C)0 HAR9I017IES
elle seule est susceptible de tous les mouvemens*
Cette consonnance^ qui est sphérique dans les corps célestes y se trouve simple dans les corps organisés de la terre. Tout végétal et tout animal n'est formé que de deux moitiés semblables y dont les organes sont en nombre pair.
Je ne m'arrêterai pas à cette autre loi des contrastes, qui met dans les corps organisés deux moitiés en opposition, comme celle des consonnances en met deux en rapport. Nous avons vu que ces deux lois existoient dans le globe même de la terre, dont l'hémisphère oriental consonne avec l'occidental, et le sep* tentrîonal contraste avec le boréal. Ce contraste regarde l'harmonie conjuguée ; je me bornerai ici à la consonnance qui établit l'harmonie fraternelle.
La nature, non contente d'avoir mis en consonnance tous les membres d'un corps organisé, afin qu'ils s'aidassent mutuellement, a mis les corps organisés eux-mêmes en harmonie fraternelle, les uns avec les autres, afin de lier toutes les parties de son ouvrage. Ainsi, dans les cieux, l'astre du jour est en harmonie fraternelle avec celui des nuits; car l'nn vient éclairer de sa lumière l'hémisphère que l'autre aban-
donne. Cette concordance avoit fait imaginer aux anciens que ces astres étoient frère et sœur^ et ils Jes désîgnoient sons les noms d^A.pollon et de Diane j mais cette harmonie fraternelle est encore plus marquée entre la lune et la terre, qui se réfléchissent mutuellement la lumière du soleil. Elle s'étend jusqu'aux satellites qui entourent Jupiter y Saturne y Herschell^ qui s'éclairent et se réchauffent réciproquement des mêmes rayons paternels.
Cette consonnance règne sur la terre parmi les élémens. Les vents de Torient et du nord consonnent entre eux en froidure et en sécheresse y comme ceux de l'occident et du midi en chaleur et en humidité. Quelque irrégularité apparente qu'offre le globe à sa surface , il n'j a pas un seul lieu y soit au milieu des mers ou au seiu des terres, soit dans la zone torride ou dans les zones glaciales y qui n'ait à la fois des vents froids et chauds, secs et humides. Les sources se joignent fraternellement^ dans la vallée, et les collines qui la bordent ont des angles rentrans et saillans en consonnance. Les eaux ont des reflets et les terres des échos qui consonnent de genre à genre, et jamais un paysage n'est plus intéressant que quand le reflet du ruisseau répète la forme de la colline, et l'écho de la colline le murmure du ruisseau.
Les harmonies fraternelles qui groupent les végétaux^ présentent des spectacles non moins admirables. Nous ayons du plaisir à voir un arbre isolé avec toutes ses harmonies élémentaires ; mais nous en goûtons un plus grand et d'im autre genre quand nous le voyons entrelacer ses rameaux avec un arbre de son espèce^ et s appuyer l'un l'autre contre les tempêtes. C'est l'harmonie fraternelle qui les unit ; elle est la source du plaisir que nous éprouvons à la vue d'un bocage ou d'une longue avenue , ou d'une lisière de gazon. J*ai déjà dit que la nature nous indique un moyen assuré de disposer chaque espèce de végétal dans l'ordre qui lui convient le mieux, c'est de le planter suivant rharmonie fraternelle où ses semence^ sont rangées dans leurs capsules. Ainsi le chêne robuste, dont les glands naissent un à un ou deux à deux, présente un port majestueux, soit qu'il soit seul , soit qu'il soit groupé avec un autre chêne ^ mais les sapins, les pins et les cèdres, dont les pignons croissent rangés cir^ culairement et en pyramide dans un cône , produisent un effet bien plus imposant lorsqu'ils forment, dans le même ordre, un sombre bocage au sommet d'une montagne , que lorsqu'ils y sont isolés et dispersés. Ainsi le vignoble plaît moins dans une plaine que lorsque ses ceps sont
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rangés autour d'une colline^ dans le même ordre que ses grains le sont autour d'une grappe. Non-seulement l'harmonie fraternelle groupe les individus ^ mais les genres etixi-mêmes : elle donne des yrilles à la vigne pour s'attacher à Torme , et des griffes au lierre pour saisir le tronc des chênes. Sans doute la variété des arbres d'une forêt et celle des fleurs d'une prairie nous donnent encore des sentimens de plaisir ; mais ils naissent d'harmonies d'un autre ordre ^ et je ne m'occupe ici que de sentimens qui résultent de la disposition des végétaux dé la même espèce.
L'harmonie fraternelle se fait sentir encore avec plus de charmes dans les animaux^ parce ^'ils y sont sensibles et qu'ils pourvoient euxmêmes à leurs besoins^ plus nombreux que ceux des végétaux. La nature leur a donné d'abord deux organes y pour communiquer entre eux I de grandes distances : l'un est actif et l'autre est passif; c'est la voix et l'ouïe. L'organe de la Toix a son origine dans la poitrine près du cœur^ siège des passions^ et celui de l'ouïe a la sienne dans la tête près du cerveau ^ siège de l'intelligence.
Je suis trop ignorant pour parler ici de U construction admirable de ces organes et dé leur variété merveilleuse dans les diverses
espèces d'animaux : il me suiCt d'observer qxi'en général la portée des animaux est en raison in-* verse de leur foiblesse; que toutes les sensations de la haine et de l'amour^ de la joie et de la tristesse y de la crainte et de l'espérance , et toutes les passions^ sont réparties entr^ eux à proportion de leurs besoins^ et exprimées par des modulations innombrables. Cependant ces expressions sont si déterminées ^ que les animaux d^une autre espèce^ et Thomme même^ ne se méprennent pas à leur caractère , quoiqu'ils n'en pénètrent pas le sens. Quel granw mairien pourra recueillir ces éiémeiis invariables de la langue primitive de la nature ? Il y trouveroit sans doute tous les sons des langues humaines y et même des mots entiers articulés. Quel géomètre calculera les courbes ovale^s qui expriment des sons si différens y et les courbes acoustiques qui les recueillent sans les confondre? Peut-être les oreilles des animaux ne reçoivent pas les mêmes bruits dans les mêmes proportions y non plus que leurs yeux ne reçoivent la lumière. L'aigle au haut des airs contemple le soleil et découvre les plages lointaines avec des yeux qui ont la portée des télescopes, taudis que l'abeille , dans sa ruche obscure , travaille à ses alvéoles avec des yeux taillés en microscopes.
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£n général les animaux carnivores ont Fou-* verture des oreilles lournée en avant ^ pour éventer leur proie y et les frugivores les ont tournées en arrière ^ et mobiles ^ pour entendre de tous cotés le bruit de leurs ennemis ; mais la voix, et Touïe ont été données à chaque espèce , pour vivre en société avec ses semblables. Les ani-maux qui n'ont point de voix vivent solitaires : tels sont beaucoup d'insectes ; mais dans la sai* son des amours ils se réimissent par des bourdonnement ou des bruits : le scarabée pulsateur fait entendre la nuit le tic-tac .d'une montre pour appeler sa femelle ; la mouche luisante allume sa brillante étincelle dans les ténèbres -, les poissons de rOcéan se communiquent entre eux par l'éclat de leurs écaille^ au seio des flots ^ et la nuit par les feux phosphoriques que leurs mouvemens y font naître.
Au reste ^ si l'harmonie fraternelle nous charme par les végétaux dont elle dispose les groupes ^ ^le nous plaît encore davantage par ceux qu'elle établit entre les animaux: ils vivent dans l'ordre où ils sont nés; le plan de leur vie est renfermé dans leurs berceaux. Les tourterelles volent deux à deux y et les perdrix par comp^nies y dans le même nombre que les œufs dont ils sont éclos j les sangliers $e rassemblent
J)6 hARMONlES
d'eux-mêmes par troupes^ les chiens par meiiicii ^ les poissons vivipares par couples, les ovipare* par légions. On peut juger des mœurs fraternelles des animaux par le nombre des œufs de leurs nids et parles tétines de leurs mères. Cette concordance s'étend jusqu'aux insectes, et les * abeilles ne vivent dans une société si intime , que parce qu'elles naissent d'une seule mère et qu'elles sont élevées dans la même ruche. Une série d'individus nés ensemble forme leur famille , et une série des mêmes familles voisines et contemporaines compose une tribu dont tous les membres s'entr'aident : telle est celle des castors , telle est celle des pigeons sauvages de l'Amérique , dont une partie s'occupe à abattre avec les ailes les glands des chênes , tandis que Fautre partie les recueille à terre. Pendant que le matérialiste s'efforce de ramener toutes les lois de la nature à une attraction aveugle, l'animal réclame en faveur de Tharmonie fraternelle. Transporté d'un climat dans un autre , en vain on lui fait respirer le même air , en vain on lui présente les alimens de son enfance , il refuse de s'approcher d'une table où il n'a plus de frère pour convive. Ainsi le renne du Nord , le lama du Pérou , la' tourterelle d'Afrique, le castor isolé dans les '
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ménageries des rois , appelant en yaîn par de tristes gémissemens les compagnons de leur en«* £ince.
L'harmonie fraternelle est donc la première des harmonies sociales ^ puisqu'elle existe dans les cieux , les élémens ^ les végétaux et les ani-« maux. Ainsi les lois harmoniques^ qui assemblent les membres des corps organisés et qui en groupent les individus , n'existent pas moins que les attractions, qui réunissent les parties des corps non organisés.
Nous avons déjà vu que Thomme étoit né pour la société, parce qu^il réunissoit en lui seul les besoins de tous les animaux , et qu'il n'y pouvoit pourvoir que par le secours de ses semblables | je trouve une nouvelle preuve de cette vérité dans la construction de sa voix et de son ouïe. Sa voix peut imiter toutes celles des animaux, et ses oreilles, placées aux deux côtés de la tète et formées des courbes acous- tiques les plus ingénieuses , peuvent recueillir tous les sons qui s'élèvent dans la circonférence de son hoiiton. Ces organes sont faits avec un tel art , qu'ils communiquent et recueillent toutes les affections du cœur et tous les rai* sonnemens de l'intelligence, tandis que ceux des animaux ne peuv»t /exprimer et recevoir que les premiers cris des passions et. de simples 3. , 7
aperçus. De quoi servirait à rhomme un of" gane si parfait et si étendu y s'il étoit né pour errer seul dans les forêts ?
Il a en effet besoin des services de ses semblables, depuis la naissance jusqu'au tombeau ; et d'un pôle à l'autre il n'y a pas un seul homme qui ne corresponde avec toutes les parties de l'univers. Les épiceries, les teintures , les loiles de l'Asie y le café , le sucre , le coton y les pelleteries y l'or . et l'argent de l'Amérique y l'ivoire et les nègres de l'Afrique , servent aux besoins des peuples de l'Europe; et le fer, le . vin , les corderies , le papier , les armes à feu, et toutes les productions de l'industrie de l'Europe, se répandent jusque chez les sauvages des contrées les plus reculées du monde.
Cette correspondance de jouissances physiques a existé plus ou moins dans tous les temps, mais celle des jouissances morales est encore plus étendue. Les usages, les lo isoles opinions, les traditions politiques et religieuses^ se communiquent non-seulement par toute la terre, mais lient les peuples passés et futurs. Le globe , considéré avec le genre humain , est comme le disque de la marguerite , dont chaque fleuron est au centre d'un cercle et à la circonférence de plusieurs : le premier anneau de cette
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chaîne, sociale est^ sans contredit > Tharmonie fraternelle.
Mais si Thomme est pour l'homme la source de tous les biens ^ il est aussi celle de toua ses maux; c^est pour lui en épargner, un grand nombre que nous avons cherché d'abord à le bien ordonner ayec lui-même. Nous ayons tracé à la fois ses harmonies physiques avec la nature , et ses harmonies morales avec son auteur. Nous avons mis toutes ses^ parties en écpiîlibre^ afin que sa fragile nacelle pût^ sans se renverser, traverser l'océan de la vie; il faut qu'elle y vogue seule avant de naviguer en flotte; il faut qu'elle se mette en garde contre les vaisseaux^, qui sont souvent lejs.uns pour les autres les plus dangereux écueils. Si les tempêtes 5'élèvent, si. la nuit étend son voile sombre sur les flots, il faut que Tâme de l'homme se tourne vers la Divinité et lui indique sa route comme la boussole vers le nord, malgré Fabsence du soleil. Quand il perdroit dans la société humaine les traces de cette Providence qui se manifeste dans toute la nature, il en retrou- Teroit le sentiment dans son propre cœur : il suffit qu'il ait aimé une fois.
Il faut donc^ avant tout, qu'un enfant soit bien ordonné avec lui-même, afin qu'il puisse j rentrer avec plaisir. U peut naître de parens
ï OO HARMOjriES
durs el être livré à des tnaitres ennuyeux ôtl barbares^ ira-t-il chercher des guides parmi des gens qui lui ont fait haïr rinstn]ictit)n ? Il vient même nn temps oi\ ce qti^il y a de plus aimable et de plus sacré pai^i les hommes vietit à périr^ amitié^ réputation y patrie ^ religion : que devient alors (relui qui a dirigé sa vie sur ces imposantes perspective^? Les sophismes de la tnétapfaysique n'ont-ils. pas couvert la tHvinité de nuages que la raison peut seule dissiper? L'esprit a matérialisé ï'esprît. Ccst pour échapper à tontes les illusions humaines^ que nous n*avons voulu appuyer la morale que sur la nature ^ qui né périt jamais^ et sur notre propre cœur, qui la cherche toujours : accoutumons donc Tenfant à y rentrer comme dans un asile assuré. Quand le soleil s'^âoigne de tiotte hémisphère y les êtres sensibles se retirent dans des antres, «t respirent au moyen du feu que l'astre du jour a renfermé dans leurs veines y Thomme se réchauffe alors de sa propre chaleur : i) en est de même de la réflexion pair rapport à Tâme. L'âme s'en enveloppe, pour ainsi dire, dans tous les àccidens de la vie ,- et Socrate , dans la solitude , offre un exemple frappant de la puissance de la reflexion : son âme trouvoit en elle-même des consolations que lui eût refusées la société. II &ut donc que l'enÊmt s& conserve dans
toute 5a pureté originelle} il faut qu'où l'habitue chaijue jour à nettoyer sou âme de toute ordure étrangère^ coinme ou l'accoutume à laver et à soigner son corps* Que tous les matins, après l'avoir élevée vers le ciel, aiusi quç ses yeux vers la lumière, il lui propose quelque action vertueusie pour le jour, et que le soir il ezamiiie s'il ne Ta point Siouillée par- <|uelquç passion bonteuse qui en troijilde le repos pendant la nuit; q\i'il n'y nourrisse ni haine, ni vengeance, w jalousie, ni cupidité; qu'il soit lûen convaincu que l'intérieur de s,on à,me est à découv^j^t malgré lesi tépèbres; et çon^i^e il li'y a point de lieu dans la naturç qui nç soit sans quelque ouvrfige de la Divinité, U i^j eu a point qui soit sans témoin.
Après avoir bien préparé sou êivxe^ il doit la nourrir et l'exercer avec aut^t de soin que $on corps ; de bons livres , e^t eucore mieux l;jt nature, lui offriront de toutes parts de ^uQi IVlî-^ jnenter ; l'esprit est le flambeau du cœu^, c'est un fen qui tourne tout en sa sul^stance : qui jie l'alimente pas l'éteint ; il brûle, mais sans idat et sftns chaleur : ne pouvant s étendre au .dehors I il ^e reploie sur lui-même et enfl^mnïe
les passions; d'un autre côté, le cceur qui lc& xenferpie ne se conduit que par les lumières de i'csprit, $iége de la raison. C'est çUe ^iii lo di--
rige avec tous ses instincts naissans vers les devoirs de la société^ mais auparavant il faut qu'il puisse y rentrer comme dans un lieu de repos et bien en ordre; car comment l'ordonnera-t-il à l'égard des autres^ s'il est mal ordonné en lui-même ?
Ce retour sur soi lui est d'autant plus nécessaire y qu'il ne peut sans lui remplir les devoirs de la morale^ dont la première maxime est de faire a autrui ce que nous voudrions qu'on flous fît. Comment saura -t- il donc ce qu'il convient de faire à l'égard de soi et des autres y s'il ne rentre d'abord en lui-même^ et s'il ne se met ensuite à leur place? Cette double réflexion ne demande aucun effort ; elle est natui^elle i l'homme : son ambition rapporte tout à lui et le met sans cesse à la place des gens heureux ; mais les devoirs de la morale l'obligent encore plus souvent de se mettre à la place des mal-^ heureux. Les passions ramènent tout a notre intérêt^ et la vertu à celui d'autrui; elle seule est équitable ; car elle s'étend à tous les hommes, qui sont tous nécessaires les uns aux autres : sans ce retour perpétuel sur nous-mêmes et sur autrui, nous ne pouvons être justes envers nos semblables. S'agit-il d'approuver ou de condamner quelqu'un, si vous le jugez d'après votre seule position, vous le jugerez injustement. La vie
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est une grande montagne sur laquelle les différens âges nous placent successivement à di^ férens étages , d'abord à la montée, puis au sommet, enfin à la descente; ensuite les sexes, les tempéramens, la fortune, la santé, Tédu-* cation, les climats, en varient les sites à Tinfini : si nous ne la considérons que du point où nous sommes, nous n'en connoitrons qu'un petit coin* Si les vieillards ont plus d'expérience que les jeunes gens , c'est parce qu'ils ont parcouru une plus grande zone : nous nous tromperons donc si, sans sortir de notre place, nous voulons }uger ceux que nous apercevons au loin,* nous blâmerons ceux qui vont nus au Midi, parco que nous nous couvrons de fourrures au JVordi Ce flux et reflux de la raison est naturel à l'homme, comme je l'ai dit; il le distingue des animaux. L'animal se règle^sur son instinct, et l'homme sur l'exemple de son semblable ; l'homme imite la nature , et l'enfsmt imite l'homme : voilà pourquoi l'exemple lui sert beaucoup plus que le précepte. Pour conserver â un enfant l'égalité d'humeur et la rectitude de jugement, si nécessaires aux devoirs de la morale et à son propre bdidieur, il ne faut l'appliquer à aucune étude qui puisse étoufi«r sa sensibilité ou l'exalter : il faut donc rejeter à k fois des écoles les sciences abstraites e%
lo4 RilRMONlES
les arts de rimaginatîon. Les grammaires y patr où commençoient jadis les premières études y hoxkly comme \t Tai déjà dit ^ la métaphysi({ue des langues; elles ne les ont pas précédées, elles les ont suivies y elles en sont les résultats. Il suffît donc à un enfant d'apprendre sa langue maternelle par l'usage et la lecture des bons écrivains I il en étudiera les règles quand son jugement sera formé : en attendant, il fera de la prose y comme M. Jourdain y sans le savoir. Il en est de même de la géométrie. Elle perfec* lionne y dit-on^ le jugement de l'homme, j'en conviens; mais elle opprime celui d'un enfant : c'est un tuteur qui étouffe sa plante. Parmi les enfans qui s'y sont rendus célèbres, ainsi que dans les sciences abstraites , fort peu ont vécu , et ils ont passé des jours tristes et malheureux. Pascal résout à douze ans le problème' de la roulette : il passe sa vie à juger le genre humain , à rejeter les services de sa propre sœur, et il meurt épuisé à quarante ans^ croyant toujours voir un abîme à ses côtés. La géomé* trie transcendante et la métaphysique affaissèrent les ressorts de son jugement dans l'âge viril, pour les avoir trop étendus dans l'en-» lance* La géométrie a cependant des notions qui sont à la portée du premier âge'^ parce qu'elles parlent aux sens : telles sont celles des
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lignes , des angles ^ du cercle^ du carré ; mai^ leurs propriétés abstraites doivent être l'étude du philosophe et non celle de l'en&nt. Il suffit de lui montrer de loin les études sérieuses ^ pour en £adre naître un jour le goût Si je Youlois lui donner une idée des élémens de géométrie ' et des lois du mouvement y je n'emploieroi^ diantre taUe que celle d'un billard^ ou plutôt un )eu de boules ou de quilles , afin . que l'exercice du corps sç trouvât joint à celui de Vâme. Nous voulons renfermer toutes les théories dans le premier âge, mais la nature n'agit pas aiusi : ellç revêt ses premières leçons de formes gracieuses; elle nquip mène pas à pas j not;s r^ppussan^ ^VA^peine , et nous invitant par le plaisir. £U^ npua montre les feuilles avaiit les fleurs» les fleurs avant les fruits, l^es plus ri^ns tableaux <^cb^|]^ les plus brillans j^nomènes , et qlle nous invite â soï^ étude par h charma d^ ^ couteinplatipp* Si les sciences abstraites absorbent Timagiination d'un enfant, le^ apts d'ii^aginaûoii exaltent trop sOn jiigement s t^Ues sont entre nutres la musique, la peinture,. la poésie^ c'est la chaux mise au pi^d d'noe jeune plante; elle la fidt fleurir de bonne heure, mais elle la mil» et la feit périr. U est rfiniarquable qu« lep enfÎMis appliqués Wk%, sciences abstraites ou aux arts d'iinaginaUon , sont pliis vi^ens «t plus
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colères que ceux qui sont occupés à des arts mécaniques : la raison en est que les ressorts de leur âme ont été y ou trop comprimés ^ ou trop dilatés* Il en est de même de ceux dé leur corps ^ long-temps contraints dans désr attitudes semblables ; leur physique est affaissé comme leur moral. Uétude des lettres ^ si agréable , fatigue et épuise si elle nous tient long-temps dans la même situation. On connoit Firrita* bilité des gens dé lettres et surtout des philôstdphés ; les poètes y sont plus sujets que les autres , parce que leurs travaux leur coûtent dâyantage. Je crois que si Socratè coilserra son admirable égalitc dlmmeur , inconnue à Platon et à'A'ristote ses disciples^ c'est peut-être parce que^ malgré ses vastes connoissances ^ il n'écrivit aucun ouvrage. Peut-être aussi c'est parce qu'it apprit^ dans son' enfance j le mi^tièr de sculpteur^ qui est^ à mon avis^ un long apprendtissage de patience. Au reste ^ je crois qu'on peut démontrer l'influence des sciences abs-* traites et des arts de l'imagination par les caractères nationaux. Je pense que si les Anglois sont en général mélancoliques^ c'est qu'on les appliqd^ de* trop boiiiie •bem6 aa latin /au grec er'aux mathéma tiquer ^ dont ils font des études pliis approfondies que nous ; et que si; au contraire^ les François et les Italiens
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sont à'tine légèreté de caractère qiiî va quelquefois jus<pi'à la folie, ils le doivent à rétude des arts d'imagination, où ils excellât. La chaleur du climat n'y fait rien, quoi qu'en ait dit Montesquieu , comme je Fai démontré ailleurs par la gravité des Musulmane et la pétulance de&
Grecs, nés dans le même pays. •
Au reste , les caractères vifs ou lents', gais on sérieux, se trouvent sf^uvent disséminés dans la m^me ville de frère à frère, et sont également utiles à la société, fie nous occupons donc que du soin de développèr^n eux l'amour de la Divinité et de l'humanité, afin de leur donner un centre cbmiûmî. Avec ces ^deux ver tirs ils peuvent ■ se passer - de^ torûs ies talens ', et tous lâs talens sont dangereux sans ces deux vertus : que dis-je ! sans elles il n'y à poiiit de véritables talens. Nous avons déjà observé que les athées n^avoient jamais fèit aucune découverte , parce qu'ils n'aperçoivent Rancune intêlw ligence hors d'eux-mêmes dahs lït nàtui^é. Nous pouvons ajouter qu'ils liront jamais aimé les hommes.- Us ne les ont serviis Vpïe par ambition j et comment auroient-ils réprimé cette passion si dangereuse, lorsqu'ils ne voient rien aUr dessus d'eux dans l'univers ? '
Le premier - sentiment qu'on doit donc dé* velopper dans un enfant est- celui de la Oni*^
lO$ BÀRMOKIES
nitéy afin qu'il puisse s y réfugier en tout temps, comme dans un port inaccessible aux tempêtes. Par lui il aimera la yie^ et il aimera la mort. La terre la plus aride lui paroitra un séjour enchanté, et le ciel, avec ses brillantes constel-^ lations , le port où il doit terminer sa course.
Gomme mon premier but est d'apprendre i na enfant i se suffire à lni*-n^éme, et de le jrendre indépendant des préjugés variables de 1^ aociété., je vondrois d'abord établir &a première iHM^oni^ . fraternelle entre lui et les grands liommes qni ^ont existé. Je désirerois donc quç quelque écrivain ^çmsible fit un recueil d'his^ toir^s des hommes vertueux qui ont le mieux mérité dn gei^e humain ; leurs exemples infb^eroient plus sur un en&nt que les préceptes. Ils seroient pour lui des étoiles fixes avçc les^ quçUçs soQ.âme s'aini^^n^roit , e|i l'élevant vers le ciel ils la rapptQcheroieqt de la Divinité. Il y- tronyeroit des objets de cçpsolatipp dans ses ii)fûrtune4 î îl y verroit que les hopimes les plus jostemeiit c^èbres ont s.piive|it été les plus mal-heureux dans leur enflée* Popr m^i , venant a considérer leur vie^ je trouve qu'ils ont dû pripcîpalement à Jeurs adversités l'aipour d'un Dieu consolateur, ^miour qui les a illustrés* Ils ont. Ç14 un seatimeat çi^q^is .des 4roiis de rh^mm^^ parce qu'ils ont été violés à Içur égard.
DE CA KATt;àE« tO()
éjl de Vexîstencc de la Diviûité, parée qu'ils n\>Qt trouvé qu'tn elle un refuge. Les Grecs avoient bien senti cette vérité lorsqu'ils nsprésentèrent Hercule , fils de Jupiter , persécuté dès le berceau par Junon } mais, sans recourir à la &ble on à l'allégorie , nous trouyeronsdans Thistoire de toutes les nations que la plupart des hommes célèbres par- leurs yerttts ont été malheureux dans leur enfance. Nous comprenons dans les malheurs de cet âge les éducations tristes, les infirmités , l'indigence , les préjugés , les persécutions des parens y la dureté d^s maîtres ; ùoni tn aTOkis pour preuves Socrate , Amyot ^ Jean»» Jacques, et beaucoup d'autres. Peut-être en trouveriôâs^nOus «ftcore davantage parmi les hommes qui ont mené une vie obscure et heu^ reuse ; Cat le malheur est l'appr^entissage éià bonheur comme celui de la vertu. Ge ne seroieni pas les moins iiâportans à proposer, caria na-» ture appelle tous les hommes au bonheur et très-^ peu à la gloire. Je voudroi^ ikmc qu'un enfeml choisit un patron parmi ceux d*entre eux ave6 lesquels il se trouveroit le plus de convenances, et qu'il en ajoutât le surnom au nom de sa famille. Ce genre d'adoption a exista chez les Romains ; i\ subsiste encore d'une manière plus touchante chez la plupart xles peuples que nous aj^elon^ flauvages. Deux ateis y échangent mutuellement
IIO HAUBIONIES
leurs noms , et croient pour ainsi dire échaager leur âme. Un enfant adoptant de son choix le nom d'un homme vertueux , j modèlera à la longue son caractère. Il seroit cependant bon de lui faire observer que cette ressemblance ne peut exister de' tous points. On peut bien se diriger vers les mêmes vertus , mais non par les. mêmes routes : nous avons tous besoin de la patience de Soçr^te, mais nous ne pouvons tous nous y exercer par une Xantippe. Au surplus ^ l'imitation d'un homipe vertueux , dont la vénération , comme celle d'un monument^ s'accroît par celle des siècles, est im. grand rempart contre le vice: c'est une union avec le ciel.
Un des plus précieux avantages qu'ils trou-* veroient dans la vie des, hommes vertueux, c'est la haine du.menspnge : on sait qu'un des points principaux de l'éducation desanciensPersesétoit d'apprendre aux enfa^is à dire la vérité. J'ai cru long-temps que cette éducation consistoit à leur enseigner à nç jamais mentir, c'est-à-dire à êt^e toujoiirs francs ; mais j'ai éprouvé , par une longue expérience , que cette franchise feroit beaucoup de mal dans le monde , qu'elle attireroit à celui qui en seroit doué une foule d'en* nemis , et qu'elle ^le rendroit très-malheureux sans qu'il contribuât en rien au bonheut de ses semblables. La vérité d'abord est fort difficile à
coonottre, et il y a très-peu d'hommes qui Teuillent l'entendre. Un bourgeois y un paysan sont tout aussi despotiques dans leurs opinions que des sultans. La plupart des querelles de la société ne naissent pour l'ordinaire que parmi les gens qui se disent des vérités : Veritas odiura parity obsequium amicos y dit le sage Térence y la vérité engendre la haine et les inimitiés. Les querelles de religipn et de politique y qui font verser tant de sang par des gens de bonne foi y naissent souvent de Tamour même pour la -vériléy combiné au fond avec Tam* bition personnelle : tout fanatique né se passionne que par Tespoir d'une grande gloire. Il falloit donc que les Perses entendissent ensei^ gner à leurs enfans autre chose que la franchise^ qui les eût mis en guerre perpétuelle les uns avec les autres. Ce n'eût point été une science à leur apprendre y car ils y sont naturellement portés. D'ailleurs la franchise n'est pas une vertu^ mais une simple qualité^ qui résulte souvent de la foiblesse et de l'inexpérience de notre esprit^ qui ne peut rien garder de secret y et plus souvent encore de notre orgueil y qui nous inspire une haute opinion de nous-mêmes y et un profond mépris pour les autres.
Pour dire la vérité il faut d'abord la connoitre y et cette science est très-difficile. L'er-
Ilâ HARMONIES
reur parcourt la terre, met ses pavillons aux sommets des hautes montagnes, tandis que l'humble Teritë se cache et se retire au fond des puits. Voyez seulement les religioâs, ce sont les pivots sur lesquels roulent toutes les sociétés humaines. Mous en connoissons au moins cinq cents , qui diffèrent toutes entre elles; chacune d'elles assure avoir trouvé seule la vérité , et accuse toutes les autres de mensonge. Il en £aiut excepter les sages Indiens, qui disent que Dieu a fait douze portes au ciel , par chacune desquelles il appelle à lui les différentes nations ; cependant aucun d'eux ne voudroit y entrer par une autre porte que par celle où ont passé ses pères. Mais vous êtes bien plus inconséquens , si vous croyez qu'il n'y en ait point d'autre que celle par laquelle vous êtes entré dans la vie , car vous voilà en état de guerre avec la plupart du genre humain. Que devient alors l'harmonie fraternelle , cette loi fondamentale de la nature ?
Qu'est-ce donc que cette vérité que nous sommes si avides de connoitre, et qui nous échappe si aisément? C'est une harmonie de notre intelligence avec la Ditinité ; c'est le sentiment des convenances qu'elle a établies dans tous ses ouvrages ; c'est la vie de notre âme. La nature nous oblige à sa recherche comme à celle des alimens , sous peine d'inquiétude , de langueur^
DjE Là NATtJilE. Il3
4e léjtjhi^ygy ^ 4e mort. I^ayérité e$< un raj.onde
l^ jDiyinité, elle est à Ji^otre âme ce que jbe^ r^jons
4u soleil HfMA 4 iiotre corps y elle Técl^re , elk
1^ réjouit ^ elle ij^oio^e. ^ , conMaae l'a i^éùsd
«i^imement Pl^^toa j l^ lumière du soj^eil n'est
m^e r^mlM-e 4e Pieu , Ifà, yérke est son coq>s ;
(elle ^e ^cé&enite à #Qtr.e entendement comflBte la
|ti^ièr/B d)i soleil ^ <m>s yeux ^ en se décom.-
|iosant .«A mille ^uleurs et reflets y qui aous
Tj^Lvissent àam 1^3 oi^yrages 4e la nature ; mais
ejàfi nojis .^oiiic si nom sronjons la saisijr eUe^
t^ap^mfi i^!^^^ ^^ esswoe* CepeAdajptt elle se .corn-
hme %yfic les lécrits des sages et les aciioss des
J^o^mes ye^nemit ; Qiaia> comiae le £eu du soleil
. fiarn^i les ^oducUioos de Aa i^ri*e y elle j£y Iwille
/^e 4'm éch^^^n^ffimi^ Ce n'est qu'une lampe
j^^j^jsfifx^ 4{ui iMt ew l'absence du s^ii ^ et
su^e à être éjbeiinte p^ les YeMS ojr^gAUSL*
« <7afi;ime Jl|» t^M^ n^ nftus ^nt d'aboi d que
l^r Ae ?iojreQ des jiiomiP!ie$ , sujets à l'erreur ^ à
^pi^lscara.Gtères}acfKWWf^tron6-nons? A ceux
p^W^ ^ jia irer.tn y pa^r se& c^WYenwftees uiiiver-
iM^s. Ai^fiivl^ ei^emplè^fo tj^osiefiiii établit
}§ soleil au centre de l'i^ni^^âa a.n.gcmd M-
j^^^fie de yérHé j fMuriie qu'il cpiPkYaii^l .^ue ie
$oleil^ d^^s^ej^r >dii{)ll^ Ininièr^ «ef ^ ^/e^ft-
Aew , fût ai* (Cfin4r».4fls pIMJies, au3M|uettw il
1 14 fiARMOKlES
les distribue. Il étoit donc' conredàble que la terre tournât sur elle-même et autour du soleil^ ainsi que les autrescorps planétaires. Cette yërité^ si opposée en apparence aux témoignages de nos yeux , ne nous est parvenue elle-même que par des communications universelles avec le genre humain. Comme notre blé ^ nos arbres fruitiers^ nos arts y qui nous sont venus d'Asie^ d'Afrique^ d'Amérique , elle a été d'abord découverte par quelques philosophes pythagoriciens^ qui étoient de grands voyageurs; ensuite elle s'est éclipsée, et n'a brillé en Europe que lorsque le commerce de cette partie du monde s'est répandu par toute la terre après la découverte de l'Ame* riquc; occasionée à son tour par cellede la boussole y trouvée quelques siècles auparavant ; car l'universalité du genre humain s'étend non-seu* lement au présent y mais au passé et à l'avenir.
Il en a été de l'unité de Dieu comme de celle du soleil y mobile unique des planètes. Tous les peuples avoient leur dieu particulier^ et ce n'est qu'en communiquant les uns avec les autres, qu'As ont commencé à reconnoitre un Dieu universel. Ce n'est pas que chaque homme n'en eût le sentiment en lui-même , mais son amour^ propre le portoit à croire que le Dieu de la nature ne s'occupoit que de son pays y et même
t>É LA KAttTRE. Îl4
que de sa seule personne. Cependant il y a deâ hommes ^ et en bon nombre ^ auxquels il seroit dangereux de dire ces vérités , si elles étoient contraires à leurs intérêts.
Les convenances et l'assentiment du genre humain étant les caractères principaux de la vérité , il faut y rapporter la foi que nous devons à ceux qui nous la transmettent. L'autorité d'un écrivain doit être proportionnée à sa vertu. Je n'entends pas par vertu ce qui est réputé tel par son parti ^ sa nation ou sa communion^ mais ce qui Test en Asie comme en Europe ^ et ce qui Fauroit été il y a deux mille ans comme à présent y car la vertu est non-seulement universelle^ mais éternelle^ puisqu'elle est une émanation de la Divinité.
La vérité étant donc le fruit de nos recherches^ est un bien qui nous appartient; c'est le cœur de notre âme , et l'homme ne doit pas plus la communiquer aux tyrans, que sa lampe au souffle des vents , sa bourse aux voleurs , et sa femme à un ami.
Cependant il ne faut pas croire que nous parvenions jamais sur la terre au foyer de la vérité j nous devons nous estimer bien heureux quand nous voyons luire quelqu'un de ses rayons j ils semblent se propager parmi les
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hommes , à mesure qu'ils se communiquent et à propoction 4e leurs vertus. Nous ^yons vu ailleurs les découvertes qu'avoief^t faites les pythagoriciens 9 les plus sages des Qrecs.. (4 con-poissance d/s )a vérité vfi ^pujour^ <?)) crpissant^ car un autre de ses caractères ^st Fin^^ comme l'upiversalité p^ Téteraité.
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DE vnmTît.
iJklii'tii est une Êar'monîè entre deux étrci qui ont les mêmes besoîris. Ainsi elle est jiliis commune cïiez les foîbles que 6hez les pùî^sans; étïe est pîus gtande d'nri enfant à titi ènïant,
que tfun efifarit à uii' ViéîUàrd ; eïlé est ^Tité forte dans tà^t dès liassions ^e dans lé ptèinlet âge; elle est plus constante dsiûi f âgW Viril c^ief dâtts PadoTesceûce ël la jeunesse, jtardë qii^à la perspective des ^e^ifces à téildré, se joint lé souvenir dés sctvicies rehdus, et qtïe les sentiniéns de lat Uatufe sfe fortiïî'eiit ^àr lèur^ hâ- £îtudes.
iLa satisfaction ici iiiêmes besoiûè' èhgéndre ^dttiîtîé, car leur seiiî appétit firodriit^nnitoitié. Les Haines ijal existeîit entré lès hoMmés , et tnèit^ eiltr'e Its âiiîtndtti , *e naîsscfùt q\ie de k Cùtituittndè des liiémés jiassions Vers un objet qui rfe peutsépartjAgfer.Vôîlàiioùrqùoi l^àmoùir ëiigeiîdré dés jalousies', et la guerre des amitiés : raiÂailt n'ai pas besoin de compagnons pour se reproduire , et il en faut aux guet^rieri pou» dëtnriré.
L'amilié naît d'abord des besoins physiques , et elle peut subsister assez long-temps par les simples relations de plaisirs^ de goût , d'exercices , d'intérêts. Elle s'étend ensuite aux besoins intellectuels^ et s'augmente par les lumières, et les études des mêmes arts et des mêmes sciences ; enfin elle devient vertu , parce qu'elle demande des sacrifices y de la reconnoissance et de l'indulgence, et qu'elle n'est constante et sublime que quand elle s appuie sur les sentimens de la Divinité et de l'humanité^ qui ne varient jamais.
. Les livres de morale profitent i l'amitié > mais font tort aux amis. Il est si commode de trouver dans sa bibliothèque un ami sensible^ éclairé, discret, toujours disposé à nous parler, et d'humeur toujours égale , que cela fait négliger .les amis du dehors. Les granjds écrivains dérobent nos âmes à la société. Platon vouloit qu'on bannit Homère de sa république après l'avoir couronné; je voudrois plutôt qu'oa adoptât tous les bons ouvrages de morale, mais qu'on ne couronnât que les bons amis. J'ai vu en général des amis plus constans et en plus grand nombre parmi les gens qui lisent peu, que parmi ceux qui lisent beaucoup; il est même rare de yoir des gens de lettres (aire di^
DE LA KATITAE. 1 19
bien à leurs collègues. La plupart des Mécènes ont été des hommes peu instruits^ témoin Auguste et Louis XIV. H se glisse souvent parmi les gens de. lettres des jalousies qui les disposent à la malveillance. Aristote^ Platon et Xénopbon furent ennemis les uns dés autres^ quoique disciples de l'école de Socrate. .
Les inimitiés de collège sont les plus durables et les plus envenimées : nous en avons une foule de preuves dans les querelles des théologiens. Richelieu^ devenu cardinal et ministre , fit brûler vif ^ comme sorcier^ Urbain Grandier^ pour lui avoir disputé une thèse dans sa licence de Sorbonne* <
A k vérité^ le& gens illettrés haïssent moins violemment^ mais les lettrés savent mieux aimer. Les ignorans ont des appétits plus robustes ^ et les savans en ont de plus délicats.
Gomme les véritables amitiés résident dans la vertu , il est certain qu'il n'y a* point d'amitié comparable à celle d'un homme de lettres vertueux. ^
L'amitié couvre la vie du plus doux ombrage/ Elle ressemble à ces arbres toujours verts qui portent à la fois des fleurs et des fruits. Est-il une amitié plus touchante que celle de Gicéron pour Lelius ^ de Virgile pour
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Galhis et PoUiôn, de Phitâlrqùe p&af Sêhêtiàii , de Tdche pbur sôd bèa»*j)èr6 AgricafiAi Maid ces amitiëâ eouBitlairé» âdni irop' |sM^}etf es âtix orafged'r leis flltû éi'bsôures' soni les f\n9 heii^ rèmsies; les phis fortes* M reacoati^eÀt àot^vehi dartis tes éttfUP <pii épro^ènl le plà^ dé drfa-* gers y sans dôme coBimé Ane con^Mirtiûiï. J'ai remar^fué qiie lés soidaÉs eî lefâ geii^ de met sont fililâ senstèteà à PaMcm^ que la fihrpwt des aiUreis ^Ifi^sés dé là ûàtiêié ; ïis d>ngag[ent et se degfagenH dvtt la fdi hs iths de^ afhtres. L^ •pétih qt^jié Murent ei^^eiàble res^^rélrt hiit affection. Il seml^Ié' auséi qnef TstttAù&ifàèëtcÂsét par réloignement des lieux et des itftitps r dû s^ sovhrJént arec phti dUatêTèi de its amis en Améri^ne^ tféJeit E^^opte; èë tétti de ion éhfânee , ^ de sèi) éotof e!Mpoi^aiîliii , et deH ià(Ms que des yivans. Vàtikt s'éteAé aiéc léÉ éSHtàÛte», 61 ffaàclm les KinMes nïéti^dtr U/mhtsttt sdt Us aile^ de Tafiûhîé. Je Mé- ràppélk- éitcote avec intëi^éî taie inscrfpfion que j'avois écrWey iiîi^ ma chambre 9 au-dessous d*un petit vase êt^ plâtre , eoihnte nvt souvenir c^ amitié de mon énfafneè. Qtiieïque médiocre- qi/eHé s<rft, jévaisr ht rappoftep, à èatM dtas sentimetts tûAcBtansf qu'elle f enferïne :
DE LA JTATUAE. iîl
Anx oÉjeU do\i\ et innodfciu que j^ai ùmés '* et <{cfi nV firfnt plus ,
Anple coBiBpekûr benli!i>t frv^de comme leur n«-
O ombres heureuses !
reposei-YOus sur cette coupe blanche
ôà Ytrà» aMëi^ aimé k b6ir(^ ^V^ Mit '
FauI dl»« IbAtiûMb' tfl le' làU dbs brebis r
les dons de la fortime êoml méprisables , , .
mais les préa«-ns du cœur plaisent toujours auxliabitaas du oiel.^
Ce fjctft VasiÈ fersoft pèntfârft it itit atitfe, dMié à la métaofrcf dé J*éàrf-ia^<5ftf6S et âè't'Sà'ëtàii, et âabt f âf rap|«>¥f(B FïnwrîptM dkiïS' itféiJ Étu^ér de la Btatut-e. ■
tes r«fs$otiV6àh-$ de' Fiùtrocfétirc'é sliàiÀH! âfaàsl' toncbïmsr que cettt d^ la vëi'tu.
iéne satfe ri lelhf ede ^îïdéfdû Sttff àittîiîré at fait de ^iûâ^AtiAk; UsèSè ht ftaUtde éaCf^é Ûêi jeùAëi ThéVàiits, fonàée pttf P&ô'pié^, êtt f étiferiûoft'
pitfMtfe ïiriroià', pétiteAi tiJtisf'ëft'sîéAMfé'fe'Vfeà'gfé' 10*11** Vèfsrrétfne'âiî. LéS gfàlrtdéS (Astùâirééi rféis' jéAtre^ La^édéttfôHïens , dôlnî^'Oàéés' par tyfciiff-' gtfé' d^âfÀfâAs' et ^èSiiléé& , ù'étôiém. que ifés' é66fér$ dé l'iMiitfé : àÛ léùY dûnn'oît lé nom dé' frètes. Leufs piréïftîéï-S" dieiit étoÙtX lés ju-' mé^x céTéStés Castôf ei Pollui, éf îis' éû chantoient FAymne eà 'all<£(it'à'ù coiàbàt. Ainsi^