‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 88 sur 96 · SAUL · texte numérisé non relu

SAUL

Et que me peut ton Dieu ? que me fait sa colère? A son courroux enfin que reste-t-il à faire ? Près du corps déchiré de mon fils expirant Il m^entraîne, il me voit, il doit être content !

— Va! tant que j^espérai de conserver ta vie,

Pai craint ce Dieu, mon fils ; tu meurs, je le défie !

Sa cruauté ne peut accroître mon tourment!

Je tombe sous ses coups, mais en le blasphémant !

JOHATHAS.

ciel ! à nos malheurs n^ajoutez pas ce crime !

— Contentez-vous, ô Dieu! d^une seule victime; Que mon sang vous apaise, et que mon père...!

SAUL, furieux.

Non!

Non ! je ne veux de toi ni bienfait ni pardon ! Dieu cruel ! Dieu de sang ! je te brave et t^outrage f Tout ton pouvoir ne peut avilir mon courage !

Tu remporte, il est vrai; mais lorsque tu m^abats, Je me relève encor pour insulter ton bras !

Je ne me repens pas des crimes de ma vie; d^est toi qui les commis et qui les justifie ! C^est toi qui, de mes jours constant persécuteur. As semé sous mes pas les pièges du malheur !

Et si Pexcès des maux a produit Finjustice, Tu fus de mes forfaits la cause et le complice! — Tu les punis pourtant ! — Tu les punis en moi! Mais je les vois ailleurs récompensés par toi ! Ce qui fut crime en Pun chez un autre est justice ! La vertu n^est qu^un nom ! ta loi n^est qu^un caprice ! Et ton pouvoir cruel n^a formé les humains Que pour persécuter Touvrage de tes mains !

Eh bien ! par mon supplice exerce ta puissance ! Assouvis tes regards, jouis de ma souffrance ! Jouis ! mais hâte-toi de Pépuiser sur moi ; Le néant où je cours va m^arracher à toi !

JONATHAS, d'une voix éteinte»

blasphème! — Épargnez , Dieu clément! ... mon père!

Que cet égarement rend ma mort plus amère !

— Ne vous souvenez pas, Seigneur, de ces discours!

Seigneur, votre justice a compté tous nos jours !

Nos destins sont écrits dans vos lois éternelles.

Nos mérites pesés dans vos mains immortelles !

L^homme, œuvre de ces mains, pourra-t-il murmurer?

Osera>t-il juger ce qu il doit adorer ?

Ah I si la nuit des sens ici nous presse encore,

La mort ouvre nos yeux à Téternelle aurore \

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