PENSÉE DES MORTS
Qui leur tend de Paiitre vie Ces bras qui les ont bercés ; Des baisers sont sur sa bouche , Sur ce sein qui fut leur couche Son cœur les rappelle à soi ; Des pleurs voilent son sourire , Et son regard semble dire :
Vous aime^t-on comme moi ?
C*est une jeune fiancée
Qui , le front ceint du bandeau ,
N^emporta qn^une pensée
De sa jeunesse au tombeau ;
Triste , hélas ! dans le ciel même ,
Pour revoir celui qu^elle aime
Elle revient sur ses pas,
Et lui dit : Ma tombe est verte !
Sur cette terre déserte
Qu^attends-tu? Je tPy suis pas î
C^est un ami de Tenfance Qu^aux jours sombres du malheur Nous prêta la Providence Pour appuyer notre cœur ; Il n^est plus ; notre âme est veuve Il nous suit dans notre épreuve Et nous dit avec pitié :
Ami , si ton âme est pleine , De ta joie oo de ta peine Qui portera la moitié ?
9i PENSÉE DES MORTS.
Leur eût ravi tout sonventr humain,
Tu nous aurais enlevé leur mëmoire ;
Nos pleurs sur eux conleraieot-ils en vain ?
Ah ! dans ton sein que leur âme se noie !
Mais garde-nous nos places dans leur cœur ; Eux qui jadis ont goûté notre joie, Pouvons-nous être heureux sans leur bonheur?
Étends sur eux la main de ta clémence , Ils ont péché ; mais le ciel est un don !
Ils ont souffert; c^est une autre innocence!
Ils ont aimé ; c^est le sceau du pardon !
Ils furent ce que nous sommes ,
Poussière , jouet du vent !
Fragiles comme des hommes ,
Faibles comme le néant î
Si leurs pieds souvent glissèrent ,
Si leurs lèvres transgressèrent
Quelque lettre de ta loi ,
Père ! 6 Juge suprême !
Ah ! ne les vois pas eux-même ,
Ne regarde en eux que toi !
Si tu scrutes la poussière , Elle s^enfuit à ta voix !
Si tu touches la lumière , Elle ternira tes doigts !
Si ton œil divin les sonde,
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Les colonnes de ce monde £t,des cieux cbancelleront ; Si tu dis k rinnocence :
Monte et plaide en ma présence !
Tes vertus se voileront.
Mais toi , Seigneur, tu possèdes
Ta propre immortalité !
Tout le bonheur que tu cèdes
Accroît ta félicité !
Tu dis au soleil d^éclore ,
£t le jour ruisselle encore !
Tu dis au temps d^enfanter,
£t réternité docile ,
Jetant les siècles par mille ,
Les répand sans les compter.
Les mondes que tu répares Devant toi vont rajeunir, £t jamais tu ne sépares Le passé de Pavenir ; Tu vis ! et tu vis ! les âges , Inégaux pour tes ouvrages , Sont tous égaux sous ta main ^ £t jamais ta voix ne nomme , Hélas ! ces trois mots de Thomme :
Hier, aujourd'hui , demain !
Père de la nature, Source, abime de tout bien,
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Rien à toi ne se mesure.
Ah ! ne te mesure à rien !
Mets, ô divine clémence.
Mets ton poids dans la balance.
Si tu pèses le néant !
Triomphe, ô vertu suprême !
En te contemplant toi-même, Triomphe en nous pardonnant f