‹ Harmonies économiques par m. Fr. BastiatChapitre 2 sur 9 · L.'h Iizod by Goo · texte numérisé non relu

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A LA JEUNESSE FRANÇAISE. 7 qu'ils laissent la société en repos, puisqu'elle n'est pas menacée.

Mais celte tactique, tant illogique qu'elle est, n'en est pas moins funeste à la science économique, surtout si ceux qui la cultivent avaient la malheureuse pensée, par une bienveillance bien naturelle, de se rendre solidaires les uns des autres et de leurs devanciers. La science est une reine dont les allures doivent être franches et libres. L'atmosphère de la coterie la tue.

Je l'ai déjà dit : il n'est pas possible en économie politique que l'antagonisme ne soit au bout de toute proposition erronée. D'un autre coté, il n'est pas possible que les nombreux écrits des économistes, même les plus éminents, ne renferment quelque proposition fausse. C'est à nous à les signaler et h les reclilicr dans l'intérêt de la science et de la société. Nous obstiner à les soutenir, pour l'honneur du corps, ce serait nous exposer, ce qui est peu de chose, mais exposer la vérité même, ce qui est plus grave, aux coups du socialisme.

Je reprends donc et je dis : La conclusion des économistes est la liberté. Mais, pour que cette conclusion obtienne l'assentiment des intelligences et attire à elle les cœurs, il faut qu'elle soit solidement fondée sur celte prémisse : Les intérêts, abandonnés à eux-mêmes, tendent à des combinaisons harmoniques, à la prépondérance progressive du bien général.

Or, plusieurs d'entre eux, parmi ceux qui font autorité, ont émis des propositions qui, de conséquence en conséquence, conduisent logiquement au mal absolu, it l'injustice nécessaire, à l'inégalité fatale et progressive, au paupérisme inévitable, etc.

Ainsi, il en est bien peu, à ma connaissance, qui n'aient attribué de la valeur aux agents naturels, aux dons que

Dieu avait prodigues gratuitement a sa créature. Le mol valeur implique que ce qui en est pourvu, nous ne le cédons que moyennant rémunération. Voilà donc des hommes, et, en particulier, les proprié In ires du sol, vendant contre du travail effectif les bienfaits de Dieu , et recevant une récompense pour des utilités auxquelles leur travail est resté étranger. Injustice évidente, mais nécessaire, disent ces écrivains.

Vient ensuite la célèbre théorie de Ri car do. Elle se résume ainsi : Le prix des subsistances s'établit sur le travail qu'il en coûte pour les produire sur le sol le plus ingrat auquel le progrès de la population oblige de recourir. Or, ce progrés obHgedc recourirà des sols de plus en plus ingrats. Donc l'humanité tout entière (moins les propriétaires) est forcée de donner une somme de travail toujours croissante contre une égale quantité de subsistances; ou, ce qui revient au même, de recevoir une quantité toujours décroissante de subsistances contre une somme égale de travail ; tandis que les possesseurs du sol voient grossir leurs rentes chaque fois qu'on attaque une terre de qualité inférieure. Conclusion : — Opulence progressive des hommes de loisir; misère progressive des hommes de travail, — soit : Inégalité fatale.

Apparaît enfin la théorie plus célèbre encore de Mallhus: La population tend ù s'accroître plus rapidement que les subsistances, et cela, à chaque moment donné de la vie de l'humanité. Or, les hommes ne peuvent être heureux et vivre en paix s'ils n'ont pas de quoi se nourrir. Il n'y a que deux obstacles à cet excédant toujours menaçant de population, la diminution des naissances ou l'accroissement de mortalité dans toutes les horribles formes qui l'accompagnent et la réalisent. La contrainte 1 -aie, pour être efficace, devrait être universelle, et nul n'y compte. Il ne

A U JEUNESSE FRANÇAISE. 0 reste donc que l'obstacle répressif, le vice, la misère, la guerre, la peste, la famine et la mortalité, soit : paupérisme inévitable.

Je ne mentionnerai pas d'autres systèmes d'une portée moins générale et qui aboutissent aussi à une désespérante impasse. Par exemple, M. de Tocquevïlle et beaucoup d'autres comme lui disent : Si on admet le droit de primogéniturc, on arrive à l'aristocratie la plus concentrée; si on ne l'admet pas, on arrive a la pulvérisation et à l'improductivité du territoire,

Et ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces quatre désolants systèmes ne se heurtent nullement. S'ils se heurtaient, nous pourrions nous consoler en pensant qu'ils sont tous faux puisqu'ils se détruisent l'un par l'autre. Mais non, ils concordent, ils font partie d'une même théorie générale, laquelle, appuyée de faits nombreux et spécieux, paraissant expliquer l'état convulsif de la société moderne, et forte de l'assentiment de plusieurs maîtres de la science, se présente à l'esprit découragé et confondu, avec une autorité effrayante.

II reste à comprendre comment les révélateurs de cette triste théorie ont pu poser comme principe l'harmonie des intérêts, et comme conclusion la liberté.

Car, certes, si l'humanité est fatalement poussée par les lois de la valeur vers l'injustice, par les lois de la rente vers l'inégalité, par les lois de la population vers la misère, et par les lois de l'hérédité vers Ja stérilisation , il ne faut pas dire que Dieu a fait du monde social, comme du monde matériel, une œuvre harmonique ; il faut avouer, en courbant la tète , qu'il s'est plu à le fonder sur une dissonance révoltante et irrémédiable.

II ne faut pas croire, jeunes gens, que les socialistes aient réfute et rejeté ce que j'appellerai, pour ne blesser per-

. IMIUUUIEB ÉCOilOMIQÏES. "2

sonne, la théorie des dissonantes. Non, quoi qu'ils en disent, ils l'ont tenue pour vraie, et c'est justement parce qu'ils la tiennent pour vraie qu'ils proposent de substituer la contrainte à la liberté, l'organisation artificielle à l'organisation naturelle, l'œuvre de leur invention à l'œuvre de Dieu. Us disent à leurs adversaires (et en cela je ne sais s'ils ne sont pas plus conséquents qu'eux) : Si , comme vous l'aviez annoncé, les intérêts humains laissés à eux-mêmes tendaient à se combiner harmonieusement, nous n'aurions rien de mieux à foire qu'à accueillir et glorifier, comme vous, la liberté. Mais vous avez démontré d'une manière invincible que les intérêts, si on les laisse se développer librement, poussent l'humanité vers l'injustice, l'inégalité, le paupérisme et la stérilité. Eh bien, nous réagissons contre votre théorie précisément parce qu'elle est vraie; nous voulons briser la société actuelle précisément parce qu'elle obéit aux lois fatales que vous avez décrites ; nous voulons essayerde notre puissance, puisque la puissance de Dieu a échoué.

Ainsi, on s'accorde sur le point de départ, on ne se sépare que sur la conclusion.

Les économistes auxquels j'ai fait allusion disent : Les grandes lois providentielles précipitent lu suct'étévers le mal, mais il faut se garder de troubler leur action, parce qu'elle est heureusement contrariée par d'autres lois secondaires qui retardent la catastrophe finale, et toute intervention arbitraire ne ferait qu'affaiblir la digue sans arrêter l'élévation fatale du flot.

Les socialistes disent : Les grandes lois providentielles précipitent la société vers le mal; il faut les abolir et en choisir d'autres dans notre inépuisable arsenal.

Les catholiques disent : Les grandes lois providentielles précipitent la société vers le mal; il faut leur échapper en

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