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jugements étranges de Gœthe dans ses dernières années et que de
tels jugements provenaient « non de son estomac, mais de son. palais ! ». Il fait en particulier toutes ses réserves sur les Gespräche mit Eckérmann?. Mais les sentences contre lesquelles il n'hésite pas
à s'inscrire en faux sont avant tout celles qui frappaient ses auteurs
favoris. À plusieurs reprises, dans son journal et sa correspondance,
nous rencontrons une défense passionnée de Kleist” et l'avocat
n'est pas moins chaleureux et fidèle lorsqu'il s’agit d'Uhland. Il a
noté, dès sa lecture de Heidelberg, mais sans y souscrire, la con-
damnation formelle du premier de ses maîtres par le plus grand *
et les foudres de l’'Olympien, il les détourne d'Uhland sur Schwab
auquel lui paraît bien mieux convenir le « manteau de mendiant
poétique Ÿ ». Les appréciations des Gespräche, bien que plus équi-
tables, ne le rallièrent pourtant pas non plus : le blâme s’y mélan-
geait trop visiblement à l'éloge et la tiédeur à la sympathie‘.
Mais si Hebbel récuse le lion devenu vieux, pour le jeune Gœthe et pour le Gœthe de la maturité son enthousiasme ne connaît point de bornes. Peu importe qu’une œuvre comme Stella ne le satisfasse pas”; son admiration pour Faust ne fait que croître, il le déclare « insondable » et lui attribue une importance mondialef. Il tient l’autobiographie pour un incomparable chef-d'œuvre *. À ses yeux, les romans de Gœthe n’ont point leurs pareils en Allemagne et surtout ce Wilhelm Meister, que l’auteur lui-même appelait « production incalculable 1° ». Hebbel étudie dévotement la technique gœthéenne et établit une comparaison ingénieuse entre l’italienische Reise et
1. T., 1995, 1354. — 9, Bw., I, 293, 295. — 3. T., 720, 1138; Bw., I, 361.
L. T., 239, cf. Gœthe à Zelter (4 octobre 1831) : « Aus der Region, worin Uhland waltet, môchte wohl nichts Aufregendes, Tüchtiges, das Menschengeschick Bezwingendes hervorgehen.... Wundersam ist es, wie sich die Herrlein einen gewissen sittlich-religiôs-poetischen Bettlermantel so geschickt umzuschlagen wissén, dass, wenn auch der Ellenbogen herausguckt, man diesen Mangel für eine poetische Intention halten muss », cf. plus tard encore, W., XI, 50 : Vorwort zur Maria Magdalene (1844). — 5. T., 1324.
6. Cf. Gespräche, 21 octobre 1823 : Wir sprachen über Uhland : « Wo ich grosse Wirkungen sehe, sagte Gœthe, pflege ich auch grosse Ursachen vorauszuselzen, und bei der so sehr verbreiteten Popularität, die Uhland geniesst, muss also wohl etwas Vorzügliches an ihm sein. Uebrigens habe ich über seine Gedichte kaum ein Urteil, Ich nahm den Band mit der besten Absicht zu Händen, allein ich stiess von vornherein gleich auf so viele schwache und trübselige, dass mir das Weilerlesen verleidel wurde. Ich griff dann nach seinen Balladen, wo ich denn freilich ein vorzügliches Talent gewahr wurde, und recht gut sah, dass sein Ruhm eïnigen Grund hat »; cf. le jugement de mars 1832 : « Gleicherweise tadelte Gœthe die von Anderen so sehr gepriesene politische Richtung in Uhland. « Geben Sie Acht, sagte er, der Politiker wird den Poeten aufsehren. Mitglied der Stände sein und in täglichen Reibungen und Aufregungen leben, ist keine Sache für die zarte Natur eines Dichters. Mit seinem Gesange wird es aus sein, und das ist gewissermassen zu bedauern. Schwaben besitzt Männer genug, die hinlänglich unterrichtet, wohlmeinend, tüchtig und beredt sind, um Mitglied der Stände zu sein, aber es hat nur einen Dichter der Art wie Uhland ».
7, D°,,2155: — 8. CF supra, 172; Bw., I, 191, T., 89, 218, 560, 1798.-—19: D, 2515, 2516.
10. T., 553, 557, 867, 1131, 1185, 1389, 1396, 1522, 2305, 2555: cf. Gœthe Gespräche, 18 janvier et 25 décembre 1825, Gœthe à Schiller, 29 juin et 9 juiliet 1796, Schiller à Gœthe, 2,5,'8, 9 juillet et 28 novembre 1796.
les Briefe aus der Schweiz !, L'érudition immense de Gœthe, qui chez cet homme prodigieux ne venait que fortifier sans l’altérer la lucidité et Ja sérénité de l'esprit, son objectivité et sa puissance, l'harmonie de ces dons suprêmes en faisait aux yeux de Hebbel le maître des maîtres ?, Mais il réserve sa prédilection pour l’/Zphigenie et les poésies lyriques. :
L'/phigenie le pénètre jusqu'aux moëlles. Il en conseille la lecture aux jeunes gens que tourmente la démangeaison d'écrire, pour les décider à renoncer, leur fallût-il se couper les doigts. « Oh! s’écrie-t-1l, lorsqu'on arrive au monologue d'Iphigénie : « Vor meinen Ohren tünt das alte Lied... », le cœur éclate d'enthousiasme ?.
Quant au lyrisme de Gœthe, « il est comme un souffle de vie qui anime jusqu'aux éléments et sait traduire les-secrets les plus profonds du cœur ». Il ÿ a des moments où l’homme exprime sans le savoir, par l’acte ou par la parole, le plus intime et le plus irréductible de son âme. « C’est à cela qu'excellent les poètes naïfs », Heine et Gœthe‘. On voit le chemin parcouru depuis l'époque où Hebbel connaissait peu Gœthe et dédaignait « la précision d’oracle de ses compositions 5 ».