‹ Harmonies de la natureChapitre 6 sur 49 · HAAMONIES · texte numérisé non relu

HAAMONIES

pouvoir dire sans exagération qu'il n^ en a pas un seul qui n'en fasse usage : de sorte que ^ si le feu étoit anéanti sur la terre ^ le genre humain périroit. Je suppose un homme sans feu y dans la zone . torride même : il ne pour-* roit en aucune manière cultiver la terre y soit en se procurant des outils pour la labourer^ soit en élaguant les forêts et les herbes qui s'em-« parent de toutes les cultures de l'homme y et que le feu détruit ; il ne lui seroit pas possible sans feu de se tailler des pieux pour bâtir une cabane , ni même de se faire une massue pour se défendre des bêtes féroces y que la vue d'une simple étincelle pendant la nuit suffit pour éloigner de son habitation : il y a dono grande apparence qu'il ne pourroit subsister.

Mais ce n'est pas dans l'isolement y dans la solitude y qu'il faut considérer l'homme ; c'est dans la société de ses semblables^ c'est dans ces vastes assemblées qu oa appelle nations y qu'il est utile de l'étudier. Les divers gouver* nemens qu'il inventa pour se garder de lui-même^ pour se forcer à la justice et à la vertu ^ mé^ riteroient d'attirer nos regards ; cependant ils ont été Si souvent l'objet des réflexions des philosophes^ que je ne leur consacrerai que peu de pages. Je reviendrai de suite à la peintura des sentimens qui font la véritable foxoe d^

SE I<A 5ÀTimE« 4<

rhomme y parce qu'il les tient du ciel^ et que d'est par leur secours qu'il s'élève vers ce ciel ^ sa première y son unique patrie.

Les philosophes oi^ beaucoup écrit sur la barbarie des peuples naissans ^ mais je suis per • suadé que cette maladie est étrangère à la nature de l'homme ; elle n'est souvent qu^une réi^ctioa du mal qu'une nation dans son enfemce éprouve de la part de ses ennemis. Ce mal lui inspire une vengeance d^ autant plus vive y ^uela constitution de l'état est plus aisée a renverser. Ainsi les petites hordes sauvages du JVouveau -Monde mangent réciproquement leurs prisonniers de guerre y quoique les familles de la même peuplade vivent entre elles dans une parfaite union. C'est par une rabon semblable que les animant foibles sont beaucoup plus vindicatifs que les grands. L'abeille enfonce son aiguillon dans la main qui s'approche de sa ruche y mais l'éléphant voit passer près de lui la flèche du chasseur sans se détourner de son chemin. Quelquefois la barl»arie s'introduit dans une société naissante par les individus qui s'agrègent à elle. Telle fut dans l'origine celle du peuple romain y formée en partie de brigands rassemblés par Romulus y et qui ne commencèrent à être civilisés que par Numa. D'autres fois eUe se communique^ comme ane épidémie y a nn peuple déjÀ policé^ par la

cher ! Combien de meurtrissures avant de dî^ ceuier les corps durs de ceux qui sont mous ! Fout qu'il puisse distinguer l'épine de la rose y il fskut qu'il se soit piqué ; pour qu'il apprenne à ie ressouvenir de son chemin^ il faut qu'il se soit ^garé* n n'acquiert son expérience que par ses maux^ etsa science que par ses erreurs : sa raison fistit autant de chutes que son corps. Il estropie tous les mots de sa langue avant de pouvoir parler y et quand le premier rayon de Fintelligence commence à luire à son esprit ^ combien de préjugés n'adopte-t-il pas comme des vérités ! Il se modèle en tout sur l'exemple d'autrui ; il pleure s'il voit pleurer , il rit s'il voit rire. Ses principes se forment sur ses préjugés y et ses mœurs sur ses habitudes. Prévenu dans tous ses iMSoins par sa mère ^ il ne voit long-temps en elle qu'une femme chargée de lui donner à man^* ger , et de le porter sur son dos ou dans ses bras. Ke connoissant pas les maux innombrables qui menacent sa frêle existence , il n*a jamais réfléchi sur les inquiétudes de Famour maternel^ ni ressenti toutes les obligations de l'amour filial. D'un autre côté , sa mère ne pouvant le guider par la lumière de la raison ^ le subjuguie souvent par le sentiment de la crainte. Elle l'effraie par des contes de fées y d'ogres y de revenans. Rien n'est aussi crédule qu'un enfant. Ayant tout à

redouter par sa foiblesse ^ il croit à tout ce qui lai fait peur ; d'ailleurs il ne connoit de mal que la douleur , et de bien que le plaisir* Emporté par les impressions vives que font sur ses sens tout neufs des objets nouveaux y ses passions varient à chaque instant, tl aime ce qut brille et ce qui fait du bruit ; il court après na papillon qui vole ; il s^efforce d'escalader l'arbre où il entend chanter un oiseau ; il donnera son vêtement pour une poupée y et il laissera demaia la poupéequi le passionne aujourd'hui. Désireux de tout ce qu'il n'a pas^ il méprise tout ce ^u'il a. Il prend sans scrupule ce qui est a sa bien-^ séance , et donne sans prévoyance ce qui «st le plus nécessaire à ses besoins. Sans ambîtiott comme sans modestie ^ il admet indifféremment a ses jeux Tenfant du pâtre comme celui du roi« Au reste ^' confiant ^ généreux ^ gai .^ toujours ea mouvement , ne connoissant de bodheur que dans la liberté , ses amitiés sont aussi rapides que ses haines^ ses plaisirs que ses^chagrins^ et ses projets que ses réflexions.

Tel est l'homme dans Fetat sauvage. Il ignore la plupart des arts utiles à la vie. Gomme un enfant , il combat souvent avec des pierres et des bfttons. Sa langue^ stérile- comme sa raison^ ne renferme que peu de mots et n'exprime qu'un petit nombre d^idées. C'est un être ani*

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mal qui ne connoit d'autre supériorité que celle de la force ^ et d'autres besoins que les physiques. Méprisant tout ce qui est plus foible que' lui , il opprime y souyent sans s'en douter y la compagne de ses peines^ il oblige sa femme de labourer son champ y de moissonner son mals^ de lui préparer ses repas. Dans ses courses longues et fréquentes y il lui charge sur le dos ses provisions > ses petits en&ns et tous ses équipages. Mais^ par une juste réaction^ il est opprimé à son tour par sa religion; car la religion ^ par toute la terre ^ étant le refuge' naturel des infortunés, tyrannise d'autant plus les tyrans, que les femmes ont plus à se plaindre d'eux. Ce sont elles qui, par leur foiblesse et leur nombre , donnent un pouvoir redoutable à toutes les superstitions populaires. Si elles s'attroupent devant quelque rocher d'une couleur étrange, et qu'elles s'y inclinent , lés hommes s'y agenouillent, et bientôt leurs chefs s'y prosternent. C'est ainsi que, dans l'ile d'Iona, l'ancienne métropole des îles Hébrides, les chefs des montagnards éeossois prètoient serment en tremblant 'sur deux pierres noires. Sans ce serment les tribus sauvages ne se seroient pas fiées à leur conscience. Ainsi , dans nos siècles de barbarie , Louis XI, qui enfreignoit sans scrupule les Iftis de l'humanité, craignoit de se parjurer sur

DE LA HATURE. 4?

la croix de Saint-Louis. Les superstitions des tyrans sortent du sein des misérables^ ce sont des nourrices qui effraient à leur tour leurs nourrissons. L'homme , dans l'état sauvage^ est jins ému des objets qui étonnent ses sens, que de ceux qui éclairent sa raison; de-là vient qu'il aime beaucoup toutes les cérémonies d'é* dat, et les révère d'autant plus qu'il en pénètre moins le sens. Gomme un enfant, il imite toutes celles qu'il volt faire;, il se xevèt, quand il le peut y de la chemise de l'Européen j il se coiffe de sa perruque, et après s'en être paré il. les suspend comme des manitous à un arbre voisin de son village. Il est avide de tout ce qu'il voit> et prodigue de tout ce qu'il a. Il donne le pro-? duit de .ses chasses pénibles et de sa laborieuse industrie pour des grains de verre et des sonnettes. Il s'efforce la nuit d'enlever l'ancre da vaisseau avec lequel il a traité pendant le jour, et le lendemain il porte en présent le Ut dont il aura besoin le soir. Sans prévoyance., il cède en automne le terrain qu'il doit ensemencer au printemps, et ses alliances ne durent qu'autant que ses intérêts. Regardant tous les hommes coQime égaux , il présente son calfimiy^ à un* matelot comme à un amiral; et s'il admet entre^ eux quelque distinction de rang, ce n'est que

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celle de Tâge. Au reste, gai, naïf, génèrent^ totijonrs errant, il ne connott de bonheur que la liberté : un sauvage n*est^u^in enfant robuste.

Tels ont été, dans leur origine, la plupart des peuples de TEurope , et tels sont encore de nos jours ceux de rAmérique.

Dès qu\in enfant a atteint Tâge, de puberté ^ la taille commence à se former ; ses traits prennent du caractère, sa Tôix mu« et se renforce; ses yeux 'oncore Tdilés par la timidité de Ten-^ Êince s'animent des premiers feux de la jen« sesse : cet âge est Taurore de la vie. C'est alors qu'une lumière nouvelle écarte les nuages de l'ignorance. Dans l'état de nature, un adolescent pourvoit déjà à ses besoins: il harponne le poisson au fond des eaux, il abat d*un coup de flèche Toiseau au haut des airs, il atteintla béte &uVe A la course. Des désirs inconnus viennent l'agi* ter. Autrefois, un ami suffisoit pour calmer ses inquiétudes, maintenant il s'étonne de soupirer an sein d'un ami ; il cherche un cœur qui ré^ ponde plus parfaitement à son cœur : bientôt H trouve la moitié de lui-même dans une mat« tresse: Jusqu'alors il n'avoit aperçit dans une jeune fille qu'Hun être plus foiUe que lui, main* tenant il sent dans celle qu il aime une puissance supérieure & lui;^ eHe idaire son intelligenco

en la snb)agiiant^ et redouble sa force en la goumettant an ponroir de ses charmes; elle Ini inspire des lumières et des Ter tu s qu'il ne cou* noissoit pas. Pour lui plaire, il chante, il fait des yers, il perfectionne son industrie , il s'oc-^ cupe de Farrangement de son habitation, des soins d^nn- époux y d'un père , d'un citoyen. Dans son ardeur inquiète,: il observe toute la na-* ture, et il sent dans tonte la nature un Être puissant qui aime comme lui. I^n cœur se dé-» gage àts pri^jugés de< i'eniaBce et des terreurs de la superstition,- sa religion devient contante et sublime : c'est Tamour qui le ûtit homme. L'amour iait couler dans ses veines tous les feux de l'hétoisme. II est prêt à donner sa vie pour une patrie qui l'aciache par de si doux iiensj qne dis^je ! si Tol^et aim^ le lui cômmaoKle, il tentera -de subjuguer. 'Funlvers. O Pélopidas} vous ne donnâtes à- Tbèbos que dé r saintes victhms de la patries, avec un bataîUon d'a<^ mis; tous lui atiriei ^om^ des héros squi^if «aroieni étei^in an loin rèmjjpire , amcl un ba-« tailkn d'amans. .....

< Tel est tm peuple qui passe de l'étal sauvage à l'état policé. Il perfectionne d'abord tons les arts utiles^ et biëntdtilinvente les arts agréables^ Les femmes, aidées de leurs moyens', donnent plus de pouvoir à leurs charmes) elles secouent le 3- 4

5o uahmonies

joug de l'oppression domestiqae où elles étoient tetenues par les lois du plus fort. Les mœurs s'adoucissent : il se forme des associacionis de chevalerie qui s'occupent du soin de réprimer les injustices 9 surtout celles qui sont commises envers les femmes. La religion^ dégagée de^ terreurs de la barbarie, prend de l'élévation et de la majesté. Bientôt se développent tous les arts qui donnent à Tamour son empire, et qui en reçoivent à leur tour leur perfection^ la musique, la poésie, là peinture, la sculpture^ Tarchitecture, les théâtres. Les femmes deviennent le sujet et Tobjet de toutes les fêtes pu-» bliques; elles pr&ident aux spectacles ^ aux bals, aux tournois, aux exercices militaicea. L'art de la guerre qui les effraie dans les combats, leur {dait dans ses )eux ; et leurs applaudissemens redoxtblent l'ardeur des guerriers. Pour . mériter l'estime des femmes tout citoyen veut devenir soldat : l'art, de la guerre se perfectionne, la nation sent ses. forces et s'enflamme bientôt du désir des conquêtes. AloM un état a toute l'énergie de la jeunesse et !de ^héroïsme : les siècles des amours sont aussi les siècles de gloire.

Tel a été le développement de plusieurs ét^is de la Grèce jusqu'à Alexandre^ de 'Rome (où, selon Ovide^ Yémis avoit plus ^e temples «^u'en

1>E LA 1«ATUIIË« 5 1

Qiucun lieu du monde ) j^asqu'à Auguste ;i et de la France depuis François I^' jusqu'à Louis XIV.

Vient l'âge viril : le feu des passions se calme.^ L'homme^ formé par l'expérience du passé, s'occupe particulièrement de l'avenir. Son soin principal est de consolider sa fortune : il sent alors que l'argent sert plus que la gloire. U quitte les choses agréables pour les utiles^ et préfère la commodité à la magnificence ; il fait des projets de commerce et d'agriculture; il cherche à se former des alliances avantageuses et à établir sa postérité/ il n'est plus l'amant^ de sa femme, mais il en est l'épou^^,- son amour se change en estime ; sa religion s'épure , il est moins toucbé de sa pompe que de son esprit ; ses vertus >plip solides , se portent sans éclat a^i bonheur de ces semlblables. L'âge viril est l'âge de la force et de la. rabom

Tel est l'état d'un peuple après le dernier période de sa civilisation. Le siècle de la philosophie y succède à celui des beaux arts ; on sent moins, omis on raisonn^ npeux : tout est soumis à fanalyse. Les arts de goût déclinent, mais les arts utiles se perfectionnant. La forme des meubles , la distribution des maisons», la police des villes , Vagriculture , le commerce , la navigation. , tous les arts et toutes les sciences politiques font des progrès rapides. Chaque citoyen

5l HARMONIES

sent que son bonheur particulier dépend du bonheur général ; les conditions se rapprochent. La population s^accroît sensiblement ; Fétat établît au-dchrîrs deâ cofoiiiesj au-dedaris , les femmes sont plus compagnes que maîtresses. La religion dirige ses vues 'plus directement vers le bohheur des hommefe j elle gagne en services d^humanité ce qu^elle perd en cérémonies. Le crédit de la gloire diminue et celui deTargent augmente. On préfère une paix utile à une guerre glorieuse ; le repos parott d'autant plus doux que l'agitation des âges- précédens a été plus grande ; souvent même le malheur passé accélère (îèltè i*éVolution , comme un ver qui pique un fruit en rend la maturité plus précoce <Juand il ne lé foit pas périr ; corafte de longues ïnfoi^tunes, en frustrant im jeune homme des plaisirs de son âge , donnent à son jugement la perfection de Tage mûr , quand elles ne le renversent pas.

Teï est devenn ïe caractère de VA'ngleferre, delà Hollande et de la Suisse , 'après avoir longtemps gémi sous le joug de leurs tyrans. Tel commence à devenir le nôtre ^ par le bénéfice des siècles et k sagesse de nos rois. S'oppoSer à notre maturité politique, c*est empêcher cju'une fleur ne donne son' friiit , et qu'un enfant ne devienne homme j c'est vouloir- contenir toute

la scve d^ua arbre dans son tronc , et opérer dans un état les mêmes révolutions <}ui perdirent les principales républiques de la Grèce et FEmpire romain.

Enfin la vieillesse arrive y et ne laisse plus à rhomme d'autre besoin que l'amour du repos et des jouissances paisibles. Il s'entoure de commodités ingénieuses, et comme on ne les acquiert qu'avec de Targent y son ambition décline toutà-fait en avarice j il devient sédentaire; il ne va plus cbez les autres , mais il les attire chez lui. Gomme il ne voit plus que sa fin dans l'avenir, il en détourne sa pensée et la rejette vers le passé. Il se rappelle avec délices les époques de son enfance. Se$ premières habitudes renaissent. Comme ua eafant, il indiue vers la superstiyon ; il est plus ému des cérémonies de sa religion que touché de son esprit. Sa femme , de même , a plus de part à ses respects qu'à son amour; ill'environne d'étiquettes, et se gouverne, ainsi que toute sa maison^ par l'autorité de la coutume.De là vient qu'il préfère un abus ancien à une nouveauté utile. Cependant, si l'âge affoil>lit son tempérament , il y supplée par l'exactitude de son régime ; il évite tout ce qui peut ébranler sa constitution. L'absence des passions tumultueuses donne plus de liberté à son âme : il calcule avec prudence ses démarches et

celles d'autrai. Comme sa foiblesse le rend attentif à tous les événemens qui peuvent lui nuire ^ il les prévoit de loin et sait en profiter par sa longue expérience. C'est à lui qu'appartient de gouverner les membres d'une nombreuse familk.

Tel est le caractère d'un empire qui a vieilli : il ne songe qu'à se maintenir en paix^ et à attirer chez lui l'argent et le commerce desautres nations. ' Ainsi y quoique despotique par sa nature y il est tolérant par intérêt. Il perfectionne les arts de luxe , et il néglige les arts utiles. On y loue beaucoup les temps passés ; on y fait plus de cas d'une vieille médaille que d'une invention moderne^ et des fondateurs de l'empire que de ceux qui le régissent. La coutume y est tout et la mode rien. Les anciennes pompes sont rétablies et augmentées dans les assemblées politiques et religieuses. Le cérémonial règle toutes les démarches du gouvernement , et pénètre jusque dans l'intérieur des familles. La gravité devient le caractère général de la nation. Les femmes y rentrent dans un esclavage^ non de barbarie , mais de bienséance. L'esprit militaire s'afFoiblit y mais l'esprit politique se perfectionne.- Si on y est exposé aux invasions des ennemis^ on repousse leurs armes par des négociations 'y et tel est la supériorité de la sagesa^

DE LA. NATUAB. 55

sur la force y gu^un état ancien étend son autotké bien au-delà de ses domaines ; il rejette dans le sein de ses ennemis les discordes qu'ils kit préparoient , il leur en suscite à son tour de nouvelles , et s'il vient à succomber sous leurs efforts y il finit souvent par conquérir ses propres conqnérans.

Tel est Fétat de la Chine.

Cette comparaison des quatre âges de la vie d'un peuple avec les quatre âges de la vie d'un homme me semble d'autant plus juste ^ que beaucoup de bordes sauvages périssent avant de devenir des peuples par£siits y ainsi que beaucoup d'enfans meurent avant de devenir des hommes. Tel a été le sort de quantité de petites nations en Amérique et en Tar tarie. D'autres, comme des jeunes gens y se détruisent dans la vigueur de l'âge y par l'abus de leurs propres forces. Tel fut l'empire d'Alexandre, qui ne put atteindre à l'âge viriL II y en a qui parviennent tout d'un coup de la jeunesse à la caducité sans passer par l'âge mùr, comme TEmpire romain >vqai se détruisit par le luxe même qui fait fleurir l'Asie depuis tant de siècles. C'est que les Romains n'avoient que le goût du luxe^ et que TAsie en a de plus les matières pce* mières etles manufactures. Enfin il y a des états qui périssent dans le cours de leur jeunesse,

56 HAItMOIflES

par leur mauvaise constitution, comme la Pologne iCt d'autres , qui passent tout d'un coup de l'enfance à Tâge viril y comme la Russie y passa par Tinfluence du génie de Pierre-le-* Grand.

On peut reconnoitre par ces aperçus , que le caractère primitif d'une nation y ainsi q[ue celui d'un homme y est souvent altéré par le commerce de ses voisins : ainsi lès mœurs françoises ont hâté la maturité des peuples du Nord. Au fond , ce n'est qu'une réaction , car la barbarie des anciens peuples du Nord, qui ont inondé l'Europe à plusieurs époques , a retardé long-* temps notre civilisation. Aujourd'hui notre in^ fluence y est devenue plus étendue, pi us puissante et plus rapide que celle d'aucun peuple barbare 011 policé, grâces aux talens de nos gens de lettres. C'est par leurs immortels ouvrages que la langue françoise est devenue universelle dans toutes les cours de l'Europe, et c'est par la douce philanthropie qu'ils inspirent , que les peuples de cette partie du monde se rappro*^ chent insensiblement les uns des autres.

La nature tire ses harmonies des contraires ; elle fait contraster dans ce vaste corps du genre humain les âges des peuples , comme elle oppose dans une même - famille les âges de ses difierens membices. Elle y met à la fois des

enfans^ des jeiines gens> des hommes laits et

des vieillards^ afin que la force soit utile à la

foiblesse^ et Texpérience à Fignorance. Mais

afin qu il n'arrivât pas que. le genre humain fut

à la fin dominé par un seul de ces caractères ,

qui entraîner oit sa destmction^ comme il ar*-

ri veroit à une famille , qui ne pourroit subsister

toute seule^ si elle étoit uniquement composée

de foibles enfans ou de jeunes gens pleins de

passions, ou de vieillards caducs, il me semble

qu^elle a donné à chacune des quatre parties

du monde un caractère analogue à chacun des

quatre âges de la vie humaine. U me semble

de plus qu elle a imprimé ce caractère non«

seulement au territoire, mais aux peuples^

quelles que scient les périodes particulières de

leurs développemens , puisqu'elle a placé dans

plusieurs parties du. globe , malgré la variété

des saisons , des foyers constans de froidure et

de chaleur^ d'humidité et de sécheresse, qui

influent sur toute la terre, et y entretiennent

sans cesse la chaîne de ses harmonies.

Ainsi la nature paroit avoir assigné le carac«tère de Tenfeince à l'Amérique ; elle a rendu sa température en général douce et humide , telle que celle des enâms. Elle a placé une grande portion de son territoire dans la zone torride ^ mais elle la rafraîchit par l'élévation de son

sol^ par r<uiibrage des plus yastes forets qu'il y ait au monde ^ par le soufQe perpétuel des vents alizés , par une longue chaîne de montagnes à glaces^ d'où découlent yers sa partie la plus chaude les plus grands fleuves de la terre. Elle y a pourvu aux besoins simples de ses habitans par des productions végétales, qui demandent peu d'apprêt et d'industrie. Elle y a mis leur nourriture en terre à Tabri des ouragans et des oiseaux , dans les racines du manioc et de la patate ; leurs vétemens sur le cotonnier , arbrisseau qui se couvre de flocons de laine y comme une brebis; leurs meubles dans les branches du calebassier, qui se chargent de fruits cucurbités , dont on peut faire toute sorte de vaisselle; leurs logemens , sous les arcades du figuier d'Inde et de plusieurs espèces d'arbres. Là on ne rencontre que très-rarement des bétes féroces dangereuses à l'homme; mais on y voit des troupes de singes qui se livrent i mille jeux innocens; des oiseaux qui charment les yeux par les plus vives couleurs, ou les oreilles par les plus doux ramages. Telles sont les températures et les productions les plus communes du Mexique , du Pérou , du Brésil , de la Guyane, de la. Terre -Ferme d'Amérique, et des iles innombraJ>les tpii avoisinent leurs rivages. Ces vastes et paisibles contrées

DE hk NATiniE. 5g

semblent réservées à Fenfance du monde, et si j'ayois à représenter un de leurs heureux habitans dans cette passion ravissante où chaque être se montre avec son caractère naturel, je veux dire l'amour, je le peindrois vêtu de plumes , couché dans un hamac de coton suspendu à des bananiers, et servi par sa mai« tresse, qui lui présente une calebasse pleine de fruits délicieux.

Le caractère bouillant de la jeunesse semble appartenir â la brûlante Afrique. Cette partie du monde est traversée d'une longue zone de sable qui y redouble les ardeurs du soleil à son zénith. Son atmosphère embrasée y teint de noir tous les habitans et n'est rafraîchie que par des ouragans et des tonntrres. La terre y porte beaucoup de fruits qui lui sont particuliers, comme la datte,* mais ceux qui lui sont communs avec l'Europe, tels que l'abricot, la grenade , la figue , le raisin , l'olive , y viennent beaucoup plus gros que dans aucune partie du monde. Qui n'a pas oui parler de la fertilité de rÉgypte ? L'Afrique donne dans la plupart de ses régions jusqu'à deux moissons par an ; cependant ces campagnes si fécondes sont désolées par des bêtes féroces. Là, les amans n'osen^t ^e donner de rendez-vous dans les bocages, qui ;5ervent souvent de retraite à un rhinocéros . à

Co IIAUHONIES

nn tigre perfide^ ou à un buffle furieux^ ou à un lion toujours en courroux ; les voyageurs ne traversent qu'en nombreuses caravanes ses profondes solitudes, dont les échos répètent, de tous les points de l'horizon , les hurlemens des animaux qui demandent de la proie. Le berger , armé jour et nuit pour la défense de ses troupeaux , s'y exerce à une guerre impitoyable. La y sont des vengeances implacables comme celles d'Achille; là, des peuples entiers prennent les armes, et, sans projet de conquête ni de butin, massacrent des peuples entiers : hommes, femmes, enfans, en boivent le sang et se repaissent de leur chair.

Approchez des bords de la Méditerranée, TOUS verrez en opposition des villes commerçantes et tranquilles de l'Espagne et de Tltalie, telles que Cadix, Livourne , Ceuta , les États orageux de Maroc, de Tunis, d'Alger, retraites de pirates qui alarment sans cesse le commerce de l'Europe. Les guerres, les révolutions , l'esclavage, auroient bientôt dépeuplé ces contrées, si les femmes n^ étoient aussi fécondes que la terre qui les nourrit $ mais Tamour même , qui répare les maux que fait la guerre, ne fait qu'ajouter à la férocité des hommes. LA, la beauté appartient au plus redoutable : ce n'est point avec des larmes que l'aniour s'exprime , c'est

t)Ê LA NATtmE. 6l

Avec da sang. Le Manre ^ couvert d\me peau de tigre , se montre à sa maîtresse la poitrine ensanglantée et les bras percés de son poignard. Il fait de sa sultane son esclave et quelque* fois sa victime. L'Aifrîque présente dans son climat^ ses animaux et ses habltans, la force, le délire et les fureurs de la jeunesse.

L'Europe a une température semblable à celle de tbomme dans T&ge viril : elle n^a ni Vhumidité de TAmérique^ ni les ardeurs de l'Ar friquej ses campagnes soïit saffisasimettt arro^ sées par un grand nombre de rivières naviga^-* blés. Cependant les végétaux ^nécessaires i la vie bumaitie y demaddem plu6 de eulture et d'ap» prêts <p{e'dàus au ouM' autre partie du monde. Cest la qu'il iaul greffer y taâl«r \eB arbres frai* tiers y labonrer lat^re^vec de lourdes^dbarri^es ^ la fumer, battre le^blés, le^ moudre, et en pré« parer le pain par une nNiHitude tfarrs q^i ont rendit cet aliment, patiittu^e» à âes peuples 5 le plus tefhtevtx de tous ceux qui servent à la iiixbsiéthnce du -gemre hMiàin. Cest là^u^ les rivières, les celliÉfés^ lëSplames, sont couvertes de maulîhs et defabriquiss' eh tout g^iîre t rindusti*ie hufiiaine ypaMit' «dans tonte' soii énergie; L'esfîr it de rbo«tné> aWotf^îr sfes' Ibrces à proportion' 6es difficultés qlie lai ojlpôsa la na^ ture. Là, les JForêt^ ne pénisém pas inutilemébi

6l HARMONIES

aux lieux qui les om vues naître : la hache euro'^ péenne les façonne en vaisseaux qui vont naviguer sur toutes les mers. Les sciences, les arts agréables et utiles y mais surtout les arts de la puissance , tels que la navigation et la guerre j y sont dans leur perfection. Cette petite partie du monde doit au seul progrès de ses lumières et de ses forces la prépondérance qu'elle a acquise sur les trois autres. Seule , elle a sub* )ugaé TAmérique; die a établi des forts înexpugnaUes en Afrique et en Asie; elle est la seule dont toutes les puissances se lient tour à tour par des traitée y et semblent n'être que les membres d*une &mille unique. Heureuse , si ses lois intolérantes ^ et surtout l'éducation ambitieuse de ses peuples , ne les armoient pas san& cesse, les uns. contre les autres , et ne les divi^soient encore plus que les traités politiques ne les rapprodbtent. C'est là que la femme, chargée 4e l'intérêt public par les malheurs de^.peuples, détruit par l'inconstance des modes la servitude des aiiciennes iqstUutions , et par l'empire des grâces celui de la barbarie : les lois gauloises la livroient comme 'esclave à son époux, la religion ehrétienue . .la lui présente comme une compagne, mais la coutume l'a faite sou veraine« Le caractère de la vieillesse peut se rapporter à l'Asie^ la plus aiM^iMmement peuplée des quatr^.

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parties dn lùoftde. Elle réunit de plus les avantages des trois autres par la variété de ses températures; car la Cochinchiae et le royaume de Siam y sont aussi humides que rAmérique; rindoustan , aussi chaud que l'Afrique; la Perse et une partie de la Tartarie^ aussi tempérées que l'Ecrirope. En général ^ le sol y est plus élevé, le ciel plusi serein , Tair plus pur et plus sec que dans le reste du globe. La nature y a rassemblé toutes les richesses qui sont dispersées ailleurs ^ et elle y a mis , dans les productions de chaque règne , des espèces d'une qualité supérieure à toutes celles que Voa trouve dans les autres centrées du monde : icOmme si l'Asie étoit en tout genre la patrie des pères* L'acier de Damas ,- l'or et le cuivre du Japon , la perle d'Ormus^ les diamans de Golconde^ les rubis du Pégu^ les épiceries des Sloluques^ le cotcm^ ]es mousselines et les riichfis teintures de 11nde> le café de Moka^ le thé de, la Qûna^ ses belles porcelaines et ses. brillantes, soipries^ les chèvres d'Angora avec leurs douces toisons, le paon de Java, et le faisan de la Gh,ine ayi^C son plunoMjget^ enfin^ presque tout ce qui £siit. l'objet prinpjipal. des délices, du luxe et du comnferce de r£ur rope, viiem d&. l'Asie. Les Grecs et les Romaîâd en avoient tiré la pliqpart des. arbres à fruit que nous cultivons aujourd'hui* Nous en ^vc^

exporté les végétaux qui font la ricliesse de nos colonies en Amérique^ tels que le café> Findigo^ la canne à sucre : nous lui devons le ver à soie qui fait frourir en Europe tant de manitfactures; enfin, c'est d'elle quQ sont sortis les arts, les sciences, les }6is,les religions et les peuples de toute la terre. La nature semble avoir réserva cette abondance magnifique a la patrie de ses fib aînés ei des pk^es dn genre bumain , comme parvenus' à T^e' où il convient à Vhomme de ftciteîllir le$ fruils'd^ ses longs Crevaux et dVn rattsembiei: tdotes les jouissances. Si je représeiltoîs don^ ui Asiatique amoureux , ce deroil eomnàe «n patriarche airec une barbe vénérable, oottdîé sur it$ dO^a, entkutré de parfume ^ servif par^4^1 femmes eemptueuseinent veines, refs-* pectoeQses , et attentives à lui plaire^ . 'tiy^ encore dans les quatre parties d^ monde desqualilëspbjviques et morales relatives aux qutftre àge^àt taf vie que non» leur avons assi-- ^ét»i 'par eît^Uiprè, les Atinéricàins sont im^^ bisrlMi» Qdinmë dé^ enfans , tes 9lègre§ Ont pour )^»thé une espè(îri^'<kf"éoton, télq[i»e celui qù» d^Hvre h tâemen^des^âties gens. Les £ur€M péens rasenf lewr bairbe , ^Mitoiiîe de& homme? ârits-i mâi^ le^' A^atîqtves h, perr^rit longue^ dèm^é des Viefflèirdsi Us céésërvent avett lé pl»s grand respebt ee caraetèrépatiriarca)^. Le^

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]9lus grand affront qn'on puisse faire à un Asia-» tique ^ est de l'en priver, comme le serment le plus sacre qu'on puisse exiger de lui ^ est de le faire jurer sur sa barbe^ Peut-être le cKmat^ qui est humide en Amérique, brillant en Afrique, sec en Asie, est cau$e des diverses modifications de cet ornement naturel , que nous autres Euro^ péens regardons comme une superfluité incom-^ mode dans nos climats pluvieuxi. Mais il n'en est pas moins vrad que les variétés de la barbe s'accordent, dans chaque partie du monde, avec les périodes de la vie. humaine que nous leur attribuons > et se combinent parfstitement avec les autres traits de la physionomie^^ Ainsi les Indiens de TAmérique ont en général le front étroit, de gros yeux à fleur de tète, lenei^ court, dès traits peu proijioncé^; ,çe qui ^. avec leur menton imberbe , leur donpe un air de simpli*^ cité qui convient à l'enfance. Les noirs d'Afrique, avec leur mepton cotonné, ont des nez épajtés, des yeux dont le blanc, ainsi que celui 4e leurs dents, contraste durement avec la noirceur de leur visage , dont ils augmentent, la rudesse pac des balafres qu'ils se font ; ce*qui leyr donne un air violent et hardi : d'ailleurs i)s sont d'une vigourense constitution. Les Européens ont des corps très-bien proportionnés, et de beaux traits, témoins ces bciUes stjitues d^ deu^ sexes que la 3. 5

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Grèce nons a laissées, et dont je ne sache pas que ses artistes, si curieux de rechercher le beau en tout genre, aient été prendre des modèles enjftfrique ou en Asie* C'étoit, je pense, dans l'intention de montrer tonte la beauté de la figure humaine , et leur ingénieux savoir , qu'ils ont représente lant de figures sans vête* mens, et beaucoup d'hommes sans barbe, pour ne rien voiler de la beauté européenne. lEn Asie, les Turcs , les Persans, les Indiens , portent les bsrbes les plus amples qu'il y ait au monde , qui^ avec leurs grands fronts et leurs nez aquilins, donnent â leur visage une gravité particulière. Le costume est parfaitement d'accord avec ces caractères : car les peuples du Pérou et du Mexique sont simplement vêtus d\ine chemi-* $ette de C6ton; cent du Zara, de l'Atlas et de la Nigriiie , de peaux de bêtes féroces ; les Euro-» péens d'habits cotirts et justes, qui font paroi tre toute la taille; les Asiatiques , de robes longues qui la voilent jusqu'au^L pieds : de sorte que les Américains ont Pair innocent et doux, les Afrieains efiVonté , les Européens viril , et les Asiatiques vénérable , tel qu'il convient à l'enfance , à la jeunesse , à Fâge mûr et à la vieillesse.

Les plaisirs et les mœurs de ces nations sont analogues à leurs caractères. Les habitans de l'Oréuoqoè , les Mexicains et les Péruviens ,

aiment passionnément les jeux qui exercent le €oq>s, entre autres le jeu de balle ^ les Maures d'Afrique , les exercices de l'adresse , de la force et du courage^ tels que les courses de bague et les combats de taureaux, dont ils introduisirent le goût en Espagne lorsqu'ils en firent la conquête ; les Nègres > la musique la plus brnyante ; les Européens , les spec-^ tacles convenables à des peuples qui cultivent leur esprit ; les Asiatiques y les assem-^ blées où la raison s*exetce en silence , tels que les cafés, où ils fument leur pipe sans par-» ler, où ils jouent aux échecs, car ce jeu 'nous est venu de ce pays , ainsi que le trictrac des Indes. Il y a. un autre exercice qui caractérise partoujt l'esprit des nations , c'est la danse : celle des AméKcains est pantomime , car ib imitent comme des enfans tout ce qu'ils voient faire; celle des Nègres est que^ relieuse , et on y voit pour l'ordinaire deux champions armiés de bâtons ou de zagaies, qui feignent de se battre^ Le menuet règne sur les bords de la Seine et paroît la danse la plus propre à combiner à la fois les grâces d'un cavalier et de sa dame; pour les Asiatiques , cet exercice letir paroît si contraire à la gravité de leur caractère , qu'ils se croiroient déshonorés s'ils s'y étôient jamais livrés : ils aiment ce-*

pendant les danses^ surtout celles qui sont libres et voluptueuses. Pour se procurer ce plaisir , ils introduisent des baladins dans leurs grands festins^ qui durent quelquefois plusieurs jours ^ comme ceux d'Assuérus^ car le goût de la table est encore celui des vieillards ; mais jamais aucune femme honnête ne paroît dans leurs divertissemens publics. Enfin ^ on se formera une idée précise des mœurs domestiques de ces diverses nations , en y considérant le sort des femmes , qui par tout pays en sont k principe et la fin. Dans les quatre parties du monde elles ont des fonctions analogues aux quatre âges de la vie : elles sont nourrices en Amé^ rique^ esclaves en Afrique j compagnes en Europe, et servantes en Asie. .

Les mêmes nuances se retrouvent dans les gouvernemens de ces contrées. On y reconnoit* d*abord les deux puissances temporelle et spirituelle , ou militaire et ecclésiastique , qui par toute la terre se disputent la domination des hommes, et chacune déciles y a plus ou moins d'autorité suivant le degré de maturité de chaque partie du monde. Ainsi y parmi les peuples enfans de l'Amérique , ce sont les prêtres qui ont la puissance et qui gouvernent par les terreurs de la superstition. Les Mexicains et les Péruviens, déjà avancés en civilisation, avoient à

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la vérité des souverains ;t mais ces souverains y quoique très-despotes ^ étoient les premiers es«clavesdes idoles. Chez les peuples de l'Afrique ^ le pouvoir militaire ou royal l'emporte sur le pouvoir religieux. Les Nègres, quoique fort superstitieux, changent souvent de dieux et d^ religion, même dans leur pays natal. Lorsqu'ils sont esclaves dans des pays étrangers , ils pren-* nent aisément la religion de leurs maîtres et la quittent avec la même facilité^ comme ils ne connoissent d autre puissance que la forcer, ils sont toujours de la religion du plus fort, et cette mobilité de caractère , produite par la fougue de leur tempérament, n« se trouve chez aucun peuple de l'Amérique , de FEurope ou de l'Asie. Dans le régime viril de l'Europe , les puissances temporelle et spirituelle se rapprochent ou se divisent à proportion de la ma-* tu ri té des nations ; mais chez celles de F Asie , elles se réunissent et se confondent dans la personne du souverain, comme au temps des patriarches. Les monarques dé l'Asie sont à la fois rois et pontifes , de manière cependant que, quoique la religion du prince préside à toutes les opérations de l'état, toutes les autres reli-^ gions y sont publiquement tolérées : il n'y a pas un souverain en Asie qui n'y règne au nom do la rel^ion. Dans la religion mahom>étane y les

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