes ; j'en prends à

CoG KARMOKIÊS '

témoîn cet infortuné compagnon de mon sort. Je m'appelle Pedro Ozorio.

EMPSAEL.

Ozorio!... cpioi! c^est toi^ nionstre! reconnois Pedro ^ ton ancien esclaye !

Alm^rx se mettant au-^dei^ant d'Empsaelj et découvrant sa poitrine :

Frappez ^ seigneur !... frappez 1... mais épar*gnez mon maître.

EMPSAEL recule de surprise en voyant un soleil empreint sur la poitrine d*Almiri ; il lui dit d'un ton attendri :

Noir trop généreux ! quelle main maternelle imprima ce soleil sur ton cœur ? dans quelle contrée de TAfrique es-tu né ? quel est ton nom ?.... Ressouvenir sacré de mon enfance et de mes parens l Infortuné ! parle.... comment te trouyes-tu esclaye de ce barbare ? Ne t'effraie point. Si ma patrie me crie yengeailce contre lui ^ elle implore pour toi toute ma pitié.

ALMIRi:

Seigneur y je suis né dans le pays de Bam« bouk j sur le bord de la Falémé ; je m'appelle Almiri; je n'ai plus de patrie^ plus de parens. llclas ! il ne me reste qu un bon maître.

EHPSÀEL y découvrant sa poitrine.

Almiri ! ô mon cher Almiri ! reconnois ton. frère Badombi. O compagnon de mes plus innocentes années! ô frère si regretté ! qu'il m^est doux de te retrouver, de revoir en toi tous mesparens, de me rappeler les bords de la Falémé y autrefois si heureuse ! Qu'on lui ôte sa <^ine ! qu'on lui prépare un bain y des habits comme les miens! qu'on lui obéisse comme àmoi! c'est mon frère!... {^Montrant Ozorio. ) Gardes, qu'oïl le saisisse, qu'on apprête des tortures, qu'on fasse rougir des fers ! Voilà le reptile qui a allumé dans mon sanglé feu de la vengeance... Ozorio'f barbare Ozorio 1 en te voyant je revois tous les crimes des Espagnols ; mon frère enlevé , ma mère morte de douleur, mon pays brûlé , mon père égorgé 5 je revois tout Saint-Domingue; j'entends le bruit des fouets, les cris et les

gémissemens de mes compatriotes Ta tête ,

suspendue sur le cap d'Aguer , cette vedette de i' Atlas, effraiera à jamais les Européens qui passent à sa vue pour faire les malheurs de l'Afrique.

ALMIRI.

O Badombi ! Ozorio me fut un père !

6oS HAAMOVIES

EMPSA£L.

n fat mon bourreau ; Q përîra.

lOftJLÎM.

Cher époux , par le tombeau de Mentia !

EXFSAEL.

O Amitié ! é yengeance ! amour ! mon coeur ne peut rajfire k wùs transport» I Je nepeux voir b douleur empreinte sur ton visage : retireloi > tu me fais monrir»

ÂLMIRI.

O mon frère 1 6 Badombi ! par le wavenir de nos premières années ; par l'amour que vous me portez , ne me refuses pas la vie de mon maître : lui seul m'a coqsolé du malheur de TOUS avoir perdu. Le vaisseau qui me sépara de vous m'ajrant amené dans l'île de Cuba^ )'y fus acheté par un habitant barbare comme tous les habitans européens* Après sa mort , je fus conduit avec les autres noirs^ pour y être vendu à l'encan. Pendant que nu ^ sur la place publique y }'étois exposé aux regards des marchands^ im Espagnol s'approcha de moi et m'acheta : il me conduisit ensuite à Saint-Domingue , dans sou habitation ^ où il m'éleva comme son fils. Ce bienfaiteur est Ozorio.

SBlPS'AEIi*

O coup étrange du sort T tn étois esclave

dans la maison de ton frère ^ et tu as été élevé

Coonne va fils dlans celle de mon tyran ! (// le àérrè dans ses bràSj étj le repoussant tout à coup avec fiifeur :) H t'aura donc rempli de sa rage pour ta religion y pour ta patrie , pour moimême ?

> àiMsa y ai^ec tendresse.

O mon frère ! mon amour pour ma patrie et pour vous est graVé datas mon cœur plus profondément que cette image du soleil^ empreinte sur ma poitrine par les mains de nol^ parens.

( // décôui^re sa poitrine. )

EUPSAEL.

Jure-le moi par ce même soleil : n'es-tu pas devenu mon ennemi ?

ALMiRX « versant dçs larmes.

yotre ennemi ! moi qui vous ai tant regretté I

ZORAÏDE

O Empsaell

(Elle se trouve màt, ses femmes accourent et la soutiennent. Empsael s* approche d^ elle et la prend dans ses brasl)

DOM OZORIO.

Seigneur 9 j'ai mérite' toute votre vengeance. Egaré parles lois de moà pays^ je me 'suis 3. 39

GlO lU&MORIES

écarté de celles de la nature; mais il n^a pas tenu à moi de réparer mes injustices enyers TOUS. A peîue vous fûtes parti de Saint-Domingue^ que je vous cherchai dans toutes les Antilles espagnoles. Je rencontrai TOtre frère dans rtle de Cuba; il tous a dit comme j'en arois agi envers lui. Je désirois ayant de mourir lui assurer de quoi yivre et lui rendre la liberté ; mais j commç la plupart des hommes ^ j'ai ea trop de temps pour £a.ire le mal^ et pas assez pour faire le bien. La Providence qui vous fit mon esclave lorsque je pouvois faire votre bonheur y vous a mb à la tête du plus puissant empire de l'Afrique y et m'a rendu votre esclave à mon tour. Vengez-vous; abrégez ce reste de jours en tput temps malheureux. La vie n'offire dans le passé que des repentirs sans le souvenir des bienfaits y et que des tourmens pour l'a-« venir sans Fespoir de la liberté.

%VLV%KSL y du ton. de la douleur^

La liberté ! •

zo^jûJiZ y revenant à elle.

ElfPSàEL.

Ma chère Zoraïde I

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