SAUL
Et que me peut ton Dieu ? que me fait sa colère? A son courroux enfin que reste-t-il à faire ? Près du corps déchiré de mon fils expirant Il m^entraîne, il me voit, il doit être content !
— Va! tant que j^espérai de conserver ta vie,
Pai craint ce Dieu, mon fils ; tu meurs, je le défie !
Sa cruauté ne peut accroître mon tourment!
Je tombe sous ses coups, mais en le blasphémant !
JOHATHAS.
ciel ! à nos malheurs n^ajoutez pas ce crime !
— Contentez-vous, ô Dieu! d^une seule victime; Que mon sang vous apaise, et que mon père...!
SAUL, furieux.
Non!
Non ! je ne veux de toi ni bienfait ni pardon ! Dieu cruel ! Dieu de sang ! je te brave et t^outrage f Tout ton pouvoir ne peut avilir mon courage !
Tu remporte, il est vrai; mais lorsque tu m^abats, Je me relève encor pour insulter ton bras !
Je ne me repens pas des crimes de ma vie; d^est toi qui les commis et qui les justifie ! C^est toi qui, de mes jours constant persécuteur. As semé sous mes pas les pièges du malheur !
Et si Pexcès des maux a produit Finjustice, Tu fus de mes forfaits la cause et le complice! — Tu les punis pourtant ! — Tu les punis en moi! Mais je les vois ailleurs récompensés par toi ! Ce qui fut crime en Pun chez un autre est justice ! La vertu n^est qu^un nom ! ta loi n^est qu^un caprice ! Et ton pouvoir cruel n^a formé les humains Que pour persécuter Touvrage de tes mains !
Eh bien ! par mon supplice exerce ta puissance ! Assouvis tes regards, jouis de ma souffrance ! Jouis ! mais hâte-toi de Pépuiser sur moi ; Le néant où je cours va m^arracher à toi !
JONATHAS, d'une voix éteinte»
blasphème! — Épargnez , Dieu clément! ... mon père!
Que cet égarement rend ma mort plus amère !
— Ne vous souvenez pas, Seigneur, de ces discours!
Seigneur, votre justice a compté tous nos jours !
Nos destins sont écrits dans vos lois éternelles.
Nos mérites pesés dans vos mains immortelles !
L^homme, œuvre de ces mains, pourra-t-il murmurer?
Osera>t-il juger ce qu il doit adorer ?
Ah I si la nuit des sens ici nous presse encore,
La mort ouvre nos yeux à Téternelle aurore \