A LA JEUNESSE FRANÇAISE
renonçant aux intérêts humains, en se réfugiant dans l'abnégation, le sacrifice, l'ascétisme et la résignation.
Et, au milieu de ce tumulte, de ces cris d'angoisse et de détresse, de ces appels à la subversion ou au désespoir résigné, j'essaye de faire entendre celte parole devant laquelle, si elle est justifiée, toute dissidence doit s'effacer : II n'est pas vrai que les grandes lois providentielles précipitent la société vers le mal.
Ainsi , toutes les écoles se divisent et combattent à propos des conclusions qu'il faut tirer de leur commune prémisse. Je nie la prémisse. N'est-ce pas le moyen de faire cesser la division et le combat?
L'idée dominante de cet écrit, l'harmonie des intérêts, est simple, La simplicité n'est-clle pas la pierre de touche de lavéritéîLcs lois de la lumière, du son, du mouvement, nous semblent d'autant plus vraies qu'elles sont plus simples, pourquoi n'en serait-il pas de même de la loi des intérêts?
Elle est conciliante. Quoi de plus conciliant que ce qui montre l'accord des industries, des classes, des nations cl même des doctrines !
Elle est consolante, puisqu'elle signale ce qu'il y a de faux dans les systèmes qui ont pour conclusion le mal progressif.
Elle est religieuse, car elle nous dit que ce n'est pas seulement la mécanique céleste, mais aussi la mécanique sociale qui révèle la sagesse de Dieu et raconte sa gloire.
Elle est pratique, et l'on ne peut certes rien concevoir de plus aisément pratique que ceci : laissons les hommes travailler, échanger, apprendre, s'associer, agir et réagir les uns sur les autres, puisqu'aussi bien, d'après les décrets providentiels, il ne peut jaillir de leur spontanéité intelligente qu'ordre, harmonie, progrès, le bien, le mieux, le mieux encore, le mieux 6 l'infini.
— Voilà bien, direz- vous, ro|ilimismc des économistes ! Ils sont tellement esclaves île leurs propres systèmes qu'ils ferment les yeux flux faits de peur de les voir. En face de toutes les misères, de toutes les injustices, de toutes les oppressions qui désolent l'humanité, ils nient imperturbablement le mal. L'odeur de la poudre des insurrections n'atteint pas leurs sens blasés; les pavés des barricades n'ont pas pour eux de langage ; et la société s'écroulera qu'ils répéteront encore : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. »
Non, certes, nous ne pensons pas que tout soit, pour le mieux.
J'ai une foi entière dans la sagesse des lois providentielles, cl, par ce motif, j'ai foi dans la liberté.
La question est de savoir si nous avons la liberté.
La question est de savoir si ces lois agissent dans leur plénitude, si leur action n'est pas profondément troublée par l'action opposée des institutions humaines.
Nier le mal ! nier la douleur ! qui le pourrait? 11 faudrait oublier qu'on parle de l'homme. Il faudrait oublier qu'on est homme soi-même. Pour que les lois providentielles soient tenues pour harmoniques, il n'est pas nécessaire qu'elles excluent le mal. Il suffit qu'il ait son explication et sa mission, qu'il se serve de limite à lui-même, qu'il se détruise par sa propre action, et que chaque douleur prévienne une douleur plus grande en réprimant sa propre cause.
La société a pour élément l'homme, qui est une force libre. Puisque l'homme est libre, il peut choisir; puisqu'il peut choisir, il peut se tromper; puisqu'il peut se tromper, il peut souffrir.
Je dis plus : il doit se tromper et souffrir, car son point de départ est l'ignorance, et devant l'ignorance s'ouvrent des