‹ HebbelChapitre 154 sur 425 · Cf. supra, 199 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. supra, 199 et suiv

2. IL n'y a là qu'une conséquence des deux lois fondamentales que Gœthe appelle Polarilät et Steigerung, lois qui expliquent la systole et la diastole de l'univers; cf. l’arbenlehre, 1, 296.

3. Cf. Bamberg, Il, 380 : « Ich weiss einen, der es durch mich erhalten soll », "4 Bw., D 122%%et 133: Cf Kuh, 1 244-215-w7incke, 174; Scheunert,.D. 7. H., 75, 76. — 5. Cf. la seconde strophe et T , 1696 et 1697 (12 octobre 1839).

6. Engelhard (26) nomme la pièce « knirschend, zornsprühend », — 7. AVE 291, v. 101-102. — 8, « Kein Wesen kann zu nichts zerfallen »; cf. supra, 182 et 258-260,

Du musst sie alle wieder wecken, Die Wesen, die sich, gross und klein, in deinem dunklen Schooss verstecken Und träumen, nun nicht mehr zu sein 1;

Le poète supplie la nature de l’éveiller le dernier de tous; avide d’un long sommeil, il désire après sa mort ne pas se disperser dans l'air, mais s’enfermer dans la pierre la plus dure, le diamant; il y dormira profondément et personne ne saura l'origine de l'éclat unique de cette incomparable cachette. I] n’y a pas lieu de s'étonner de cette ignorance, mais bien de l'explication de l’auteur, nous apprenant qu’à son réveil il murmurera à l'oreille du porteur du diamant :

Dass einst ein Mensch zerrann zur Thräne Und die zum Edelstein gefror 2.

Hebbel fit lui-même la critique de cette pièce et la déclara d’abord mauvaise en tant que produit de prétentieuse et déprimante hypocondrie*?; peu après, il revint sur cette sentence mais convint de l’étrangeté de ces métaphores et de ces métamorphoses successives #. A ne considérer que le début du poème, l'appréciation de tel auteur * peut paraître sévère, mais quand on lit la suite, il est impossible de s'associer à l'admiration de tel autre‘ et on a peine à comprendre l'adhésion de Mürike ?.

C'est ici que se placent les pièces 3 et 4 des Lebensmomente rejetées avec raison par Hebbel en 1857. Dans l’ua de ces morceaux le poète exprime sa mauvaise humeur en formules métaphysiques, en généralisations induisant de ses destinées personnelles à la genèse du macrocosme et du microcosme. La ressemblance avec Gœæthe est ici tout à fait superficielle et se borne à la structure extérieure de ces trois stances et en particulier de leurs rimes $, La philosophie est bien celle de Hebbel et nous avons vu qu'elle a deux aspects, deux faces, l’une vaillante et optimiste, l’autre sombre et pessimiste. C'est cette dernière qui se montre ici. La pièce contraste avec presque toutes les autres poésies de Heïdelberg et s'accorde avec nombre d’aphorismes du journal et de la correspondance!®. La conception dualiste de l'univers reparaît, et d’abord, celle d’un Dieu transcendant !! :

Was ist die Welt ? Der Schôssling büser Säfte, Die aus sich selbst die Gottheit einst ergoss, Als sie, ausscheidend alle dunklen Kräfte, In sich selbstsüchtig sich zusammenschloss.

Et depuis, ce principe mauvais s'efforce vainement de retourner à l'unité primitive. Voilà la strophe de l'univers, voici celle de l’homme :

1. Cf. Scheunert, D. 7. H., 76, n.3. — 2. Cf. Scheunert, D. j. H., 183-185 et n. 1, et Tibal, 581. — 3. Bw., III, 55; cf. T., 3357. — 4, Bw., III, 68 et note. 5. Of. Tibal, 693 et n. 7. — 6. Engelhard, 19 et 20. — 7. Cf. Bamberg, II 380. — 8. Müller, 7. — 9. Cf. supra, 163-166. — 10. Cf. T., 161, 169, 215, 283. 1491; Bw.. 1, 161-162. a 11. Cf. Scheunert, D. 7. H., 216, 217, Zincke, 171-175 et Boxrnstein, II, 368 et suiv. Ce dernier auteur se borne à un intéressant parallèle entre les pièces : Was ist die Welt et Gott über der Welt (supra, 256)

Per

Was ist der Mensch? Er ist die morsche Brücke Von der Natur zu Gott…..

Et les vers suivants expriment la conception du tragique chez Hebbel, l’antagonisme entre les forces du cosmos et l'individu, à qui la grandeur ne manque pas, mais que le plus petit obstacle peut briser. On peut songer aux aphorismes de Pascal. « Il ne faut pas que l'univers entier s’arme pour l’écraser,.… une vapeur, une goutte d’eau suffit à le tuer ». Hebbel en développe la contre-partie ; ce que le philosophe français a à cœur d’exalter, c’est la noblesse de la pensée humaine par rapport aux forces aveugles qui la détruisent, le poète allemand, au contraire, s'attache à montrer la grandeur de la volonté à la merci de la toute-puissance élémentaire :

Was ist das Ende aller dieser Kämpfe ?

Ermattung, gänzliche, im kranken Sein.

L'’épuisement, l'impuissance, le désespoir, tel est le résultat, jusqu’à la disparition totale des êtres, dont le dernier mourra avant sa naissance dans le sein de sa mère. Cette élucubration de panthéisme subjectif et pessimiste fait tache, non seulement dans l'évolution philosophique de Hebbel, dont elle ne représente qu’une manifestation isolée !, et, pour employer le langage de l’auteur, une « dissonance », mais aussi dans ce cycle de poésies. Rappelons qu'elle ne figure qu'au recueil de 1842. Il faut y voir avant tout un document d'’introspection et d'hypocondrie ?.

Mais on peut se demander pourquoi le numéro suivant des Lebensmomente n'a pas trouvé grâce aux yeux du poète lorsqu'il fit paraître son édition d'ensemble. Sans doute à cause seulement de son contenu par trop désolé, car, en même temps que s’y exhale le profond soupir d'une âme meurtrie, la forme poétique en est poi-

gnante 5 Was willst du, Sonnenschein, Was wollt Ihr, laue Lüfte ?

Ihr stellt zu spät 3 Euch ein, Und buhlt um süsse Düfte !

Komm Du heran, o Nord, Willkommensier von allen +; Die Blüte ist verdorrt, Nun will sie Nichts, als fallen!

Par contre le Zebensmoment n° 5 a été incorporé au cycle dem Schmerz sein Recht; c’est un quatrain sans prétention et pourtant assez expressif pour que Hebbel ait songé à le choisir comme « Motto » de ses poésies ” :

Und musst du denn, trotz Kraft und Muth, u In jedem Dorn dich rilzen,

1. Cf. Zincke, 173; le même critique reprend à propos de cette pièce sa thèse contre Neumann et Waetzold et poursuit dans le détail les différences entre la pensée de Hebbel et celle de Scheiling; cf. cbid., 176-184.

2, Cf. Zincke, 159 : Künstlerisch stehen diese düsteren Selbsthekenntnisse weit hinter den Gedichten der Monate April und Mai (auf eine Unbekannte, Erleuchtung, Nachilied et stillstes Leben).

3. Cf. supra, 285, n.6.— 4. Cf. supra, 63 et 101. — 5. Cf. T., 1166 et Patzak, 66.

HEUBEL,

So hüt dich nur, mit deinem Blut Die Rosen zu bespritzen,

Nous trouvons ici, au point de vue formel, une synthèse de métaphores reflétant le double souci, fondamental et longtemps contradictoire dans le lyrisme de Hebbel, d'exprimer la Force et de rendre la Beauté’. [l se traduit, dans le fond, par le souci de réduire le pessimisme à ses justes proportions : pourquoi, se demande Hebbel, conclure de mes infortunes personnelles aux destinées du monde et dois-je, à chaque déception particulière, désespérer de tout idéal ?°?

Après la montée de la tristesse et l’apogée du désespoir, la courbe va continuer à redescendre * harmonieusement vers l'apaisement et la sagesse :

Geht stumm an dir vorbei die Welt, So fühle stolz und andachtsvoll :

Ich bin ein Kelch, für Gott bestellt, Der ihn allein erquicken soll#.

Cet orgueil de l'artiste ne sera que le revers de la modestie suprême. du renoncement de l’homme. Voici comment Hebbel se représente la joie humaine * :

à Es grüsst dich wohl ein Augenblick, Der ist so überschwellend voll,

Als ob er dich mit sel’gem Glück Für alle Zukunft tränken soll.

Mais l’homme refuse en frissonnant cette félicité :

Und jene Thräne 6, die du weinst, Giebt ihm den Glanz, doch auch das Grab.

Uns dünkt die Freude Altar-Wein, Am Heiligsten ein sünd’ger Raub, Zieht Gottes Hauch durch unser Sein, So fühlen wir uns doppelt Staub.

Nous retrouverons tous ces motifs et toutes ces métaphores dans d’autres poésies du même recueil. Et voici maintenant la série de celles de Heidelberg? qui expriment la même éthique. C’est d'abord Mahnung, traduisant cet état d'équilibre entre l’optimisme et le pessimisme qui vient de s'affirmer ici :

Schilt nimmermehr die Stunde hart, Die fort von dir was Theures reisst; Sie schreitet durch die Gegenwart Als ferner Zukunft dunkler Geist; Sie will dich vorbereiten $, ernst, Auf das, was unabwendbar droht9®,

1, Cf. supra, 101. — 2. Cf. Scheunert, D. j. H., 94; Zincke, 184, 185 et AN. Hebbeldok., 62-63. —- 3. Cf. supra, 286. — 4. Hebbel a supprimé en 1857 le premier quatrain de la pièce intitulée en 1842 : Ermuthigeung (cf. Anmerkungen, 302); cf. encore neue Pariser Modeblätter, 1839, n° 38, p. 297. (W., XII, 393).

5. Menschenfreude, titre, en 1842, de la pièce suivante du cycle, cf. Bw., I 147 (17 janvier 1837) et VI, 338 : die doppellien Thränen des Menschen.

6. Cf. supra, 288 et n. 2. — 7. Cf. supra, 282, 983 et notes.

8. Le titre, dans le recueil de 1842, était Vorbereitung, Bornstein (I, 368) place cette pièce en tête des Zebensmomente « als gleichsam scelischer Auftakt zu dem folgenden ». — 9. Cf. T., 506; Bw., I, 128 et VII, 264.

Damit du heut’ énthehren 1 lernst, Was morgen sicher raubt der Tod.

Gruss der Zukunft reprend la même idée de l’avenir en germe dans le présent et entrevoit l'avenir, cette fois, non plus en noir, mais en rose : la buée de nos larmes nous voile des heures ensoleillées C

Da grüsst dich vorempfunden, Das Leben reich und voll, 1

Das einst in schônern Stunden Dich gôttlich tränken soll 2.

Erquickung est une sorte d’apologue épigrammatique dont un motif rappelle Ærlkünig. Ici le père conduit son enfant par la main et, sa journée finie, il rentre au logis, satisfait, car le petit est sain et dispos. Alors le poète s’écrie : :

Solch frisches Menschenangesicht#, D'raus Heiterkeit und Friede spricht,

Das ist mir, wie ein Bibelbuch, Ich schau’ hinein, und hab’ genug.

Tandis que toutes les pièces de la première moitié du cycle n’avaient guère été que des variantes du motif fondamental : liegt einer schwer gefangen, cette poésie apporte la formule libératrice et... banale : la satisfaction suprême est dans l’oubli de soi; le cachot dont il faut s'évader, c’est notre égoïsme :

Bin längst nicht mehr der Thor, der fragt :

Was hast du selber dir erjagt?

Das aber giebt mir ein Gefühl, Als gäb’s für And’re doch ein Ziel 5.

Le point de yue optimiste est décidément reconquis et s'affirme dans une épigramme qui est la contre-partie du finale de Menschenfreude 5 :

Nicht darf der Staub noch klagen, Der glühend und bewusst Die ganze Welt getragen In eig’ner enger Brust; Worin ich mich versenke, Das wird mit mir zu Eins,

Ich bin, wenn ich ihn denke, Wie Gott, der Quell des Seins.

Hebbel arrive dans toutes ces pièces à une éthique foncièrement

1. Cf. Faust (Studierzimmer) : « Entbehren sollst du! sollst entbehren! » 2. Pour les métaphores tränken, durst’gen Anger, cf. supra, 249, n. 4, et 290.

BROTENE Der Vater geht hinaus auf’s Land, Sein munt’'res Knäblein an der Hand.

Cf, supra, 83 et 112.

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