‹ HebbelChapitre 102 sur 425 · PE “PR PT · texte numérisé non relu

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d'auteurs ont affirmé l'indépendance absolue du jeune Hebbel!, Leur meilleur argument est, en somme, la déclaration d'autonomie du poète. Nous l'avons déjà citée en étudiant le Lied der Geister?, mais, outre qu'elle date de 1852, elle.ne nous paraît pas éliminer la possibilité d’une influence indirecte. Hebbel pouvait très bien ignorer jusqu'au nom de Schelling et s'inspirer de ses idées, qui étaient dans l'air. Les autres citations qu’on lui a empruntées sont tout aussi peu convaincantesÿ, et il n’est pas moins vain, par exemple, de chercher à induire son originalité de tel ou tel aphorisme du journal ‘ que de découvrir tel ou tel passage de Schelling dans ses poésies.

Hebbel mentionne bien Schelling et Gürres comme « personnalités considérables ” », mais si nous recherchons son appréciation précise et motivée de ces philosophes, voici ce que nous trouvons : il reproche à Schelling sa conception dualiste de la divinité f et son distinguo scolastique entre le « Sein » etle « Wesen' »; le biographe raconte que le jeune Hebbel, assistant à ses conférences, songeait aux mystifications des sorciers* et un passage du journal nous montre le cas qu'il faisait de ces vaticinations romantiques*. Il fut encore moins tendre pour Gürres !°. Ce n’est pas, au fond, l'intérêt métaphysique qui l'amène à ses conférences, ce n’est pas la curiosité d'approfondir le « noumène » sous l'enveloppe des « phénomènes »; peu lui importe le noumène « en soi »; ce qui, au contraire, le passionne, c'est sa propre individualité et toute individualité comme la sienne, vivante ét mystérieuse. À une leçon de Gürres sur Alexandre le Grand, il devient extrêmement attentif au moment où il est question des doutes qui obsédèrent le roi pendant toute sa

sein Leben und Wirken (1905, p. 33). À Scheunert également admet, non la filiation, mais des ressemblances : Pantrag. (1903), 9, 10, 13, 305-324 et examina dans ce sens les théories de Th, Poppe, Andreas Aliskiewicz, Alfred Neumann, Johannes Krumm (324-330). Rien dans son récent ouvrage (der junge Hebbel, 1908) n’est en contradiction avec le précédent. Se rangent à la même opinion : F. Zinkernagel (1904, p. vi), A. Schapire (1907), FrenkeL (1907), A. Kutscher (Friedrich Hebbel als Kritiker des Dramas, 1907) et enfin A. Tibal (1911, p. 97-99), ; 118 eee Münz, Friedrich Hebbel als Denker. Wilh. Braumüller, Wien, 1906 (sans grande valeur : cf. la critique de R. M: Werner, Deutsche Literaturzeilung du 8 décembre 1906, XXVII, p. 3057 et 8; et Scheunert, D, 7. 1, 1908, p. vi), — cf. deux biographes, E. Kuh (1907), I, 196, 197; 214-222 et Ed. Kulke (1838), p. 47. — Cf. aussi Th. Bieder (op. cit., 1906, p. 10. — Mais le principal champion de l'autonomie philosophique du jeune Hebbel est Zincke (Friedrich Hebbels philosophische Jugendlyrik, Prag, 1908), cf. Bornstein,-Il, 375 et suiv.).

2. Cf. supra, 93, n/ 2; cf. Bw., V, 42 (15 septembre 1852), cf. Ti, 14-15 (1% avril 1835) et Bw., Il, 278 (8 juillet 1843). ;

3. Zincke renvoie (p. 19) à un article de 1858 (Lileraturbriefe, XIII, W., XI, 217) et que l’on se reporte à ceux qu’il cite de 1839 et 1840 (T'elesraphenaufsätze, W., X, 363, 365 et 390).

k. Zincke (19) cite encore T., 1364 et 3713; cf. Scheunert, Pantrag., 13, n. 2. — 5. T., 552 (1* janvier 1837). — 6. T., 1546; cf. 5540. — 7. T., 1686 a. — 8. Kuh, I, 216. — 9, T., 465. — Poursuivre l'influence de Schelling dans Fibal :

10. Münchner Briefe, 1836-1838. Die Zeitschrift von Philipps und Gürres (W., IX, 397): Christliche Mystik von Gürres; T., 3711 (27 septembre 1846), Kuh, I, 217-220.

Er HEBBEL (1835-1842).

vie et lui firent se demander s’il était fils de Philippe ou de Jupiter Ammon. Son imagination est mise en éveil et en branle et cherche aussitôt à expliquer toutes les actions d'Alexandre par ce doute. Quant au philosophe, Hebbel finit par l’appeler «une outre gonflée de vent! ». Il estimait davantage Hegel?, et, curieux de pénétrer le secret de sa dialectique, il admirait alors en lui, probablement déjà cum grano salis, l’art de « diviser indéfiniment une pensée ». Mais il dut abandonner l'étude de sa Logik et de sa Phänomenologie des Geistes et son Journal ainsi que sa correspondance établissent que Hegel ne faisait guère ses délices pendant la période de Munich #. Puis on peut dire que, dans la mesure où il se familiarisa avec lui, il le combattit de plus en plus nettement”.

Pourquoi Hebbel, ce tempérament méditatif par excellence, se détourne-t-il des métaphysiciens? Nous avons déjà pénétré ce mystère en étudiant la nature de sa pensée et avons déjà cité une de ses plus expresses déclarations de guerre à la philosophie’. Son journal de Munich va nous fournir sa raison essentielle : « La philosophie s'efforce éternellement d'atteindre l'absolu, et c'est là, à vrai dire, la tâche de la poésie ». 11 déclare que la philosophie n’est qu'une « pathologie plus relevée ? ». Cette conviction deviendra chez lui de plus en plus ferme!°. A Munich déjà, il met l’art audessus de tout, et son éducation artistique lui apparait comme la raison d'être de son existence. Il écrit à Amalie Schoppe, le 25 mai 1837 : «Je ne veux rien devoir à ma pauvreté, sauf, tout au plus, mon caractère... ; au cas où je sombrerais dans l’océan de la vie, je ne verrais point là, comme autrefois peut-être je l'aurais fait, une malveillance spéciale du destin à mon égard, mais simplement la preuve que je ne savais pas nager... Je ne vous écris pas cela parce que J'espère beaucoup, mais uniquement parce que je ne crains rien, Je suis hypocondriaque au plus haut point; ma vie est une incroyable mixture d’exaltation et d’écœurante platitude. Je considère que mon but vital est, par la plume et par la parole, de symboliser mon âme autant que j'en puis fixer les moments significatifs; tout le reste, sans exception, je l'ai abandonné !. »

Loin, donc, de devenir à Munich un disciple de Gürres et de Schelling, Hebbel reste plus que jamais un autodidacte et un indé-

1. Bw., [, 174; T., 5168 (1853). — 2. T., 2322. Hebbel se défend de le un en de nom, à l’époque où il composa der Mensch; Bw., II, 278. — 3. T., 2105.

k. T., 3088; Bw., IL, 278 et surtout Bw., IV, 282 : « der englische Garten, in dem ich Hegel und Schelling so lange studirte, bis ich sie buchstäblich mit Füssen trat, weil sie mich verrückt machten »,

5. T., 3137, 3256, 3674, 3944, 4066, 4945, 5891; Bw., IV, 281, 282: V., 42-45: cf. Fries, 39; Kulke, 47; Tibal, 158, 364. — 6. Cf. supra, 163 à 166. — 7, Cf. supra, 164, n. 2, T., 340.

8. T., 894; 20 septembre 1837; cf, T., 3713, le passage où il dit de la poésie qu’elle est l’unique révélation, supra, 165, 168. On voit combien, sur ce point, Hebbel se demeura fidèle à lui-même.

9. T., 1170 ; 4 juin 1838. — 10. Cf. pour cette évolution, T., 858, 879, 947, 1281, 1496, 3290, 3674, 5318. :

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