‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 79 sur 96 · LB SOLITAIRE · texte numérisé non relu

LB SOLITAIRE

A respiré d^en-haut le 80u£Ele du printemps !

Combien de fois sur mon roc solitaire L^aigle a changé sa plume et le chêne ses glands I A mon âme, ô mon Dieu, de toi seul possédée.

Que sert un temps écrit? que sert un jour compté? Tous les temps n^ont qu^un jour à qui n^a qu^une idée, Celui qui vit en toi date en éternité !

Le silence et la solitude

De leur rouille ont usé mes sens, Mon oreille des sons a perdu Pbabitude, Ma bouche pour parler cherche en yain des accens ;

Mon corps courbé par la prière.

Insensible aux soleils, aux hivers endurci.

Est aussi rude que la pierre

Que mes pieds nus foulent ici !

Mais le sens qui t^adore a grandi dans mon âme, C^est le seul désormais dont ma vie ait besoin, Il voit, il sent, il touche, il entend, il proclame Les choses de plus haut et son Dieu de plus loin ! Pour s^élever à toi mon aile est plus rapide. Mon esprit plus muet en toi s^anéantit !

Ainsi plus le temple est vide ,

Plus récho sacré retentit !

KBinriiMK

Cantique*

éTERMITÉ DB hk NATURE, BRlÂYETé DB I/BOHMB.

Roulez dans tos sentiers de flamme, Astres, rois de Timmensité !

Insultez, écrasez mon âme Par votre presque éternité !

Et TOUS, comètes vagabondes.

Du divin océan des mondes Débordement prodigieux, Sortez des limites tracées Et révélez d'autres pensées De celui qui pensa les cieux !

CANTIQUE. SSm

Triomphe, immortelle nature!

 qui la main pleine de jonra Prête des forces sans mesure, Des temps qui renaissent toujours !

La mort retrempe ta puissance, Donne, ravis, rends Pexistence A tout ce qui la puise en toi ; Insecte éclos de ton sourire, Je nais, je regarde et j^ezpire, Marche et ne pense plus k moi !

Vieil océan, dans tes rivages Flotte comme un ciel ëcumant.

Plus orageux que les nuages.

Plus lumineux qu^un firmament !

Pendant que les empires naissent, Grandissent, tombent, disparaissent Avec leurs générations. Dresse tes bouillonnantes crêtes.

Bats ta rive ! et dis aux tempêtes :

Où sont les nids des nations ?

Toi qui n^es pas lasse d^éclore Depuis la naissance des jours, 'Lève-toi rayonnante aurore.

Couche-toi, léve^toi toujours !

Réfléchissez ses feux sublimes.

Neige éclatante de ces cimes, Où le jour descend comme un roi !

Brillez, brillez pour me confondre,

t»» CANTIQUE.

Vous qn'an rayon da jour pent fondre.

Vous subsisterez plus que moi !

Et toi qui t^abaisse et t^élèye Comme la poudre des cbemins.

Comme les vagues sur la grève, Race innombrable des humains.

Survis au temps qui me consume.

Engloutis-moi dans ton écume, Je sens moi-même mon néant ; Dans ton sein qu^est-ce qu'une vie ?

Ce qu'est une goutte de pluie Dans les bassins de l'océan !

Vous mourez pour renaître encore, Vous fourmillez dans vos sillons !

Un souffle du soir à l'aurore Renouvelle vos tourbillons !

Une existence évanouie Ne fait pas baisser d'une vie Le flot de Fétre toujours plein ; Il ne vous manque quand j'expire , Pas plus qu'à l'bomme qui respire Ne manque un souffle de son sein !

Vous allez balayer ma cendre ; L'homme ou l'insecte en renaîtra !

Mon nom brûlant de se répandre Dans le nom commun se perdra ; Il futl voilà tout! bientôt même

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