‹ HebbelChapitre 128 sur 425 · Cf. supra, 237, n · texte numérisé non relu

Cf. supra, 237, n

9. CE. Kuh, I, 144, à propos de ces pièces du premier séjour de Hambourg : « Zwar pocht in ihnen ein leidendes Herz, zwar braust in ihnen ein schmerzlicher Ton, aber der Ton schlägt voll an und klingt ohne die belästigende Kopfstimme der Lyrik melodisch aus ».

10. Kuh, 1, 116; cependant le biographe le fait remonter à 1856 ou 1857. De fait, il ne se trouve pas dans le recueil de 1842. Outre l'assertion de Hebbel nous en trouvons une trace (est-elle contemporaine ou anticipée?) dans une lettre à Barbeck du 8 octobre 1835 (Bw., I, 40: T., 95), cf. Arnnerkungen, 275. Mais les deux arguments décisifs en faveur de la date de 1856 sont bien ceux qu'indique Bornstein (1, 376-377) : 1° le passage de 1856 auquel nous avons fait allusion (supra, 232 et n. 7). « Das Gedicht geht zweifellos auf diesen 1856 geträumten Traum zurück. 2° Das Gedicht ist an eine Tote gerichtet, und Margarete Carstens lebte, solange Hebbel in Wesselburen war... Das Gedicht ist demnach 1856, wo nicht noch in Bertholdstein, in Wien entstanden. » Bornstein, II, 341, rattache, du reste, le passage cité de la lettre à Barbeck à la mort de Doris Voss; cf. supra, 230, n. 3.

Ces onze pièces constituent un des documents les plus gracieux et les plus touchants que nous possédions sur cette époque. L'unité esthétique ! en est remarquable, en dépit ou plutôt en raison même de la diversité des héroïnes et de l'écart entre les deux moments de la genèse. La perfection de la forme ne l’est pas moins; le rythme varie d’une pièce à l’autre ?, et la langue est si belle, le souffle, si richement poétique que le concert des critiques est, sous ce rapport du moins, à l'unisson*.

On peut ajouter en première ligne à ces poésies d'inspiration personnelle les vers an Hediwig'. Bien que composés ultérieurement, ils ont leur origine dans les souvenirs de Wesselburen et se rattachent par le sujet, le ton et la forme au cycle ein frühes Liebesleben. Le sous-titre indique : « jeune actrice holste ». Il s’agit de Hedwig Schultz, venue à Wesselburen avec sa mère et un comédien pour y donner des représentations théâtrales. Hebbel la vit dans une pièce où elle représentait l'innocence, une colombe sur l'épaule, et à cette époque, on le surprit perché sur un arbre du jardin de Mohr et tout occupé à écrire des vers pour sa nouvelie Muse *. C'était la première ébauche de l’admirable poème qui devait obtenir plus tard les louanges d'Uhland :

Es war in schôner Frühlingszeit, Als ich dich fand bei Spiel und Scherz,

Da drängte all die Lieblichkeid Sich lind, wie nie noch, an mein Herz,

Ce n'était alors que l’époque des promesses, non des réalités, celle où la douleur n’a pas encore d’épines et où la joie ne donne pas encore d'ivresse. Aussi vivaient-ils, elle et lui, un délicieux présent, fait de bienheureuse attente. Survint la séparation :

Nur selten stieg dein holdes Bild Mir auf in der erstarrten Brust

Doch, ward ich einmal weich und mild, So war ich gleich mir dein bewusst.'

et la conclusion reprend un leitmotiv que nous avons rencontré déjà dans les Premières Poésies”? et que nous allons retrouver

1. Cf. R. M. Werner : Anmerkungen, 274 et Lyrik und Lyriker, 592-383; Müller,

k4-h5, — 2, Dans la 11° seulement il est identique à la précédente.

3. Cf. Kub, I, 114 et suiv. : « Hebbels dichterische Reife war an die lyrische Form geknüpft und am unbefangensten waltete seine poetische Kraftim Liebesliede. Er hat in seinem späteren Leben nur selten an der Quelle des leichten, einfachen Liedes schôüpfen dürfen, und so einfältig schôn wie diesmal hat er nie wieder ein inneres stilles Glück genossen. » Cf. Engelhard (32) : « Der sonstso Herbe, Sprôde findet in diesem (Cyclus) ergreifende, wehmütige Tüne »; cf. Tibal, 52 : « Ce ne sont plus, comme deux ou trois ans auparavant, des hymnes à l’immortalité qu'assure la libre volonté morale et des strophes sur. le paradis philosophique où le juge suprème décerne aux âmes des justes la palme de la résignation..….. C’est qu'entre temps Hebbel avait, selon sa propre expression, recu le baptême poétique des mains d’Uhland. »

4. VI, 208-210; Munich, 17 février 1837; éd. de 1842, p. 105. An Hedwig, ein in fruher Jugendzeit und seitdem nie wieder gesehenes Müdchen.

5. Anmerkungen, 276; Bw., I, 414. Postscriptum de la lettre du 30 noxembre 1831 de l'acteur Linhart à Hebbel; Kuh, 1, 116 et 117; cf. supra, 77, n.2.— 6. Bamberg, !, 140. — 7. Cf. Menschenschicksal (VII, 77; supra, 105, n.5.

bientôt : à l'heure de la mort, l'homme voit se rouvrir le paradis de sa jeunesse :

Am Morgen, wo der Mensch ersteht Für seinen schweren Tageslauf,

Und abends, wenn er schlafen geht, Da schaut er gern zum Himmel auf1.

Hebbel se rappelle plus tard l’époque où il regarda pour la première fois dans les yeux bleus de Käthchen von Heiïlbronn et s’éprit de cette incarnation de la tendresse et de la fidélité féminines, jamais lassées, jamais troublées : « Elles repassent toutes dans mon souvenir, les douces journées de printemps et d'été qui souvent étaient si belles même dans ma patrie, le pays dithmarse qu'arrose l'Eider lointain, et qui ne faisaient qu’accroître ma nostalgie, parfois aussi ma confiance; elles me font maintenant l'effet de cadres d'or qui n’entoureraient point une image, mais seulement le vide. Mais, à cette époque, ce n’était pas là mon sentiment et, à travers ces cadres mes regards fouillaient les horizons de la vie où planent et dansent les figures enchanteresses que le poète crée parce que la nature ne peut pas les créer immédiatement, et de toutes ces figures, c’est toi qui pendant longtemps fus le centre ?. »

A ces poésies de circonstance nées au pays dithmarseil convient d'ajouter les stances auf ein altes Müdchen *, mais l’allusion personnelle demeure discrète : nous ne pourrions guère affirmer qu'elles se rapportent à Elise Lensing si Christine Hebbel ne l'avait ultérieurement déclaré“. Après la douceur des printemps d'amour, le poète chante la tristesse des fins d'automne :

Dein Auge glüht nicht mehr, wie einst, Und deine Wang’ ist nicht mehr roth, Und wenn du jetzt vor Sehnsucht weinst, So gilt es keinem, als dem Tod.

Nichts bist du, als ein Monument, Das, halb verwittert und gering, Mir kaum noch einen Namen nennt Mit dem ein Leben unterging.

Un critique déclare la pièce « peu poétique, trop pleurnichardeÿ ». C'est être bien sévère! Voici la strophe suivante :

1. Cf. T., 601 (29 janvier 1837), Lyrik uud Lyriker, 255: die Stimmung; Scheunert, D. 7. I1., 106 et surtout 108-118 : Ærhebende Wirkung insbesondere der ersten Jugendliebe. Das Gedicht « an Hedwwig ». Allgemeine und speztelle Würdigunz. é

2, Kub, I, 118; T., 3323 (21 février 1845).

3, P. 37; VI, 207, Dithmarschen, 1835. Neue Pariser Modeblütter, n° 20. Bornstein (1, 376) indique 23 comme numéro des Modeblätter (20 est l’indication de R. M. Werner, Anmerkungen, 276), mais ajoute à propos de la date : « Nach einer Aeusserung Christine Hebbels geht das Gedicht auf Elise Lensing, was an sich môüglich, ja wabrscheinlich ist, Dann aber kann es nicht 1835 in Dithmarschen entstanden sein. Obwohl Hebbels Selbstdatierungen keineswegs über allen Zweifel erhaben sind, und hier besonders eine bewusste Rückdatierung ans Rücksicht auf Elise naheliegt, wage ich nicht dem Dichter zu widersprechen, wo ich ïhn nicht durchaus sicher widérlegen kann. Darum nach Wesselburen übernommen. » Cf. supra 230, n. 3.

h,. Anmerkungen, 2176; Kuh, IT, 326-327 et Bastier, 54. — 5, Engelhard, 14.

Doch wie hervor die Toten geh’n

Aus ihrer Gruft in mancher Nacht, Darfst du zuweilen aufersteh’n,

Zu altem Glanz und alter Pracht, Wenn tief dich ein Gefühl ergreift,

Wie es vielleicht dich einst bewegt, Und dir den Schnee vom Herzen streift,

Der längst sich schon darauf gelegt ?.

La métaphore n'est-elle pas d’une belle venue ? En voici une plus belle encore : la vieille fille songe à son enfance, à sa mère, à ses compagnes de jeu :

Das alles ist noch einmal dein, Von einem Wunderstral erhellt,

Gleichwie vom späten Mondenschein Die rings in Schlaf begrabne Welt 3.

Tout le morceau est d'une émotion qu'on sent personnelle et poignante et rappelle, en mieux, Melancholie einer Stunde*. Hebbel lui-même le tenait en assez bonne estime, mais il s’indigne lorsqu'un de ses amis qui connaissait sa Jungfrau alla jusqu'à déclarer auf ein altes Mädchen sa meilleure pièce.

Nous avons déjà étudié avec les premières poésies die Seele, qui pourrait fort bien se rapporter à Elise Lensingf. Ce qui est certain, c'est que Hebbel composa pour elle à la même époque le sonnet ein GebetT, que nous examinons ici, bien que ne figurant pas au recueil de 1842, afin de ne pas traiter séparément des poésies de même date et d'inspiration identique. Le sujet rappelle celui de la pièce die SeeleS et l'élément problématique y reprend le dessus sur ’élément formel? ; le mysticisme reparaît, avec son étrange synthèse de religiosité et de sensualité : la bien-aimée est appelée « sanfte Mittlerin des Herrn », la prière estune étreinte passionnée, un baiser de flamme :

Ich sagte: bitt’ für mich in dieser Stunde!

Da fühlte ich mich glühender umwunden, Und heiss, wie nie, geküsst von ihrem Munde.

Indess ihr Auge himmlisch sich verklärte.

Und was sie betete und Gott gewährte, Das hab’ ich tief an ihrem Kuss empfunden 0.

1. Cf. die Toten, supra, 96 et notes de Bornstein, I, 358. — 2. Cf. les deux derniers vers aux vers 9-12 de la pièce die Mustk, supra, 103. 3. Félicitons-nous que Hebbel n’ait pas préféré la variante indiquée par Werner (Anmerkungen, 216) : Und deine ganze Seele blüht, Gleich wie der reine Edelstein, Auch angelaufen Funken sprüht.

(Cf. Scheunert, D. 7. H., 182-185 : Gold und Edelsteine.)

4. Cf. supra, 132, 133. La terminologie est la même, cf. le dernier vers de auf ein altes Mädchen au vers 14 de Melancholie einer Stunde; cf. également les métaphores de la pièce an Laura, supra, 82, n.5; cf. Scheunert, D.7.H., 62-64. — 5. Bw., VIII, 19, et I, 396. — 6. Cf. supra, 139, n. 9.

7. VII, 126, Hambourg, 15 mai 1835; Anmerkungen, 415; cf. role

8. Cf. Scheunert, D. ;. H., 123. Charakteristik des in Liebe und Freundschaft ersehnten Ideals. — 9. Cf. supra, 139, 149. — 10. Sur l'emploi fréquent et l’acception exacte du terme « glühen », cf. Scheunert, D.7. H., 145, n. 1.

NEBBEL,

Il faut se garder de chercher dans ces vers de l'ironie à la Heine; il n'y a pas la moindre trace de frivolité, le sérieux en est absolu et la ferveur tout idéale. Notre-Dame de Milo ne saurait en rien l'inspirer puisque Hebbel n’éprouva jamais d'amour pour Elise, mais il la considérait véritablement comme une sainte et avait pour elle du respect, de l’adoration‘. L'interprétation foncièrement éthique du sonnet est donc ici la seule qui convienne ?. On peut toutefois noter, en même temps que l'autonomie de l’image et de l’idée, la parfaite homogénéité de l’ensemble; à ce point de vue, la technique est aussi réussie que celle de die Jungfrau. Cinq ans plus tard, pendant le second séjour à Hambourg, Hebbel note dans son journal à la date du 13 août 1840 : « beau rêve d’Elise : on lui tend une harpe d'or, elle est invitée à jouer et ne sait pas ; mais elle essaie et voilà que son jeu est si magnifique qu'elle en est elle-même ravie® ». Le même rêve fut l’origine de la pièce an Elise*, type de « Gelegenheitsgedicht ». Nous rencontrerons d’autres poésies de circonstance, nous n'avons voulu grouper ici que celles qui se rapportent aux premières amours, et retrouverons les autres dans leur succession chronologique.

Nous avons fait allusion *, en étudiant le groupe des premières poésies consacré à l'enfant, à deux pièces composées à Wesselburen mais reprises dans le recueil de 1842. La première date du 7 juin 1834 et a pour titre der Knabef, C'est un pendant à die Weihnachtsgabe que nous connaissons déjà 7. Une mère appelle son enfant, qui joue dans les prés fleuris; il n’a guère envie d'aller dormir, mais on le met dans son berceau malgré ses pleurs $.

Ich frug : warum muss Euer Kind So früh zu Bette geh’n ?

Die Mutter lächelte mich an :

Um frôhlich aufzusteh’n ?.

À ces cinq strophes de la première partie de la romance correspondent les quatre strophes de la deuxième qui la transforment en une sorte d'apologue didactique : peu de temps après, l'enfant est mort, c'est cette fois la mère qui interroge et voici comment le poète la console :

Der liebe Gott, er denkt wie Du, Lässt früh’ ihn schlafen geh’n,

1. Bw., UT, 314. — 2, Cf. Scheunert, D. j. H., 21, 35, 88, 89, 193, et Fischer GS An 2075.

&. VII, 175, Hambourg, 1840. La date indiquée par Bamberg (I, 94) juillet 1840, est inexacte ; cf. T., 2075, du 13 août 1840 et Anmerkunger, 430.

5. Cf. supra, 109 et 110. — 6. P. 178, VII, 116. — 7. Supra, 70. k

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