Ein Goldschmied in der Bude stand
Bei Perl und Edelstein
Ein schmucker Ritter itrat herein.
main la jeune fille qui, après avoir baissé modestement ses yeux bleus ‘, les relève pour regarder droit dans les siens. Et il l’interroge ainsi :
Schôün Hedwig, die du vor mir stehst, Drei Dinge sag’ mir frei :
Woher du kommst, wohin du gehst, Warum du stets mir folgest; Das sind der Dinge drei.
Les deux premiers termes de la question constituent un motif familier de la poésie allemande, le troisième est tiré de la légende dramatisée par Kleist. Quant à la réponse, c’est l'épigramme d'Uhland auf den Tod eines Kindes qui la suggère :
Woher ich komm? Ich komm von Gott,
Wobhin ich geh’? Nichts treibt mich fort,
Die Welt ist gar zu weit.
Schôn Hedwig admire en tout lieu la splendeur et la magnificence du monde et elle suivra le fier chevalier qu’elle est heureuse de servir partout où il lui plaira d'aller. Et alors il formule une quatrième interrogation : « M'’aimes-tu? » La réponse est « oui », mais il est des questions fatidiques, et qui séparent à tout jamais, alors qu’elles sembleraient devoir unir davantage ‘. Un seul parti sied à Schôün Hedwig maintenant qu'elle a fait l’aveu de son amour : elle prendra le voile. Mais le maître bien-aimé ne l'entend pas ainsi :
Und wenn du sagst, du kommst von Gott,
So fühl ich, das ist wahr; Drum führ’ ich auch, trotz Hohn und Spott,
Als seine liebste Tochter Noch heut’ dich zum Altar.
Tbr edlen Herrn, ich lud verblümt Zu einem Fest euch ein; Ihr Ritter, stolz und hochgerühmt, So folgt mir zur Kapelle, Es soll mein schôünstes sein!
Que l’on compare ces deux dernières strophes aux deux dernières de des Goldschmieds Tüchterlein : le dénouement semblable s'ajoute à la même structure rythmique. Néanmoins cette ballade est assez belle pour rivaliser avec son modèle, Mürike la loua sans réserves ‘. Schumann la mit en musique et, modestement, Hebbel le remercie en ces termes : « Votre Schün Hedwig est extraordinairement belle, bien plus belle que la mienne, laquelle, je le vois maintenant, a emprunté à Æäthchen von Heilbronn ses meilleurs attraits 5, »
Il est fort possible que die Vätergruft d'Uhland ait inspiré la
1. Cf. supra, 240, et n. 2. — 2. Est-il besoin de rappeler le Büchlein silberhell und klar de Rudolphi et le Volkslied Wenn ich den Wandrer frage? 3. Cf. Uhland :
Woher? Wohin? Wir wissen nur Von Gottes Hand in Gottes Hand.
4. Cf. la légende de Lohengrin. — 5. Bamberg, I, 379. — 6. Bamberg, I, 412; cf. Bw., V, 109 (21 juin 1853).
ballade Vater und Sohn'. Ici encore, identité des mètres et similitude des motifs :
Der Kônig ? wandelt vorüber An seiner Väter Gruft.
Die alte stumme Kapelile Verschwimmt in des Abends Duft.
Dans l’une et l’autre pièce, le descendant, en pénétrant dans le caveau de ses pères, y a le pressentiment de sa mort prochaine et son désir de rester digne d'eux amène le dénouement fatal et en assure la sérénité. Seulement Hebbel est davantage préoccupé par la motivation dramatique; à ses yeux, la paix du cœur ne se présente pas spontanément, elle doit être conquise et sera la récompense d’un acte d’abnégation : le roi, qui a jadis détrôné son père, apprend que son fils se dispose à marcher sur ses traces; pour accepter l’expiation, il abdique volontairement. Ainsi «le crime même peut porter le plus noble fruit » et cette idée paraît à Hebbel légitimer l'appareil mystique qu’il s’est permis.
Nous l'avons vu à plusieurs reprises désavouer théoriquement les mystiques *, mais n’avons-nous pas relevé en même temps dans ses poésies de nombreuses traces de mysticisme et noté en lui une curiosité insatiable pour tous les problèmes de l'au-delà et tous les mystères de la vie psychique *? Il sonde avec prédilection l'anormal afin de découvrir la norme, étudie passionnément les surhumains et les grandes énigmes de l'histoire : Napoléon, Alexandre le Grand, Jeanne d'Arc, redescend, dans sa chasse aux anomalies, des sommets aux profondeurs : le somnambulisme, la sensualité pathologique l’intéressent vivement; il inscrit dans son journal un fait divers qui viendrait corroborer une opinion de Gürres; un voyant échappant à la loi de la pesanteur. Kuhf cite comme échantillon de ces tendances mystiques de Hebbel la ballade zwei Wanderer' et la caractérise très judicieusement comme prophétie parabolique rappelant, par le contenu, Angelus Silesius et, par sa forme, la Bible. C’est la destinée de l'humanité que symbolisentf ce muët, porteur du mot d'ordre divin, et ce sourd, seul être capable de le comprendre ; tous deux errent à travers le monde
1. P. 164; VII, 152, Munich, 31 octobre 1837; cf. la romance de Wesselburen des Künigs Tod, imitée de la même pièce, supra, 121, n. 3, et W. Wustmann, Grenzboten du 19 août 1909, p. 369.
2. Vater und Sohn est peut-être la pièce der Kônig, Romanze, à laquelle Hebbel fait allusion dans sa lettre du 23 novembre 1837. (Cf. Bw., I, 240 et note.) s ©