‹ HebbelChapitre 17 sur 425 · Cf. la poésie de Paul Wigand, dit Veit Weber · texte numérisé non relu

Cf. la poésie de Paul Wigand, dit Veit Weber

Kennt ihr das Land, so wunderschôn In seiner Eichen grünem Kranz?

Das Land, wo auf den sanften Hôhn Die Traube reift im Sonnenglanz.

Das schüne Land ist uns bekannt, Es ist das deutsche Vaterland. Etc,

WESSELBUREN. 34

Kennst Du es auch, das schône Griechenland ?

Der Himmel selber lieh ihm sein Gewand, Es lacht, wie Abendgold aus stiller Flut

2 Dir märchenschôün in zauberischer Glut Entgegen, wenn Du an das Ufer trittst, Fast sprüde, dass Du Jüngling es beschrittst.

Kennst Du sie nicht, die ewig hlaue Luft?

Sie ist ein Duft, ein einz'ger Wunderduft.

Ob er dem Paradiese wohl entfloss?

Ob ïihn Jehovah selbst herniedergoss”? f Du weisst es nicht, dies eine ist Dir klar,

Dass keine Erdenblume ihn gebar.

Doch, wenn Du erst die Herrlichen gesehn, Die wie ein Kreis von freundlich holden Feen,

- Vor Deinem Blick in Herrlichkeit und Glanz, Ein von dem Frühling selbst gewundener Kranz, Verschweben in die dunkelblaue Luft,

So scheint er fast beschämt, der Wunderduft.

Und tritt nun aus dem düstern Nebel-Tor

Der Vorwelt herrlich Gôtterbild hervor,

Stellt sich Themistocles vor Deinen Blick,

Und denkst Du auch an Sokrates zurück —

Du staunst richt mehr — Dir scheint nur wunderbar Dass jeder Grieche nicht ein Platon war.

Was, Gehlsen, was? Du denkst an Griechenland Und nimmst nicht gleich den Wanderstab zur Hand? Komm, folge mir und unserm teuren Freund,

Ein jedes Kleeblatt ! bleibt ja gern vereint;

Und ist auch unser Beutel schlecht bestellt —

Unser Bankier — das ist die ganze Welt!

S'il convient de ne pas s'étonner outre mesure de voir Jéhovah trôner sur l’Olympe (l’autodidacte nous l’y fera retrouver bientôt dans une autre poésie), on ne peut se défendre de quelque surprise à la proposition, faite à... Gehlsen, de partir, armé d'un bâton de chemineau, à la conquête de la patrie de Thémistocle et de Platon.

Mais non moins curieuse est la lettre! dans laquelle le jeune auteur commente ces vers au destinataire :

« Ces vers, cher Gehlsen, écrits sous la poussée d’un enthousiasme ‘intérieur, te disent en détail le projet que moi et Léopold avons formé. Nous voulons partir pour la Grèce et espérons que tu

Bornstein (I, 384) remarque que ces parodies étaient alors à l’ordre du jour: « Hebbel konnte sie im Boten wie in den Modeblältern finden ».

1. De la correspondance entre Hebbel et Gehlsen nous ne possédons que ces fragments. Paul Bornstein suppose, non seulement qu’il s’agit ici d’Alberti (ce

ui est plus que vraisemblable), mais (et l'hypothèse est encore très vraisemblable) que Gehisen fut l'intermédiaire entre Hebbel et Alberti, qui était son ami intime de Friedrichsstadt. Lorsque ce dernier fut à Hambourg, auprès de Hebbel, l’inséparable Gehlsen manquait au trio. D'où la poétique invite à se joindre à l'équipée. On devine l'accueil qu'y fit le Sancho Pança de Friedrichsstadt : il ne prit pas la peine de répondre aux lettres de Hebbel et même pas celle de les conserver. L'éditeur de ces fragments épistolaires assure que nous pouvons les considérer comme perdues.

nous accompagneras !. La vie ici est une écorce de citron exprimé ?; on ne saurait pas même parvenir au rôle de John Falstaff ou d'Endymion endormi. Mais la Grèce est le pays où le cours des esprits monte; c’est le pays de la gloire et de l’immortalité. » Et Hebbel fait à son ami toute une dissertation : Apollon, Amphion et Orphée viennent s'ajouter à la liste de la pièce et Marathon y est cité comme... héros grec. « Sans doute, le chemin est long qui conduit des cloaques de Wesselburen et d'Eiderstedt aux campagnes héroïques. » Sans doute, les trois compagnons partiraient sans res- . sources; mais une bouchée de pain et une gorgée d'eau suffisent à de jeunes idéalistes, et puis Gehlsen est ingénieux et il paraît qu'il joue de la flûte; Alberti chante très bien et Hebbel lui-même fera la basse. Et, pour conclure, il lui pose « sans plaisanter, mais très sérieusement » la question : « veux-tu, au printemps prochain, partir avec nous pour la Grèce? Réponds-moi à ce sujet — [je te l’ordonne?, car les prières paraissent vaines] par retour du courrier. »

Après Jéhovah, Dieu de la Grèce, nous voilà maintenant en possession de Marathon, héros de l’Hellade. Et non moins fantastique que ces hérésies était la proposition faite à Gehlsen et, si la lettre en question n'eut pas le sort des précédentes, c’est, sans doute, qu’elle documentait péremptoirement, aux yeux du paresseux correspondant, l’infaillibilité de son bon sens et la légitimité de son silence.

Mais nous, qui avons quelques raisons de nous montrer plus indulgent pour le jeune poète, nous savons gré au sage bourgeois d’avoir fait cette exception et de ne pas avoir allumé sa pipe avec la lettre de Hebbel, comme l'aurait certainement fait son propre frère ‘. A nous cette lettre documente la psychologie que nous venons d'analyser et fait présager l'étrange alliance d'énergie et de désarroi que Hebbel va apporter au « struggle for life ». |

« Ah ! si seulement j'étaishors de Wesselburen, écrit-il à un autre de ses amis, le 18 janvier 1834, tu me verrais fleurir comme le sceptre d’Aron! », et aussitôt se bande son courage : « Fais tout ton possible auprès d'Oehlenschläger, cher Schacht, et répondsmoi bientôt. Tu peux lui esquisser mon état d’âme d’un seul mot : volonté, car cette faculté, sérieuse et sacrée, implique tout le reste. »

1. I ne s’agissait donc pas d’une proposition pour rire : Leopold (Alberti) et Hebbel étaient déjà d'accord.

2. Cf, lettre déjà citée à Theodor Schacht (Bw., I, 35) : « Noch jabrelang musste ich, wie du weisst, in dem jämmerlichen Wesselburen hinschmachten ; Plan auf Plan drängte sich in meiner Seele ».…, etc.

3. Nous avons parlé déjà du tempérament autoritaire de Hebbel (cf. supra p. 22) cf. Kub, 1, 75, et Bw., [, 14, à Theodor Hedde : « Schreibe mir wi-der sobald Du Deiner Faulheit Herr werden kannst ». à

4. T., 514#: « mein Bruder verbraucht meine Briefe ruhig zu Fidibus und sagt : er schreibt mir ja immer welche wieder »; cf. T., 1350.

5. Bw., I, 29; cf. Kuh. I, 97. Quant au portrait physique du jeune Hebbel à 21 ans, Klaus Groth, de six ans plus jeune, l’a tracé plus tard d’après les souvenirs de sa première et ardente admiration : Kuh, LE, 124.

WESSELBUREN. 33

En juillet enfin, Amalie Schoppe envoya le message de délivrance. La rédactrice des Modeblätier avait eu tout le temps de

- s'assurer du talent poétique du jeune Hebbel et de lui découvrir de

généreux protecteurs. La situation qu'elle lui procurait ainsi était loin d’être brillante : une bourse d'environ 150 thalers et des repas gratuits dans plusieurs riches familles de Hambourg. L’adolescent ne vit alors qu’une chose : la possibilité de rompre le cercle de Wesselburen et de partir en plein inconnu à la chasse du bonheur.

Le 14 février 1835, il quitte sa ville natale ?.

1. Kub, I, 109 et suiv., 125 et suiv.; Bamberg, I, 14, et Bornstein, I, 328 et 385 : sur les « bienfaiteurs » de Hebbel cf. encore iles lettres d'Amalie Schoppe du 27. juillet et de fin novembre 1834; édition du centenaire, 329, 331, 385 et 386 (cf. Bw., VIII, 81 et suiv.).

2. Kubh, I, 131. La lettre à Franz du 9 janvier 1835 (cf. supra 29, note 2) établit que "Hebbel emportait avec lui non seulement le souci de sa propre carrière, mais celui de l'avenir de sa mère, Enfin R.M. Werner montre que notre poète s’exilait avec joie, mais sans haine (cf. ein unbekannter Jugendaufsatz Friedrich Hebbels; Grenzboten du 26 juin 1912, p. 632): « es hat etwas Versôühnendes, dass er von seinem Vaterland mit einem warmen Wort der Verteidigung schied, wie sehr er sich auch freute, den engen Verhältnissen entflichen zu kôünnen ».

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