LA MUSIQUE RELIGIEUSE
L'antinomie qui existe dans la plupart des compositions religieuses du xviii^ siècle entre leur destination et leur style musical s'explique en premier lieu par le fait qu'elles ont souvent été écrites sans conviction, secondement par l'uniformité des moyens d'expression que la vogue de Topera italien et du virtuosisme vocal avait partout imposée.
On ne saurait invoquer le premier point pour déterminer les causes du caractère « mondain » de la musique d'église de Haydn. Depuis longtemps on a reconnu que « l'impropriété de ses messes est chose aussi incontestable que l'intégrité de sa croyance * ». Le fils du charron de Rohrau avait recueilli et eut le bonheur de garder jusqu'à sa mort la tradition d'une foi sure et douce, candide comme celle d'un enfant. Honni soit celui qui pourrait mal penser en lisant, dans
I. Ce sont les termes dont s'est servi le professeur Bischof dans un article de la Niederrheinische Musikzeitung de i858, qui a été cité dans le Kirchenmusikalisches Jahrhuch de 1887,
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les narrations de ses visiteurs et dans les marges de ses autographes, les preuves de sa piété.
« Voyez-vous, disait-il au compositeur Schulz, en 1770, je me lève de bonne heure et, sitôt habillé, je me mets à genoux et je prie Dieu et la sainte Vierge, que tout me réussisse encore aujourd'hui. Après que j'ai pris un petit déjeuner, je m'assieds à mon clavier et je commence à chercher. Si je trouve tout de suite, cela marche vite, sans beaucoup de peine. Mais quand cela n'avance pas, je reconnais que j'ai perdu la grâce par un péché quelconque et alors je me remets à prier jusqu'à ce que je me sente pardonné *. » Loi'squ'il terminait un manuscrit, il inscrivait souvent en guise de signature quelque formule de dévotion, qu'il ne se faisait pas scrupule d'appliquer même à ses œuvres profanes. Les mots : « Laus Deo et V. M. » sont au bout de l'opéra bouffon lo Speziale^ et la partition de la « burletta » intitulée VInfedeltà delusa porte l'inscription : « Laus omnipotenti Deo et Beatissimae Virgini Mariae. » Ailleurs, l'invocation initiale : « In nomine Domini .» a suffi pour vérifier l'authenticité d'une cantate dont l'on ne retrouvait qu'une copie incomplète.
I. La relation de Schulz a été publiée par Reich»rdt dans V Allgemeine musikalische Zeitung, de Leipzig, année 1800, p. 173. Voyez PoHL, Haydn, t. II, p. 27.
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Il est donc prouvé surabondamment que Haydn apportait dans ses compositions religieuses les intentions les plus sincères, et que ce qui les rend impropres à leur but doit être attribué à des causes externes.
Exactement comme dans le domaine de la musique de théâtre, il faut en accuser d'abord « le fait du prince », qu'un des historiens de la musique d'église à cette époque, R. Schlecht, a justement comptéparmi les éléments dissolvants de l'art catholique \ Pour tous les compositeurs dont un emploi de cour assurait le sort matériel, l'inéluctable obligation de plaire au souverain se présentait partout en première ligne. Gomment y réussir, sinon en continuant sa récréation à Téglise, par les moyens réputés ailleurs préférables et qui, passant pour « les plus beaux », ne semblaient pas pouvoir être repoussés lorsqu'il s'agissait de « chanter les louanges de Dieu » ; à quoi il faut ajouter qu'un même personnel transportant du théâtre à la chapelle ses talents et ses habitudes, ne permettait pas de maintenir une séparation réelle entre les deux répertoires. ' La seule différence appréciable était qu'à l'église le compositeur avait permission de faire « parade de sa science » ;