HTMNE DE L*ANGE DE LA TERRE. S
Tu passas dans le ciel et les astres jaillirent, Et les vagues d^azur sous ton poids s^assouplirent Pour bercer ton globe écumant !
Sur ton front qui venait d^éclore Ta lune et ton soleil combattaient de clarté, Plus pur que ton midi, plus doux que ton aurore, Le regard de ton Dieu te vétissait encore
De vie et d^immortalité !
Quels destins tu portais ! — Étouffés dans leur germe, Que d^êtres immortels ton sein devait nourrir ! Où sont-ils ? £sl-il vrai ? ce peu de cendre enferme
Ce qui ne dut jamais mourir?
Et d^une étoile, hélas ! tu n*es plus que la cendre, Que le noyau d^un fruit que le ver a rongé,
Qu^un rocher qui va se fendre
Dans le feu qui Ta jugé !
Ah! pleurez avec moi, planètes ses compagnes, "Etoiles qui semiez ses tentes de mille yeux. Soleils dont les rayons vêtissaient ses campagnes, Nuages qui jetiez Tombre sur ses montagnes, Pleurez ! la mort est dans les cieux !
Quand tu flottais comme un navire Dans récume de feu de Taurore ou du soir.
Quand tes mers, se gonflant commeun sein qui respire , Venaient lécher du flot le bord qui les attire Et polir sous tes capa leur onduleux miroir !
900 HTlDfE DE L*ANGE DE LA TERRE
Miroir où tes tableaux que ridait le zéphire Brillaient et s^effaçaient comme un léger sourire Que Pœil voudrait fixer et ne fait qu^entrevoir !
Quand tes cimes portaient le palais des nuages, Et que, fendant soudain leur cintre divisé.
Les rayons se mêlant aux lueurs des orages, Sur les flancs des rochers sauvages Ruisselaient de plages en plages, Comme un éclair perçant sous un dôme brisé ; Quand ce jour faux et teint d^une couleur qui change,
Flottant au gré de Faquilon, Comme un reflet de feu des ailes d^un archange. Glissait en colorant ton magique horizon, Et frappant tour à tour ta crête ou tes abîmes. Faisait étinceler tes neiges sur tes cimes, Tes cascades pleuvant dans leurs gou£fres poudreux. Tes hameaux blanchissant sur un fond ténébreux. Tes fleuves engouffrés sous leur arche arrondie. Et tes mers écumant comme un vaste incendie. Et les toits des cités resplendissant de feux!
Ohl qui pouvait te voir sans palpiter d^extase, Sans tomber à genoux devant ton créateur ?
Oh ! qui pourrait te voir sans qu^un poids ne Pécrase, Un poids comme le mien, de honte et de malheur ?
Que d^êtres animnit ton âme intarissable, Depuis rhumble fourmi dans ses cités de sable Jusqu^à Taigle du ciel qui dormait sur le vent !
APKiS LA DESTRUCTION DU GLOBE. 991
Dans tes jeux infinis qne de force et de grâce, Depuis le cygne blanc qni vogue sur la trace
Du cygne sur Ponde glissant, Depuis le doux ramier dont le cou s^entrelace
Au cou du ramier gémissant, Depuis le paon superbe où Tanbe peint sa roue, Depuis le lévrier dont les flancs sont la proue. Depuis le fier coursier au cœur obéissant, Jusqu^au lourd éléphant, tour vivante et mobile Que la voix d'un enfant par Pamour rend docile,
Jusqu'au lion frémissant Qui d'un ongle courbé creuse en vain la poussière , Fait dans ses sourds naseaux rugir Pair menaçant. Et de son cou gonflé secouant la crinière, Renvoie obliquement Péclair de la lumière Et n'a dans sa paupière Que des feux et du sang !
Et quelle vaste intelligence S'élevait par degrés de la terre au Seigneur, Depuis Pinstinct grossier de la brute existence. Depuis l'aveugle soif du terrestre bonheur, Jusqu'à Pâme qui loue, et qui prie, et qui pense.
Jusqu'au soupir d'un cœur Qu'emporte d'un seul trait Pimmortelle espérance
Au sein de son auteur !
race aveugle ! ô race à sa perte obstinée !
Hommes qui n'avez rien conquis que le trépas ! Qu'aviez-vous à faire ici-bas ?