Vorwort zur Maria Magdalene (W , XI
4. P. 141-148; VI, 270-272, Munich, ?2 février 1838; cf. Bw., I, 267 (23 février 1838) et T., 1301 (20 septembre) la pièce fut déclamée en présence du roi de Bavière, avec der junge Jäger et Hebbel présenté au souverain: cf. Bw., I 398 et supra, 304, n. 1. :
5. Cf. die Loreler : « Ich glaube, die Wellen verschlingen am Ende Schiffer und Kahn »,
le poète établit, en ces vers calmes et graves, le mélancolique bilan d'une existence humaine‘. Et la manière, c'est toujours la même objectivité qu'au fond on ne sent pas impartiale et froide, mais qui évite soigneusement le commentaire pédant et la considération larmoyante, ce que Gutzkow appelait : « das nasse Extrem ». La construction de la maison au bord de la mer est décrite avec un art consommé et si cette description ne nous laisse pas indifférents, comme les détails de la fabrication de la cloche de Schiller, c’est que, dans la romance hebbélienne, le sort d’une âme est intimement associé à celui de l’objet inanimé, et l'anime. Toujours, comme chez Uhland, le parallélisme sentimental entre l’homme et les choses, la scène et le décor. Ici, le rapport n’est pas de ressemblance, mais de contraste. Dès les premiers vers, est symbolisée l’antithèse tragique : |
Hart an des Meeres Strande
Baut man ein festes Haus.
Elle se poursuit dans la deuxième strophe par l’opposition des coups de marteau puissants et fermes et du grondement menaçant des flots, dans la troisième, de la chanson du robuste charpentier et du vacarme de la tempête. Le contraste continue avec plus d'ampleur entre deux strophes : un homme entre et prie Dieu de protéger l'œuvre, mais par une des fenêtres qui s'ouvrent grandes sur la mer déchainée arrive une mouette; à la prière adressée à Dieu secourable répond comme une flèche cet oiseau messager de la mer et de ses dangers. Et maintenant, nous pensons, non plus à la maison, mais à celui qui doit l’habiter : c’est ici, dans cette salle, qu'il dormira, déjà le lit est dressé, y fera-t-1l de doux rêves? C'est là-bas que pour le moment l'océan le berce au milieu des récifs. Et notre sympathie, de plus en plus vive, demande : Quel est cet homme” Le poète nous décrit alors, toujours sur le même ton d'émotion contenue et simple, le vieux pêcheur et ses dernières espérances. Qu'on se hâte! il va rentrer! l'ouragan emporte les paroles et coupe la strophe. Et dans les deux suivantes, nous le voyons grossir et menacer comme une armée envahissante, puis s’abattre. Une résistance suprême, brève, impuissante. Et, plus bref encore, le vers qui nous fait voir le bateau coulant à pic :
Was hilft es? Gott ist taub.
Parmi les poésies diverses de Munich, il en est une qui se rapproche du groupe précédent. C’est der Invalide * qui, dans le mètre de der gute Kamerad et sur le ton de la romance, célèbre les grandeurs et les servitudes de la jambe de bois. Réduit à la mendicité en couronnement de sa carrière et après avoir tant de fois échappé
1. Cf. supra, 285, n. 2. — 2.P. 85; VII, 158, Munich, 17 mars 1858.
à la mort sous les coups de l'ennemi, presque acculé au suicide, l’invalide tire la morale de son existence :
Dort kommen Buben gesprungen, Ich nehme den Stein hier zum Sitz, Am Bettelbrot mich stärken,
Wenn sich’s die Buben merken, So bin ich noch zu was nütz.
Aucune poésie biographique de cette époque ne figure au recueil de 1842. Nous trouvons seulement dans la Nachlese Abentheuer am Neujahrsabend! qui se rapporte à Josepha Schwarz : le soir de Noël, dans sa hâte à introduire chez lui sa maîtresse, le poète casse la clef de sa chambre; il se réfugie alors à l’église :
Un wenigstens den Himmel zu gewinnen, Ging, ich hinein und sang ein Danklied mit.
Cette médiocre pièce de circonstance est un des très rares exemples de frivolité dans le lyrisme de Hebbel.
Presque toutes les autres poésies de Munich se rattachent directement à l’une des trois rubriques suivantes : Rêve, Vie et Mort, tant il est vrai que les états profonds de la subconscience étaient alors, en dépit de toutes les protestations de l’esthétique de Hebbel, au premier plan de ses méditations. La pièce la plus proche du genre de circonstance a pour titre : Traum, ein wirklicher? et ne comprend pas moins de cent vingt-deux vers; elle raconte dans tous ses détails un rêve véritable que Hebbel avait, plusieurs mois auparavant, consigné dans son journal en ces termes : «Je vis enterrer le vieux roi Maximilien-Joseph et couronner le roi Louis. Enterrement et couronnement se passèrent tous deux dans le caveau ? et leurs cérémonies se combinaient macabrement : les flambeaux mortuaires servirent au cortège du couronnement et lorsque le roi Louis mit ia couronne, le roi Maximilien sortit du cercueil et fit un signe. J'étais parmi les employés royaux. Lorsque nous remontâmes, le roi Louis ferma à clef le caveau et me dit, en me remettant la clef : ne le laisse pas sortir, mais ne me laisse pas non plus entrer ‘ ». Ce sont les deux derniers vers du poème :
Thn sollst Du nicht heraus in’s Leben lassen, Doch — mich auch nicht hinein in seine Klause,
Il serait téméraire de chercher là autre chose qu'un essai narratif, entremêlé de lieux communs sur la cupidité, l'attachement intéressé et l’insouciance des courtisans et des hommes en général et d’échafauder sur la sentence énigmatique de la fin une discussion sur le départ que Hebbel établirait entre les arguments légitimes de l'esprit conservateur et ceux, non moins légitimes, de l'esprit novateur. Nous n'avons pas le droit de faire violence au texte pour être
1. VIT, 147, Munich, 31 décembre 1836; cf., T., 550 et supra, 156 et 157.
2, P. 68-71; VIT, 166-169, Munich, 26 février 1839, cf. T., I, p. 352, note (15 avril 1839), ef. dans Uhland les titres : der Traum et Traum (Balladen rl Romanzen).
3. T., 778 (Munich, 6 juillet 1837). — 4. Cf. supra, Vater und Sohn, 301-302.
à même d'y pressentir certaines des idées développées plus tard dans Agnes Bernauer et Gyges und sein Ring.
Cette étrange pièce, sur la forme de laquelle nous reviendrons, n'est pas la seule production qu'inspire à Hebbel à cette époque le problème du rêve. Nous connaissons déjà der Becher!, où danse devant l'âme du poète une fantasmagorie de la vie en images confuses, « die Welt in Nacht und Glanz » et où, lorsque sa vision se fait plus profonde encore, il a l'intuition de la mort. Dans Zeben und Traum ?, il évoque l’époque lointaine de son enfance :
Ich lag, ein kleines Kind, in meiner Mutter Schoosse 3 Und spielte, still entzückt, mit Lilie und Rose #.
Les rimes « Mutter Schoosse » et « Lilie und Rose » reviennent en leitmotiv au début de chaque quatrain. L'enfant jouait, s’endormait, rêvait et se réveillait (états bienheureux) sur les genoux de sa mère (refuge bienheureux) et il retrouvait, en se réveillant, les mêmes fleurs avec lesquelles il avait joué, puis dont il avait rêvé; le monde se bornait pour lui alors à ce que son regard embrassait, un lis, une rose, la tendresse maternelle :
O einz'ge Stund’, wo Traum und Sein in Eins zerrann.
Hebbel aime les états subliminaires de la conscience pour toutes les confusions qu'ils rendent possibles : ici, identité de la vie et du rêve‘, une autre fois, nous l'avons vu, rapprochement du berceau et de la tombe7.
C'est en songe que der Künigssohn $ retrouve le royaume de son père”, que le poète peut prononcer le mot libérateur !* qui lui révèle à lui-même sa nature profonde, que l'homme découvre le secret de sa destinée :
Auch fühlt er’s, das Wort der Worte, Das mir mich selbst erschliesst,
Das sprengt1f die metall'ne Pforte 12 Dahinter das Leben spriesst.
Scheunert voit avec raison dans der Kranke ® un pendant à la précédente pièce : le souffle du printemps pénétrant par la fenêtre entr'ouverte apporte en rêve au malade la consolation et l'espoir :