‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 27 sur 96 · PENSÉE DES MORTS · texte numérisé non relu

PENSÉE DES MORTS

Qui leur tend de Paiitre vie Ces bras qui les ont bercés ; Des baisers sont sur sa bouche , Sur ce sein qui fut leur couche Son cœur les rappelle à soi ; Des pleurs voilent son sourire , Et son regard semble dire :

Vous aime^t-on comme moi ?

C*est une jeune fiancée

Qui , le front ceint du bandeau ,

N^emporta qn^une pensée

De sa jeunesse au tombeau ;

Triste , hélas ! dans le ciel même ,

Pour revoir celui qu^elle aime

Elle revient sur ses pas,

Et lui dit : Ma tombe est verte !

Sur cette terre déserte

Qu^attends-tu? Je tPy suis pas î

C^est un ami de Tenfance Qu^aux jours sombres du malheur Nous prêta la Providence Pour appuyer notre cœur ; Il n^est plus ; notre âme est veuve Il nous suit dans notre épreuve Et nous dit avec pitié :

Ami , si ton âme est pleine , De ta joie oo de ta peine Qui portera la moitié ?

9i PENSÉE DES MORTS.

Leur eût ravi tout sonventr humain,

Tu nous aurais enlevé leur mëmoire ;

Nos pleurs sur eux conleraieot-ils en vain ?

Ah ! dans ton sein que leur âme se noie !

Mais garde-nous nos places dans leur cœur ; Eux qui jadis ont goûté notre joie, Pouvons-nous être heureux sans leur bonheur?

Étends sur eux la main de ta clémence , Ils ont péché ; mais le ciel est un don !

Ils ont souffert; c^est une autre innocence!

Ils ont aimé ; c^est le sceau du pardon !

Ils furent ce que nous sommes ,

Poussière , jouet du vent !

Fragiles comme des hommes ,

Faibles comme le néant î

Si leurs pieds souvent glissèrent ,

Si leurs lèvres transgressèrent

Quelque lettre de ta loi ,

Père ! 6 Juge suprême !

Ah ! ne les vois pas eux-même ,

Ne regarde en eux que toi !

Si tu scrutes la poussière , Elle s^enfuit à ta voix !

Si tu touches la lumière , Elle ternira tes doigts !

Si ton œil divin les sonde,

PKICSiE OES MOKTS. 98

Les colonnes de ce monde £t,des cieux cbancelleront ; Si tu dis k rinnocence :

Monte et plaide en ma présence !

Tes vertus se voileront.

Mais toi , Seigneur, tu possèdes

Ta propre immortalité !

Tout le bonheur que tu cèdes

Accroît ta félicité !

Tu dis au soleil d^éclore ,

£t le jour ruisselle encore !

Tu dis au temps d^enfanter,

£t réternité docile ,

Jetant les siècles par mille ,

Les répand sans les compter.

Les mondes que tu répares Devant toi vont rajeunir, £t jamais tu ne sépares Le passé de Pavenir ; Tu vis ! et tu vis ! les âges , Inégaux pour tes ouvrages , Sont tous égaux sous ta main ^ £t jamais ta voix ne nomme , Hélas ! ces trois mots de Thomme :

Hier, aujourd'hui , demain !

Père de la nature, Source, abime de tout bien,

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Rien à toi ne se mesure.

Ah ! ne te mesure à rien !

Mets, ô divine clémence.

Mets ton poids dans la balance.

Si tu pèses le néant !

Triomphe, ô vertu suprême !

En te contemplant toi-même, Triomphe en nous pardonnant f

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