‹ HebbelChapitre 15 sur 425 · W., VIII · texte numérisé non relu

W., VIII

7. T., 2364. Cf. W., VIIL, 395 : « Ich kann mit einer Tür reden, sobald nur mit Kreide ein Mensch darauf gemalt ist. Das erklärt viele meiner Verbindungen von ehemals. » Cf. encore W., VIII, 391588 et suiv. Cf. Kuh, LE, 373, L.

8. Kub, I, 112, 115, 116; T., 551969, et Werner, 20, — 9. Kuh, I, 116, 117. — 10. Kuh, 89, 90.

11 y a donc eu des rayons de soleil dans cette enfance, que Hebbel appelait plus tard son « enfer! » et qu'il accusait de l'avoir voué au malheur. Il faut bien s'avouer cependant que toutes ces joies innocentes lui furent gâtées par le sentiment très précoce et très vif qu'il eut du contraste entre sa valeur personnelle et sa situation misérable. Il ne pouvait point se réjouir de ce qu'il possédait parce qu'il éprouvait trop amèrement la privation de ce qui lui manquait; ses compagnons, quels que fussent leurs qualités et leur entrain, ne lui suffisaient pas, ni surtout la condition qui lui était faite par le bailli : il se sentait à l’étroit, gêné et surtout humilié, il étouffait,

il fallait un autre horizon à cette nature avide de grand air libre et

de domination.

Aussi le réquisitoire du journal sera-t-il formel : « Qu'’au pays dithmarse mon développement intellectuel ait atteint déjà un niveau si élevé et que cependant ma situation sociale ait été rendue si humble par le conseiller Mohr, qui appréciait cependant ma valeur, c'est là le plus grand malheur de ma vie »?. Et ce réquisitoire, il le reprend, il y insiste : « D'où proviennent ma timidité et ma gaucherie? Ne sont-elles pas l’œuvre de cet individu qui, dans la période de l'existence où l’on doit acquérir des manières et du maintien, ne se contenta pas de m’enlever toute occasion qui aurait pu m'y aider, mais, en me forçant à m'asseoir à la même table que le cocher et la servante d'étable, m'humilia au plus profond de l’âme et fit que souvent, au sens le plus absolu du mot, mes joues s'empourpraient de honte à l’arrivée d’un étranger qui me trouvait en cette compagnie : jamais je n’oublierai cela, jamais, et c’est pourquoi je n'ai pas non plus le droit de le pardonner. »

C'est donc encore à Wesselburen qu'il faut chercher la source de ce qu’on pourrait appeler l’agonalisme spéculatif de Hebbel, de ses tendances à creuser les problèmes les plus douloureux, à soulever le voile avec une sorte de volupté triste et inexorable partout où se peuvent découvrir des abîmes sombres, à fouiller impitoyablement jusqu'aux racines des choses les plus tragiques et des âmes les plus ténébreuses ou les plus meurtries.

Ce caractère l’isole vite : « au pays dithmarse personne ne m'a compris. Ce n’est pas au moment où un homme gît dans un marécage que quelqu'un peut chercher à le connaître‘. »

Son histoire nous présente alors toute une série de tentatives infructueuses de libération : Friedrich est bien résolu à ne pas

1. Bw.; L, 269: — 2. T: 1385; cf. Bw., 1,129, 186; Bw:, V, 172-177: D, 5274, 5300 et note, et Kubh, I, 93.

3. T., 2442; cf. Kuh, [, 119-121, 406 et 407; Bw., V, 172 et suiv. A lire le Zeugnis exltrèmement élogieux" décerné par Mohr au jeune Hebbel (Hebbel- Kalender für 1905, p. 136, et Paul Bornstein, édition du centenaire, I, 329 et suiv., et 386), on s'étonne à bon droit des traitements que le patron fit subir à l'employé et de son indifférence totale à l'endroit de l’avenir du poète. Cf. encore T., 141 (Hambourg, 5 janvier 1836), le commentaire de P. Bornstein, Il, 342, et la lettre de Hebbel à Theodor Hedde (Vienne, 6 mai 1858; N. Hebbeldok., 123-124).

L. T., 2429 cf. 2465. Bw., I, 27, 85; II, 127; IV, 120; VIII, 34

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redevenir ouvrier maçon et n'est guère décidé à continuer sa carrière de scribe !.

Nouveau Wilhelm Meister, il songe d'abord à embrasser la vocation théâtrale; mais il est plus rapidement détrompé que le héros de Gœthe et que Gæthe lui-même, longtemps incertain de sa vocaton.

Ce fut probablement un comédien de passage qui lui suggéra l'idée d'aller voir Charles Lebrun, directeur du théâtre de Hambourg, et qui se chargea sans doute de le présenter. Aussitôt le jeune Hebbel se mit en campagne.

« La jeunesse doit s’aider elle-même, écrira-t-il plus tard, et si elle ne le fait pas, c’est qu'il n’y a rien en elle. » Et dès cette époque, il écrit au confident de son équipée : « Lorsqu'on attend trop, c’est la vie qui mène l'homme, au lieu que c’est l’homme qui devrait diriger sa vie. J'espère voir d'ici quatre semaines se décider mon destin, du moins je saurai si Je reste à Wesselburen ou (que Dieu le fasse!) si je puis en partir. Deviendrai-je acteur ou poète? Je ne puis répondre à la question, mais je veux espérer. Cela est bien permis.

Und kann ich nicht das Ziel erreichen, Das ich mir kühnlich vorgesteckt,

Soll doch nicht eh’ mein Muth erbleichen, Als bis mich kalt die Erde deckt.

Dans huit ou quinze jours je viendrai à Hambourg?. » Le succès fut celui auquel il eût dû s'attendre et Charles Lebrun n'eut pas de peine à lui démontrer'qu'il n'avait aucune chance de réussir sur les planches *.

Désillusionné, Pégase reprend le mors tout en continuant à le ronger. Hebbel se remet aux dossiers, mais n’a plus d’espoir que du côté de la littérature. Il dévore toutes sortes de livres, pris d’une frénésie de connaissance, et comme pour attendrir quelque bonne fée logique. Sa misère personnelle l’accable trop pour qu'il éprouve aussi douloureusement que ses compatriotes, vivant dans des conditions normales, la pesanteur du joug danois que les Dithmarses cherchaient alors à secouer‘. Il ne peut cependant échapper tout à fait au frisson de révolte qui passe à cette époque sur son pays natal et les poésies de circonstance par lesquelles il

1. Kah a écrit tout un chapitre sur sa vie chez Mobhr : 7» der Kirchspielvogtet (1, 76-100). Des traces de lettres perdues (Bw., VIIF, 81 ct 82) démontrent que Hebbel s’adressa de Wesselburen à plusieurs personnages autres qu'Uhlard et Ochlenschläger. Cf. encore Bw., V, 41.

2, An Theodor Hedde, le 22 juillet 1831 (Bw., |, 9); cf. encore la lettre à Hedde du 7 décembre 1531 (Bw., I, 14).

3. Kub, £, 101; W., VIII, 397; Bw., VILI, 34; V, 41 et suiv. Sur Lebrun cf. encore Bw., I, 414; VIII, 2; Kuh, [, 101, 298 et N. Hebbeldok., 9. %

4. Cf. Kuh, I, 409: « Er ass als Dithmarscher am dithmarsischen Tische mit Knecht und Magd, er schleppte das Gewicht der Botmüässigkeit, die ihm die eigenen Landeskinder auferlegt hatten, er suchte sich selbst in serner holsteinischen Heimat ».

apporte son tribut personnel au vœu général d’affranchissement de la patrie vont être précisément l’occasion de sa libération individuelle. Ces poésies, il les adresse à Amalie Schoppe à Hambourg qui non seulement s’empresse de les insérer dans ses Neue Pariser Modeblätter, mais s'intéresse aussitôt vivement à la personnalité du poète et à son avenir |.

Dans une première lettre à Hebbel?, datée du 18 août 1832, elle remercie le poète de ses envois ets’excuse quela rédaction des Modeblätter etde l’Zduna, la correspondance d’affaires et quantité d’autres travaux littéraires aient retardé ces remerciements; elle le félicite chaleureusement de ses chansons? et des tendances libérales qu'exprime la pièce Würde des Volkes que nous étudierons plus loin ; elle lui fait part à ce sujet de l'indignation des Hambourgeoïis contre les récents décrets du Bundestag‘, puis le remercie de l'envoi de la nouvelle der Maler5 qui, écrit-elle, a déjà obtenu un éclatant succès ; elle espère recevoir bientôt de lui de nouvelles productions et lui demande en particulier de vieilles légendes populaires ; enfin, après avoir attiré son attention sur la mythologie septentrionale et un de ses propres ouvrages : Die Helden und Gütter des Nordens, elle salue avec la plus grande cordialité le « cher confrère en Apollon » et l'invite à continuer sa précieuse collaboration.

Nous verrons qu'aucun détail de cette lettref ne resta lettre morte et n’est négligeable pour l’évolution du poète. Mais dès à présent nous concevons ce qu'un tel encouragement avait de réconfortant pour lui. Et, tout d'abord, la lettre ne dut pas contribuer peu à renforcer sa confiance en lui-même, à l'instant précis où d’autres démarches, à ses yeux décisives, allaient échouer, au moins partiellement. Le 9 du même mois, en effet, Hebbel avait écrit au poète

1. Sur Amalie Schoppe, cf. Werner, 39 et suiv. : « Sie war in Burg auf Fehmarn 1791 geboren, stand also im 42. Lebensjahre, hatte sich 1811, wenig glücklich mit dem Juristen Dr. Schoppe vermählt, war dann schnüde von ihm

verlassen worden, und ernährte sich, ihre Sühne und eine alte Mutter aus-.

schliesslich von dem Ertrage ihrer Feder, was ihre Massenproduktion begreiflich und verzeihlich macht. Ueberhaupt betone ich, ohne Neigung sie zu überschätzen — dass die Schoppe Hebbel zuliebe vielfach menschlich unterschätzt wird; meine Meinung gründet sich auf teilweise uubekanntes Material in meinen Händen. Gerechtigkeit gegen ihm wesensfremde Menschen ist nicht Hebbels Stäürke; vielfach bedürfen seine Urteile starker kritischer Nachprüfung, was auch für die späteren Rezichungen zur Schoppe gilt »; cf. aussi Bw., IV, 120; Bamberg, I, 309 (Vienne, 15 juin 1848) : « Einige miserable Gedichte, die ich machte, wurden Ursachen der Crisis », Cf. encore dans Bornstein, I, 185, le portrait d’Amalie Schoppe (estampe de 1832):

k RE El 1, 109 et suiv., et Paul Bornstein, édition du centenaire, p. 302 à 305, 381.

3. « Ihre Lieder erfreuen mich unendlich : ich kann Thnen gar nicht sagen, wie werth Sie mir durch dieselben geworden sind! Ja doppelt theuer sind diese Lieder mir, da sie von einem werthen Landsmanne ausgehen; ete. »

L. Cf, Bornsiein, I, 360. — 5. Versuch in der Novelle (1832), W., VII, 8.

6. Toutes les lettres que Hebbel adressa à Amalie Schoppe de Wesselburen sont perdues. (Cf. P. Bornstein, édition du centenaire, p. 381.) Par contre nous possédons aujourd’hui d’autres lettres qu'à la même époque Amalie Schoppe adressa à Hebbel de Hambourg (voir bibliographie)

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qu'il admirait par-dessus tout : « an Ludwig Uhlandin Stuttgart » la fameuse lettre que l’on croyait perdue et que nous devons aux recherches de l'éditeur critique. Après lui avoir exposé sommairement sa condition, l’histoire de ses premières années, et présenté l'hommage de son admiration, il lui adresse ce pathétique appel : « un si grand poète doit nécessairement être aussi un grand cœur humain et ne laissera certainement pas sombrer un malheureux qui s'accroche à lui ». e

Le 22 septembre, lui parvientune réponse encourageante, mais qui l’encourage... à prendre patience à Wesselburen !. L'expression du biographe? laisse supposer que la réponse d'Uhland avait abattu le courage du jeune Hebbel. Mais il a été publié en 1908, avec d’autres documents inédits de la même époque, une lettre qui établit formellement le contraire. Elle est adressée a J. B. Gehlsen, un des camarades d'enfance du, poète et qui paraît avoir été le digne pendant de son autre inséparable : J. N. Barbeck; ces deux petits paysans calmes et de sens rassis ne considéraient pas sans étonnement, parfois même sans quelque secret mépris, leur fougueux et excentrique compagnon ?.

Cette lettre à Gehlsen du 19 octobre 1832 est intéressante pour nous à plus d’un titre. Hebbel commence par blâmer son ami de garder trop longtemps le silence, puis lui conseille de ne négliger aucune occasion — « quelle qu’elle soit », d'entrer en condition. Il lui donne des nouvelles du pays, lui parle ironiquement du très vénérable P. M.‘ et de son ex-principal, ami de la dive bouteille. Ensuite il mentionne sa propre activité poétique; la foire d'automne ne lui a rien apporté, mais il est très satisfait de son été. « D'abord j'ai travaillé beaucoup et avec beaucoup de succès. Cinq à six nouvelles, longues et assez longues, certaines déjà imprimées à Hambourg, de nombreuses romances et poésies lyriques (notamment cinq romances sur la bataille d'Hemmingstedt) et, au dernier moment, le premier chant d’un poème héroïque, intitulé For-

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