DANS LE GOLFE DE GÊNES
Dans ces sons, ces parfums, ces silences des cieux, Dans ces ombres du soir, qui des hauts lieux descendent, Dans ce vide sans astre, et dans ces champs de feui, Et dans ces horizons sans bornes, qui s^étendent Plus haut que la pensée et plus loin que les yeux !
Il est une langue inconnue
Que parlent les vents dans les airs,
La foudre et Téclair dans la nue,
La vague aux bords grondans des mers,
L^étoile de ses feux voilée,
L^astre endormi sur la vallée,
Le chant lointain des matelots.
L'horizon, fuyant dans Pespace,
Et ce firmament que retrace
Le cristal ondulant des flots ?
Les mers d^où s^élance Taurore, Les montagnes où meurt le jour, La neige que le matin dore, Le soir qui s^éteint sur la tour.
Le bruit qui tombe et recommence, Le cygne qui nage ou s'élance.
Le frémissement des cyprès. Les vieux temples sur les collines, Les souvenirs dans les ruines.
Le silence au fond des forêts !
Les grandes ombres que déroulent Les sommets que Tastre a quittés,
Les bruits nuyestueux qui rouleot Du sein orageux des cités, Les reflets tremblans des étoiles, Les soupirs du vent dans les voiles, La foudre et son sublime effroi, La nuit, les déserts, les orages; Et dans tous ces accens sauvages, Cette langue parle de toi !
De toi. Seigneur, être de Tétre !
Vérité, vie, espoir, amour !
De toi que la nuit veut connaître,
De toi que demande le jour.
De toi que chaque son murmure,
De toi que Timmense nature
Dévoile et n^a pas défini !
De toi que ce néant proclame.
Source, abîme, océan de Fâme,
Et qui n*a qu^un nom : Plnfini !
Ici-bas , toute créature
Entend tes sublimes accens,
langue ! Et, selon sa mesure,
En pénètre plus loin le sens !
Mais plus notre esprit, qu^elle atterre,
En dévoile le saint mystère.
Plus du monde il est dégoûté ;
Un poids accable sa faiblesse,
Une solitaire tristesse
Devient sa seule volupté !
DANS L£ GOLf E B£ G&N£S. 77
Ainsi, quand notre humble paupière, Contemplant Poccident vermeil.
Fixe au terme de sa carrière Le lit enflammé du soleil ; Le regard qii*éblouit sa face Retombe soudain dans Tespace Gomme frappé d^aveuglement ; 11 ne voit que des points funèbres, Vide, solitude et ténèbres, Dans le reste du firmament !
Dieu, tu m^as donné d^entendre Ce verbe, ou plutôt cet accord, Tantôt majestueux et tendre, Tantôt triste comme la mort !
Depuis ce jour, Seigneur, mon âme Converse avec Tonde et la flamme, Avec la tempête et la nuit !
Là chaque mot est une image, Et je rougis de ce langage.
Dont la parole n^est qu'un bruit !
terre, ô mer, ô nuit ! que vous avez de charmes !
Miroir éblouissant d^éternelle beauté,
Pourquoi, pourquoi mes yeux se voilent-ils de larmes
Devant ce spectacle enchanté ?
Pourquoi devant ce ciel, devant ces flots qu^elle aime. Mon âme sans chagrin gémit-elle en moi-même ?
Jehova, beauté suprême !
C^est qu^à travers ton œuvre elle a cru te saisir,
80 L*ÂBBATE DE YALLOHBREUSE
Tu n^y vécus pas seul ; sous des formes diviaes, Tes apparitions peuplèrent ce beau lieu ; Tu voyais tour à tour passer sur ces collines L^esprit de la tempête et le souffle de Dieu.
Sans doute ils t^enseignaient ce sublime lingage Que parle la nature au cœur des malheureux ; Tu comprenais les vents, le tonnerre et Forage, Comme les élémens se comprennent entre eux.
L^esprit de la prière et de la solitude Qui plane sur les monts, les torrens et les bois, Dans ce qu^aux yeux mortels la terre a de plus rude , Appela de tout temps des âmes de son choix !
Venez, venez, ^ dit-il à Pamour qui regrette, Au génie opprimé sous un ingrat oubli, Au proscrit, que son toit redemande et rejette, Au cœur qui goûta tout et que rien n^a rempli.
Venez, enfans du ciel , orphelins sur la terre. Il est encor pour vous un asile ici-bas !
Mes trésors sont cachés, ma joie est un mystère, Le vulgaire Tadmire et ne la comprend pas !
Mais si votre œil pensif au ciel s^élève encore , Pour contempler la nuit qui se fond dans les airs. Si vous aimez à voir les étoiles éclore.
Ou la lune onduler dans la lame des mers ;
Si la voix du torrent, qui gémit dans Tabime Et se brise en sanglots de rocher en rocher,
DANS LES APENICINS. 81
A votre lèvre encore arrache un cri sublime, Et force malgré voua vos pas à «^approcher ;
Couché 80U8 ces sapins aux feuilles dentelées, Si votre oreille écoute avec ravissement Glisser dans les rameaux ces brises modulées Comme les sons plaintifs d^un céleste instrument ;
Si ce germe arraché d'une plante divine, L'espérance, en vos cœurs malgré vous refleurit Et croît dans le désert, pareille à la racine Que sans terre et sans eau le rocher seul nourrit ;
Si la prière enfin de ses pleurs vous inonde ,
Et devant Pinfini fait fléchir vos genoux ;
Ah ! venez; c'est trop peu pour vivre avec ce monde,
Mais c'est assez pour vivre avec le ciel et vous !
PBBMlilRE
Ilen^^e hrd illortd.
Voilà les feuilles sans sève Qui tombent sur le gazon, Voilà le Tent qui s^élève Et gémit dans le vallon, Voilà Terrante hirondelle Qui rase du bout de Taile L^eau dormante des marais, Voilà Penfant des chaumières Qui glane sur les bruyères Le bois tombé des forêts.
88 PKirstE DKS HORTS.
Le ramier porle un message Qu^il rapporte à nos climats ; La Toile passe et repasse, Mais de son étroit espace Leur âme ne revient pas*
Ah ! quand les vents de Pautomne Sifflent dans les rameaux morts, Quand le brin d^herbe frissonne, Quand le pin rend ses accords, Quand la cloche des ténèbres Balance ses glas funèbres, La nuit, à travers les bois, A chaque vent qui s^élève, A chaque flot sur la grève, Je dis : N^es-tu pas leur voix ?
Du moins si leur voix si pure
Est trop vague pour nos sens.
Leur âme en secret murmure
De plus intimes accens ;
Au fond des cœurs qui sommeillent ,
Leurs souvenirs qui s^éveillent
Se pressent de tous côtés,
Gomme d^arides feuillages
Que rapportent les orages
Au tronc qui les a portés î
G^est une mère ravie A ses enfans dispersés ,