ANALYSE DE LA FORME DES MORCEAUX QUI COMPOSENT UN QUATUOR
Un quatuor se compose le plus souvent de quatre morceaux.
Premier morceau.
Le Premier MORCEAU, ordinairement d'un mouvement modéré, sert en quelque sorte d'exposition et détermine le caractère de ceux qui le suivent. On y trouve d abord une première reprise dans laquelle l'auteur expose les idées mères, et qu'on redit pour la mieux faire apprécier ; puis une seconde reprise où, comme un habile avocat, il présente ces mêmes idées sous toutes leurs faces, les travaille, les modifie, par les changements de partie, de ton, d'accompagnement, et revient enfin par la modulation au sujet principal suivi d'une conclusion.
On voit, au premier coup d'œil, tout cç qu'un esprit bien ordonné peut tirer d'un pareil développement, et combien cette forme est logique.
ÀDdante.
Vient ensuite, sous la forme du Largo, de 1' Adagio ou de I'Andante, mouvements lents, ce qu'on pourrait appeler la partie méditative du quatuor. Là, l'esprit se calme et s'élève par la grandeur et la largeur de la pensée , s attendrit ou rêve sous le charme et la douceur du sentiment. Ce genre de morceau et Tandantino, qui en est ^expression animée, n'est pas
toujours À deux reprises. Quelquefois, la pensée, sans revenir sur elle-même, se déroule (particulièrement dans l'œuvre de Haydn) sous la forme d'un air de chant récité par le premier violon, et seulement accompagné par les autres parties, comme une figure se détachant sur le fond d'un tableau. Souvent aussi, c'est la place d'un thème varié, et quels admirables exemples n'en trouvons-nous pas dans le catalogue ! K
Un morceau court, toujours à trois temps, le Menuet, vient Menuet
ei ocnerzo*
se placer ici entre l'adagio et le finale . Il est coupé en deux parties , chacune formée de deux reprises. La seconde de ses deux parties est le plus souvent dans un ton différent, et s'écrivait autrefois en trio, comme l'indique le nom qui lui en est resté ; puis un Da Capo ramène au menuet que l'on dit sans reprises, et par lequel on termine. Ce morceau de transition, d'un effet sûr par l'agrément et la concision de sa forme, nous vient évidemment des anciennes danses dont nous avons parlé plus haut : menuets, pavanes, chaconnes, gigues, gavottes.
Quant au Scherzo, qui parfois prend la place du menuet et qui lui emprunte en général la forme première du trio, dès reprises et du da capo, Beethoven a souvent donné à ce genre de morceau , plus usité chez lui que le menuet proprement . dit , un mouvement vif, qui se bat à un temps, et des développements plus étendus.
* On en veut beaucoup aujourd'hui à cette forme du thème varié , que l'on repousse comme usée et passée de mode, ce qui s'explique par l'abus qu'en ont Cait les exécutants; néanmoins il est bon de juger prudemment cette question, et l'on ne sait pas assez que l'adagio de la symphonie de Beethoven en ut mineur, celui de la symphonie avec chœurs et tant d'autres morceaux qu'on regarde comme des types d'innovation, sont des thèmes variés qui déguisent leur origine en s'enchainant sans reprises.
Finale. Le quatuor se termine par un Finale qui n'est pas toujours
à deux reprises , mais dont toutefois le caractère dominant est le retour fréquent et périodique du motif principal ; telle est par exemple la coupe en rondo.
Dans ce morceau, les développements, participant de la nature active et entraînante des idées premières , raniment Tauditeur par le charme de la vivacité , ou le reposent des morceaux qui précèdent par la légèreté du style.
Telle est en général la forme du quatuor, que le génie ou la fantaisie peuvent varier à Tinfini, mais dans laquelle ont été écrits les plus beaux morceaux de notre catalogue.
Si nous analysons cette forme , nous trouvons d'abord au point de vue général de Tart, qu'elle a, par la diversité de ses morceaux, l'avantage de réaliser le grand principe de la variété dans Vuniléy et, au point de vue spécialement musical, de prouver que la langue des sons a sa grammaire et sa logique, comme toute autre langue ; qu'en musique , comme en littérature , la phrase obéit à des lois d'enchaînement et de déduction , et que , pour tout esprit attentif et exercé , elle peut et doit exprimer, sans sortir de son domaine, tout un ordre de sentiments et d'idées , depuis les plus élevées jusqu'aux plus simples. La Musique , considérée ainsi, n'est plus alors pour l'auditeur un simple plaisir d'oreille, mais devient un intérêt puissant, dont les causes et les effets s'adressent à la fois au cœur et à l'esprit de chacun , selon son degré d'instruction ou d'intuition naturelle.