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oui.
Dti Bannato, 18 septembre 1811.
Quœ valuert ruunt.
O vio.
Ce qui jadis fut solide, tombe en ruines.
Haydn quitta Londres et ses brouillards , la tête pleine de Handel et la bourse bien garnie de guinées. Il traversa l’Allemagne pour regagner sa demeure, et chemin faisant il ne négligea pas de donner de temps en temps quelques
concerts, qui lui attiraient toujours les largesses des souverains par les résidences desquels il passait. Arrivé à Yienne, il entreprit de mettre de l’ordre et de l’économie dans ses finances. Jusque là il avait été riche de renommée; mais quelque gain que lui eussent procuré ses immenses travaux , il n’avait ‘encore pu se donner aucune des jouissances que permet l’aisance , soit à cause des pieuses prodigalités de sa femme , soit parce que lui-même , tout entier à son piano , apportait trop peu de soin à surveiller sa fortune. Le traitement qu’il recevait de la maison Esterhazy , et qu'elle augmenta plus tard, fut pendant plusieurs années trop faible pour l'enrichir. Mais il suffisait à ses besoins , et il s’en contentait; car c’est pour ce faible traitement, qu'il refusa, par attachement pour ses patrons , les offres magnifiques de différentes cours, et celles non moins éblouissantes qui lui venaient de l’Espagne ou de quelques mylords. Il est juste aussi de dire que le prince et l’aimable princesse , son épouse, n’ont jamais cessé d’avoir pour lui les plus grands égards. Son couvert était toujours mis à leur table. Lorsqu’on donna un costume aux musiciens de S. A. , ou réserva à Haydn celui que portaient à Eisenstad les amis du prince ; distinction dont il fut vivement touché. A tant de faveurs le prince ajouta
celle de désigner une voiture pour son service particulier ; mais elle fut refusée par le modeste compositeur , qui sortait peu de sa solitude. Deux fois aussi son salaire fut augmenté, et toujours sans aucune demande de sa part. De si gracieux procédés étaient pour le cœur de notre maestro de puissans liens de reconnaissance et d’attachement. Aussi , dans les dernières années de sa vie , ne pouvait-il retenir ses larmes au nom seul de la maison d ’Eslerhazy. La fortune de Haydn éprouva encore à cette époque un notable accroissement, par la publication des deux oratorios , qu’il composa, comme je vous l'ai écrit , depuis son retour de Londres. Ces ouvrages lui rapportèrent bien 2000 sequins , en y comprenant cetju’il reçut de la société des chevaliers qui les lui avait commandés. Il avait gagné à Londres i 5 ooo florins, et, avec cette somme, il avait acheté la maison qü’il habitait dans le faubourg de Gumpendorf. Voilà exactement , et à un sou près, tout l’argent que posséda Haydn. Ce grand compositeur n’écrivit que fort peu après ses Quatre Saisons , affaibli qu’il était par ce travail et par l’âge. — « C'est fini, me dit-il un jour, « ma tète n’y est plus : autrefois les idées venaient « d’elles- mêmes me trouver, sans que j’eusse « besoin d’aller au-devant d’elles; aujourd’hui il « faut que ce soit moi qui aille les chercher,
« et je ne me sens plus fait pour les visites. » — Sa dernière production complète est le quatuor n° 85 , composé pour le comte Fries. Il commença bien encore le n° 84 ; mais il ne.pul l’achever , quoiqu’il y eût travaillé pendant trois ans. Comme les autres, il fut imprimé par Artaria. On y U’ouve la triste preuve que sqn auteur était sur son déclin.
Il n’y a, de cette époque , qu’un travail qu’il poussa assez loin. C’est la collection des Airs nationaux écossais. Il avait été chargé d’y faire une partie de basse, et il recevait deux guinéespour chaque air, sans que le nombre de ces airs eût été déterminé. Il en écrivit à peu près trqis cents ; mais, vers i8o5, il fut encore obligé par ordre du médecin d’abandonner ce léger travail. En effet, à peine le bon vieillard se mettait-il au piano , qu’aussilôt il lui prenait des vertiges; et personne n’ignore que de telles visites ne sont que trop souvent les symptômes de l’apoplexie. Il existe de lui un curieux billet de visite. Il l’envoya comme une circulaire à ses amis , vers la fin de i8o5, lorsqu’il se retira pour ne plus sortir de son jardin et de sa maison. Il consiste en quelques paroles mises en musique , et dont voici le sens : — « Mes forces m’ont abandonnai, je ne puis aller « plus loin. » — La musique s’arrête au milieu de la période, sans arriver jusqu'à la cadence;
elle exprime ainsi parfaitement la pensée et l’impression de son languissant auteur. Voici le billet tout entier. Il est digne d’attention.
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Vous avez certainement entendu parler d’une fameuso collection , unique dans son genre, imprimée à Vienne par Mollo. C’est un recueil de plus de cent airs avec accompagnement de piano, composés par les plus célèbres maîtres de l’Europe , et tous sur des paroles que j’avais composées en parodiant une strophe de Vittorelli.
Haydn fut prié, en 1807, de vouloir bien aussi, 1 lui, écrire quelques notes sur ces mêmes paroles; il désira les connaître ; et comme il était question de mort et de tombe : — Cela me convient , ditil, ces paroles sont belles; et moi aussi je ferai, comme je pourrai, mon arietla. — Il essaya en effet plusieurs fois, et les éditeurs suspendirent l’impression pendant un an , pour attendre ce dernier chant du cygne. Ils durent enfin publier la collection, mais sans Varictla de Haydn , car il n’avait pas réussi à la composer. A cette époque, deux idées fixes s’emparèrent presque entièrement de son. esprit fatigué. L’une , l’inquiétude
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sur sa santé; était raisonnable et fondée; quant à la seconde , la préocupation de ses besoins et de ses ressources , elle n’était qu’une suite de son affaiblissement. Haydn semblait être devenu avare, )Bt qui ne l’aurait pas connu , se serait imaginé qu’il craignait chaque jour de n’avoir pas de quoi vivre, et de quoi pourvoir à ses besoins .Aussi acceptait-il, toutes les fois qu’il en trouvait l’occasion, quelques gouttes deTokai ou de toute autre liqueur fortifiante; et jamais on ne le voyait plus gracieux qu’envers ceux qui lui envoyaient des volailles , du gibier, du poisson , enfin tout ce qui servait à alimenter gratuitement sa cuisine.
Cependant il ne poussa pas celte faiblesse de vieillard au point que voudrait le faire croire un auteur prussien , qui a écrit des voyages et composé de la musique. Il prétend que montrant un jour à Haydn ses bijoux , celui-ci se conduisit de telle sorte, qu’il en fut révolté; et il ajoute ces paroles : — « Ne parlons pas de son avarice , car je pourrais en rapporter des traits, qui lui feraient le plus grand tort. » — Quant à moi, je pense que s’il y a un tort dans cette affaire, cette petitesse, involontaire et si fréquente chez les vieillards , en fait beaucoup moins à Haydn que ne s’en fait à lui-même un écrivain sensé , en se prononçant si légèrement sur le caractère d’un homme célèbre , et en taxant de vice ce qui n’était qde la faiblesse
plutôt physique que morale de la décrépitude. Haydn , quand il était dans toute sa force , alors qu’il était vraiment Haydn , ne fut jamais riche , parce qu’il ne fut jamais avare. Sa succession sera là pour le prouver dans son temps. Et cet historien , qui d’ailleurs ne ménage pas les éloges à tous les personnages qu’il a rencontrés dans les salons ou dans les rues de Vienne , aurait beaucoup mieux fait de ne pas imprimer cette seule et injuste tache, sur un homme plus digne de ses louanges que tous ceux à qui il les prodigue.
Mais ce qui rendait la gaieté au bon vieillard, plus que tous ces petits cadeaux, c’étaient les visites de ses amis. Il devenait alors tout autre , il rajeunissait de dix ans, et à chaque instant il lui échappait des réponses pleines d’agrément et quelquefois fort piquantes. Je pourrais vous en citer plusieurs, si je ne craignais d’être trop long. Seulement en voici une qu’il est important de faire connaître , parce qu’elle a rapport à une équivoque fort grave, qui , avec le temps , pourrait s’introduire dans sa biographie et transmettre ainsi une erreur à nos descendans.
Vers Tannée i8o5, les journaux de Paris, trompés par quelque correspondant sot ou mal intentionné, annoncèrent avec une admirable assurance la mort de Haydn , et ils allèrent jusqu'à régaler leurs lecteurs des entretiens socra-
tiques du mourant avec sa fidèle servante. Rien n’élait plus faux cependant que tout ce récit. Mais comine le mensonge, lui, a des ailes pour voyager, tandis que la pauvre vérité ne se traîne que sur des béquilles , cette fable avec tous ses embellissemens fut bien vite répandue dans toute l’Europe. Tous les journaux la répétèrent, excepté ceux de Vienne, qui, grâce au faubourg de Maria Hülfe , échappèrent pour cette fois au ridicule général. Mais voici ce qu’il y a de mieux. Haydn était membre honoraire de l’Institut des Sciences de Paris. Ses collègues firent célébrer en son honneur une 'cérémonie funèbre, dans laquelle ou chanta, pour le repos de son âme , la même messe que Mozart avait composée pour le repos de la sienne. A une telle nouvelle , les amis de Haydn d’accourir pour s’amuser avec lui de sa prétendue mésaventure; et lui de rire beaucoup des journaux et de ses funérailles de Paris : — « Je sais, dit-il, bon gré à ,ces messieurs de leur « intention , et , s’ils m’avaient prévenu , je serais « allé conduire moi-mêmq ; leur messe. &
Peu de temps après , la ^euve et le fils de Mozart donnèrent au théâtre de Wieden un concert pour l’anniversaire de la naissance de Haydn. Lejeune Mozart y fit entendre une cantate de sa composition , en l’honneur du grand maître , qui avait indiqué à son père, non moins célèbre, la
roule du beau dans les symphonies; el le public accueillit, comme il le devait, cet hommage rendu à un grand homme par le fils d’un grand homme , son émule , son imitateur et son rival.
Mais un spectacle bien plus louchant et bien plus mémorable fut celui qu’une société d’amateurs donna à Vienne, dans la grande salle de l’université , pendant l’hiver de 1808. Je ne vous en parlerai pas seulement comme témoin oculaire , mais bien comme y ayant moi-même joué un rôle.
Ces Messieurs donnaient déjà depuis quatre mois des concerts qui attiraient le public le plus distingué de Vienne. Près d’atteindre le nombre qu’ils avaient déterminé, ils eurent l’idée de clore leurs séances , le a'] mars , par la Création de Haydn en Italien. On ne l’avait jamais entendue à Vienne dans cette langue , car loi’squ’elle fut exécutée dans la maison I.obkovilz , la petitesse du local ne permit guère qu’à une centaine de personnes d’en jouir. La salle de l’université contenait plus de quinze cents personnes. L’orchestre était composé de cent soixante exéculans, et le chant fut confié à trois grands chanteurs, madame Frischer de Berlin, M. IV çitmüller de Vienne , et l’Italien Radichi. Mais une chose ajouta à la beauté de la musique, et à la per-? fection de l’exécution un mérite que les cœur^
bien fails sont seuls capables d’apprécier; ce fut la présence du vénérable auteur de cette œuvre divine. Malgré son grand âge , il voulut assister à la séance , et , pour ainsi dire , prendre congé dans ce jour de ses amis, du public et de son orchestre. Le bruit s’en était répandu dans la haute société de Vienne. Aussitôt chacun s’empresse de se procurer un billet d’entrée , pour jouir d’un spectacle cpie l’on espérait devoir être aussi beau que touchant. Au lieu de mille billets ordinaires , on en distribua le double. Imaginez-vous donc deux mille personnes dans un magnifique salon. Au milieu se trouvait un siège isolé, autour duquel régnait un triple rang de chaises réservées aux savans , aux amis du grand homme et à ses collègues. Haydn arrive, comme porté en triomphe sur un siège. La princesse Esterhazy et la célèbre pianiste madame do Kurzbeck , élève de Haydn , sa constante et intime amie, vont au-devant de lui, et, se plaçant à ses côtés, lui servent de soutien. A son apparition dans la salle, les timbales et les trompettes éclatent, et le créateur de la musique instrumentale s’avance vers sa place , au milieu des larmes et des acclamations. L’orchestre est prêt : tout l’auditoire est debout, tous les yeux sont tournés vers le vénérable vieillard. Le maestro Salieri , que Haydn avait
toujours prié lui-même de conduire ses deux chefs-d’œuvre, avait bien voulu se prêter encore , pour ce jour-là , à ce service d’ami. Avant de donner le signal , Salieri se détache de l’or- , chestre , et se dirige vers Haydn. Les deux célèbres compositeurs s’embrassent avec effusion. J’avais la première chaise immédiatement derrière Haydn. Sàlieri lui serre la main , et vole à son orchestre. Les exéculans, les chanteurs , l’auditoire , tout est saisi d’un enthousiasme général. Jamais la Création ne fut exécutée avec plus d’àme, ni entendue avec plus de transports. A chaque morceau , c’étaient des éclats d’applaudissemens. Ce jour-là fut le triomphe de Haydn et du vrai mérite. Cet entourage de grands, d’amis, d’artistes, de poètes, de femmes, ces louanges de Dieu qu’il entendait , ces louanges , le fruit de son imagination , sa gloire retentissante , confondue avec celle de la Divinité, tout ne devait-il pas faire croire au bon vieillard qu’il était dans le Ciel? Et nous , ne devionsnous pas partager cette illusion , à la beauté de la musique, à la douceur des impressions dont nous étions tous affectés? Un médecin du premier mérite, le chevalier Cappellini s’aperçut que les pieds de Haydn n’étaient pas suffisamment couverts. A peine en eut-il fait la remarque, qu’aussilôl les châles les plus élégans des plue
belles dames abandonnèrent leurs gracieuses épaules pour venir envelopper les pieds du vieillard chéri. Je crois qu’un peu plus ces gentilles femmes auraient poussé leur tendre zèle jusqu’à renouveler le trait de la Charité romaine , si le médecin eût le moins du monde témoigné qu’il en fût besoin. A la fin de la première partie , Haydn , qui avait plusieurs fois versé des larmes en entendant sa musique , et les applaudissemens d’enthousiasme qu’on lui prodiguait, se sentit affaibli, et pour ne pas déranger son régime accoutumé, il voulut se retirer. On lui demanda comment il avait trouvé sa Création ; il répondit avec un sourire : — « Il y a quatre « ans que je ne l’avais entendue.. .* et ce n’est pas « mal. » — Alors deux vigoureux athlètes élèvent sur leurs épaules le siège sur lequel il est assis , et , au milieu des saluts , des applaudissemens et des acclamations de toute la salle, on vit s’avancer vers l’escalier le nouveau triomphateur. Mais arrivé à la porte du salon , il fait signe à ses porteurs de s'arrêter. Il se tourne vers le public, et il ne trouve que des gestes pour le remercier d’un si brillant accueil , puis jetant sur l’orchestre un regard d’une expression impossible à décrire , lout-à-coup il lève les yeux et le mains vers le ciel, salue ses enfans, et avec de douces larmes il les bénit. J’ai vu dans
ma vie bien des fêtes et bien des spectacles , mais jamais je n’ai vu rien de comparable à cette scène touchante.
Quelques heures auparavant, on m’avait prié de faire , stans pede in uno , un sonnet pour le distribuer dans la salle. Je le fis, et si je vous l’envoie , ce n’est pas que je prétende qu’il soit bon , mais parcequ’il fut goûté généralement. Le voiei :
v.\V ii a \ : Wj«. i >\ , 'Uji.iil u ; jv.'h un.
A un muover sol di sue possenti ciglia Trar dal nulla i viventi e l’Universo ,
E spinger Soit per cammin diverso ,
E immensa attorné a lor d'astri famiglia ;
E Natura si ordir , che , di sè figlia ,
Si rinnovi ogni istante , e il dente avxerso Le avventi invan lo Slruggiior perverso ,
Se Dio lo voile eilfe\ quai meraviglia P Ma ch'uom l’opra di Dio stupenda e rara EguagHar tenli con pittrici note ,
E la rendu al pensier présente e chiara ,
Non possibil cimento a ognun parea.
Haydn , tu il festi. In te chi tutto puote Tanto verso di sua divina idea.
Dieu agite d’un seul mouvement ses puissant sourcils , et aussitôt l’univers avec tout ce qui est animé sort du néant ; les soleils s’élancent , et autour d’eux est semé dans l’espace l’innombrable cortège des astres.
La nature , sans jamais s’écarter de l’ordre qu’il lui imprime , se renouvelle sans cesse , sans
cesse elle puise en elle-même une nouvelle vie , en bravant toujours les coups inutiles du temps , ce grand destructeur. Si d'un signe de sa volonté Dieu accomplit ces merveilles , qu’y a-t-il là de surprenant ?
Mais que l'homme ait tenté de rivaliser avec Dieu , qu’il ait reproduit son grand œuvre , qu'avec des sons il l’ait peint et rendu sensible; voilà ce qui semblait dépasser ses forces.
Toi seul , 6 Haydn , toi seul, tu Pas fait. Tant le Tout-Puissant a puisé pour toi dans le trésor de sa divine intelligence.
Le célèbre Collin , le trffeilleur poêle tragique vivant de l’Allemagne, et d’autres poètes allemands firent aussi des vers pour cette circonstance. Tout enfin dans ce jour ne fut que joie, gloire et amour.
Adieu.
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Du Bannato, 25 Septembre 1811.
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Sic oculos , sic illt manus , sic ora fertibat.
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Tels étaient les mouvemens de fes yeux, de ses mains et de sa bouche.
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Je ne puis penser & Haydn, à son caractère, à son génie et à ses œuvres , enfin aux diverses circonstances de sa vie, sans nie rappeler en même temps.... eh bien! devinez qui?... le maréchal Laudon. Oh! n’allez pas faire l’étonné!
ai
Ces deux hommes , dans des carrières cependant bien differentes, se rapprochent par plusieurs traits de ressemblance. Tous les deux, dès leur berceau, complètement privés de fortune; tous les deux sans aucun protecteur pendant plusieurs années; tous les deux n’ayant eu d’autre maître qu’eux-mêmes, ont pourtant fait dans leur art d’importantes découvertes. Le grand Frédéric disait qu’il n’avait jamais pu deviner les projets de Laudon. Et moi, je défie qui que ce soit, après deux mesures de Haydn , de prévoir les deux qui suivront. Quant au plan entier d’une composition de l’un , et d’une campagne de l’autre , je n’en veux pas parler.
Haydn , c’était la musique personnifiée ; Laudon ^ c’était la guerre; du reste ils étaient d’une ignorance profonde dans toute autre branche de connaissances: faites-les sortir de leur art, et vous pouvez les appeler, sans rien ôter à leur véritable gloire, deux illustres idiots. Car n’allez pas vous laisser tromper par la belle réponse que 'Haydn envoya à l’Institut de France. Moi, je sais parfaitement quel en est l’auteur. Il ne faut que mettre l’un à cheval, et l’autre au piano, pour comprendre ce qu’ils étaient et ce qu’ils valaient. L’un et l’autre , d’ailleurs respectés et vénérés de tous, aimaient la solitude et la retraite. Tous les deux comblés de gloire, ils ajoutaient
au mérite de l’avoir acquise celui de ne montrer ni vanité ni présomption; au contraire, leur vertu pripcipale était la modestie, cette belle vertu , qui , selon l’heureuse expression de Bernini , est au mérite ce que les zéros sont à l’unité) c’est-à-dire, qu’ils en décuplent la valeur. Vouliez-vous trouver Laudon dans une grande assemblée? c’était dans le coin le plus reculé de la salle qu’il fallait aller le chercher. C’était là aussi que se réfugiait Haydn i Ils paraissaient tous deux dans le monde, pénétrés plutôt de leur insuffisance , que de leur propre mérite. Cette qualité leur fut nuisible dans ce sens , qu’elle retarda la juste récompense que méritaient leurs grands travaux , bien que de bonne heure le monde ait su les apprécier; car, jeunes encore d’années, ils étaient déjà vieux de'renommée. Us se marièrent tous les deux ; mais la nature refusa à Laudon aussi bien qu’à Haydn des enfans, pour se voir revivre en eux. Dans leurs mariages , il y eut cette seule différence que la femme de Haydn était loin de sympathiser avec lui , tandis que Laudon et la sienne s’accordaient parfaitement par leurs caractères. La première mourut avant son mari , la seconde érigea au sien un tombeau. Ce n’est pas que Haydn n’ait eu aussi son monument; mais ce fut le seigneur de flohrau qui le lui éleva dans son jardin, dans ce même jardin, où Haydn
enfant, avait fait ses premiers pas, bégayé ses premières paroles, et peut-être aussi, pour la première fois, volé des cerises. Du reste, malgré leur retenue et leur modestie , ils jouirent pendant leur vie d’un grand nom et de grands honneurs. On sait de combien dé distinctions et d’égards Marie-Thérèse environnait son maréchal; et celle qui hérita du trône et du nom de celle . grande souveraine, l’impératrice morte depuis peu, honora toujours llaydn , chaque fois qu’elle le vil, du plus bienveillant accueil. 11 y a sept ans, lorsque LL. MM. IL favorisèrent d’une visite le prince Esterhazy dans son château d’Eiscustadt , Haydn y reçut de la bouche même des souverains les complimens les plus flatteurs, et l’empereur lui fit don d’une riche tabatière. Mais ce n’est pas seulement' des augustes princes, dont il était sujet, qu’il fut ainsi traité. Je vous ai déjà raconté les prévenances dont il avait été l’objet de la part de la famille royale d’Angleterre. Ajoulez-y la. cour de Naples, qui voulait à toute force l’attirer à son service; l’archiduc électeur de Cologne ; le prince Henri de Prusse et le grand Frédéric / enfin l’impératrice, veuve de Paul /, qui lui écrivit de sa main une charmante lettre en j8o5, en y joignant un bijou digne d’une si grande princesse. Si, après les souverains, nous en venons aux sociétés littéraires,
l’Académie de musique de Pélersbourg fit frapper, à son ouverture, une médaille d’or, en l’honneur de Haydn , et la lui envoya avec une lettre pleine des expressions de la plus affect ueuse estime. Une autre médaille fut frappée à Paris ,. par les musiciens qui exécutèrent la Création. D’un côté elle porte l’efligie du maître; de l’autre, une lyre couronnée d’étoiles, et pour exergue ces mots : — Hommage à Haydn par les musiciens qui ont exécute l'oratorio de la Création du Monde au théâtre des Arts l'an XI de la République française. — On en frappa encore deux autres en son honneur; l’une en Suède , et l’autre en Angleterre. Il était membre de l’Institut de France, de la Société royale de Suède, des Philarmoniques de Bologne, de la Société philarmonique de Modène, et de plusieurs autres, comme je vous le dirai dans une autre lettre.
Mais revenons à notre parallèle- Haydn et Laudon étaient de ces hommes qu’on ne peut dire ni beaux, ni laids. Leur physionomie était commune, et avait je ne sais quoi de dur. Mais Haydn montait-il à son orchestre , ses yeux brillaient, son visage s’épanouissait, toute sa personne enfin s’impreignail d’une âme et d’un feu , que le premier coup de canon réveillait aussi chez Laudon. Haydn a le teint brun , son nez est régulier, mais fortement prononcé; sa bouche
' grande , mais bien dessinée , ses yeux grands aussi, approchant du noir, et surtout surmontés d’épais sourcils; sa peau est rude, profondément pnarquée de petite-vérole , couverte de rousseurs et précisément comme celle de Laudon, qui, du reste, était blond. Haydn a le visage long, le front droit et suffisamment étendu; de chaque côté, au-dessus des tempes, on remarque deux protubérances; ce sont peut-être celles dont s’est servi le docteur Gall , pour déterminer la situation de l’organe de là musique. Voilà les traits de Haydn. Quant à sa taille, elle ne s’élève pas audessus de la moyenne , et il ne fut jamais ni trop gras, ni trop maigre. Ses membres étaient d’ailleurs dans une juste proportion avec l’ensemble de sa personne. Il existe un superbe buste de lui, en porcelaine , modelé par un homme de talent , M. Grossi, directeur de la manufacture de Vienne , mort il y a trois ans. C’est le même qui a fait aussi le buste du célèbre Canota, et tous les deux sont de la plus parfaite ressemblance. On trouve chez les marchands d’estampes , d’autres portraits de Haydn , gravés à différentes époques, mais presque tous ont un défaut, et, chose bizarre! il a pour cause, une petite faiblesse de Haydn lui-même, faiblesse qui, du reste , lui était commune avec un célèbre ministre autrichien du siècle dernier. Être représenté
vieux, était pour lui une chose insupportable; aussi, en l'année 1800, lui arriva t-il un jour de faire recommencer son portrait, parce que l’artiste lui avait donné les traits qu'il avait réellement alors, c’est-à-dire, les traits d’un homme de soixante-dix ans. Il dit au peintre, -sans s’émouvoir, que c’était une véritable trahison que de choisir dans la vie d’un honnête homme, pour faire son portrait, précisément l’époque oit il était le moins agréable à voir. Puis commençant à s’échauffer, il ajouta : — « Si j’étais Haydn quand j’avais quarante .ans , pourquoi voulezvous transmettre à la postérité un Haydn de soixante-dix ans? A un pareil choix, nous 11’avons rien à gagner, ni vous ,.ni moi. » — Force fut au peintre de céder. Je vous renvoie au fronslispice de l’œuvre 75, imprimée par Artaria , pour juger du comique résultat de cette singulière boutade. En vérité , qui pourrait s’empêcher de rire, en voyant là un Haydn de trente-cinq à quarante ans , à une époque où l’original en avait plus du double?
Au moment où je vous écris tous ces détails , je suis tout-à-fait .privé des nouvelles de Haydn. Je me plais cependant à croire qu’il végète encore dans sa modeste retraite de Gumpendorf, mais quant au grand Haydn , il y a déjà quelques années , comme je vous l’ai écrit , qu’il a cessé
d’exister , et ses œuvres seules sont là pour lui conserver la plus grande part de sa vie. Et encore cette part ira-t-elle aussi en décroissant avec la marche des années, avec la mobilité du goût en musique; et alors la vie seule de son nom surnagera intacte et immortelle , parce que clans ces hommes hors ligne, il n’y a que le nom qui ne craigne ni les siècles , ni le caprice , ni les révolutions. Il y a quelques milliers d’années, que toutes les œuvres d 'A pelles sont perdues; et cependant quel est le jeune homme qui ne les connaisse de réputation? Mais que deviendra l’art, et particulièrement la musique instrumentale; maintenant que Haydn n’écrit plus, et qu’ainsi se trouve fermée cette mine si féconde de trésors de symphonie? Ce qu’il deviendra? Eh ne le voyezvous pas déjà en partie? Attendez un peu, et vous le verrez encore bien davantage. Il n’y a qu’un homme qui pourrait encore le soutenir. Et, en effet , que ne serait-on pas en droit d’attendre de lui après son beau septuor , après ses premiers trios, ses premières symphonies , ses premiers concertos pour le piano, toutes œuvres vraiment remarquables, dans lesquelles il a heureusement fondu le style de Haydn avec celui de Mozart ? Mais voudra-t-il mettre un frein à son imagination? Youdra-l-il l’astreindre à un ordre, la renfermer dans une juste mesure , lui imprimer un
caractère? Voudra-t-il préférer le beau au bizarre? Voudra-t-il cesser d’être le Kant de la musique? En un mot, voudra-t-il se créer un système clair, intelligible , sage, et surtout ne pas s’en écarter ?
Il est certain que, dans ce genre de compositions, il a reçu de la nature des dons qu’elle semblait n’avoir réservés qu’à Haydn e t à Mozart. Mais lui, au lieu de faire de son patrimoine un emploi sage et modéré , il en abuse et le dissipe , en écrivant des symphonies qui , tout en durant des heures entières, ne procurent qu’un plaisir de peu de minutes, tandis que, si elles ne duraient que quelques instans, elles laisseraient une jouissance de plusieurs heures. Il ne suffit pas d’avoir du génie , il faut encore de la raison et une certaine mesure. Un jour, un de mes amis demandait à Haydn ce qu’il pensait de ce jeune compositeur, et avec une entière sincérité, le vieillard répondit : — « J’étais fort content de ses premiers ouvrages ; mais quant aux derniers, j’avoue que je ne les comprends pas. Il me semble toujours qu’il écrit des fantaisies. » —
A considérer ensuite en général les compositeurs de symphonies , combien peu il me reste à espérer. Et cependant combien n’en trouve-t-on pas en Allemagne ! Haensel, Krommer, Romba , tout à la fois pleins de mélodie et de science,
sont maintenant avares de leurs œuvres; peutêtre faut-il l’attribuer aux circonstances et aux temps. En effet , les chances de gain étant diminuées, les imprimeurs de musique ne veulent plus donner des productions qu’un prix très médiocre, et les auteurs se voient ainsi forcés de les garder en portefeuille. Quoi qu’il en soit , qui en souffre le plus, si ce n’est l’art? Maisseder promet beaucoup ; mais son génie n’est encore qu'à son aurore. Arrivera-t-il à son midi? Cela dépend de bien des événemens. Ne peut-on pas en dire autant de tant d’autres jeunes compositeurs Italiens, Allemands et Français, que je m’abstiens de nommer?
Lorsqu’est venu à disparaître un de ces génies de premier ordre , un de ces génies qui ont fait faire de si grands pas à leur art, on serait tenté de regarder comme plus facile à franchir , pour ceux qui viennent après, le court espace qui sépare le très bien du parfait; mais il n’en est point ainsi. Il y a trois cents ans que Raphaël a cessé d’exister; et de tant de peintres qui sont venus après lui, nul n’a su posséde\;%n même temps la sublimité de son dessin , et le coloris du Titien. Cette gloire manque encore à l’école romaine. La grâce du Corrige ne s’est jamais rencontrée unie à la noblesse de caractère , au choix des contours; union qui aurait porté l'art à sa
dernière limite. Les Carrache conçurent la grande pensée de concentrer dans leur école les mérites particuliers de toutes les autres. Ils devinrent des peintres fort remarquables , mais ils n’arrivèrent jamais à égaler aucun des chefs d’écoles qu’ils tentaient de surpasser, en imitant dans chacun d’eux sa qualité distinctive , celle dans laquelle il avait primé. D’où vient cela? Quelle est celte force cachée , cette ennemie du beau , qui nous arrête au milieu de notre course , nous oblige de rétrograder, et arrache à l’esprit de l’homme la plus chère de ses espérances , l’espérance de s’élever un jour jusqu’à la perfection? Selon moi , en voici la cause.
Ces génies créateurs, lorsqu’ils disparaissent, semblables au soleil à son coucher, laissent dans l’atmosphère une teinte générale , qui enveloppe * tous les objets d’un même ton de couleur ; une teinte dominante, qu’il est impossible de neutraliser. Tous les yeux alors voient et sont affectés de la même manière. Il faut que la nuit vienne ensuite pour la faire effacer et préparer pour l’aurore une teinte différente. Pope disait qu ' Homère y semblable à un grand astre, entraînait, dans son tourbillon, tout ce qu’il rencontrait dans la sphère de ses mouvemens. Il en est de même de tout grand génie , aussi bien en politique, que dans les beaux arts. La méthode de ces maîtres, de ces chefs
d’écoles, si justement admirée, passe sous les yeux de tous; chacun l’adopte, professeurs, juges et amateurs, et l’on ne trouve plus d’attrait qu’à ce qui est une imitation , une copie. S’en écarter dans les premiers temps, c’est ne vouloir pas plaire , c’est s’engager dans une route regardée en général comme fausse. C’est donc une nécessité, pour qui vient après eux, de les imiter. Et qui jamais en imitant égala son modèle , surtout lorsque le modèle est un de ces grands originaux? On peut bien, il est vrai, parvenir à réunir à leur style, à leur caractère, quelque qualité qui leur manquait ; mais, comme il arriva aux Carraclie , on reste pour l’ordinaire audessous d’eux dans celle qui les distingua.
Ce n’est pas tout. Ceux qui suivent veulent encore aller plus loin, et l’on finit par tomber dans la charge et l’extravagance. C’est ainsi que • l’éloquence romaine fut gâtée par deux hommes de talent, Sénèque et Pline; ainsi , tant de siècles après, Marini perdit en Italie l’admirable style poétique du quinzième siècle ; ainsi furent corrompues les bélles formes grecques de l’architecture de Palladio , d’abord par Scamozzi, et plus encore ensuite par Borromini; ainsi fut terni par la secte des Tenebrosi le brillaut coloris de l’école Vénitienne; ainsi, les Cortona , les Procacini , les Nuvoloni , les Porta , et presque toute
l'école lombarde du dix-huitième siècle transformèrent en affectation et en gaucheries toutes les grâces du Correge. Il n’est que trop vrai , et l’expérience nous le démontre , qu’après les grands artistes , l’art , au lieu d’avancer , tombe dans la décadence par les raisons que j’ai dites, et par d’autres que j'omets; et s’altérant tous les jours de plus en plus , il arrive enfin à une manière complètement mauvaise ; c’est là la nuit des beaux-arts. Mais après celte nuit on voit apparaître sur l’horison un nouveau soleil , qui les rappelle à la vie. Après la perte de tant d'hommes si remarquables , ne sentons-nous pas déjà la secousse qu’à reçue la musique vocale , et surtout celle des théâtres? On les perd’, l’une et l’autre , aussi bien que la musique instrumentale , par des compositions extravagantes, déraisonnables, trop recherchées , parce que l’homme s’attache plutôt à éblouir qu’à satisfaire en faisant bien.
Il ne sait imposer ni frein , ni règle à ses facultés; il les pousse jusqu’où elles peuvent aller. Ce qu’il en obtient restant toujours au-dessous de ce qu’il en attend , il méprise la nature , pour se jeter à la poursuite de quelque chose d’imaginaire. Ses travaux n’ont d’autres but que le difficile et l’invraisemblable. D’abord il aimait les accords simples et naturels ; mais ensuite n’y trouvant plus la nouveauté , ni le mérite de la
surprise , il s’attache à la recherche d’harmonies plus stimulantes , inattendues , hérissées de difficultés, les seules qui puissent réveiller en lui un sentiment usé ; et ainsi de nouveautés en nouveautés, d’extravagances en extravagances on arrive à la charge et au mauvais goût. La vanité, en nous portant de sa nature à produire des œuvres qui nous élèvent à nos propres yeux au-dessus de ce que nous valons réellement , et surtout au-dessus des autres, fait naître en nous des préventions contre le Beau naturel. Il nous semble un aliment trop vulgaire , et de là résulte que nous préférons à ce Beau véritable un Beau de notre invention. Mais, différent du beau idéal des Grecs , \l n’est pas , comme lui , fondé sur la nature bien observée et bien choisie , mais sur le caprice, sur une sèche et extravagante doctrine, derrière laquelle se cache la manie de vouloir paraître nouveaux et bizarres. Cette espèce bâtarde du beau est étrangère à la nature; aussi n’a-t-il aucune prise sur nous, qui ne sommes point organisés pour le sentir et le goûter; et si nous parvenons à le comprendre , ce n’est qu’à force d’étude, de travail et de méditation. De là un nouveau travers; en nous écartant de la nature , nous nous imaginons n’écrire que. pour les savans, et notre amour-propre, plutôt trompé que satisfait , s’enfle et se gonfle , comme la gre-
nouille de la fable. Ou peut donc désormais appliquer à la musique ce qu’un ancien disait de la Lybie , qu’il ne se passe pas d’année qu’elle ne produise quelque monstre nouveau.
Ces considérations, malheureusement trop fondées, nous conduisent forcément à celte conclusion , qu’on ira toujours de mal en pire. Ainsi se perdra la mélodie de la partie chantante par une trop grande division, par trop de parties d’accompagnement. L’harmonie au lieu d’être pour nos malheureuses oreilles un aliment sain en même temps qu’agréable , deviendra une véritable confusion, à force de pathétique, c’est-àdire , par un usage trop fréquent Raccords et R intervalles, tantôt augmentés, tantôt diminués, par des tons et des modulations n’ayant entre eux que peu ou point d’analogie. La musique instrumentale, surchargée de mélodies simultanées, qui se détruisent les unes les autres, deviendra un épouvantable vacarme, tout chamarré d’orne^ mens, mais pauvre de pensée et de sentiment. La musique qui n’est que savante, a dit un grand auteur, est une mauvaise musique. Avant tout , elle doit chercher à plaire. Cet égarement n’aura de fin que lorsque apparaîtra un Haydn,, un Mozart , un Piccini , un Pergolesi , un Sacchini , ou tout autre homme de cette trempe. Sa mission sera de rappeler la mélodie à la simplicité, de rétablir
l’ordre et la symétrie dans l’ensemble, et la convenance dans les ornemens. Ainsi se trouvera régénérée la musique de la nature , et un nouveau siècle d’or renaîtra pour ce bel art si délicieux et sujet à tant de variétés. Mais la nature est avare de génies, et il lui faut des siècles pour former les Raphaël, les Palladio , les Pergolesi , les Sacchini , les Canova.
Portez-vous bien. {V . Appendice.)
i-ini A i
Vienne , 20 mars 1810.
Prœcipé lugubres
Cantus , Molpowent » , ( ui liquidai n patcr f'ocem cura citharâ dcdil .