PLANCHE XVIII
CERCLE SPÉCIAL DE BUTSUGEMMO (BUDI) \IyOCANA). Zuzôshô (Jikkamhô), ms. de ci. 1310.
BUTSUGEMMO
BUTSUGO
main gauche un lotus surmonté d'un Joyau, hô ^| (sk. cintâmani) : TZ. I, 89; Mdjt. 1760. — Iconographie.— Dans le Cercle du Plan de Matrice : (1) La figure de la Cour d'Omniscience devrait avoir, d'après l'autorité scripturaire T. 848 1 (6 c), un corps couleur de l'or et un vêtement de soie blanche ; mais dans le Genzû jap. elle a la couleur de la chair et porte un vêtement rouge Sfdk. m (TZ. I, 37 a). Elle est assise sur un lotus et ses mains font le Sceau de Concentration, qui est aussi celui de Vairocana (fig. 68, d'après TZ. I, 646). C'est sous cette forme que Butsugemmo est représentée dans son Cercle spécial (cf. pi. XVTIty, ainsi que comme transformation de Vajrasattva d'après T. 867 11 [cf. TZ. IV, 395].— La figure de la Cour de Sâkyamuni, elle aussi assise sur un lotus, a le corps doré ; elle tient dans la main gauche un Lotus surmonté d'un triple Joyau
Fig- 7°- Symbole de Butsugemmo (Buddhalocanâ). Deux spécimens.
cintâmani) ; la main droite, relevée paume en avant, a le pouce et l'index tendus, le médius et l'annulaire repliés, l'auriculaire à moitié replié : Sfdk. vu (TZ. I, 89 c) [notre fig. 69, d'après TZ. I, 748 (n« 173)].— Kkzs. II (TZ. I, 396-397) donne deux autres formes secondaires d'après T. 950 H (199 a) et T. 966 (343 b). — Forme de Convention (symbole) : — Un Lotus surmonté d'une Protubérance-crânienne et de deux yeux (Bucchôgen \% jg gg), entouré d'un nimbe; Ttt. 1796 xvi ; TZ. I, 36, 89 (cf. fig. 70). — Sceaux. — Le Sceau le plus couramment usité dans le culte de Butsugemmo est le "Sceau à cinq yeux", gogenin jfî. BS P|] : médius dressés l'un contre l'autre, paumes creusées, index recourbés avec leurs extrémités sur l'extérieur des médius ; pouces dressés touchant de leurs extrémités la surface intérieure des médius ; annulaires et auriculaires abaissés les uns vers les autres : ainsi se
Fig. 71.
Le Sceau à cinq yeux
de Butsugemmo (Buddhalocanâ).
trouvent formées cinq ouvertures qui représentent les cinq yeux de B. (fig. 71, d'après TZ. VIII, 78). Autres Sceaux Mdjt. 1932-1934. — Germes. — T. 848 indique le Germe ga, première syllabe du mot gagana "ciel, vide", mot qui entre dans le nom "Œil de Vacuité" dont Butsugemmo est affectée dans la Cour d'Omniscience.
Autres germes : gam (développement de ga), bu (première syllabe de Buddhalocanî), etc. Mdjt. 1933.— Formules.— Grande Formule T. 867 il (260 a), Tt. 894 : Namo
bhagavato usnîsa om ruru sphuru jvala tistha siddha locanî sarvârtha sâdhanîye svâhâ [td. ch. Mdjt. 1934]. — Petite Formule Mdjt. 1934 : Om buddhalocanî svâhâ. — Formule dite d'Œil de Vacuité T. 848 : Gagana vara laksane gaganasame sarvathodgata 'bhisara sambhave jvala namo 'moghânâm svâhâ [tr. ch. ib.]. — Rituel. — Les cérémonies accomplies en l'honneur de Butsugemmo ont pour but l'Apaisement (*Sokusai, sk. sântika) ou l'Exorcisme (*Gôbuku, sk. abhicaruka). Elles sont décrites dans le rituel spécial Tt. 981 et dans le chapitre de T. 867 consacré à Butsugemmo.
BUTSUGO fo f* : Parole du B.— Un sûtra T. 832 est consacré aux caractéristiques de la parole des B., définies par opposition à ce qui n'est pas parole de B. — Tt. 1509 xv distingue deux sortes de paroles de B. : (1) paroles de Moyen hôhengo ^ffË|S, (2) paroles directes jikigo |f[ |§. — Mahâparinirvânasûtra T. 374 xxxv (573 a-c), trois sortes : (1) paroles conformes à son propre Mental, zuijiigo |§Ë S ^^ po" : c'est la Loi réelle telle que le B. l'a attestée lui-même ; (2) paroles conformes au Mental d'autrui, zuitaigo fêg 'Mi M. fa '■ cest la Loi de Moyen telle qu'il la prêche en l'adaptant au Mental des Êtres; (3) paroles conformes à la fois à son propre Mental et à celui d'autrui, zuijitaigo fêg g -ffe j^% |§. Cette triple division est devenue classique dans la scolastique chinoise. Références Dzsi. 11 750. — Ib. (574 a-b) sept sortes : (1) paroles sur les causes, ingo g^ |§ (prédictions sur leurs effets futurs), (2) sur les effets, kago ^|§ (explications sur leurs causes passées), (3) sur les causes et les effets, inkago g| ^ j^§ (toute chose pouvant être considérée en ses causes passées comme en ses effets futurs), (4) paroles d'Inférence, yugo % ïtn (comparaisons, paraboles), (5) paroles incongrues,
BUTSUGO
BUTSUGO
fuôsetsugo /f« jfô j% fH| (comme lorsque le B. dit à la Laïque Mrgâramâtr que l'arbre sala peut recevoir les huit Défenses et éprouver les plaisirs des hommes et des dieux), (6) paroles ayant cours dans le monde, serufugo IB: $ft ^ f§ (se rapportant à des Essences vulgaires auxquelles on croit dans le monde : l'individualité, un pot, des vêtements, etc.), (7) paroles conformes au Mental [du B.], nyoigo jfll H g§ (comme lorsqu'il enseigne que tous les Êtres possèdent la Nature de B.). — T. 397 XL toutes sortes de paroles de B. : de temps absolu (kara 3JfiftI=sk. kâla), de réalité, de vérité, de temps de Convention (sk. samaya) ; faciles à comprendre, pareilles à l'Ambroisie, à la voix du loriot, etc. — T. 310 en : Le B. ne ment jamais : ses paroles resteraient vraies même si le mont Sumeru venait à remuer, les étoiles à tomber, les palais des Dieux à s'effondrer, l'océan à se dessécher, le palais des Asura à prendre la place de ceux des Dieux ; cf. T. 190 xli. — Formule canonique T. 26 xxxi, 99 xm et xxiv, 190 1, 1451 11, 1428 lui, 262 1 (=Lotus, Burnouf 11), 310 lxxiii, 721 1, xxxvn, lxiv : La parole du B. (ou la Loi énoncée par le B.) est bonne au commencement, au milieu et à la fin ; le sens en est bon, la lettre en est bonne ; elle est homogène, complète, pure ; la Conduite Brahmique s'y révèle. — Puisque le B. a prêché la Loi pour tous les Êtres, la question se posait de savoir en quelle langue il l'a prêchée. Cette question est discutée Tt. 1554 lxxix (versions parallèles Tt. 1546 xli et Tt. 1547 ix ; autre texte partiellement parallèle T. 212 xxm : cf. Lévi, BEFEO, V, 286 sq.), citant "le Vinaya". Quand le Bg. énonça d'abord, pour les quatre Rois des Dieux, les quatre Vérités saintes dans la langue sainte (sanskrit), deux des Rois purent comprendre, deux ne le purent. Comme le Bg. tenait par compassion à leur assurer le profit total, il se servit de la langue vulgaire des pays frontières du Sud de l'Inde (T. 1546 de la langue Dravida ; T. 212 de la langue Tamil) . . . L'un des Rois comprit alors, mais l'autre ne comprenait pas. Le Bg. se servit alors d'une des sortes de langue Mleccha. . .et tous quatre comprirent. Question : Quand le B. se servait de la langue sainte pour énoncer les quatre Vérités, pouvait-il faire en sorte que tous ceux à qui il prêchait le comprissent ? . . . Si vous dites qu'il le pouvait, alors pourquoi deux des Rois des Dieux, en l'entendant parler la langue sainte, n'ont-ils pas compris ? Et si vous dites qu'il ne le pouvait pas, que faites-vous de la stance qui dit : Le B. se sert d'un son unique (cf. *Button) pour énoncer la Loi, et les Êtres alors, chacun selon sa catégorie, en obtiennent l'intelligence ; tous se disent ; le Bg. parle la même langue que moi, c'est pour
moi seul qu'il énonce tel ou tel Sens ? — Réponse : "Un son unique" veut dire la voix brahmique (cf. *Bonnon). S'il se trouve qu'un homme de Chine assiste à l'assemblée, il se dit que le B. emploie pour lui les sons et les sens de Chine. Et de même si c'est un Saka, un Grec, etc . . . Et de même ceux qui sont livrés à l'Attraction l'entendent prêcher pour eux le Sens de la Concentration ayant pour objet l'Impur ; les colériques l'entendent prêcher pour eux le Sens de la Concentration ayant pour objet la Production par les Facteurs ; et de même pour les orgueilleux, etc. . . — Mais s'il en est ainsi, comment se fait -il que deux des Dieux-Rois, entendant la langue sainte, ne purent la comprendre ? — Parce que leurs Dispositions-mentales étaient différentes ; et c'est pour les satisfaire pleinement que le B. parla différemment. . . Ou encore, c'est pour montrer qu'il peut s'exprimer clairement en toute langue que le B. s'exprime différemment, afin de trancher les doutes de ceux qui le soupçonnent de ne pouvoir prêcher que dans la langue sainte . . . Ou encore, certains auditeurs peuvent être convertis par un langage qui ne change pas de forme (fuhengyôgon ^HUf^lIn, comme c'était le cas pour les 70.000 Êtres qui virent les Vérités lorsqu'au Magadha, pour convertir Chiken J&§5 (Puskarasârî ? cf. Ibkj. 523), B. fit un pas de 12 Lieues, tandis que d'autres sont convertis par un langage qui change de forme ... De plus, certains posent la question suivante : Si le B. emploie un son unique (cf. *Button) pour énoncer les quatre Vérités saintes, il ne peut faire en sorte que tous ceux à qui il prêche le comprennent ; c'est qu'en effet ses forces de Magie ne peuvent transgresser les Domaines : de même il est incapable de faire en sorte que l'oreille voie le Formel ou que l'œil entende les sons. Mais s'il en est ainsi, comment expliquez-vous la stance précitée ? — On répondra : Il n'est pas absolument nécessaire d'expliquer cette stance, car elle ne figure pas dans les Trois Corbeilles (Tripitaka), et les stances à la louange du B. contiennent fréquemment des erreurs . . . Mais du reste, on peut répondre que les sons de la parole du Tg. pénètrent tous les Domaines de la voix, et que le Tg. peut exprimer tout ce qu'il veut en n'importe quel langage [comparer le don des langues des Apôtres, Actes 11]. S'il s'exprime en chinois, c'est que cette langue est la meilleure pour les habitants de la Chine ; s'il s'exprime en langue de Balkh, . . . C'est là ce que signifie la stance précitée. De plus, la parole du B. est légère et aiguë, le flux en est rapide, et quoiqu'il parle toutes sortes de langues on peut dire qu'il les parle toutes en même temps : ainsi s'il s'exprime tour à tour en chinois,
BUTSUMO
BUTSUMYO
en langue de Balkh, en langue de Rekka 1£ 3JP [corr. Shakka j^iJP = Saka], il prononce toutes ces langues sans interruption et pour ainsi dire en même temps, tant son élocution est rapide ; de même lorsqu'on voit un cercle produit par un feu tournant, on n'a pas la Conception de chacun des tours du feu. Ainsi peut s'expliquer la stance. Ou enfin, on peut dire que le son de la parole du B. est unique parce qu'elle est uniformément profitable, quelles qu'en soient les variétés. — Cf. aussi T. 310 iv : Dans cette région du Jambudvîpa, il y a en gros un plein millier de royaumes, et il y a seize grands royaumes où toute espèce d'hommes ont toute espèce de langages, de mots, dé Dispositions-mentales. Les Tg., se conformant au langage et aux expressions de tous, emploient leurs mots pour établir les quatre Vérités, afin que tous puissent les comprendre. — Cf. *Bon (Bongo), *Bonnon, *Button, *Shômyô.
BUTSUMO & [$, Mère de B.— (1) La mère du B. Sâkya, Mâyâ ; ou (p. ex. T. 145) sa tante Mahâprajâpatî. — (2) La Loi, en tant que le B. naît de la Loi, T. 156 vi. — (3) La Perfection de Sapience, qui donne naissance à l'Omniscience, laquelle caractérise les B. ; T. 220 cccvi (558), 223 xvi, 227 iv (554). Cf. Tt. 1509 xxx v (314) : Du père et de la mère, c'est la mère qui a. le plus de mérites (à l'égard de l'enfant) ; c'est pourquoi la Perfection de Sapience est la mère des B., la Concentration de présence immédiate (*Hanjusammai) étant leur père. En effet, cette Concentration peut bien, par le recueillement et le maintien de l'Esprit distrait, permettre la réalisation de la Sapience ; mais elle est incapable d'Inspecter le Caractère Réel de toutes les Essences, comme le peut la Perfection de Sapience, dont le Mérite est par conséquent supérieur. Cf. ib. lxx (550 a) ; et les titres de T. 228, 229, 258, Tt. 1517, 1518. Dans la secte Zen le terme Makabutsumo Jfl |nj* 191» Ht désigne la grande Perfection de Sapience (sk. mahâprajnâpâramitâ) Ttt. 2025. — (4) Es. : Personnification de la Vertu par laquelle les B. peuvent donner naissance à toutes sortes de formes pour se manifester aux différentes sortes d'Etres, grâce à l'Œil de B. qui leur permet de discerner les besoins variés des Êtres ; en ce sens, la mère de B. par excellence est appelée Œil de B. (cf. *Butsugemmo), mais l'épithète de Mère de B. est souvent appliquée aussi à Cundî p. ex. T. 1075, à Mayûrî p. ex. T. 982, à Prajnâ-bodhisattva (Hannyabosatsu), etc. La Cour d'Omniscience, dans le Cercle du Plan de Matrice, où figurent ces différents personnages, est appelée parfois Cour des Mères de B., Butsumoin $i -f{J: fâ.
BUTSUMYO flfc£, ou Butsugô fo% : nom de B. — Le seul fait de l'invoquer constitue un Mérite, car "le nom connote la Nature-propre" (myôsenjishô %x f£ g $;). T. 365 : En invoquant le nom de B. vous effacez tous vos péchés. Ib. En entendant le nom des trois Joyaux : B., Loi, Communauté, on peut naître au Paradis. En entendant le nom du B. [*Amida] et des deux Bs. [Avalokitesvara et Mahâsthâmaprapta], on peut effacer des péchés qui entraîneraient des naissances pendant d'innombrables Périodes . . . Celui qui invoque le B. est un lotus parmi les hommes, et les deux Bs. deviendront ses Amis-debien. — Il existe plusieurs sûtra des noms de B. : T. 440 (11.093 noms de différents B. et Bs.), 441 (compilation ch. apocryphe fondée sur T. 440), 442 (1.500 noms : 150 pour chacune des dix directions), 443 (5.500 noms : en réalité 4725, Bskd.), 444 (100 noms), 445 (1.120 noms, rangés en 12 groupes de nombres variables, sous les rubriques des dix directions, du passé et de l'avenir), 446-448 (3.000 noms : mille pour chacune des Grandes Périodes du passé, du présent, du futur, détails sous *Kô ; pour T. 447, cf. Fr. Weller, Tausend Buddhanamen des Bhadrakalpa, Leipzig, 1928), qui se récitent beaucoup, de nos jours encore, dans les monastères ch. Au Japon, ces textes se récitaient autrefois annuellement au cours d'une cérémonie officielle dite Butsumyôe fj£ ^ ^ "assemblée des noms de B.", ou Butsumyôsen ~f|i Butsumyôsange ~tiltfe< Butsumyôsanrai~ Hfclâ "Contrition par les noms de B.", ou simplement Obutsumyô #{J ffi, ^ "les noms de B. " . Cette cérémonie, qui s'accomplissait pendant trois nuits vers la fin de l'année, avait pour principal objet d'effacer les péchés de l'année par l'invocation des noms de B. Elle paraît avoir eu lieu pour la première fois, au palais impérial, du 15e au 17e jour de la 12e lune intercalaire de la 7e année Tenchô (février 831 p. C), puis chaque année dès 838 p. C. Un décret de 846 prescrivait de l'accomplir, comme au palais, dans chacune des provinces. En 853 la date en fut reportée aux 19e, 20e et 21e jours de la 12e lune. Pendant ces trois jours il était interdit de tuer des Etres vivants. A partir de 876 elle fut peu à peu supplantée par les rites du Shinto qui l'accompagnaient ; on ne l'accomplit plus que pendant une seule nuit, et elle finit par tomber en désuétude vers la fin du xve siècle. Cf. Gkss. xxii-xxm, Kjkg. 11 ; De Visser, Ancient Buddhism in Japan, I, 377 sq. Le texte récité était en général T. 446-448. Des récitations avaient aussi lieu dans les monastères. Parfois on se contentait de répéter 3.000 fois le nom d'Amida, devant une peinture représentant 3.000 B.
BUTSURONICHI
BUTSUZO
— L'expression Butsumyô désigne aussi un genre de psalmodie liturgique (cf. *Bombai), consistant à invoquer par leurs noms des B., des Bs. et des patriarches. — Pour l'invocation des "dix B. " avant les repas dans les couvents *Zen, cf. sup. p. 196-197.
BUISURÛNICHI JllQ "le dernier jour de l'année bouddhique", c.-à-d. le dernier jour de la Retraite estivale (cf. *ango), qui clôt l'année selon le comput ecclésiastique Ttt. 2126 11.
BUTSUZO $fc|fc [sk. buddha-pratimâ, °-pratibimba, etc.]. — Icône. — Sous ce nom qui signifie en principe "image de B.", l'usage commun désigne toutes les images saintes du culte bouddhique, sculptures, peintures, etc. On se restreindra cependant, dans le présent article, aux images du B. lui-même, et aux principaux textes canoniques qui s'y rapportent : traditions littéraires sur l'origine de ces images, théories et interprétations générales, etc. On laissera de côté la littérature Esotérique, si riche en données iconographiques de toute sorte, mais assez tardive dans son ensemble, ainsi que la documentation archéologique, fresques inscrites de Touen houang, etc. Les informations iconographiques particulières concernant les différents personnages sacrés ou divins sont données sous le nom de chacun de ces personnages. — Les textes n'apportent pas de renseignements proprement historiques sur les origines, si discutées, de l'iconographie du B. (v. à ce sujet, tout particulièrement, A. Foucher, The Beginnings of Buddhist Art, 1917, et plus récemment A. K. Coomaraswamy, Eléments of Buddhist Iconography, Harvard, 1935, qui insiste sur l'inspiration contemplative et mystique de l'imagerie bouddhique) ; leur rédaction est évidemment postérieure à l'époque des premiers monuments de l'art bouddhique, où la figure du B. n'est jamais représentée. Toutefois un passage du Vinaya des Sarvâstivâdin, qui du reste s'insère bizarrement dans le contexte, semble conserver un souvenir de quelque interdit primitif. Des traditions purement légendaires rapportent les premières images au temps même du B. Tantôt c'est Anâthapindika, ou le roi Bimbisâra, qui fait exécuter l'icône originelle : c'est la tradition du Vinaya des Mûlasarvâstivâdin, école dont toute la littérature abonde en allusions iconographiques ; tantôt c'est le roi Udayana ou le roi Prasenajit : c'est la tradition consignée dans un des Âgama de compilation tardive et peut-être d'inspiration Mahâsânghika, l'Ekottara. La tradition de l'Âgama a définitivement triomphé au cours des siècles, ouvrages
canoniques et relations de pèlerins en témoignent ; l'art bouddhique en Chine prétend toujours rattacher ses origines à la statue exécutée sur l'ordre d'Udayana. Le culte des images n'a pas trouvé, semble-t-il, d'adversaire dans l'Église, sinon tardivement en Chine dans l'école Zen dont certains maîtres font figure d'iconoclastes. Faire une image, vénérer une image sont tenus pour des actes méritoires ; mais le commerce des images est à maintes reprises l'objet de condamnations rigoureuses. Dans le Grand Véhicule, la contemplation des icônes devient une occasion de méditation théologique, dont s'empare notamment la dialectique du Sûnyavâda. Un certain nombre d'ouvrages de dates diverses traitent de la fabrication des images, et de leur histoire en Chine ; on a signalé, à l'intention des archéologues et des historiens de l'art, les plus importants de ces textes, toujours à l'exclusion des matériaux Ésotériques. — Ekottarâgama T. 125 xxvm : Le B. étant monté au ciel des Trente-trois pour y donner l'enseignement à sa mère, la communauté se lamente de son absence ; Prasenajit, roi de Kosala, et Udayana, roi de Vatsa, vont s'enquérir auprès d'Ânanda qui ne peut les renseigner. Udayana déclare que s'il ne revoit pas le B., sa mort est sûre ; ses ministres l'engagent à faire sculpter une image du B. ; il réunit les meilleurs artistes de son royaume, qui fabriquent pour lui une image en santal Tête-de-bœuf (sk. gosirsa), haute de cinq pieds. Prasenajit veut suivre son exemple : comme le B. a la couleur de l'or, il fait fondre une statue en or de la même taille. Ce furent là les deux premières images du Tg. . . . Quand le B. redescend du ciel des Trente-trois, Udayana vient au-devant de lui, ayant en main la statue qu'il avait fait sculpter ; il demande au B. quel mérite on s'acquiert en. érigeant des images du B. Le B. lui répond en vers : Qui érige une statue du B., son œil est invulnérable, et ensuite il a l'Œil divin qui distingue le blanc [couleur du bien] et le noir [couleur du mal] ; son corps est sans défaut, son esprit est sans erreur ; il jouit d'une grande influence ; il ne retombe jamais dans les Mauvaises Destinations mais naît toujours dans les cieux comme Roi Divin ; il est célèbre et son bonheur est inconcevable. — Un dialogue sur le même sujet entre le roi Udayana et le B. est aussi le thème de T. 156 m (td. qui serait de 25-220 p. C.) ; cf. aussi T. 692 (Sûtra sur la fabrication des images du B., td. attribuée à la même époque, mais le cadre est tout différent) ; T. 693 (Sûtra sur les Mérites qu'on acquiert en faisant des images, texte apparenté au précédent, mais plus étendu, qui prend comme point de départ le même épisode) ; T. 694
BUTSUZÔ
BUTSUZÔ
(Sûtra du G.V. sur les Mérites qu'on acquiert en faisant des images ; même point de départ [la statue est ici sculptée par Visvakarman, cf. *Bishukatsuma], mais ce texte est assez différent de T. 692 et 693 malgré l'analogie des titres). L'identification de T. 692 et 693 avec le texte tib. intitulé Tathâgatapratibimbapratisthânusamsâ, proposée par B. Abe fpf n|J ^C S^ dans la revue Gendai bukkyô ^ttll^^fc. nov. 1929, p. 55, a été suivie dans nos Tables du Taishô Issaikyô ; mais elle est mise en doute dans Otani Kanjur Catalogue, n° 986, note. Un ms. sk. de titre analogue est signalé par H. Sâstri in Descr. Cat. Sk. Mss. Gov. Coll. As. Soc. Bengal, vol. I, Calcutta, 1917. — T. 643 vi : Udayana fait fondre une image du B. en or, et l'envoie au-devant du B. ; elle monte d'elle-même sur l'éléphant qui la transporte, et en présence du B. elle le salue ; le B. et mille B. de Métamorphose autour de lui rendent le salut et échangent avec elle des discours. Genjô (Hiuan tsang) Ttt. 2089 v [Watters, I, 368] rapporte une légende analogue qu'il a recueillie à Kausâmbî, où on lui a montré la fameuse statue de santal ; néanmoins ib. xn [Watters, II, 298], le pèlerin rapporte l'histoire qu'on lui a contée au delà de Khotan, à Bhîmâ, d'une image de santal haute de plus de 20 pieds, fabriquée sur l'ordre du roi Udayana et qui était venue à travers les airs jusqu'à Rauruka, au nord de Khotan, puis, quand cette ville eut été ensevelie sous un déluge miraculeux de sable, s'était transportée en volant à Bhîmâ. Dans le Divyâvadâna, 544 sqq., c'est une peinture qui est envoyée au roi de Rauruka par Bimbisâra ; cf. Huber, BEFEO, VI, 335-340, montrant qu'il s'agit sans doute d'une légende locale non indienne. — Genjô (Hiuan tsang) Ttt. 2089 VI [Watters, I, 384] a encore vu à Srâvastî, dans les ruines du Jetavana, la statue haute de cinq pieds faite pour le roi Prasenajit sur le modèle de celle d'Udayana. Hokken (Fa hien) Ttt. 2087 (même passage cité dans Ttt. 2122 xxxm) l'y avait vue deux siècles plus tôt : elle était en santal Tête-de-bœuf ; on racontait à propos d'elle la même légende que T. 643 VI sup. rapporte au sujet de la statue faite pour Udayana. — Une légende ch. attestée au plus tôt' dans une compilation du Ve siècle prétend que l'image de B. qui était censée avoir été apportée à l'empereur Han Ming ti, en 67 p. C, par les premiers missionnaires venus de l'Inde, était celle même qui avait été fabriquée par Udayana Ttt. 2106 11 (413-414), 2084 1 [cf. Maspero, BEFEO, X, 113]. D'après d'autres, elle était parvenue en Chine, une première fois, après un séjour d'une soixantaine d'années à Koutcha, avec Kumârajîva à la fin du IVe s. ; ... puis une deuxième fois (?) en 511, à Nankin,
avec une ambassade ch. [cette deuxième tradition est attestée dès le vne s. dans divers textes] ; cf. l'opuscule ch. (préf. de 958 p. C.) rééd. Dnbz. cxiv, p. 310-319, qui retrace, en "critiquant" les textes canoniques, les pérégrinations de la statue en Inde, en Asie Centrale, et en Chine jusqu'à l'époque des Cinq Dynasties, avec un appendice sur l'époque des Song ; et pour l'époque ultérieure et le transfert de la statue à Pékin, l'inscription de 1721 td. par Pelliot, J. As. 1914, 11, 188. — Nombreuses sont en Chine les légendes sur des icônes bouddhiques arrivées miraculeusement, p. ex. Ttt. 2122 xxi l'histoire. des statues en pierre des B. Vipasyin et Kâsyapa venues dans la région de Go (Wou) 2/!z en flottant sur la mer. Voir aussi le chap. 11 de Ttt. 2106 (vne s.), qui est un recueil de légendes et d'anecdotes édifiantes sur les icônes en Chine ; et le recueil analogue au chap. 1 de Ttt. 2084 (époque Song) , qui se rapporte aussi aux pays occidentaux, Inde, Parthie, etc. Déjà aux alentours de l'an 500, le moine Sôu (Seng yeou) fèjfè avait recueilli bon nombre de textes, canoniques ou autres, sur des icônes bouddhiques ; ce recueil est perdu, mais la table en subsiste Ttt. 2145 xn (90 sqq.). — Mûlasarvâstivâda- Vinaya, T. 1452 v : Quand le B. était présent, l'Assemblée était en ordre parfait ; en son absence, il n'en était pas de même. Anâthapindika demande au B. l'autorisation de faire une image du Bs. en bois de jambu avec des bannières de cinq espèces (cf. *Ban), des mâts de fer pour les y suspendre, un dais, un socle, de parer cette image avec des brassards de joaillerie comme en portait le [prince] Bs., d'enduire les mains et les pieds de l'image avec de la pâte et de la poudre d'encens, de lui offrir un char ou un palanquin, d'y fixer des guirlandes de fleurs, et d'accomplir des actes de propitiation accompagnés d'offrandes devant l'image. Le B. consent, mais il interdit de donner à ses images des anneaux de chevilles et des pendants d'oreilles. Les moines se mettent alors à décorer de peintures leur monastère, et y célèbrent le culte avec accompagnement de musique. Le voisinage afflue pour admirer le spectacle ; le B. permet de tenir les portes du monastère fermées pendant le culte diurne, et de les ouvrir pour la nuit. — Même Vinaya, T. 1442 xxvm (782 b) : Le B. autorise Anâthapindika à fabriquer « une image » en jambu (pommier-rose, Eugenia Jambolana ; ou abréviation pour jambunada, nom d'une espèce d'or ?) et à la placer "en tête de l'assemblée des Moines " lorsqu'il n'est pas là lui-même pour présider. Si l'assemblée siège en plein air et se trouve surprise par la pluie, les Moines se hâteront de faire transporter l'image à l'abri, dans le couvent, par des Laïcs ou des Novices,
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ou bien ils la transporteront eux-mêmes. — Ib. xxxiv (811 b)=Divyâv° 299 (td. Przyluski, J. As. 1920, il, 316) : Description d'une Roue de Transmigration ornant le porche des monastères ; une image du B. est peinte au centre. — Ib. xlv-xlvi [cf. Ttt. 2084 1 (827-828)] =Divyâv° 547 (td. Burnouf, Introd.1, 304 ; cf. Foucher, Art Gréco-bouddhique, II, 720 sqq.) : Bimbisâra, roi de Magadha, veut envoyer à Rudrâyana, roi de Rauruka, qui l'a comblé de cadeaux précieux, un portrait du B. ; mais les peintres convoqués ne peuvent détacher leurs yeux des perfections de leur modèle. Le B. projette alors son ombre sur une toile ; les peintres tracent la silhouette et ajoutent les couleurs ; ils inscrivent au-dessous de l'image les formules essentielles de la doctrine. Cf. la légende de l'ombre du B., conservée sur la paroi d'une grotte près de Peshawar [Watters, I, 184-195]. — Id., T. 1448 xvi (77 b-c) : Dans une existence antérieure, Sâriputra et Maudgalyâyana étaient peintres et concurrents dans une même bourgade. Le roi les invite à peindre deux parois murales [se faisant face] ; le premier met six mois à peindre sa paroi, le deuxième se contente de polir la sienne, et montre au roi le reflet de la fresque peinte par son concurrent : il gagne le concours. — Id., T. 1451 xvn (283 a-b) [cf. texte tib., Lalou, Rev. des Arts As., V, m, 183] : Prescriptions du B. pour l'ornementation du Jetavana et des bâtiments donnés par Anâthapindika : peintures de Yaksa, de Dieux, de la Roue de Transmigration, de Jâtaka, de Moines, de Dragons, des Enfers, de cadavres, d'ossements et de crânes ; au lazaret [cf. inf. 245 b], une image du Tg. "gardant" lui-même des malades. — Id., T. 1458 iv (545 a) [Vinayasangraha, ouvrage de Shôu )$f^C, Visesamitra ? Jinamitra ?] : Le B. prescrit soit de détruire, soit de restaurer, les peintures du "visage vénéré" (sonyô ^ 2j§t, i.e. du B. ?), qui seraient abîmées dans les monastères. — Sarvdstivâda-Vinaya T. 1435 xlviii (351 c-352 a) [cf. Ttt. 2040 ni (66 b)] : Fondation du premier stûpa par Anâthapindika, sur des cheveux et rognures d'ongles du B. (cf. *Buppatsu, et BEFEO, XXIV, 42-43 n.) ; le B. l'autorise à orner le stûpa de toutes images peintes, sauf celles qui représenteraient des hommes et des femmes en union sexuelle. Anâthapindika demande au B. [la question est posée de façon abrupte et s'insère assez mal dans le contexte] : "0 Bg. ! S'il ne convient pas de faire des images du corps du B., je souhaite que le B. m'autorise à faire des images du Bs. [i.e. du prince Siddhârtha ?] et de sa suite [?] f£#jîËfë$t" L'autorisation est accordée, puis Anâthapindika demande encore celle de tendre [*}|, sans doute devant les
images du Bs.] des Bannières, car, dit-il, lorsqu'à l'origine le B. était encore en maison (zaike ^£$jl, sk. grhastha), on tendait des Bannières devant lui. Ensuite reprennent les prescriptions relatives aux stûpa. — Prescriptions pour l'ornementation des monastères dans le Mahâsânghika-vinaya T. 1425 xxxiii (496 c-497 a) [cf. Ttt. 2122 xxvii (580 b)] : Le B. autorise les peintures de toute sorte, à l'exception de celles qui représenteraient des hommes et des femmes unis : peintures de Moines, de vigne, de Makara, de poissons, d'oies, de cadavres, de paysages ; plus loin (499 a, 4), à propos de la décoration des stûpa, il est question d'images du B. Pour les peintures "d'hommes et de femmes unis", cf. Sarv0 Vin0 T. 1435 L (363 b : le Don en est un de ceux qui ne procurent point de Félicité). — Dharmaguptaka-vinaya T. 1428 l-li [cf. Ttt. 2040 111 (63)] : Prescriptions sur la construction et la décoration des monastères : il ne semble pas être question d'images de B. ; autorisation de faire (937 c) des images de Mahesvara, entre autres marques ou signes permettant de reconnaître les couches individuelles des moines; interdiction (941 a) d'orner les portes d'images de serpents, de soldats à pied ou à cheval, etc. — Aéokâvaddna Tt. 2042 vu (Przyluski, Légende, 361- 362) : Upagupta dit à Mâra, qui lui est apparu sous l'aspect du Corps de Formel du B. (rûpakâya, distinct du dharmakâya) : "De même que si l'on façonne avec de l'argile ou du bois la statue d'un Dieu ou celle d'un B., c'est par respect pour le Dieu ou pour le B. qu'on se prosterne devant elle, et on ne se prosterne pas pour l'argile ou le bois, ... ainsi ce n'est point en considération de ta personne que je me suis prosterné devant toi." Textes parallèles Tt. 201 vm (Huber, Sûtrâlamkâra, 272 ; cf. BEFEO, IV, 719) ; Divyâvadâna, p. 363 (td. Windisch, Mâra und Buddha, 163 sq. ; interprétation forcée de cette stance dans Coomaraswamy, Eléments of Buddhist Iconography, p. 5) ; version pâlie de Birmanie, Duroiselle, BEFEO, IV, 427— Ib. m (Przyluski, 278-9) : Le frère cadet du roi Asoka est mis à mort chez des Nirgranthaputra [Jaina], qui dessinaient des images du B. et le représentaient prosterné devant l'image, de l'hérétique Nirgrantha. Selon une autre version, rapportée Ttt. 2040 ni (67 b) [après une citation de T. 212 vi (641)], le prince Vîtasoka, frère d'Asoka, avait fait serment, après sa conversion et son entrée en religion, de finir ses jours dans la solitude ; Asoka lui fit alors construire par les esprits, dans sa ville royale, une montagne pourvue d'eau,,, haute de plusieurs dizaines de pieds, et dont l'accès était interdit à tous ; Vîtasoka y installa, dans une grotte, une
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■statue de pierre haute de i6p à laquelle il voua un culte. — A propos des Nirgranthaputra, c.-à-d. des Jaina, cf. encore la légende recueillie à Bisakka £| $£ j|n en Inde Centrale (=Âyodhyâ ? cf. Watters, I, 375), par le pèlerin ch. Jômin ^^jfc [ép. des T'ang], sur les deux statues gigantesques de Vairocana que le roi avait érigées près de la ville, sur le conseil d'un Nirgranthaputra, parce que "parmi les Dieux il n'en est point de plus grand que le B. " Ttt. 2084 1 (833 b). — Saddharmapundarîkasûtra T. 262 1 (=Burnouf, Lotus, 32-33) : Tous ceux qui font faire des images de B., en pierreries, en Joyaux, en cuivre, en bronze, en plomb, en fer, en terre, en maçonnerie, ceux qui en peignent ou en font peindre sur les murs, ceux même qui en font avec leurs ongles ou avec des morceaux de bois, auront en récompense l'Éveil. — Manjuérîpariprcchâ T. 468 il (cité Dzsi. II, 784) : Quatre procédés pour voir le B. : (1) fabriquer des icônes ; (2) pratiquer le Don ; (3) convertir les Êtres ; (4) protéger la Loi. — Buddhânusmrtisamâdhisâgarasûtra [?] (ouvrage où abondent les considérations relatives à l'image de B. ; cf. J. As. 1933, II, 193 sqq.) T. 643 vi : Celui qui, après le Nirvana du B., fabrique et vénère une image, obtiendra dans une existence ultérieure la Concentration pure qui consiste à penser au B. — Pratyutpanna . . . samâdhisûtra [td. 179 p. C] T. 417 (899 c), 418 1 (906 a) : La facture d'images du B. est une des 4 choses qui procurent rapidement la Concentration de présence immédiate. — Un sûtra spécial, Y Adbhutadharmaparyâya, est consacré à ce Mérite "inouï" (mizôu ^"f^^f, sk. adbhuta) que constitue la fabrication d'une icône de B., fûtelle même aussi petite qu'un grain d'orge (sk. yava, terme de mesure) ; ce Mérite l'emporte de loin sur tous les autres : T. 688 [td. attribuée à l'époque des Han], T. 669 1 (468-469) [td. de Paramârtha, VIe s. ; citée Ttt. 2122 xxxvii (580-581)], T. 689 [td. de Genjô (Hiuan tsang), 649 p. C.]. — Le Ratnakûtasûtra T. 310 lxxxix (512 b-514 b) rappelle la statue du B. faite par ordre de Prasenajit, au cours d'un dialogue entre le B. et Mahâkâsyapa où sont discutées plusieurs questions relatives aux images de sainteté : "Ô Kâsyapa, demande le B., qu'en penses-tu ? Les Dieux, les Dragons ... les hommes . . . peuvent-ils faire des images du Corps de Formel du Tg. ? — Non, Bg., ce Corps est Inconcevable, sans Formel ; on ne peut en faire d'image. — Dans cinq cents ans, reprend le B., il y aura des moines, ne cultivant ni leur corps ni leur esprit, ni les Défenses ni la Sapience, qui sur des cotonnades ou au bas des parois feront des images de B. pour gagner leur vie et s'enorgueilliront de cet acte." Là-dessus Mahâkâsyapa demande au B. si
le roi Prasenajit, en faisant faire une image de B., s'est acquis beaucoup de Mérites : "Assurément, répond le B. : à l'occasion de cette image il a fait don de vêtements sans prix ; mais il ne recherchait aucune rétribution ni en vêtements ni en nourriture ; ce n'était pas comme ces sots qui en fabriquent pour gagner leur vie. C'est déjà un mal de faire commerce d'animaux ; que dire de celui qui fait des images de B. pour les vendre aux Laïcs et gagner sa vie ? Il est comme un enfant, qui jette de l'ambroisie pour boire du poison. . . " Mahâkâsyapa reprend : "0 Bg., en fabriquant une image du Tg.. haute de 4 doigts on s'acquiert des mérites incalculables ; combien plus Inconcevable le Mérite d'en faire une grande comme le Sumeru ! — Et plus incalculable encore, répond le B., est le Mérite d'un Bs . qui Inspecte intérieurement le Corps de B., et obtient ainsi la Patience de l'Essence profonde . . . Naguère, du temps du B. Prabhâsa, des moines sages firent tous des images du Tg. ; après le Nirvana de ce B., un nommé Mahâvîrya vit une de ces images peintes sur cotonnade blanche et il dit : Si l'image du Tg. est belle à ce point, quelle doit être la beauté de son Corps d'Éveil Complet ? Puisse- je obtenir dans une existence future un pareil Corps de Formel ! ... Il entra en religion en triomphant de la résistance de ses parents, se retira dans la solitude des montagnes, étendit sur l'herbe l'image sainte et l'Inspecta ; la divinité d'un arbre lui enseigna la méthode appropriée pour l'Inspection d'une image : il faut, en l'Inspectant, l'identifier au Tg. lui-même : cette image [faut-il se dire] échappe à toute perception et connaissance ; elle n'est qu'un nom, dont la Nature-propre est le Vide : il en est de même des Essences et du Corps de Tg., etc.... Grâce à cette méthode d'Inspection, le Bs. atteignit les Cinq Supersavoirs et arriva enfin à l'Éveil Sanssupérieur. Ce Bs., déclare le B., c'était moi." Et de nouveau il condamne les candidats à l'Éveil qui fabriquent des images pour en faire commerce. — Ib. vm (45 c) : Il n'y a pas d'image du Tg., car le Tg. ressortit au non-être originel ; mais cela revient à dire que l'image du Tg. s'Actualise partout dans toutes les images de Formel, et c'est en ce sens que toute image, et toute image de Tg., est originellement Vide . . . [doctrine de vacuité, dans laquelle le terme "image", gyôzô fl^fll, semble être pris au sens d'apparence sensible et non de représentation iconique ; cf. en effet la td. parallèle T. 312 11 (708 c)]. — Cf. Ttt. 1796 xx : Une image de bois ou de pierre, si on la blesse, n'éprouve pas de peine ; si on lui présente des offrandes, elle ' n'éprouve pas de plaisir; sa nature est Vide. C'est selon ce principe qu'un
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fidèle doit procéder à l'Inspection de son propre corps. — Prajhâpâramitâ T. 224 x, 225 vi (Astasâhasrikâ, pass. manquant au sk.( éd. Wogihara [Vyâkhyâ], 969), dialogue à Gandhavatî (Gandhâra ?) : Après le Nirvana, ceux qui ont vu le B. et pensent à lui en font des images qu'il est méritoire de vénérer ; mais l'âme (shin f$) du B. n'est pas dans l'image. — Tt. 1509 lxxxiv (Mah°pr°pâr°sâstra) : Penser au B. en voyant des images de pierre, d'argile, etc., c'est un Mérite inépuisable.— Id. (Tt. 1509) cité dans Ttt. 2122 xxxiii (541-542) : Le demi-frère du B., [Saundara]Nanda, a obtenu les 32 Caractères de beauté en récompense d'un Mérite ancien : il avait, après le Nirvana du B. Vipasyin, exécuté dans le sanctuaire d'un B.-pour-soi une fresque en bleu représentant ce personnage. Cf. T. 190 lvi (913 a), où l'on voit ce même Nanda, devenu Moine, passer ses journées à contempler l'image de sa femme Sundarî, peinte par lui-même sur bois ou sur brique (cf. Kern, Hist. du Bouddhisme, I, 121). — Tt. 2058 1 : Après le Nirvana de Vipasyin ses disciples élèvent un stûpa avec son image ; mais le visage présente un défaut qu'il faut réparer ; une mendiante offre un peu d'or dont elle dispose ; elle le remet à Mahâkâsyapa qui était à cette époque un forgeron, et elle le charge du travail. L'un et l'autre font le Vœu de renaître époux à travers les existences et d'avoir toujours un corps doré. C'est le préambule d'un avadâna qui raconte leur dernière existence. — Le Smrtyupasthânasûtra T. 721 xliii condamne les Moines [mais non les laïcs] qui, dans un esprit de lucre, fabriquent des images de B. en ivoire, en bois, en cuivre, ou bronze, ou les peignent sur des cotonnades, pour les vendre. — T. 1483 1 [td. 317-420 A.D.] : Vendre une image du B., c'est le même péché que de vendre son père ou sa mère. — Tt. 201 iv (Huber, Sûtrâlankâra, 117-119) : Histoire de Karna, artiste de Puskalâvatî, qui gagne 30 onces d'or en décorant un monastère ; mais il fait don de son gain pour nourrir les Moines d'un couvent de son pays natal ; cf. T. 203, Chavannes, 500 contes, III, 40; Tt. 1509, J. As. 1931, 11, 159. — Deux sûtra ch. apocryphes, cités Ttt. 2122 xxxiii (540 a-b), déclarent formellement qu'un artisan [même laïc], fabricant d'icônes ou copiste de textes sacrés, ne doit pas se faire payer pour son travail, et que le donateur ne doit pas le considérer comme un simple manœuvre salarié : "Que celui qui fait faire une image ou un manuscrit se garde bien de dire qu'il loue un ouvrier, auquel le travail reste étranger. La Félicité que s'acquiert l'imagier est Incommensurable tout comme celle du donateur . . . Qu'il se garde d'accepter un paiement pour son œuvre : ce serait
comme s'il vendait son père et sa mère. . . " ( "Sûtra sur la Félicité qu'on s'acquiert par la dévotion cultuelle, prononcé par le B. dans son cercueil d'or" f& fë. "É: tt $C M %Ê> signalé comme apocryphe dans Ttt. 2153 xv ; "Sûtra pour trancher les doutes relatifs aux Péchés et à la Félicité " f$. flg ^ |j§ $g, signalé comme apocryphe dans Ttt. 2149 xi, 2154 xviii). A plusieurs reprises, sous la dynastie T'ang, l'État est intervenu en Chine pour restreindre la fabrication des icônes bouddhiques, qui entraînait des désordres économiques (immobilisation des métaux).— On trouve en Chine des contes illustrant les dangers qu'entraîne le sacrilège contre les icônes bouddhiques. Un recueil du début du vne s., Ttt. 21 10 vu (540 a-b), en cite deux d'après des sources plus anciennes : (1) Souen Hao -^Ô^, dernier empereur de la dynastie Wou ^, qui régna de 264 à 280 et se rendit célèbre par ses débauches, en se promenant un jour avec ses femmes, trouve une statue d'or qu'il fait mettre auprès de latrines, et quand arrive le jour où l'on est censé ondoyer l'image, il pisse sur elle pour amuser ses femmes : il est alors atteint d'une orchite, dont il guérit grâce à l'intervention d'une de ses femmes, qui le convertit au bouddhisme et lui fait vénérer la statue ; (2) L'histoire d'un militaire de l'époque des Leang qui volait les icônes et en vendait le bronze pour se procurer de l'alcool et de la viande : à 50 ans il perd tous les siens, devient aveugle et meurt dans la misère. — Plus tard l'école *Zen développa en Chine la tendance iconoclaste qui est en germe dans l'avadâna d'Upagupta (sup. p. 212 b). Dans Ttt. 2076 xiv (310 c), on rapporte comment un maître de Zen nommé Tanka (Tan hia) f^fjt (739-824), arrivant dans un temple un jour de grand froid, s'empara d'une statue de B. en bois et la brûla pour se chauffer. Comme on proteste contre ce sacrilège, il s'écrie : "C'est pour prendre la Relique (*shari) que je l'ai brûlée!" — "Mais quelle Relique y a-t-il donc dans ce bois ?" lui objecte-t-on. "Eh bien ! alors," répliquet-îl, "de quoi m 'accusez- vous?" Les commentateurs de cette "anecdote édifiante" (*kôan) en font ressortir le sens "spiritualiste" : il détruit l'idole matérielle pour révéler le "B. vivant" qui est en nousmêmes ; la vraie "Relique", c'est la Nature de B. innée en chacun de nous. Pour l'iconoclasme (en un sens plus large) de l'école Zen, comparer les dicta attribués à un autre maître ch., du IXe s., Tokusan (Tô chan) fgMj, dans Z. II B, ix (378-379) : "Les dénominations "Saints" et "Profanes" ne sont que des sons vides ; les caractéristiques "supérieures" et "inférieures" ne sont que formes illusoires. . .11 n'y a ici ni B. ni patriarche ; Bodhidharma est un vieux
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barbare puant, les Bs. des dix Terres sont des porteurs de fumier,. . .l'Éveil et le Nirvana sont des pieux à attacher les ânes, la doctrine en douze Membres n'est qu'archives démoniaques et papier à essuyer plaies ou abcès. . .Le B. est un vieux pieu barbare!" — Sur les artistes bouddhistes en Chine et au Japon, cf. *Busshi $i fjïjî ; notices biographiques sur les imagiers (sculpteurs) chinois, des Han aux Ts'ing, dans Bull. Soc. for Res. in Ch. Architecture, VI, 11 (Pékin, déc. 1935), p. 114-157 ; et un récent travail de G. Morisue sur les guildes de peintres bouddhistes à Nara pendant les époques Kamakura et Ashikaga, dans la revue Bijutsu kenkyû ^Hfà ^-^, n08 39-40, mars-avril 1935. — Outre les ouvrages cités ci-dessus, v. encore T. 1418, "Rituel, [prononcé par le B.] en Concentration, pour l'installation d'images de tous les Tg. ", td. ca. 1000 p. C. (porte sur les images, modelées, peintes ou sculptées, des B. ou des saints ; dix règles pour leur facture et leur consécration ; distinction entre le Corps d'Essence, omniprésent et dénué de Caractères, et les images qui n'ont pour raison d'être que d'assurer des Mérites aux débutants ; les Cercles ; rites de consécration ; les images doivent être tournées vers l'Est ; bain des images ; rite de 1' "ouverture des yeux", cf. *Kaigen ; etc.). — Cf. aussi T. 1419, "Sûtra sur la fabrication des images, avec mensurations", td. (du tib.) et cm. en ch., en 1742-1743, par un fonctionnaire mongol, élevé à la cour de Chine et gendre d'un prince mandchou (nom tib. : Mgon po skyabs, te. X^ lË^)» avec une introduction historique et un appendice sur diverses questions iconographiques. V. sur cet ouvrage Kokka, n08 164, 470-477 ; sur l'original sk., intitulé Pratimâ-mâna-laksana, S. Lévi, Népal, in, 185 sq. ; R. Sakaki in Geimon H^t, 1916, n° 3, et 1918, n° 3; Ph. Nath Bose, Pratimâ-mâna-laksana, éd. with . . . Sk. and Tib. texts, Engl. trsl., Lahore, 1929 ;
J. N. Banerjea, Pratimâlaks0, éd. w. Engl. trsl ,
Calcutta, ^932 ; Har . Mitra, Buddhapratimâlaks0, éd. w. the Commentary . . . , Bénarès, 1933 [on n'a pas comparé ces trois éd. sk. avec le texte ch.]. — Pour la contemplation mystique des images, v. *Nembutsu, *Sammai.
^BUTTON #fc^, voix du B. (sk. buddhasabda), ou sons émis par le B. (sk. buddhasvara, b°ruta, etc.). — La voix du B. est souvent désignée par le terme "voix brahmique" (bonnon ^ ^, sk. brahmasvara), et les textes lui attribuent toutes sortes de qualités que l'on trouvera énumérées à l'article *Bonnon. Entre toutes ces qualités, le G.V. en distingue particulièrement une qui est conforme à la nature Supramondaine que ce V. attribue au B. : la voix du B.
est infinie, et par conséquent unique (Jitton — ^if, sk. ekasabdha ?). C'est de cette qualité seule, et des doctrines dont elle est l'objet, qu'il sera traité dans lé présent article. — La nature de la voix du B. est une des questions sur lesquelles, dès l'origine, les Mahâsânghika, précurseurs du G.V., se séparèrent des Sarvâstivâdin. Vasumitra, dans son Traité sur les Sectes Tt. 2031, rapporte que d'après les Mahâsânghika "le B. se sert d'un seul son pour énoncer toutes les Essences", thèse qu'éclairent les autres doctrines professées par cette secte : "Toutes les paroles du Tg. consistent à tourner la Roue de la Loi [c.-à-d. à prêcher] ; il n'y a rien, dans les sûtra énoncés par le B., qui ne soit conforme au Sens." Les Sarvâstivâdin n'admettaient pas cette thèse ; ils soutenaient, en effet, que parmi les paroles du B. seule la prédication sur les huit Membres du Chemin saint consistait véritablement à tourner la Roue de la Loi, que ses discours et ses sûtra n'étaient pas tous infaillibles, et qu'il ne lui suffisait pas d'un seul son pour énoncer la totalité des Essences. Isj. (221 b), commentant la thèse des Mahâsânghika, explique qu'en vertu de ses Mérites accumulés le B. n'a qu'à prononcer un seul mot, d'une seule émission de voix, pour faire entendre la Loi aux Êtres, qui l'interprètent différemment selon leurs capacités et leurs besoins. — C'est la même idée qu'exprime une stance célèbre de l'Avatamsaka T. 279 lxxx (443 c) [versions parallèles T. 278 lx, 293 xxxix] : Le B. se sert d'un son unique pour leur prêcher la Loi, et fait en sorte qu'ils en obtiennent l'intelligence, chacun selon sa catégorie. A ceux qui sont sujets à l'Attraction, à la Haine, à l'Erreur, à la Colère, à la Dissimulation . . . et aux 84.000 différentes Passions, il fait entendre les Essences qui servent d'Auxiliaires contre ces Passions ; à ceux qui ne sont pas encore purifiés, il fait entendre la prédication des dix Défenses ; aux hommes déjà domptés, qui pratiquent le Don, il fait entendre le son du Nirvana ; etc. . . . -«-Cette stance se retrouve, légèrement modifiée, dans le Vimalakîrti T. 475 1 (538 a) : Le B. se sert d'un son unique pour énoncer la Loi, et les Êtres, chacun selon sa catégorie, en obtiennent l'intelligence ; chacun se dit que le Bg. parle sa langue ; c'est là une Essence- Singulière, propre aux B., qui la doivent à leurs forces de Magie. — Elle est également citée dans un passage de la Vibhâsâ Tt. 1545 lxxix, où il est spécifié qu'elle est tirée d'un Hymne et ne figure pas dans le Tripitaka (cf. *Butsugo). La Vibhâsâ, dans ce passage, insiste surtout sur l'aspect linguistique de la question, et cherche à expliquer comment le B., bien qu'un seul son lui suffît pour prêcher, pouvait
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néanmoins se faire entendre à tous ses auditeurs dans leurs propres langues. Mais dans d'autres textes canoniques le "son unique" est considéré d'un point de vue plus philosophique. Ainsi l'Avatamsaka T. 279 xliv (233), traitant d'une des dix Patiences, la Patience [qui fait considérer tous les sons, et en particulier la voix du B.] comme un écho (nyokyônin tW^fà), explique que les Bs., lorsqu'ils Inspectent la voix du Tg., se rendent compte qu'elle n'est ni un produit de l'intérieur, ni un produit de l'extérieur, ni un produit à la fois de l'intérieur et de l'extérieur ; et pourtant cette voix est capable d'Actualiser toutes sortes de Noms et de Mots excellents, qui constituent la prédication. L'Essencité est en effet, comme l'écho; un produit de Facteurs ; et les Êtres la comprennent chacun différemment . . . Cette voix [de la prédication] s'étend sans Contreheurt aux Terrains des dix directions, en sorte que chacun entend la Loi différemment, selon ce qui lui convient . . . [Les Bs.] savent que cette voix est sans origine, et cependant Actualise tous les sons ; que sans rien énoncer, elle énonce toutes les Essences ; que bien qu'elle soit Égale chacun la comprend selon sa catégorie. — Cf. Dasabhûmikasûtra T. 286 m (517 b) [=sk. éd. Rahder 55] . Un des dix paradoxes afférents aux Bs. est le suivant . Ils sont Convaincus que la voix du Tg. est Inexpressible et de Nature Apaisée, et cependant ils réalisent qu'elle produit toutes sortes de sons purs et ornés selon les [besoins des] Êtres. — Le Mahâprajnâpâramitâsâstra Tt. 1509 xxx (284 a-b), discutant la portée de la voix des Bs., qui par une seule émission se font entendre, d'après le Mah°p°pâr°sûtra, dans tous les Mondes des dix directions nombreux comme les grains de sable du Gange, déclare que la voix des B. se distingue de celle des Bs. en ce qu'elle est proprement infinie et se fait entendre au delà de toute limite énumérable. Mais alors, objectera-t-on, comment se fait-il que souvent des Auditeurs soient venus de régions lointaines auprès du B. pour l'entendre prêcher ? [Car si sa voix s'entendait partout, les auditeurs n'auraient pas besoin de se déplacer.] On répondra : La voix du B. est de deux sortes : l'une est cachée dans la bouche, l'autre ne l'est pas ; c'est pour entendre cette seconde qu'il est nécessaire de s'approcher du B. La voix cachée n'est entendue que des Saints Supramondains, tel Maudgalyâyana ; les Puérils Mondains n'entendent que la voix non cachée, et cela dans la mesure où ils s'approchent du B. . . .On distingue trois variétés de la voix des B. et des Bs. : (1) En vertu des Facteurs vocaux excellents qu'ils ont accumulés dans leurs existences antérieures, ils possèdent dans leur gorge quatre Elé-
ments, subtils et merveilleux, qui leur permettent d'émettre toutes sortes de sons merveilleux au loin et au près, sur un espace de une, deux, trois, dix, cent, mille Lieues, et jusqu'aux trois mille Chiliocosmes ; (2) en vertu des Supersavoirs, la voix émise par ces quatre Eléments emplit non seulement les trois mille Chiliocosmes, mais les Mondes des dix directions innombrables comme les grains de sable du Gange ; (3) enfin, la voix qui est propre aux B. est toujours capable d'emplir l'Espace entier dans les dix directions ... Et si les Êtres ne sont pas constamment en état de l'entendre, c'est par l'effet du Revêtement dû à leurs mauvais Actes antérieurs. . .De même que le tonnerre n'est pas entendu des sourds, sans pour cela être diminué, ainsi la prédication incessante du B. n'est pas entendue des Êtres, à cause de leurs péchés. . . — Au sujet de l'infinité de la voix du B., le même texte (Tt. 1509 xxx, 284 a) renvoie au "Guhyakasûtra" (Misshakkyô $£ j$> fj$.) ; il s'agit de la section du Ratnakûta intitulée Assemblée de Guhyaka-Vajrapâni T. 310 x (56-57) : Guhyaka-Vajrapâni y déclare que ni Mâra, ni Brahmâ, ni les Moines, les Brahmisants, les hommes ou les Dieux, ne sont capables de limiter la voix du B., et il rappelle à ce propos l'anecdote suivante : Jadis le B. prêchait sur ce même sujet au Pic du Vautour ; Maudgalyâyana, voulant éprouver la portée de sa voix, se transporta successivement au sommet du Sumeru, et dans les trois mille grands Chiliocosmes, et au sommet du Cakravâda ; et partout il perçut clairement la voix du B. Il se rendit enfin auprès du Tg. Roi-de-Lumière (Kômyôônyorai :)fc B$ 3î #0 3fë), résidant très loin en Occident dans un Terrain dit Bannière de Lumière (Kômyôban -fc B$ f$|) ; et là aussi la voix du B. parvint à ses oreilles. Se repentant alors d'avoir douté, il adressa à Sâkyamuni, à travers l'espace, des stances pour lui demander de le faire revenir auprès de lui. A l'ouïe de ces stances, les disciples de Sâkyamuni désirèrent voir ce monde lointain ; le B. fit alors jaillir de ses sourcils un rayon qui illumina ce monde et grâce auquel Maudgalyâyana i put regagner le Pic du Vautour. — Les exégètes ch. I ont longuement discuté sur la "doctrine du soni unique" (ittongyô — ^^c), en se référant à lai stance de l'Avatamsaka et du Vimalakîrtisûtra citée! au début du présent article. Vers l'an 400 Sôjô (Seng: tchao) fHH, commentant le Vimalakîrtisûtra, Ttt. 1775 1 (333 c), propose deux interprétations du "son unique" : (1) c'est le son "caché" dans la bouche du B., que chacun comprend selon sa catégorie;! (2) c'est le son par lequel le B. proclame 1' "Essence* unique", que chacun entend selon sa préférence:'
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ceux qui aiment le Don entendent l'enseignement du Don, ceux qui aiment les Défenses entendent l'enseignement des Défenses, etc. D'après Kkk. 1 (8 a), Kumârajîva (344-413), le maître de Sôjô (Seng tch'ao), se ralliait à la seconde de ces opinions : il interprétait "son unique" au sens de la plénitude, de l'Égalité, de la Non-dualité des sons émis par le B. enseignant ; selon Bodhiruci (vie siècle), au contraire, cette expression devait se prendre au sens littéral d'un unique son, toujours le même, servant aux B. pour prêcher au cours de toute leur carrière. — Eon (Houei yuan) j^ ^, au vie siècle, distingue dans le "son unique" : (1) le "son de la Conque" (hôraon }fc fcHia, sk. sankhasabda), c'est-à-dire la voix en réalité toujours Apaisée, qui est un Caractère du Corps Vrai des B. et qu'entendent sans cesse les Êtres dont l'oreille est pure, tandis que ceux dont l'oreille est impure ne l'entendent jamais ; (2) les sons émis par le Corps de Correspondance, qui sont "uniques" en ce sens que le B. s'exprime en un langage unique ou énonce une Essence unique, quoique les Êtres entendent chacun leur propre langage ou l'Essence qui leur convient Ttt. 1776 1 B (434 a). — Chiki (Tche yi) ^ ££ (538-598), le fondateur de la secte Tendai, interprète le "son unique" au sens du "Véhicule unique" (sk. ekayâna), tel que l'enseigne le Lotus T. 262 1, sûtra fondamental de la secte : D'après les maîtres de Dhyâna du Nord [de la Chine], dit-il Tt. 1716 xa (801 b), le Véhicule des B. est unique. . .et pour prêcher les B. se servent d'un son unique, que chacun explique selon sa catégorie. Les B. observent sans cesse le Véhicule unique, et ce sont les Êtres qui voient trois Véhicules ; mais l'enseignement des B. n'est qu'un son unique. — Les auteurs ch. de la secte Tendai se sont abondamment étendus sur cet "enseignement du son unique", l'attribuant tantôt à la "doctrine ésotérique" (himitsukyô jj^f^^c) Ttt. 1781 il (926 b), tantôt à la "doctrine soudaine" (tongyô i^ |£) ou à la "doctrine graduelle " (zengyô i$Jr ffc) Ttt. 1716 1 A (683 b-c) ; tantôt à la "doctrine indéterminée" (fujôkyô ^sEÏfll.) Ttt. 1911 1 A (2 b) ; tantôt aux quatre doctrines dites zô ££, tsû jjj, betsu #1] et en [Mi (cf. *Kyôsôhanjaku) Ttt. 1716 1 B (691 a), 1929 1 (723 c-724 a). Au point de vue de la matière enseignée, Ttt. 1929 1 B (55 a) dit que le 'son unique" comprend le G.V. et le P.V. ; et au point de vue des degrés de la carrière de sainteté, Ttt. 1719 1 prête non seulement aux B., mais aussi aux Bs. la faculté de prêcher par le "son unique". — Dans la secte Kegon, Hôzô (Fa tsang) y£ £&, commentant ce passage du Mahâyânasraddhotpâdasâstra Tt. 1666 (575 c) : "Un son complet (eiiin |^| ^)
BYAKUE
suffit pour sa prédication unique, que chacun interprète selon sa catégorie " , donne deux interprétations du "son complet" : (1) c'est le son unique qui sert à prêcher toutes les Essences ; (2) c'est le son unique qui comprend tous les autres sons. — Cf. *Bonnon, *Butsugo.
BYAKUE ÉJ^c "vêtement blanc", sk. avadâtavastra, p. odâtavattha. Le vêtement des Laïcs, par opposition à celui des Moines dit zene %fc fc "vêtement teint" ou shie £f§ ^ "vêtement sombre" ; par extension, ces termes désignent respectivement les Laïcs et les Moines eux-mêmes. Le blanc est la couleur favorite pour les vêtements en Inde ; Genjô (Hiuan tsang) Ttt. 2087 11 (=Watters, Travels, I, 148) et Gijô (Yi tsing) Ttt. 2125 11 (=Record, 67) notaient déjà ce trait. Le clergé bouddhique porte au contraire des robes teintes, dont la nuance varie du jaune au brun et au noir (cf. *Kesa). Ttt. 2126 I (238 a) condamne sévèrement certains moines de la Chine méridionale qui, au Xe siècle, . s'étaient mis à porter des Frocs de couleur blanche, et conte comment un ' de leurs confrères les suivait partout en leur présentant un bol contenant de la teinture. D'autre part, les textes et l'iconographie prêtent parfois au B. un vêtement blanc, probablement par assimilation à l'habillement des rois dans l'Inde ancienne (Przyluski, J. As. 1919, 1, 429). — La secte hérétique des "vêtements blancs", sk. Svetâmbara, une des deux grandes sectes Jaina l'autre (était celle des Gymnosophistes, sk. Digambara), est mentionnée par Genjô (Hiuan tsang) Ttt. 2087 111 (=Watters, Travels, I, 251) ; il visita à Sirhhapura le lieu où son fondateur avait reçu l'inspiration, et rapporte que cette secte offrait maintes ressemblances avec le clergé bouddhique, mais s'en distinguait par ses vêtements blancs ou par la nudité.
BYAKUEKANNON Q^Mb1 "Kannon aux vêtements blancs", sk. Pândaravâsinî ; une des formes de *Kannon. — Te. ^Handarabashinei ^ t£ n|| .^ £f? Ttt- 170 v (632 c), id. ~H [corr. de £] ^ T. 895 11 (746 b) ; ~ bashini $$ %y^ T. 951 1 (231 b), id- ~^^Hft T. 1039 (25 a), T. 1092 xxn (349 a). — Td. byakue Q ^C, "aux vêtements blancs", T. 896 11, 1039, 1092, etc. [sk. pândara "blanchâtre" + vâsinî "vêtue"] ; byakusho Q |£ ou byakujû Q ££, "à la blanche demeure", T. 8481, Ttt. 1796 v, etc. [sk. pândara "blanchâtre" -\- vâsinî "demeurant"]. — T. 848 1 (7 a) : Près de Tara la Sainte [cf. Tara] se trouve [dans la Cour de Kannon du Cercle du Plan de Matrice] la Vénérable à la blanche demeure ;
BYAKUEKANNON
BYAKUEKANNON
sur ses cheveux elle porte un diadème ; elle est couverte d'une étoffe blanche, et tient à la main une fleur de lotus padma. Cm. Ttt. 1796 v (632 c) : A droite de Tara se trouve Pândaravâsinî, dont le nom signifie "à la blanche demeure" ; en effet, elle a pour demeure un lotus blanc. Sur ses cheveux célestes elle porte un diadème ; elle est couverte d'un vêtement blanc et tient dans sa main gauche un lotus
Fig. 72. Byakuekannon (Pândaravâsinî)
dans le Cercle du Plan de Matrice.
(Type « actuel *.)
épanoui. Sa Concentration est dite "mère [de B.] de la Section de Lotus", parce que l'Œil universel [qui permet aux B. de contempler tous les Êtres] procède de cette demeure blanche et pure [c.-à-d. du Lotus blanc]. (Sur l'"Œil de B.." et les "mères de Sections", cf. *Butsugemmo.) Ib. x (628 a) : Elle a pour Formule Tathâgatavisayasambhavapadmamâlinî "Enguirlandée de lotus nés du Domaine de Tg. " . Cette Formule a pour Substantiel sa première syllabe, ta, qui s'interprète "ainsi, ainsi" (sk. tathâ-tathâ) ; or l'Ainsité est le Domaine des B., d'où naît ce personnage. Le padma, "lotus blanc", symbolise par sa blancheur l'Esprit d'Éveil ; cette Vénérable demeure dans l'Esprit d'Éveil, c'est pourquoi on l'appelle "à la blanche demeure" ; et comme cet Esprit procède
du Domaine des B., elle peut donner naissance à tous les B. : d'où son nom de Kannon la Mère (Kannommo ll^ra l%> °f- *Butsugemmo) qui préside à la Section de Lotus [c.-à-d. à la Cour de Kannon du Plan de Matrice]. — Dans les représentations "actuelles" du Cercle du Plan de Matrice, la place de Byakuekannon n'est pas au-dessous de Tara comme l'indiquent les textes précités ; elle figure, comme dernier des personnages de cette Cour, au bas (à l'Ouest) de la rangée de gauche, et c'est un autre personnage, *Daimyôbyakushin ^ B$ £3 ^k (s^- Âryagaurîmahâvidya), qui prend sa place auprès de Tara ; ces deux personnages ne paraissent du reste différer que par le nom et le sexe (cf. Mnkk. 166, d'après lequel cette localisation serait conforme aux prescriptions de T. 1092 xv et de Tt. 973 il). — Byakuekannon est figurée, dans ce Cercle, assise sur un lotus rouge dans l'attitude "à demi accroupie", hankaza (cf. *Zahô) ; dans la main gauche elle tient un lotus épanoui, et de la droite fait le Sceau dit *Segan ; cf. TZ. I, 664 [notre fig. 72]. Tantôt elle ne porte sur son diadème et sur son torse que des écharpes ; tantôt elle est revê-
Fig. 73. Byakuekannon (Pândaravâsinî) dans le Cercle du Plan de Matrice.
Kakuzenshô, d'après un ms. de ca. 1322.
tue d'une grande robe blanche, qui remonte sur sa coiffure, du haut de laquelle tombe encore un voile (Kkzs. dans Dnbz. xlvii, 1029, et dans TZ. IV, | p. 848 [notre fig. 73]). Hizk. 11 (éd. Ndzk., 219 a) lui! attribue une couleur blanc- jaune, ce qui est bienj