‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 12 sur 96 · BÉNÉDICTION DE DIEU · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DE DIEU

Ah ! c^est que j^ai quitté pour la paix du désert

La foule où toute paix se corrompt ou se perd ;

Cest que j^ai retrouvé, dans mon vallon champêtre,

Les soupirs de ma source et Pombre de mon hêtre ,

Et ces monts , bleus piliers d^un cintre éblouissant ,

Et mon ciel étoile d^oû Textase descend !

Cest que Tâme de Phomme est une onde limpide

Dont Pazur se ternit à tout vent qui la ride ,

Mais qui, dès qu^un moment le vent s^est endormi,

Repolit la surface où le ciel a frémi ;

Cest que d^un toit de chaume une faible fumée ,

Un peu d^herbe le soir par le pâtre allumée ,

Suffit pour obscurcir tout le ciel d^un vallon

Et dérober le jour, au plus pur horizon !

Qu*un vent vienne à souffler du. soir ou de Paurore,

Le nuage flottant s'entr^ouvre et s^évapore ;

L^ombre sur les gazons, se séparant du jour ,

Rend à tous les objets leur teinte et leur contour;

Le rayon du soleil, comme une onde éthérée,

Rejaillit de la terre à sa source azurée ;

L^horizon resplendit de joie et de clarté.

Et ne se souvient plus d^un peu d'obscurité!

Ah! loin de ces cités où les bruits de la terre

Étouffent les échos de Pâme solitaire,

Que faut-il, ô mon Dieu! pour nous rendre ta foi?

Un jour dans le silence écoulé devant toi,

Regarder et sentir, et respirer, et vivre ;

Vivre, non de ce bruit dont Porgueil nous enivre,

Mais de ce pain du jour qui nourrit sobrement.

De travail, de prière et de contentement ;

DANS LA ^LITUDE. 39

. Se laisser, emporter par le.flux des journées, Vers cette grande mer oà roulent nos années^ Gomme sur Tocéan la. vague au doux roulis, Berçant du jour au soir une algue dans ses plis, Porte et couche à la fin au sable de la rive Ce qui n*a point de rame, et qui pourtant arrive : . Notre âme ainsi vers Dieu gravite dans son cours, Pour Je cœur plein de lui que manque-t-il aux jours ? Voici le gai matin qui sort, humide et pâle , Des flottantes vapeurs de Paube orientale, Le jour s^é veille avec les zéphyrs assoupis, La brise qui soulève ou couche les épis.

Avec les pleurs sereins de la tiède rosée .

Remontant perle à perle où. la nuit l'a puisée, Avec le cri du coq et le chant des oiseaux, Avec les bélemens prolongés des troupeaux.

Avec le bruit des eaux dans le moulin rustique, Les accords de Pairain dans la chapelle antique ^ La voix du laboureur ou de Penfant joyeux Sollicitant le pas du bœuf laborieux.

Mon cœur à ee réveil du jour que Dieu renvoie, Vers un ciel qui sourit s^élève sur sa joie, £t de ces dons nouveaux rendant grâce au Seigneur, Murmure en sMveillant son hymne intérieur ; Demande un jour de paix, de bonheur, d^innocence, Un jour qui pèse entier dans la: sainte balance. Quand la main qui les pèse à ses poids inGnis, Retranchera du. temps ceux quMl.n^a pas bénis ! Puis viennentf à leur tour les. soins de. la journée,

4a BÉNÉDICTION DE DIKU

L^herbe à tondre du pré, la gerbe moÎMonnée

A coucber sur les cbars, avaot que, detc«Didu,

Le nuage en<ior loin que Féclaîr a fendu

Ne Tienne enfler Tépi des gouttes de sa pluie,

Ou de ses blonds tuyaux ternir Tor qui s^essuie ;

Les fruits tombés de Farbre à relever ; Pessaim

Débordant de la ruche à rappeler soudain ;

La branche à soulager du fardeau qui Faccable,

Ou la source égarée à chercher sous le sable ;

Puis le pauvre qui vient tendre à vide sa main

Où tombe , au nom de Dieu , son obole ou son pain ^

La veuve qui demande, aux cœurs exempts d'alarme».

Cette aumône du cœur, une larme à ses larmes;

L^ignorant, un conseil que Tespoir embellît;

L^orphelin , du travail, et le malade un lit ;

Puis sous Parlure, à midi, dont Tombre les rassemble ^

Maîtres et serviteurs qui consultent ensemble

Sur le ciel qui se couvre ou le vent qui fraîchit,

Sur le nuage épais que la grêle blanchit,

Les rameaux tout noircis par la dent des chenilles

Ou la ronce aux cent bras qui trompe les faucilles ;

Puis montent des enfans à qui, seule au milieu,

La mère de famille apprend le nom de Dieu,

Enseigne à murmurer les mots dans son symbole,

A fixer sous leurs doigts le nombre et la parole,

A filer les toisons du lin ou des brebis.

Et du fil de leur veille à tisser leurs habits.

De labeur en labeur Theure à Thenre enchaînée, Vous porte sans secousse au bout de la journée ;

BANS LA SOUTUBE. 41

Le jour plein et léger tombe, et voilà le soir :

Sur le troDC d^un vieux orme au $euil on vient «^asseoir ;

On voit passer des chars d^herbe verte et traînante,

Dont la main des glaneurs suit la roue odorante.

On voit le chevrier qui ramène des bois

Ses chèvres dont les pis s*allongent sous leur poids.

Le mendiant, chargé des dons de la vallée,

Rentrer le col pliant sous sa besace enflée ;

On regarde descendre avec un œil d^amour,

Sous les monts, dans les mers, Pastre poudreux du jour ;

Et selon que son disque, en se noyant dans Tombre,

Creuse une ornière d^or ou laisse un sillon sombre.

On sait si dans le ciel Taurore de demain

Doit ramener un jour nébuleux ou serein,

Comme à Tceil du chrétien le soir pur d^une vie

Présage un jour plus beau dont la mort est suivie ;

On entend Fangélus tinter, et d^un saint bruit

Convoquer les esprits qui bénissent la nuit.

Tout avec Thorizon s^obscurcit ; Tâme est noire,

Le souvenir des morts revient dans la mémoire ;

On songe à ces amis dont Tœil ne doit plus voir.

Dans le jour éternel, de matin ni de soir ;

On sonde avec tristesse au fond de sa pensée

La place vide encor que leur mort a laissée,

Et pour combler un peu Pabîme douloureux,

On y jette un soupir, une larme pour eux !

Enfin quand sur nos fronts Pétoile des nuits tremble, On remonte au foyer, on cause, on lit ensemble Un de ces testamens sublimes, immortels,

4â BÉKiHKITION DE DIIU

Que des morts vertueux ont légués aux mortels, • Sur les âges lointains phares qu^on aime à suivre, JBfomère, Fénélon, et surtout ce grand livre Où les secrets du ciel et de Thumanité Sont écrits en deux mots : Espoir et Charité ! ■Et quelquefois^ enfin, pour enchanter nos veilles, D^une chaste harmonie enivrant nos oreilles, Nous répétons les vers de ces hommes divins . Qui, dérobant des sons aux luths des séraphins, , • Ornent la vérité de nombre et de mesure.

Et parlent par image ainsi que la nature.

Mais le sommeil, doux fruit des jours laborieux.

Avant rheure tardive appesantit nos yeux ; . .

Gomme aux' jours de Rachel, la prière rustique

Rassemble devant Dieu la tribu domestique,-

£t pour que son encens soit plus pur. et plus doux ;

C^est la voix d^un enfant qui Pélève pour tous.

Cette voix virginale et qu^attendrit encore -

La présence du Dieu qu^à genoux elle implore,

Invoque sur les nuits sa bénédiction ;

On murmure un des chants des harpes deSion^

On y répond en chœur j et la voix de la mère, «

Douce et tendre, et Taccent mâle et grave du: père'.

Et celui des vieillards que les ans ont baissé j ;

Et celui des pasteurs que les champs ont cassé,

Bourdonnant sourdement la parole divine.

Forment avec les sons de la voix enfantine

Un contraste de trouble et de sérénité,

Comme une heure de paix dans un jour agité ; '. '

BANS lA SOLITUDE. 45

£fc Ton croirait; aux sons de cette Toix^iû change, Entendre des mortels interroger an ange.'

Ainsi coule la yie en paisibles soleils :

Quelle foi peut manquer à des.momens pareils-? Qu^importe ceTain.fiux d^opinions mortelles Se brisant Tune Tautre en vagues étemelles, Et ne répandant rien sur Péeueit de la. nuit, . Que leur brillante écume , et de Fair et du bruit f La vie est courte et pleine et suffit à la. vie; . . De ces soins innocens Pâmé. heureuse. et remplie Ne doute pas.du. Dieu qu'elle porte. avec soi; ,. . Cest sous d^humbles vertus qu'il a caché sa foi ; Un regard en sait plus que les veilles des sages ; Un beau soir qui s'endort dans son lit de nuages, Une nuit découvrant dans son immensité L'infini qui rayonne , et l'espace habité , Un matin qui s*éveille étincelant de joie , Ce poids léger du temps que le travail emploie. Ce doux repos du cœur qui suit un saint soupir. Ces troubles que d'un mot ton nom vient assoupir, Mon Dieu , donnent à l'âme ignorante et docile Plus de foi dans un jour qu'il n'est besoin pour mille ; Plus de miel qu'il n'en tient dans la coupe du sort , Plus d'espoir qu'il n'en faut pour embellir la mort.

Conserve-nous, mon Dieu, ces jours de ta promesse, Ces labeurs , ces doux soins , cette innocente ivresse D'un cœur qui flotte en paix sur les vagues du temps, Comme Faigle endormi sur l'aile des autans ,

44 BÊNÉmCTION DE DIEU.

Comme un navire en mer qui ne voit qu^une étoile, Mais où le nautonnier chante en paix aous sa voile ! Conserve-nous ces cœurs et ces heures de miel , Et nous croirons en toi , comme Foiseau du ciel , Sans emprunter aux mots leur stérile évidence , En sentant le printemps croit à ta providence ; Comme le soir doré d^un jour pur et serein S^endort dans Fespérance et croit au lendemain ; Comme un juste mourant et fier de son supplice Espère dans la mort et croit à ta justice ; Conune la vertu croit à Timmortalité , Comme rœil croit au jour, Tâme à la vérité.

BIXIÉHE

HARMOINIE^

3lttir Cl|ràtnt0

DANS LBS TEKPS D^éPRBUTB.

Pourquoi vous troublez-yous , enfans de PEyani^le ? A quoi sert dans les cieux ton tonnerre inutile , Disent-ils au Seigneur , quand ton Christ insulté , Comme au jour où sa mort fit trembler les collines , Un roseau dans les mains et le front ceint d^épines , Au siècle est présenté ?

Ainsi qu^un astre éteint sur un horizon vide , La foi y de nos aïeux la lumière et le guide ,

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