CHŒUR
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Le chœur qui s'enchaîne à ce duo, avec son brillant accompagnement, et le chœur final, entremêlé de vigoureux tutti et de quatuors fugues, vocalises, ne sont pas non plus d'une facture moins admirable, d'un effet moins puissant, que ceux delà première et de la deuxième parties : leur seul tort est d'en continuer l'éloquence, sans assez la renouveler.
Une anecdote montre à quel point Haydn avait cru, en écrivant la Création faire œuvre absolument religieuse.
Un certain Ockl, recteur de la paroisse de Saint-Johann, près Plan, en Bohème, grand admirateur de Haydn, résolut, en 1801, d'organiser une exécution de la Création dans son église ; tout en la préparant activement, il crut devoir demander au consistoire, à Prague, une permission qu'à son grand étonnementil se vitrefu-
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ser, et dont ses ouailles alléchées par l'espoir d'un plaisir musical, prétendirent se passer ; pour sauvegarder toutefois la responsabilité du recteur, on s'avisa de Temmener à quelque distance, en voiture, pendant que le concert avait lieu : mais, peu de jours plus tard, dans un village voisin, de véhémentes critiques furent formulées en chaire contre un divertissement que des païens seuls avaient pu abriter sous une voûte sacrée; très affecté de ce blâme public, le pauvre recteur Ockl écrivit deux lettres à Haydn afin d'apprendre de lui le vrai sens de son œuvre ; la réponse qu'il reçut dut le rassurer tout au moins sur la pureté des intentions du musicien; Haydn affirmait qu' « aucune église ne pouvait être profanée par la Création », mais que bien plutôt sa musique y porterait chacun à prier et honorer le Créateur, mieux que les prédications du genre de celle dont on lui parlait ; s'échauffant tout à fait, le vieux maître traitait l'affaire de « très ridicule », et annonçait son intention, au cas où le consistoire ne mettrait pas ses préventions de côté, de la porter lui-même devant « Leurs Majestés, qui n'ont jamais entendu cet oratorio sans être émues, et qui sont convaincues de la valeur de cet ouvrage sacré * ».
Lès Saisons, que Haydn composa aussitôt après la Création, ne pouvaient plus prétendre à cette qualification d' « ouvrage sacré » et ne se rattachaient au genre de Toratorio que par des liens extérieurs, les proportions, la destination au concert. C'était une série de tableaux de genre, « une guirlande de cantates » d'un caractère descriptif, avec, de temps en temps, comme dans les fables classiques, une « moralité » séante on ne peut mieux dans la bouche d'un souriant vieillard.
L'introduction instrumentale des Saisons a, comme celle de la C/*ea/«o/i, un programme littéraii'e. Elle est destinée à peindre « le passage de l'hiver au printemps »; et se rattache, par quelques courtes réponses en récitatifs, au chœur des paysans qui saluent la belle saison. Beethoven s'est souvenu dans la Symphonie pastorale
de l'une des agrestes mélodies de ce premier chœur :
musikalische Zeitung, de Leipzig, du 21 janvier 1874, d'après d'autres journaux allemands.
Allegretto
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Une étonnante fraîcheur, une abondance, une vivacité d'impression, que l'on croirait juvéniles, emplissent tout Touvrage. Il semble que le léger canevas fourni par le poète invite le vieux maître à revivre les souvenirs de sa longue et paisible existence. Haydn se rappelle la beauté du printemps dans les campagnes où il est né, et au milieu desquelles il a vécu. Le laboureur qui siffle un air joyeux en pesant des deux bras sur les mancherons de la charrue, le semeur dont le grand geste cadencé répand dans les sillons la graine, « Sepperl » autrefois les suivait, tout autour de Rohrau, dans le joli brouillard matinal ; c'est en rappelant le thème d'une de ses symphonies de Londres qu'il accompagne un de leurs chants, comme s'il voulait lui-même encore s'associer à leurs travaux. Jadis, dans les herbages qui bordent la Leitha ou le Neusied- 1er See, il a vu poindre les premières lueurs du jour, s'enfuir les oiseaux de nuit, se répandre les troupeaux; il a vu rougeoyer la crête des
collines sous Tardeur du soleil estival, dont il célèbre la splendeur en un beau trio avec chœur ; autour d'Esterhaz, il a poursuivi la perdrix, le lièvre et le cerf: c'est lui-même qu'il peint dans l'air du chasseur, d'une si belle franchise mélodique, où l'accompagnement animé et obstiné décrit la quête du chien ; c'est tout l'équipage du prince Esterhazy qui galope, crie, chante, sonne, dans le chœur : « Hôrt das laute Getôn ! » La fête des vendanges n'est pas moins remarquablement empreinte de mouvement, de vie, et du caractère populaire que Haydn a donné aussi au petit duettino amoureux de Lucas et Hannchen et aux lieder des fîleuses et des paysans réunis pour la veillée, en hiver.
Partout, le maître s'est complu aux détails descriptifs^; mars il n'a pas oublié que la musique peut assumer une mission plus haute ; il a fait, à propos des moissons, Téloge presque religieux du travail : « O Fleiss, o edler Fleiss, von dir kommt ailes Heil », — travail, noble travail, source de salut, — belles et graves parcrtes, quand l'homme qui en exalte la force par son chant a, jusqu'à la vieillesse, donné l'exemple. Haydn prie aussi. La vue du monde fini raflermit en sa conscience la foi et la gratitude; sa chanson du laboureur a pour complément une oraison à quatre voix pour obtenir les biens de la terre ;
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son tableau du printemps s'achève solennellement par une sorte de Laudate^ et, tout à la fin de Tœuvre, après qu'il a d'un cœur content énuméré quelques-unes des raisons que l'homme a d'aimer la vie, il se refuse à interpréter l'hiver comme un symbole de la mort. L'ascension des justes vers les portes du ciel annonce la renaissance éternelle qui surgira de la destruction apparente ; VAmen liturgique sur lequel les voix prolongent l'accord final a toute la signification de y Et vitam venturisœculi^ qui termine le Credo ^ dans la liturgie catholique.
Ainsi les oratorios de Haydn corrigentl'erreur où pouvait nous conduire l'examen de sa musique religieuse. Ses messes, qui froissent nos sentiments par les formes d'un style si « mondain », ou si léger, ne sont pas l'œuvre d'un « épicurien » : elles émanent d'un « optimisme » naïf et absolu, que les oratorios développent et précisent. Haydn avait traduit dans la Création les versets de la Genèse où il est dit que Dieu, ayant regardé son œuvre, vit que tout était bien, et il en avait fait toute sa philosophie*. Par là s'éclaire d'un coup tout son art. La joie, finalité de la musique, comme de la vie, exclut l'indifférence aussi bien que l'amertume; l'égalité d'âme
I. Voy. l'article Haydn de VAllgemeine Deutsche Biographicy par Lilicncroa et Riehl.
qu'elle engendre et maintient au milieu du choc des passions ou des événements extérieurs, correspond dans le langage artistique à la régularité des formes, et celles-ci, loin d'enserrer la pensée sous les plis d'un vêtement lourd et rigide, se prêtent avec souplesse à ses mouvements, qui se circonscrivent d'eux-mêmes en d'harmonieuses limites. Puisque la définition de Gœthe, que « le classique est le sain, et le romantique le malade », a été tant de fois répétée, qu'on rapplique donc à Haydn, et jamais, dans les choses musicales, elle ne se sera vu confirmer par un exemple plus valable.