‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 48 sur 96 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Et 8*attacheaax débris de ces chères demeures, S^il en reste au moins un débris !

Ainsi, quand nous cherchons enyain dans nos pensées D*un air qui nous charmait les traces effacées ,

Si quelque souffle harmonieux Effleurant au hasard la harpe détendue , En tire seulement une note perdue ,

Des larmes roulent dans nos yeux !

D'un seul son retrouvé Pair entier se réveille. Il rajeunit notre âme et remplit notre oreille

D^un souvenir mélodieux !

sensible exilé ! tu les as retrouvées Ces images de loin, toujours, toujours rêvées. Et ces débris vivans de tes jours de bonheur : Tes yeux ont contemplé tes montagnes si chères. Et ton berceau champêtre , et le toit de tes pères, Et des flots de tristesse ont monté dans ton cœur ! Nous passons ! nous passons ! ce refrain monotone , Hélas ! est toujours neuf et toujours répété ; Tant rhomme, que toujours son inconstance étonne. Se sent fait pour Téternité !

Nous passons ! et déjà dans la race nouvelle , Ton œil sous les vieux noms voit des hommes nouveaux ; Ton cœur qui Finterroge est étranger pour elle , Et tu connaîtrais mieux le peuple des tombeaux.

De ces longs souvenirs retrouvant quelque trace,

tE RETOUR. 1»7

A peine nn vieil ami qui s^éveilie à ton nom Demande si cVst là ce conteur plein de grâce Qui, sous un prisme heureux multipliant Fespace, Entre les quatre murs de son étroit donjon, Voyageait si gaîment autour de sa prison* Non, non, c^est le lépreux étranger sur la terre, Qui, le soir, du sommet de sa tour solitaire, Contemple en soupirant les fêtes du hameau, Et, dans ce peuple heureux ne comptant plus de frères. Plus d^amante ou de sœur dans toutes ces bergères, Met la main sur ses yeux et demande un tombeau !

Cependant, du génie aimable privilège,

Ton front se couvre en vain de sa première neige,

L^infortune et Texil, et la mort et le temps

Ont en vain décimé tes amis de vingt ans ;

Séduits par tes écrits, enchaînés par ta grâce.

Des amis inconnus viennent briguer leur place.

Ils renaîtront pour toi jusqu^à tes derniers jours ;

Que dis-je? Quand la mort, sous un vert mausolée,

Rendant un peu de terre à ton ombre exilée,

Couvrira de gazon le fils de la vallée.

Des amis? ta mémoire en gardera toujours;

Ils y viendront pleurer et cette grâce attique,

Et cet accent naïf, tendre, mélancolique.

Qui sans les demander fait ruisseler nos pleurs ;

De leurs jeunes vertus tu nourriras la flamme ;

Et se sentant meilleurs, ils diront : C^est son âme

Qui de ses doux écrits a passé dans nos cœurs !

Mais quelle est, diras-tu, cette voix inconnue

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