‹ Haute-CombeChapitre 16 sur 32 · INAUGURATION · texte numérisé non relu

INAUGURATION

l)es pontifes divins les chants religieux Eveillent sous la voûte un bruit mélodieux ,

Les voix des instrumens montent par intervalles, Les prêtres prosternés près des cendres royales,

Implorent l’Eternel dans leur sainte ferveur: Fléchissant le genou sous la croix du Sauveur L’archevêque en priant a répandu l'eau sainte;

Les lévites déjà se rangent dans F enceinte;

Le premier tient la croix qui sauva les humains; Puis de jeunes enfans qui portent dans leurs mains Des odorantes fleurs dans de riches corbeilles;

Ils élancent dans l’air leurs corolles vermeilles,

Et précèdent les pas des confesseurs pieux Qui le regard baissé s’avancent deux à deux;

Près de ces prêtres saints viennent ces solitaires Qu’au monde a dérobés la paix des monastères, D’une bure grossière ils marchent revêtus, Hommes, de l’ange ils ont les célestes vertus,

Puis tout-à-coup les sons de leur voix angélique Elèvent jusqu’aux deux l’encens de leur cantique.

CHANT QUATRIEME

« Saint, saint, saint est le Dieu qui marche devant nous, « Que bénit soit son nom au ciel et sur la terre,

« Gloire au nom éternel qu’on ne dit qu’à genoux,

« Et que l'impie apprend par un coup de tonnerre.

« Gloire à vous seul, Seigneur; vos enfants dispersés « Ont élevé vers vous le cri de leur détresse,

« Pendant qu’à leur douleur des hommes insensés « Insultaient par l’aspect d’une impure alégresse.

« Gloire à vous; vous avez confondu les méchants,

« Et foudroyant l’athée orgueilleux et tranquille « Vous l’avez balayé comme l’herbe des champs;

« Il n’était devant vous qu’une paille fragile.

« Gloire à vous seul, Seigneur; dans votre temple saint,

« Vous rappelez encor nos tribus fugitives;

« Notre cœur dans l’exil, ô Dieu, ne s’est pas plaint,

« Vous seul aviez l’encens de nos harpes captives.

« Gloire à vous, gloire à vous, que ce cri solennel « Des quatre points du globe à la fois se réponde; «Gloire à vous! ce mot seul, Seigneur, est immortel,

« Et seul il planera sur les débris du monde.

S fl

« Les astres passeront et les soleils éteints « Comme un flambeau brisé rouleront dans l'espace, «Et pour s’anéantir, oui, l'un par l’autre atteints « Au chaos primitif ils céderont leur place.

«Mais vous vivrez toujours, mon Dieu; l'éternité « IV est-elle pas aussi votre premier ouvrage?

« Le nom furtif du teins fut par l'homme inventé;

« Le passé, l’avenir, pour vous ont le même âge!

« L'homme qui n'a qu’un jour s'amuse à le compter,

« 11 le divise en siècle, en année, en seconde,

« Et ce temps fugitif qu’il ne peut arrêter « Dans son cours vagabond l'emporte comme l'onde.

« Heureux qui mit en vous, Seigneur, son seul espoir « Vous ne trahirez pas son attente suprême,

« Mais vous lui préparez le banquet où le soir « Un père réunit tous les enfants qu’il aime. »

Et le cantique saint comme un chant solennel Montait aux sons de l’orgue aux pieds de l Eternel.

CHANT QUATRIEME

Mais dans des vases d’or L’encens pétille et fume,

De ses flots embaumés l'église se parfume,

Et les os de nos rois rendus à leurs tombeaux,

Sont scélés par nos preux dans leurs sombres caveaux. Ce jour nous était du, Seigneur, par la justice!

Déjà s’ est accompli le divin sacrifice!

L’archevêque attendri tombe aux pieds de la croix;

C’est le nom de Peux qu’a murmuré sa voix

Hélas, il implorait la clémence divine

Pour les jours adorés de l’époux de Christine!

Ah! pendant qu’il priait et qu’un peuple attendri Offrait au ciel ses vœux pour ce prince chéri,

On vit Félix, dit-on, d’un penser qui l’oppresse

Ressentir tout-à-coup la fatale tristesse

Devant lui de scs jours a pâli le flambeau,

Sur son front a passé le frisson du tombeau

Vague pressentiment, instinct inné dans l ame,

Qui prévoit h* malheur avant qu’il nous réclame,

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