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On a publié sur ce pèlerinage un petit volume intitulé

hardiment au moine chargé de la direction du chœur, il voulut mettre sous ses yeux diverses pièces de chant qu'il avait composées et qu'il ambitionnait de pouvoir interpréter lui-même à la chapelle ; mais le religieux, trop souvent importuné de requêtes intéressées, eut bientôt fait de reconduire en répondant que l'on voyait venir de Vienne assez de vagabonds, prétendus musiciens, qui ne savaient pas le premier mot de leur mélier. Résolu coûte que coûte à réaliser son rêve, Haydn employa la ruse. A l'heure de roffice il se glissa dans le groupe des chanteurs, supplia l'un d'eux de lui céder un instant sa partie, et lança sa voix au milieu du chœur de façon si sûre et si imprévue, que le prieur la remarqua et voulut connaître le musicien; il lui donna pour récompense la permission de vivre toute une semaine à la table des religieux et de faire une collecte qui lui procura les moyens de rentrer allègrement à Vienne.

De meilleurs jours se levaient pour lui. Au moment où lui manquait l'hospitalité de Stangler, qui avait changé de logis, il obtint d'un marchand passementier, son ami, le prêt sans intérêts ni délai de cent cinquante florins.

Installé dans une chambre à lui avec « un cla-

Maria-Zell in Steiermarkt . Entwurf einer Monographie des berûhmten Wallfahrlsortes, par H. Rogl, Vienne, igoS, in-8.

vecin rongé des vers » et quelques cahiers de musique, il se trouva bientôt « le plus heureux des hommes », et traduisit sa joie de vivre en œuvres musicales.

En bon chrétien, il commença par une messe.

Puis il écrivit des morceaux pour les orchestres de plein air, et enfin, dans Thiver de 1751-1752, un petit ouvrage dramatique, dont la commande lui fut procurée grâce à Tune des sérénades auxquelles il continuait de prendre part. Un soir qu'avec ses camarades il avait joué dans la rue quelques pièces de sa composition, l'un des assistants, qui écoutaient aux fenêtres, descendit s'informer de l'auteur et, séance tenante, Temmena chez lui, le fit asseoir au clavecin, lui dicta le canevas d'une improvisation descriptive, et lui remit le manuscrit d'une comédie et d'une pantomime, en le chargeant d'en composer la musique. Cet homme prompt à Fenthousiasme et à la décision était un acteur-auteur en vogue, Joseph Kurz. Sa comédie, intitulée « Le nouveau diable boiteux », De/* neue krumme Teufel^ avait un côté satirique, qui en fit presque immédiatement interdire les représentations. Haydn n'eut donc pas le temps de savourer un premier succès au théâtre et, pour longtemps, dut abandonner l'espoir d'y reparaître.

En choisissant pour sa demeure une man-

sarde de « la vieille maison Saint-Michel », propriété des Barnabites, sise sur le Kohlmarkt, à peu de distance du Graben, le jeune musicien venait, sans s'en douter, de préparer sa fortune : car en cet immeuble habitait le poète Métastase, par l'intermédiaire duquel il devait bientôt connaître Porpora.

Pour se guider dans la pratique de la composition, Haydn n'avait jusque-là pas eu de maîtres. 11 étudiait quelques traités — le Gradus ad Parnassum, de Fux*, et les livres de Mattheson^ — el les œuvres de musiciens célèbres que ses modestes ressources lui permettaient d'acheter, notamment les toutes nouvelles sonates de Carl- Phiiipp-Emanuel Bach^. Au fur et à mesure que son léger savoir s'élargissait, il l'employait à « instruire la jeunesse ». Le hasard du voisinage rangea parmi ses élèves une fillette de dix ans, Marianne Martinez, dont les parents habitaient avec leur ami Métastase un étage de la maison. Ce fut ainsi que Haydn pénétra dans l'intimité du « poète césaréen », pensionnaire impérial,

1. L'édition originale latine du traité de Fux datait de 1715 et sa traduction allemande par Mizlcr, de 174^.

2. Les principaux traités de Mattheson (1681-1764) étaient laiKleine General-Bass SchulCy 1735, la Grosse General- Bass Schule, 1731, et Der vollkommene Capellmeister, 1739.

3. Les six sonates d'Emm. Bach dédiées au roi de Prusse avaient paru en 1742, les six sonates jointes au Versuch ûher die, wahre Art das Clavier zu spielen, en 1763.

représentant officiel de la tragédie musicale, et, à ce titre, collaborateur de tous les maîtres de Topera italien.

Chez Métastase, Haydn connut Nicolo Porpora. Déjà vieux et fatigué^, celui-ci venait de quitter Dresde pour s'établir à Vienne, entouré d'un éblouissant prestige, dû tout autant aux succès de ses élèves chanteurs, qu'à ses compositions.

Quand on le surnommait « le patriarche de la mélodie », on faisait allusion tout ensemble à son habileté dans Tart d'écrire pour les voix, et au talent d'interpréter la musique de chant, dont il semblait détenir les secrets. Les défauts de ses oeuvres provenaient des qualités de sa méthode : ayant la virtuosité pour but, elles devaient périr avec leurs interprètes. C'est par sa renommée de professeur que Porpora attirait Haydn , et , dans son désir d'acquérir sous un maître illustre « les véritables fondements de la science musicale », dont ses lectures ne lui laissaient atteindre que la surface, il n'était chose raisonnable ou folle à laquelle il ne se sentît capable de se soumettre. Les légendes héroïques dépeignent en symboles les épreuves imposées aux aventuriers intrépides qui mar-

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