‹ HebbelChapitre 130 sur 425 · Of. supra. 42, et Scheunert, D. ;. H., 46 et · texte numérisé non relu

Of. supra. 42, et Scheunert, D. ;. H., 46 et

2. P. 87; VI, 189, Wesselburen, 9 juillet 1834; CR SUPrE 2301551 1835, Morgenblatt du 18 décembre 1835 (Bw., I, 39); Hebbel a bien fait de supprimer dès 1842 le second quatrain de la pièce du Morgenblatt; cf. Anmerkungen, 272 :

Das lange, weisse Todtenkleid, Mii Schleifen reich besetzt,

Mit Guirlanden überstreut, Das kleine Kind ergôtzt,

3. Strophes 2 et 3. — 4. P. 180; VII, 113;. Wesselburen, 24 janvier 1834. — 5. Cf. Scheunert, D. 7. H., 110. — 6. Cf. Uhland :

der schône Schäfer zog so nah Vorüber an dem Kônigsschloss;

Die Jungfrau von der Zinne sah Da war ihr Sehnen gross.

pièce der Knabe et dont Hebbel trouvait le modèle (ainsi, du reste, que celui de son apologie de l'enfance) dans Æntsagung d'Uhland; le fameux Frühlingsglaube a visiblement fourni le « Blumenduft » et les « linden Lüfte » qui reviennent en refrain; le Lied an den Tod, inspiré le « Sehnen » du berger de Hebbel?. Mais c’est der Schäfer d'Uhland qui a été presque plagié : limitation ne s’est pas contentée du personnage principal et du cadre printanier : la prairie en fleurs. La « Künigstochter », il est vrai, a disparu au sommet de la tour, mais la conversation « hinab-herab » n’en a pas moins lieu : de la terre au ciel?. C’est que la pièce de Hebbel semble commencer où finit celle d'Uhland :

Ein Geisterlaut herunterscholl :

Ade, du Schäfer mein!

C'est avec un pur esprit que s’entretient le berger de Hebbel et il meurt de ce passe-temps surnaturel :

Der Schäfer trinkt den süssen Duft :

Das ist ein Kuss vom Liebchen mein +!

Voilà de nouveau le baiser mystique de ein Gebet, le baiser fatal

de das Wiedersehen*.

Er wirft die Arme in die Luft :

Mein Liebchen fang ich ein!

Der Frühling zog ihm, wie ein Traum

Vorbei in wonniglichem Schmerz,

Und mit des Frühlings Blumen brach

Zugleich des Schäfers Herz.

Le mysticisme, qui demeure, chez Uhland, en quelque sorte au premier stade, est donc élevé, chez Hebbel, à la deuxième puissance: au-dessus de son berger il y a l’homme qu'il représente et la bienaimée est, dans sa romance, l’âme même de la nature au sortir de la torpeur de l'hiver; le baiser d'amour symbolise leur communion au printemps lorsque les tièdes effluves gonflent le cœur d’un désir vague et infini, répondant à cet autre désir qui semble flotter autour de nous, impalpable et pourtant sensible comme une enveloppante caresse à laquelle on voudrait s’abandonner jusqu’à en mourir. Scheunert nous paraît avoir envisagé trop exclusivement la face idéaliste de ce mysticismef et n'avoir, au contraire, pas assez insisté sur ses éléments sensuels ; à lire ses développements, on serait tenté de croire à une recrudescence d'influence schillérienne, alors que les deux parrains de cette poésie sont, à n’en pas douter : Uhland et Hoffmann”. Ce qu'il y a en elle de remarquable

LAVAGE Es spielten auf der Blumenau Die Kinder allzumal.

2, Cf. an den Tod, v. 26 et suiv.; der Schäfer, v. 19 et suiv. — 3. Cf. strophes 2 et 3 chez Uhiand, et strophes 6-8 chez Hebbel, — %, Cf. Scheunert, D. J. H., 144, 147, — 5. Cf. supra, 122 et 241, — 6. Cf. Scheunert, D. Je 12 89 101, 102, 109-110, 144, 145, 147, 215, Re

7. Tibal, 96, n. 1, rapproche, à propos du motif du vent, caresse de la nature autour du front de l’homme, un passage de Hoffmann : I, 181-On pourrait comparer aussi le Ganymed de Gœthe.-

est son caractère éminemment musical; ces vers expriment l'abandon d'amour comme le ferait la mélodie même d’un lied et il semble qu’une sorte d'accompagnement en sourdine porte cette nostalgie comme l’air de Schubert paraît porter « les doux parfums qui viennent de s’éveiller »; la phonétique se fait molle et alanguie comme le rythme! et concourt à cette impression de bienheureuse « morbidezza » que le poète tenait certainement à obtenir.

Les mêmes qualités musicales se retrouvent dans la pièce der Schmetterling ? dont la strophe et même les deux principaux moments d'inspiration rappellent das Veilchen de Gœthe*, dont le génie de Mozart acheva de faire un lied délicieux. Ici encore limitation est digne du grand modèle. Par l’idée le poème se rapprocherait bien plutôt du Schmetterling de Lenau, composé une année plus tard : le papillon‘ symbolise la destinée du poète, victime de son idéalisme qui l'expose aux tourmentes des hautes régions et, en même temps, prisonnier des contingences mesquines de la vie pratique :

Er taumelt, ach! so matt, so matt, Zurück nun auf das kleine Blatt, Das ihn ernährt als Raupe.

Oh weh! o weh! du armes Ding!

Ein Schmetterling,

Der nährt sich nicht vom Laube — Du armer Schmetterling !

Et, jusqu’à la fin, se soutient l'harmonie parfaite de l’idée, de l’image et du sentiment :

Thm ist das Blatt jetzt eine Gruft, Ibn letzt nur Blumensaft und Duft, Die kann er nicht erlangen,

Und eh’ noch kommt das Abendroth, Sieht man ihn todt

An seinem Blättlein hangen,

Ach kalt, erstarrt und todt.

Les critiques sont unanimes à louer la réussite totale de cet essai d'un poète de vingt ans ÿ.

Après Gœthe, à côté de Gœthe, Uhland apparaît. C’est, comme

1. Cf. les assonances et les allitérations des strophes 1, 2, 5 et 6. — 2. P. 194; VI, 196. Wesselburen, 18 avril 1833.

3. Cf. Môller, 4; cf. les 2 premiers vers du Schmetterling aux 2 premiers vers de das Veilchen; la première partie de la poésie de Hebbel jusqu’au vers 17 (o Freude! Freude! Freude!), à la première strophe de celle de Gœthe; le « ach, aber ach » de Gœthe se retrouve au vers 22 de Hebbel en même temps que le terme « matt », et l’idée qu’exprimait si bien le « es sank und starb »: Hebbel emprunte également à Gœthe la technique des nombreuses répétitions rythmiques et syntactiques.

4. Cf. supra, 60, la métaphore du papillon dans les aphorismes en prose (W., IX, 5), et Wandlung (Einfälle, VII, 57); cf. Scheunert, D. j. A., 169 et suiv., et Bornstein, I, 367,

5. Cf. Fischer, 83 et 109; Tibal, 51 : « C’est à peine si le sous-titre eix Juzend bild indique la signification morale, le contenu intellectuel que dissimule la forme poétique; ou plutôt ce qui était pensée est devenu tout entier senliment, poésie. »

pour der Schäfer, die sanften Tage qui ont inspiré la philosophie de Morgen und Abend'. Hebbel y reprend le motif de Menschenschicksal? avant de le porter à sa parfaite expression poétique dans la pièce an Hedwig* :

O Morgenzeit, du frische Zeit!

Des Lebens reichste Quelle!

Dann sinkt des Abends heil’ge Ruh #...

Ici encore, l'interprétation symbolique prime tout : le poète veut montrer le parallélisme absolu entre la vie de la nature et celle de l'homme. Pour Uhland aussi la nature est un être animé qui a comme nous ses sentiments d'espoir et de crainte, de joie et de tristesse, ses alternatives d’exaltation et de dépression. Qu'indiquent les quatre saisons, sinon les quatre phases de l'éternel cycle : naissance, croissance, déclin, mort? Et le matin est au jour ce que le printemps est à l’année : il signifie l'élan, l’attente et le désir du mystérieux, du merveilleux. De même pour l’homme : il s’éveille des ténèbres de l'inconscient comme la nature sort des torpeurs de l’hiver “ et toutes ses forces aspirent aussitôt à l’idéal :

Ich weiss nicht was, doch will ich viel, Und alles muss mir glücken.

Mais le cœur a beau se dilater, l'infinité de l’univers a raison de lui et sur sa défaite tombe la paix sacrée du soir °. [ci reparaît un autre leitmotiv qui nous est déjà familier :

Des Menschen Kraft reicht eben aus Zum Kämpfen, nicht zum Siegen,

Wir sollen in dem ew’gen Strauss Nicht steh’n und nicht erliegen 6.

Le soir, le sommeil, la mort : une seule et même solution :

Doch wenn uns dies das Herz beschwert, Nabt der ersehnte Schlummer,

Und ward der letzte Wunsch gewährt :

Wem macht der erste Kummer?

Scheunert a indiqué’ la place qu'occupe cette poésie dans le lyrisme panthéistique de Hebbel. Tibal a démontré que ce n’est pas chez Schiller que ce panthéisme a été puisé®.

Ce dernier critique loue tout particulièrement” une autre pièce de Wesselburen : das alle Haus "et note avec raison que le poète n'y développe pas des lieux communs philosophiques sur la

1. P.28; VI, 264. Wesselburen, 15 janvier 1834. — 2. Cf. T., 601 et supra 105, n. 5. — 3. Cf. supra, 239. k

k. Strophes 1 et 3; les vers 9 à 12 ont été remaniés (cf. Anmerkunsen 294) et l’expression y a beaucoup gagné. Sur les quatre saisons, cf. T., 1785.

5. Cf. Scheunert, D. j. H., 52 et 73. — 6. Cf. 1bid., p. 9, 10 et n. 1, et supra 61, et n. 10. ‘

7. Cf. Scheunert, D. 7. H., 212 et suiv. : « Weiterentwickelung der Beziebung Mensch-Natur, Herstellung der Beziehung Natur-Gott.

8. Op. cit., 92-94 : pour la métaphore biblique du vers 9, cf. Bw., VE 261 et suiv..— 9. Jbid., 51, 52,

.10, P. 110-113; VI, 266-269; Wesselburen, 25 juin 1834.

perpétuité de la race, mais rend sensibles ! les liens qui attachent lPâme aux objets inanimés, relient le descendant à l'ancêtre et l'individualité éphémère au passé d'où elle est issue. Hebbel luimême en était fier et il donna son adhésion formelle à l'éloge qu'en avait fait Uhland; il lut plus tard ce poème à la reine de Bavière ?. C’est encore un modèle achevé d’objectivité et de naturel. Sur le point d'être démoli, « le temple de l’amour et de la concorde » s’anime et parle : la vieille maison rappelle au petit-fils qu'elle a été témoin de toutes les joies et de toutes les douleurs de ses grands-parents depuis leurs fiançailles ; elle a vu la naissance et la mort de son père et c’est l’enfant qui veut la détruire!

Noch lange Jahre kann ich steh’n,

Bin fest genug gegründet,

Und ob sich mit der Stürme 3 Weh’n

Ein Wolkenbruch verbündet;

Kühn rag ich, wie ein Fels empor,

Und was ich auch an Schmuck verlor,

Gewann ich’s nicht an Würde?

Nous avons déjà vu dans la poésie Nachts * cette forme de strophe que le dernier vers blanc rend si expressive. « Ne suis-je point assez vaste, continue la vieille maison, avec mes salles spacieuses et mon portail imposant? Et ne te sera-ce point un réconfort de mourir là où ton père, puis ta mère ont expiré? » Il semble au poète que tous ses aïeux morts et que plus d’une de ses joies d'enfant viennent le supplier d’épargner la vieille maison :

Lass steh’n das Haus, lass stehen!

Le débat est alors clos, la décision prise, toute l’action va se concentrer dans la strophe finale dont le dernier vers reprend, sous forme d’un ordre, le conseil précédent :

Still, lieber Meister, geh von hier, Gern zahle ich den Taglohn dir, Allein das Haus bleibt stehen.

Une autre pièce de la même époque : 7rennung n’est guère qu'un écho de Scheiden und Meiden d'Uhlandf. Hebbel y ajoute seulement le motif de cette sorte de pudeur farouche qui clôt les

1. Fischer, 56, la cite au nombre des pièces qui montrent quel sens développé Hebbel avait de l’analyse psychologique et voici en quels termes il apprécie sa technique : « Die Gedichte stellen alsdann Assoziationsketten dar, die durch das ursprüngliche Gefühl ins Laufen gebracht werden. Naturgemäss tritt hier das zu Grunde liegende Gefühl hinter der Fülle der Vorstellungen zurück. Es erweitert sich zu dem friüher entwickelten Begriff der Stüimmung. »

2. Cf. Bamberg, J, 140; Bw., IV, 417 et VIII, 19. — 3. Revoici la métaphore de l’orage, que nous avons rencontrée fréquemment dans les premières poésies et que nous retrouverons souvent dans les suivantes. — 4, Cf. supra, 235.

5. P. 166; VII, 114, Wesselburen, 9 mars 1834, cf. supra, 108, n. 8. — 6. Cf. les derniers vers :

Man fühlt, was Mensch dem Menschen ist, Dann aber soll man scheiden,

Und in der Stund, wo man's ermisst, Muss man’s auf ewig méiden.

Cf. aussi £emont, acte V : Egmont : Ich soll deine Hand fassen, dir noch

lèvres d'êtres qui pourtant s'aiment et paralyse tout épanchement tant qu'ils vivent côte à côte. Il faut la cruelle oppression de l'heure des adieux pour que les aveux jaillissent et que les larmes coulent. La technique des métaphores est la même que dans le sonnet an einen Jüngling", elles varient à chaque quatrain, presque d'un vers à l’autre et se contentent de mettre en valeur l'idée ou le sentiment. : '

Tout ce groupe de poésies procède sans conteste du sentiment, du « Gemüt » : les abstractions vides et froides y cèdent la place à l'évocation émue d'expériences qu'on sent vécues et d'images directement empruntées à la réalité colorée et vivante; le dualisme de jadis est détrôné au profit d’un panthéisme sentimental dans lequel le lien entre l’homme et la nature n'apparaît plus superficiel et factice et le poème tire sa vie et son unité de ce qu’il n'est que l'expression, et en quelque sorte l'émanation, de l’harmonie essentielle zi profonde entre l’âme et les choses. Schiller semble à tout jamais oublié, Uhland, par contre, plus que jamais en faveur,

N'oublions pas cependant qu'en 1841 encore Hebbel proclame qué « le lyrisme allemand a deux facteurs, le sentiment et la réflexion ? »; nous venons de passer en revue des poésies de Wesselburen qui relèvent incontestablement du premier, nous allons en examiner qui ressortissent à l’autre.

Auf ein neues Trinkglas Ÿ se rapproche encore assez de la manière de das alte Haus : à propos d’un sentiment qui fournit l'accord fondamental, de multiples variations se succèdent. Mais ici, la part de la méditation est déjà considérable : il ne s'agit pas seulement d'envoyer un salut fraternel ‘ à tous les hommes qui, après lui, boiront au verre que le premier il porte à ses lèvres, l’auteur agite en même temps des problèmes, suppose le même penchant à ceux auxquels son toast s'adresse® et le rubis du vin qui resplendit « au rayon matinal du rouge soleil » symbolise la flamme intérieure, l'enthousiasme.

Dans Frage und Antwort? Hebbel pose à son esprit une question que nous l’avons entendu bien des fois $ soulever :

Was ist die Liebe? Sag’ es mir.

einmal in die Augen seh’n, deine Schôüne, deinen Werth recht lebhaft fühlen und dann mich entschlossen losreissen und sagen : « Fahre hin! » ; 1. Cf. supra, 128. — 2, W., X, 416. — 3. P. 147; VII, 118, Wesselburen, 22 septembre 1834.

4. Cf. Scheunert, D. j. H., 121, n. 2. — 5. Cf. v. 33 et suiv. :

Und früge sie wohl Einer gar, Wobher sie komme, jene Flamme ..., etc.

6. C£. supra, 98, n. 5. —.7. P. 84; VII, 115; Wesselburen, 24 mars 1834.

8. Cf. le sonnet an eine Dame (supra, 103) et les pièces Liebe (NII, 36): die Mutter (VII, 61); Melancholie einer Stunde (VII, 98); die Seele (NII, 125); auf ein altes Mädchen (VI, 207), etc. Cf. Scheunert, D. 7. H., 86-118.

Et la réponse est que la définition est impossible. Le poète nous l'avait déclaré déja !. C’est la même question et la même réponse que fait Friedrich Halm ?.

Mais le recueil de 1842 contient surtout deux cycles où se manifestent ces tendances au raisonnement et à la réflexion. Celui des Sprüche und Gleichnisse ? comprend cinq pièces de longueur différente mais de contenu épigrammatique : un court quatrain nous dit que la douleur est la soif des délices que nous pressentons et dont nous devons chercher la source, un bout-rimé, que nous sommes nous-mêmes les auteurs des maux qui nous affligent Dieu respecte notre autonomie’; un autre quatrain montre la liberté victorieuse : le monde nous appartient; à nous de conquérir les lauriers, il n'y a de héros qu'après la bataille6. La pièce suivante avait paru dans les Modeblätter sous le titre de das Leben‘ :

Wie jede dunkle Nacht von zweien hellen Tagen Umschlungen wird, als wie von einem Reif von Gold, So ist das Leben auch, das dunkle, eingeschlagen Von zween Himmeln, wunderhold. Le premier de ces ciels est l’enfancef, nous espérons l'autre à notre mort. Scheunert”, envisageant surtout l’aspect problématique de ces vers, les rapproche avec raison d’autres pièces où nous avons rencontré déjà les mêmes motifs : imperfection de la vie quotidienne !?, félicité de l'enfance !!, et l’oppose au sonnet an Ludwig Uhland ‘?: à ne considérer que l’existence terre à terre,

1. Cf. Zur Vermählung Mokhrs, NII, 117 (7° strophe) et Glück (VI, 201); cf. supra, 38 et 233.

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