‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 47 sur 96 · AU COMTE XAVIER DE MAISTRE · texte numérisé non relu

AU COMTE XAVIER DE MAISTRE

AVTEUE DU LÉPBEUX.

Salut au nom des cieux, des monts et des rivages

Où s^écoulèrent tes beaux jours.

Voyageur fatigué qui reviens sur nos plages Demander à tes champs leurs antiques ombrages, A ton cœur ses premiers amours !

Que de jours ont passé sur ces chères empreintes ! Que d^adieux éternels ! que de rêves déçus !

194 LE RETOUK.

Que de liens brisés ! que d^amitiés éteintes !

Que d^échos assoupis qui ne répondent pins !

Moins de flots ont roulé sur les sables de Laisse *,

Moins de rides d^aznr ont sillonné son sein,

Et des arbres vieillis qui couvraient ta jeunesse.

Moins de feuilles d^automne ont jonché le chemin ! -

Ah ! de nos jours mortels trop rapide est la course^

On regrette la vie avant d^avoir vécu !

Et le flot qui jamais ne remonte à sa source.

Ne revoit pas deux fois le doux bord qu^il a vu !

Ah ! si du moins dans nos années Les jours perdus ne comptaient pas !

Si les jalouses destinées Les oubliaient sous leur compas !

Mais hélas ! la mousse ou la lie Du calice étroit de la vie Comble également les contours !

Quand il est tari, Phomme expire ; Les pleurs comptent pour le sourire, Les nuits d^exil pour de beaux jours !

Je sais qu^après un long orage, Brisé d^efforts et de douleur, Tu fus recueilli sur la plage Par un peuple ami du malheur !

Qu^une juste reconnaissance.

Gomme une seconde naissance,

* Non d'an torrmt de S«Tole. *

LE RSTOUE. 195

T^apprit à bénir d'autres lieux ; Qu'au sein d'une épouse chérie , L'amour te ût une patrie Loin des tombeaux de tes aïeux !

Cependant il est doux de respirer encore Cet air du ciel natal où l'on croit rajeunir , Cet air qu'on respira dès sa première aurore , Cet air tout embaumé d^antiques souvenirs !

Il est doux de le voir balancer le feuillage Du chêne couronné qui prêta son ombrage

A nos rêves au fond des bois , Ou , comme un vieil ami dont on connaît la voix , De l'entendre siffler sur l'herbe des collines , Et prolonger le soir , à travers les ruines ,

Les sourds murmures d'autrefois !

Il est doux de s'asseoir au foyer de ses pères ,

A ce foyer jadis de vertus couronné ,

Et de dire , en montrant le siège abandonné :

Ici chantait ma sœur , là méditaient mes frères ,

Là ma mère allaitait son charmant nouveau-né ;

Là le vieux serviteur nous contait l'aventure

Des deux jumeaux perdus dans la forêt obscure ,

Là le fils de la veuve emportait notre pain ;

Là , sur le seuil couvert de deux figuiers antiques ,

A l'heure où les brebis rentraient aux toits rustiques,

Le chien du mendiant venait lécher ma main !

Notre âme, en remontant à ses premières heures, Eanime tour à tour ces fantômes chéris

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