Aufzeichnungen, 90 et 91. — 2. Jbid
3. Ibid., 93 : « Ce qu’on m'avait appris à balbulier du bout des lèvres se transforma en une prière vraiment fervente et anxieuse; ainsi fut coupé le cordon ombilical qui jusqu'ici avait lié mon esprit exclusivement à mes parents, et le détachement fut si complet, que je me mis même à me plaindre devant Dieu de mes père et mère lorsque je croyais avoir subi une injustice de leur part. »
Un peu plus tard, Jéhovah doit céder son trône à Luther; mais ce sont toujours les mêmes qualités de force et de rude autorité qu'il admire en son nouvel élu, p. 108.
4, Kub, I, 46.
vivement que les superstitions et les préjugés de la génération précédente !. Ce qu'il respecte, c'est l'étude sérieuse et soutenue allant au fond des choses, également éloignée de la crédulité naïve et du scepticisme superficiel et outrecuidant. [l apporte à tout problème dès l'abord, et dès ses premières lectures, toutes les énergies d’un opiniâtre et d’un passionné. L'enfant lisait la Bible avec une telle conviction et un tel recueillement que sa mère en était émue Jusqu'aux larmes ?.
C’est qu'il joignait à une raison précoce une sensibilité très vive. À l'école maternelle, déjà, son âme connut des tourments profonds, alors que ses petits camarades de jeux en étaient encore aux Joies des billes et des bonbons et aux chagrins de la tâche supplémentaire et du jouet égaré. « Là se trouvent déjà réunis tous les éléments que l’homme fait rencontrera plus tard dans la vie à une plus grande échelle : la brutalité, la perfidie, la méchanceté ingénieuse, lPhypocrisie, rien n'y manque et une âme pure s y trouve à peu près dans la même situation que l’Adam et l'Eve peints parmi les animaux féroces... Les vauriens ont toujours assez d'instinct pour savoir qui sentira le premier et le plus cruellement leur aiguillon et ainsi ce fut moi qui, pendant quelque temps, fus le plus exposé aux méchantes manœuvres ?. »
Il ne le fut pas toutefois sans se défendre. S'il souffrait de la méchanceté et de la bassesse, il savait au besoin leur tenir tête; on peut même dire que c'était là chez lui un besoin et comme un instinct. Il était à la fois délicat comme une sensitive, et champion toujours chevaleresque, parfois rude et brutal, du bon droit. A seule fin de prouver et de tremper son courage, il décide un jour, avec des battements et des serrements de cœur, de manquer l’école et va, tout tremblant à la fois d'orgueil et de remords, se blottir dans un coin malsain où 1l supporte stoïquement son épreuve volontaire. Un camarade le dénonce à sa mère; il oublie alors crainte et repentir et bondit de sa cachette pour châtier le traître; sa mère l'en empêche. Alors se déchaîne en lui la violence : « Je m’arrachai de ses mains, je me roulai sur le sol, je poussai des hurlements et des cris »; puis, la crise passée, il savoure, on peut le dire, toute l’amertume des railleries injustes et de la vilenie triomphante et se complaît en un scepticisme précoce ‘.
Ce même contraste de tendresse d'âme et de dureté, de violence impétueuse, de pureté noble et de rudesse bourrue, Hebbel luimême le souligne en nous racontant son premier amour. À quatre ans il s’éprend passionnément de la jolie petite Emilie Voss, dès: qu'il l’aperçoit, mais en même temps un sentiment de pudeur s'empare de lui et lui fait baisser les yeux, comme s’il avait commis un crime. Dès lors il ne parvient plus à chasser Emilie de son cœur; son image l’obsède. « Mais, ajoute-t-il, personne ne devait deviner ce qui se passait en moi et Emilie la dernière; je m'obsti-
1. Aufzeichnungen, 105, 106, 107. — 2. Jbid., 104. — 3. Jbid., 93. Cf. T., 2547 — L, Ibid., 96.
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nais à la fuir à seule fin de ne pas me trahir, et lorsque les jeux en commun finissaient par nous réunir, je lui faisais plutôt des méchancetés que des gentillesses; je lui tirais les cheveux par derrière pour pouvoir au moins la toucher !. »
Précocité, sérieux passionné, amour ardent de ce qui est beau et de ce qui est noble, et aussi pudeur ombrageuse et mélancolique Sauvagerie, tel est donc le caractère de cet enfant. L’antinomie fondamentale nous paraît être, d’une part, le penchant au rêve et à la contemplation, de l’autre, la combativité impulsive et opiniâtre.
R. M. Werner, dans sa monographie du poète, l’a signalée en ces termes : « L'éveil du sentiment religieux, la musique de l'Avent à l’église, le rôle d'enfant de chœur aux enterrements, le contact des cercueils, la lecture sans suite, la crainte du père et sans doute aussi la nature septentrionale, tout cela le poussa à la méditation silencieuse, développa le penchant essentiel de sa nature : l'habitude inlassable de creuser et d'approfondir les problèmes ?.... Mais ne nous représentons pas Hebbel seulement comme un rêveur. C'était aussi un enfant vif, exubérant même; il prenait ses ébats avec les autres enfants, savait bondir sur le dos d’un cheval laissé au pâturage et le mettre au trot, faire le coup de poing et rapporter de ces batailles un œil poché, grimper à l’occasion avec un petit complice sur un arbre pour voler des pommes 5. »
La pauvreté, qui fortifia en lui l’orgueil, non l'humilité, acheva de développer ses dispositions combatives. Il le reconnaît lui-même : « Mais tout cela eut en fin de compte pour moi de bons résultats : J'avais été jusque-là un rêveur qui aimait, pendant le jour, à se cacher derrière la haïe ou derrière le puits et, le soir, à se blottir sur les genoux de sa mère ou des voisins et leur demandait des contes et des histoires de revenants. J'étais maintenant poussé dans la vie active; il s'agissait de défendre sa peau et si je ne m’engageai dans la première bataille qu'après de longues hésitations et beaucoup de tentatives de fuite nullement valeureuses, elle se termina cependant de telle sorte que je ne redoutai point la seconde et qu’à la troisième ou à la quatrième je prenais déjà plaisir ‘. »
Telle nous apparaît, par le fragment autobiographique, l'âme du jeune poète, qu'obsédait plus tard le mot de Tieck : « Seul celui qui fut enfant peut devenir homme”. »
4. Cf, W., VIII, 389, ligne 55 et 398 et note; Aufzeichnungen, 98 et 99.
2, Op. cit., 10. Cf. W., VIII, 35925 : « die tiefen Mitleidsempfindungen mit mir selbst »; 390 : « selige Gefühle beim Stoppeltragen »; 35813 : « Selbstmordgedanken »; 392 : « die Frage die ich oft aufwarf : wenn es von dir abhinge, eine Geliebte durch den Tod eines dir vôllig Unbekannten, dessen
Name du nie erfahren solltest, zu retten, was tätest du? »; 395 : « Qualen : das Nichts... ». , 3. Werner, 11. — 4. Aufzeichnungen, 115.
5. T., 1323: cf. W., VIII, 392 : « die Welt der Kindheït ist eine Schimmelwelt, aber Kinder vergrôüssern so sehr, dass der Schimmel ein Wald wird, fast grüsser al: der spätere des wirklichen Lebens »; et encore : « ich werde aufhôren, wenn die Dämmerung der Kindheit aufhôrt », et encore « die Unendlichkeit des Lebens, die die Kinderfortschritte versprechen, und später das Drehen im Kreise ». Cf. T., 2463 et 5195.
Nous n'avons point de meilleure source que cette confession interrompue‘. Mais elle n’est pas seulement incomplète, elle est, de l'aveu du poète, forcée et embellie. Il l'écrivit à l'instar de Gœthe et tout à fait dans l'esprit de Dichtung und Wahrheit : « Celui qui décrit sa vie, nous dit son journal du 28 mars 1842, devrait n’en relever comme Gæthe que les éléments de grâce, de beauté, d’apaisement et d'harmonie, éléments qui se retrouvent partout et jusque dans les circonstances les plus sombres — et négliger le reste*. C’est le point de vue de l'artiste. Ce ne peut pas être celui du psychologue. Il nous faudra donc redescendre maintenant des cimes lumineuses et suivre les biographes dans les régions sombres de la vie quotidienne.
Friedrich Hebbel vécut ses quatorze premières années sous l’humble toit paternel, auprès des parents misérables, entre son père loyal mais borné, rude, exigeant des siens, comme de luimême, toujours le suprême effort et les renoncements extrêmes, et une mère dont la main était parfois prompte à corriger la moindre escapade et même à jeter au feu les plus palpitants manuserits d'aventures, mais dont heureusement le cœur n'était pas moins prompt à intervenir en faveur de l'enfant et à le défendre contre les tyrans de son enfance : son père et la pauvreté.
Felix Bamberg, l'ami de Hebbel et l'éditeur de ses lettres et de son journal, soutient le paradoxe que cette pauvreté fut, en fin de compte, la bonne fée de l'artiste. « Ge fut justement, dit-il, la pauvreté qui l’enrichit?. »
Hebbel est moins absolu et plus digne de créance lorsqu'il écrit, « du plus profond de son cœur » : « Les privilégiés de l'existence devraient savoir et songer que la misère, loin d'émousser la sensibilité de l’homme, l’affine; alors ils se targueraient moins souvent de leur situation, car ils le font sûrement moins par calcul que par bêtise “ ».
Affiner la sensibilité n’est point forcément « enrichir » l'artiste, mais le modifier, augmenter, en même temps que ses facultés de jouissance, sa puissance de souffrir, en même temps que sa réceptivité, sa vulnérabilité, en même temps que certaines de ses vertus,
1. Cf. W., VII, 400, autobiographie écrite pour Karl Gœdecke (Auswahl) Deutschlands Dichler von 1813 bis 1843 (Hannover, 1844, p. 290 et suiv.). Hebbel la qualifia plus tard de « très mauvaise ». Bw., IIT, 22 (22 janvier 1844). Cf. la biographie de 1845 écrite pour Engländer. W., XII, 39%. Cf. les dates arides (die trockenen Daten) qu’il communique à Bamberg le 15 juin 1846 (Bw., IV, 119 et suiv.) et surtout l’autobiographie adressée le 9 août 1852 à Saint-René-Taillandier (cf. Oesterr. Rundschau. Wien, XI, 1, et Bw., VII, 32-48) et l’autobiographie adressée à Arnold Ruge le 15 septembre 1852 (Bw., V, 59 et suiv.); voir encore Meine Kindheit dans la Hamburgische Hausbibliotek, Friedrich Hebbel, 1906, bei Alfred Janssen; Mutler und Kind, ein Gedicht in sieben Gesängen (1859), W., VIII, 275-353; Vier Nationen unter einem Dache, ein Lustspiel in einem Akte (18542), W., V, 283-298, et les deux poésies : Aus der Kindheït (24 février 1843, Copenhague), VI, 194, et Schau ich in die tiefste l'erne (Vienne, 1859), VI, 408. Ajouter enfin la lettre de Hebbel à Stern du 30 juillet 1862 (N. Hebbeldock., 159-162).
2, T., 2515-2516; cf. 264, — 3, Bamberg, II, 606. — 4, T., 464.
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toutes les difficultés intérieures qui rendent sa marche irrégulière, anormale et pénible. |
C’est ce que Hebbel reconnaît lui-même. La déclaration précédente, faite en pleine misère, à Munich, en décembre 1836, il la con-
firme et la commente, douze années plus tard, à Vienne, à l'apogée de sa fortune : « On attribue à la pauvreté trop d'importance si l’on croit qu’elle peut étouffer d’autres talents que ceux qui, même dans les circonstances les plus favorables, seraient restés insignifiants. Elle ne le peut pas. Elle n’a d'influence que sur la direction que les talents prennent plus tard; mais cette influence-là est si grande que l’homme, une fois parvenu à la pleine conscience de lui-même, doit rassembler toutes ses forces morales pour la neutraliser, s’il ne veut pas se condamner, sa vie durant, à produire des œuvres déplaisantes !, »
Hebbel, nous l'avons vu, se défend dans son autobiographie d’avoir vraiment souffert de la faim pendant son enfance, comme il en souffrit plus tard. Les enfants mangeaient alors la part de la mère. Cependant l'épopée : Mutter und Kind contient l'aveu suivant, qui ne peut être que « vécu ». Christian a faim et convoite, non point une table richement chargée, mais un morceau de pain jeté aux ordures et sur lequel renâcle un chien : « Je ne désire, dit-il, que ce pain ; et je l’ai mille fois consommé par la pensée et je n’envierai jamais sur terre personne plus que ce chien qui est si rassasié qu il daigne à peine le flairer? ».
La garde-robe du jeune Hebbel était à l'avenant. Sa biographie nous raconte qu'il s'abstint un jour de se baigner et une autre fois d'enlever sa veste malgré la chaleur torride, uniquement parce que ses camarades auraient remarqué qu’il n'avait point de chemise*.
Mal nourri, à peine vêtu, il fut aussi peu choyé. Il ne s'aperçut de l'existence de sa grand'mère qu'après la mort de son père. Quant à ses autres parents, ils vivaient encore plus chichement que lui : une de ses tantes ramassait des croûtons de pain comme s'ils eussent été des agrafes d'or; chez une autre des scènes violentes éclataient à propos d’un tablier de cuisine*.
Il préférait la société des animaux, plus affectueux et plus doux, et toute sa vie il les aima. Le chien surtout devient pour lui le compagnon et l'ami, nous le voyons reparaître fidèlement à chaque tournant de sa vie et de son Journal intime. Ce fut un grand deuil pour lui lorsqu'il dut se résigner à perdre celui de Wesselburen, dont il fallut se débarrasser parce qu'il mangeait trop.
L'enfant n’eut plus alors que les consolations inaliénables : le vaste ciel vec ses jeux de soleil et de nuages, la fraîche caresse de l'air marin et la beauté du paysage fertile.
1. W., XI, 130 (écrit de 1848-1849); cf. Bw., I, 180. — 2. Mutter und Kird, vers 1154 et suiv.
3. Kuh, I, 34. Cf. W., VIII, 391 : « als ich baden sollte und kein Hemd anhatte. Als ich an einem heissen Tage aus dem nämlichen Grunde die Jacke
nicht ausziehen wollte. » d 4. Kub, 4, 42; cf. W., VIII, 395. —5. W., VIII, 394 198 ; cf. 389, 393; Kuh, I, 35.
à UENBEL, vA
Dans le pauvre ménage ce n’était jamais fête. Une promenade longtemps attendue devenait une corvée sous la direction inexorable du père. C’est ainsi’que le jeune Hebbel, qui se promettait monts et merveilles d’une excursion à pied à Meldorf, dut, le jour venu, parcourir plus de quatre lieues militairement pour obtenir ensuite à l’arrivée l'autorisation. et l'ordre de rester assis sur une chaise, afin de repréndre des forces pour le retour '. :
Une fois par an seulement, la concorde et la joie régnaient au logis : à Noël. Le père se déridait alors, il y avait dans la huche deux ou trois bons petits pains. Et ces délices duraient deux jours?. Puis la vie grise reprenait, terne et silencieuse.
L'enfant rêvait, méditait. Il sentait cruellement sa misère et la misère des siens. Il lui en resta toujours de l’amertume et son tempérament irritable*. Mais jamais, comme on pourrait s’y attendre, il n’en vint à se révolter contre les favorisés de la fortune, à édifier, lui qui en édifia tant d’autres, des théories de prolétaire contre les ploutocrates. Il ne combattit jamais l'inégalité des conditions, cette : terrible hiérarchie des puissances matérielles : il la négligea tout de suite, alors qu'une autre le préoccupait déjà tout entier, la hiérar-
- chie des personnalités, celle des forces morales. Les enfants riches n’excitèrent jamais l'envie de cet enfant pauvre, mais seulemeut son mépris ‘, s'ils manquaient de noblesse et de générosité. Et comme ils en manquent presque toujours à l’âge « sans pitié », le jeune. Hebbel dut se replier de plus en plus sur lui-même, se réfugier dans son orgueil douloureux. Il se forma ainsi dans l'isolement une âme ‘timide, sauvage et cependant pleine de désirs impétueux et comprimés et toujours impatiente de combat”. Qu'il fasse à l'écart des rêves sombres, près du vieux puits, ou qu’il s’improvise le bouteen-train d'une bande, toujours un sérieux de plomb, une mélancolie pesante le raidit, et jusqu’à ses plaisanteries ont comme une teinte macabre... 1l'est précoce et précocement conscient de sa valeur. On sait comment vivent les pauvres gens dans leurs fourmilières : pressés et pêle-mêle, toutes portes ouvertes et mettant tout en commun, surtout la grossièreté. Le jeune Hebbel acquit bien vite une expérience amère des réalités mesquines où viles, mais elle ne fit qu'accentuer son goût pour les choses graves et sérieuses. Toujours il vécut seul, car il vécut intérieurement. Il fréquentait l’église et le cimetière et son sentiment religieux n'avait rien de commun avec les puériles superstitions du vulgaire, mais était si naïf et si profond qu'il lui fit voir un jour le bon Dieu lui-même sous les habits d’un charpentier°.
Le déménagement malheureux dont il nous parle dans l’autobiographie avait coïncidé avec un heureux changement d'école, Friedrich avait quitté la garderie de Mile Suzanne qui lui avait appris
1. T., 2523. — 9, T., 1368, Kuh, I, 37-39; cf. encore T., 267. — 3. Bw., LIL, 206; T., 1053, 1323 et 2958; Kuh, 1, 42. — 4. Cf. Kuh, 1, 37; W,, VIIL, 397. — 5. Cf. W., VIII, 388, 389, 391, 393, 394, 398.
6. W., VIIT, 404; T., 223. Of. 1329 : il rêve qu'il voit le bon Dieu qui le balance sur une corde au haut du ciel (cf, W., VIII, 102, 103).
ae:
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à lire mais pas à écrire, et surtout à apprécier la distance entre un enfant riche et un enfant pauvre, pour entrer chez Christian Dethlefsen qui exerça sur lui de son propre aveu la plus bienfai-
sante influence. Il avait une autre méthode pédagogique que celle
de la férule, laquelle était normale alors !, Hebbel fut son meilleur élève et son favori. Dethlefsen lui procurait des livres dont la lecture était défendue aux autres ou peu attrayante pour eux; en revanche, Friedrich rendait des services dans la maison de l’instituteur; tout en berçant le nouveau-né, il lisait avec une telle assiduité les Zesefrächte de- Pappe et le Xinderfreund de Wilmsen qu'une fois il se trouva tout à coup, sans y prendre garde, hors de la maison avec le berceau. Dethlefsen, outre qu'il lui inculqua cet amour de la correction grammaticale dont nous avons parlé plus haut, fortifia une autre de ses tendances : le besoin de discipline et
la haine de toute licence. Il commentait le mot liberté par ce syllo-
gisme : seuls les animaux féroces sont libres; or il y a des hommes qui tendent à être libres : c'est donc qu'ils tendent à l’état sauvage. La liberté rend l’homme sauvage et méchant?.
Hebbel fut un autodidacte. Dès l’âge de quatorze ans il n'eut d'autre maître que lui-même. Cela nous explique le caractère hétérogène et les lacunes de son érudition. Très laborieux, il avait plus de connaissances que de méthode. Cela nous explique aussi à la fois sa forte originalité et ses bizarreries, et nous ne nous étonnerons plus d'apprendre que l’auteur de vers déjà célèbres ignorait certaines règles fondamentales de métrique. L'’ignorance était cepen-
dant à ses yeux un mal pire encore que la pauvreté. Mais son zèle,
son ambition, et à la fin aussi, d'heureuses circonstances l’aidèrent à triompher de bien des difficultés. |
Dethlefsen lui prêta Salis et Matthisson, lui révéla l'Oberon de Wieland et l’Abällino de Zschokke et probablement Lessing, dont il note l'influence dans ses « stations poétiques », Contessa et Cervantes qu'il lisait au chevet de son père malade. De Gœthe il connut dès lors Werther et Faust, empruntés à un adversaire commun à son maître et à lui. Hebbel cite encore Genoveca et surtout Schiller, lecture favorite du petit porteur de: tourbe*. C’est à la même époque que chez Harding il lut la Zenore de Bürger et
peut-être Klopstock et Winckelmann, Enfin il connut à Wesselburen
au moins une nouvelle de Hauff*.
Il n'eut tout d’abord que sa curiosité insatiable et un incroyable acharnement à la satisfaire. Son père, loin de l'aider, le contraria sans cesse. Il était furieux de voir que ses fils apprenaient plus qu'il n'avait appris lui-même dans son enfance. Pendant le jour il
1. Aufzeichnungen, 104, 105, 106; sur Dethlefsen cf. encore Kuh, I, 24; W., VIII, 169 et.397; T., 160; W., XI, 320 et N. Hebbeldok., 15.