‹ Haute-CombeChapitre 24 sur 32 · VI · texte numérisé non relu

VI

Mais le guerrier s’arrête... et l’auditoire ému,

Qui souvent par ses pleurs l’avait interrompu, S’agenouille à sa voix, et tandis que les prêtres Ont déposé Félix auprès de ses ancêtres ,

Que la tombe se ferme, on entend mille voix Sous les murs ébranlés s’élever à la fois ;

Soldats, femmes, vieillards, prosternés sur la pierre, Tous, au nom de Félix, mariaient leur prière; Même l’on entendit des Aimes radieux

Mêler à ces accords leurs chœurs mélodieux;

On les vit s’incliner sur la tombe nouvelle,

Qu’en s’envolant au ciel ils effleuraient de l’aile ! Le peuple ému, dit-on, répète encor leurs chants; Que ne puis-je en mes vers retrouver ces accents ! Oh ! Muse, soutiens-moi, que ta voix enivrante Frète scs derniers sons à ma lyre mourante; Hélas, comme la lampe éteinte avant le jour Jette un feu plus rapide et passe sans retour,

TRIPOLI

Moi , je m’évanouis à l’aube matinale;

O Musc, quand je meurs, d'une fleur virginale Pareras-tu, du moins, les bords de mon tombeau? O mon dernier printemps, que tu me parais beau ! Oui, j’ai chanté la mort, tandis que ma paupière Voit sans pâlir l’instant de mon heure dernière! Félix! sur ton cercueil quand j’évoquai l’espoir, Pareille au matelot qui, prévoyant le soir Une nuit orageuse et féconde en naufrages, S’éloigne le cœur gros des paternels rivages,

Sûr, qu’au lever du jour la vague en gémissant Viendra jeter son corps sur le sol frémissant!

Je sentais que la mort circulait dans mes veines, Lorsque l’automne, hélas, de ses froides haleines Flétrira sans pitié les feuilles de nos bois,

Hélas, j’aurais chanté pour la dernière fois;

Pu isse alors une amie, au moins par sa prière, Consoler quelque fois ma tombe solitaire,

Et d’un main émue à la croix du Sauveur Suspendre en s’éloignant une pudique fleur!

0 culte des tombeaux ! chaste et saint héritage De nos pères à nous tu passas d’âge en âge;

Oui, partout où l’amour suspendit un berceau, L’auguste piété dût creuser un tombeau.

CHANT DIXIÈME

Le sauvaare chassé de ses bois séculaires Emporte dans l’exil les restes de ses pères,

Car pour lui la patrie est dans ces ossements ;

Du respect pour la mort naissent les sentiments, Envain nos sens grossiers attachés à la terre,

De leurs liens impurs enchaînant la matière Voudraient nous rattacher au terrestre séjour, L’âme sur un tombeau se raffermit, l’amour Vient expliquer l’amour, sa voix nous dit: Espère! Oh, qui pourrait douter sur le cercueil d’un père!... Malheur à l’insensé qui marche sans flambeau Et qui n’aperçoit rien au delà du tombeau !

Malheur ! car il vécut dans une nuit profonde,

Tel qu’un aveugle errant il parcourut le monde !

Sûr de ne pas cueillir il n'a jamais semé,

Et l’univers pour lui fut un livre fermé!

Qu’il s’éloigne d'ici, car nos chants d’espérance N’obtiendraient qu’un souris de son indifférence; L’Ange chasse l’impie, et d’un glaive de feu Aux profanes regards défend l'arche de Dieu !

Ainsi lorsque la voix des phalanges célestes Se mêlait à nos chants pour pleurer sur tes restes, Félix! les élus seuls entendirent ces chœurs; Mélodieux soupirs qui vibraient dans nos cœurs,

TRIPOLI

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