‹ HebbelChapitre 170 sur 425 · Bamberg, If · texte numérisé non relu

Bamberg, If

Lee)

Und weil sie in der Brust

Mir nicht die Flamme näbren, :

So muss sie ohne Lust

Sich in sich selbst verzehren.

Da ruf’ ich aus mit Schmerz, Indem ich fürbass wand’re :

La conclusion, il aurait pu nous la laisser dégager nous-mêmes et se conformer en cela aux indications de sa propre esthétique mais, cette réserve faite, on voit par ce nouvel exemple quelle analyse est nécessaire (et elle pourrait se répéter pour le plus grand nombre des poésies de Hebbel) avant d’étiqueter en bloc ses productions « Gedankenlyrik ».

Deux jours avant Winterreise, Hebbel tire d’une autre étape de la même expédition la pièce äm Walde! dont le cadre est, comme pour la ballade de Munich Situation et la pièce Sommerreise ?, la forêt, et dont la facture est le plus curieux mélange d'inspiration romantique et de technique réaliste :

Wie that mir Fuss und Rücken weh’!

Wie sehnt’ ich mich nach Ruh’!

Doch, nun ich vor dem Wirtshaus steh?, Nun schreit ich rüstig zu.

Voilà l'entrée en scène, mais non pas la mise en scène; les menus détails vont concourir à l’impréssion dramatique : un pignon qui menace ruine branle presque au vent, attendant sans doute, pour s’écrouler, le passant à assommer ; à la fenêtre est assise une vieille femme décrépite comme la maison et elle arrache (détestable passe-temps ! la remarque est du poète)... des pattes aux araignées. Voilà bien ce goût de l'étrange que nous avons déjà vu Uechtritz reprocher à Hebbel*. L'air ennuyé, un gars prend le soleil, le pesant soleil de midi, mais à peine a-t-il aperçu le voyageur que, d’un bond alerte, il rentre. Un gros corbeau‘ attardé s’abat lourdement de l’arbre et tournoie autour de l’intrus comme pour prendre les mesures de sa tombe. Le décor est prêt; à ces coups de brosse si précis vient s'ajouter la dernière touche plus large :

Und üder finst'rer Wald ringsum, Als ob die Welt hier schliesst.

Ce cadre tragique annonce un drame :

Hier bleibt das Blut auf ewig stumm, Das Môrderhand vergiesst,.

Et maintenant l’action se précipite, comme dans der Sünger de Gœthe, au moment de l'introduction du chanteur :

Ich pfeif” ein Lied, der Rabe krächzt, Und streift wir hart vorbei;

Es fällt ein Schuss, der Rabe ächzt, Jhn traf, nicht mich, das Blei.

Si, conformément aux théories de Hebbel, la rêverie du lecteur prolonge le poème, ce ne peut être ici que celle qu'éveille l'intérêt dra-

1. P. 118; VII, 170, Suhl, 18 mars 1839; T., 2654, ligne 145. — 2, Cf. supra, 303 et note, 321. — 3. Cf. supra, 299. — 4. Cf. supra, 315 et n. 8.

matique, nous dirons presque, en l'espèce, mélodramatique : l'auberge est-elle un coupe-gorge, se demande-t-on, ou seulement la demeure de pauvres gens? Le gars en voulait-il au passant ou au corbeau ? Faut-il voir dans son brusque mouvement coïncidence ou intention, puis, dans le coup de fusil, acte meurtrier ou impulsion imprudente? Ÿ aurait-il enfin symbolisme implicite, boutade fataliste, rappelant la formule : « a balle qui doit me tuer n’est pas encore fondue »? Autant de questions que le dénouement suggère et laisse pendantes. C’est intentionnellement que le champ est tout grand ouvert aux hypothèses ?.

A ces trois pièces vécues viennent, au cours du second séjour à Hambourg, s'ajouter tout un groupe de pièces de circonstance. D'abord, unterm Baum ? qui nous rappelle les délices d'un certain potager de Wesselburen où un enfant attendait, paresseusement couché dans l'herbe, que les fruits descendissent eux-mêmes à portée de sa main * :

Dass das Bübchen, nun die Spende Aus dem Grase winkt, erwacht,

Setzt auf eine seiner Hände Sich die kleinste Mücke sacht,.

Ne voir dans la pièce que cet « exemple assez puéril de la téléologie dans la nature“ » nous semble faux, étant donnée l’allusion formelle de l’autobiographie. Genesungsgefühl® fut écrit après la grave maladie de juin 1839°. Le journal nous parle des heures de convalescence passées dans le jardin d'Amalia Schoppe : au-dessus du poète, la pureté du ciel bleu, autour de lui les parfums des fleurs, qui lui semblaient le souffle de la nature‘. Il a lutté avec la mort, dit le poème, mais il ne pouvait croire que sa tâche fût terminée $ et les forces reviennent et celte vie que Dieu lui a, en quelque sorte, rendue, ce sentiment de renaissance ”, ce présent sacré, il voudrait le déposer comme un frais bouquet de fleurs en gage de reconnaissance aux pieds de l'Eternel !, La pièce der Bettler weint um seinen Sohn!! exprime les idées personnelles de Hebbel sur la gratitude lorcée et sur la reconnaissance du cœur, tous les ressentiments et toute l’amertume de l'employé de Mohr, du protégé d'Amalia Schoppe et du convive des repas gratuits :

Ich nahm bisher, wie man auch reichte,

Denn Abends gab ich selbst und zeigte, Wie Mensch dem Menschen geben soll 12,

1. Cf. supra, 209 et suiv. — 2.P. 170; VI, 272; Hambourg, 98 septembre 1840. — 3. Cf. W., VIII, 82; cf. supra, 6. — 4. Tibal, 456, 457.

5. P. 183; VII, 172, Hambourg, 17 juin 1839, Deutscher Musenalmanach für 1840, hrg. von Rückert, p.,206.—— 6, Cf. supra, 159.4— 7. T., 1620. — 8. Cf. supra, 153 et 157. — 9. Cf. v. 15-16 à Leben und Traum (NII, 157; supra, 308).

10. Tibal (453) apprécie sévèrement cette pièce; R. M. Werner, par contre, la loue fort (Lyrik und Lyriker, 572) et se félicite que Hebbel n'ait pas donné suite à ses projets de remaniements; cf. cbid., 349, 350, 570-572 et T., 3344 : deux variantes avec la remarque : « zum Exempel, dass es nicht der Mangel, sondern die Menge der Gedanken ist, der die Sache schwer macht », Cf. encore d’autres variantes, Anmerkungen, 497 et 493, — 11. P. 1525 IL 179 Ham: bourg, 22 août 1841. — 12, Cf. supra, 145 et n. 4, 318/et 319.

En avril 1839, Hebbel adresse an Lina!(Lina Reinhardt) sept quatrains célébrant assez platement les charmes de sa vieillesse? et ne figurant pas au recueil de 18492; l’auteur avait ses raisons de reprocher à Amalia Schoppe de les avoir publiés sans autorisation. Le 9 septembre de la même année, Hebbel rencontre une certaine demoiselle Fabricius et s’éprend d'elle. Il se reproche, dans son journal, ses scrupules et ses hésitations et, en y consignant le souvenir de ce « beau jour », loue « la magnifique invention de la nature qui fait fleurir pour l'homme le suprême bonheur sur les lèvres d'une jeune fille * ». Le lendemain, il écrit die schüne Stunde *; cette heure de fugitive félicité lui a fait du moins sentir que son cœur vit encore *, comme la coupe fait passer dans les veines de l'homme, avec le vin généreux, l’ardeur du soleil. Plus fougueuse encore fut, nous le savons, sa passion pour Emma Schrüdert et Hebbel nous a confessé déjà qu'il lui est impossible de traduire poétiquement ce qui bouleverse son âme’. Le 19 juin 1840, il la voit et écrit dans son journal : « hier j'étais heureux, d’un bonheur plein, débordant. Emma Schrôder, quelle charmante jeune fille! La rose qu’elle m'a donnée m'enivre encore de son parfum » et huit jours après, recevant une lettre d'elle : « Mes veines étaient tendues à éclater, je ne pus me coucher que vers une heure, je me réjouis d'être encore capable d’une telle émotion $ ». Quelques semaines plus tard, il écrit à Elise : « depuis le jour où je vis cette charmante jeune fille, je suis comme ivre de cœur et de tête? », et encore : «impossible de travailler. Je voudrais voir Emma tous les jours, alors ce serait un jaillissement. En vérité, l'amour est autre chose que l’amitié et, en vérité, l'amour vaà la beauté et à la jeunesse », et se rappelant alors, sans doute, qu'il adressait ces réflexions à celle à qui il avait écrit que son « visage n'avait rien de remarquable et qu'il lui manquait la fraîcheur et la jeunesse "0 », il ajoute : « rapport assez malheureux, qui lie ce qui est éternel à la chose la plus éphémère et ce qu'il y a de plus vrai, de plus profond, de plus intime à ce qui si souvent déçoit ». Mais après avoir noté cette antinomie tragique et tout en se rendant compte que cette liaison, à laquelle il se sentait irrésistiblement entraîné, passerait comme les autres, comme sa liaison avec Beppy, par exemple, et que l’indifférence remettrait tout au point, il se lançait éperdûment dans ce qu'il appelait lui-même plus tard « bavardage de jeune homme dont

je ne devrais plus être capable ». Mais ce bavardage n’est point

1! VII, 171, zuihrem Geburtstage, 1839 (Lina Reinhardt est née le 30 avril 1770). Modeblätter, 1839, n° 19; cf. supra, 163, n. 3; cf. T., 1529, 1648, Bw., II, 54, VIII, 90 et W., X, 178, ligne 4 et suiv.

2. Cf. auf ein altes Mädchen (NI, 207, supra, 240 et les v. 13-14 aux 2 premières strophes de « liegt einer schwer gefangen » (VI, 289).

3. T., 1646 et note. —74, P. 185: VII, 172. — 5. Cf. supra, 314 et n. 5. — 6. Cf. supra, 161. — 7. Cf. supra, 229 et suiv. — 8. T., 2045, 2047. — 9. Bw., IT, 89.

10. Bw., I, 52 (3 avril 1836) : « Du bist nicht die Erste in Schônheit und Jugend, aber Du bist in Deiner gränzenlosen Liebe und Hingebung das einzige weibliche Wesen auf Erden, welches mich noch mit Glück und Freude zusammenknüpfen kann ».

sans intérêt pour nous, à qui il permet d'observer à nu cette âme à la fois passionnée et raisonneuse, impulsive et réfléchie, enthousiaste et défiante : Mais, s’écrie-t-il, une goutte pour rafraîchir cette ardeur infinie, un breuvage qui fait déborder tous mes sens, n'est-ce pas un gain divin? Emma m'a donné une rose, elle est fanée et je l'ai déposée dans mon tiroir, mais elle a pour moi un parfum plus exquis que tout un parterre. Quelle merveilleuse chose que l’amour! L'univers se concentre dans la jeune fille, sa lèvre de feu est le centre de toutes les délices possibles et imaginables ? et. l’homme est tout soif ». Et sa soif à lui était si grande qu'il continue à exprimer cet inextinguible désir : « J'aurais pu l’'embrasser, pourquoi ne l’ai-je pas fait? Ce n’est pas par timidité, par embarras que je m'en suis abstenu, pas du tout. Je ne l’ai pas fait, je pense, parce que j'aurais pu, parce que je... » [ci il se crie à lui-même « assez ?! ». Sans doute, son émotion se présente tout d'abord sous une forme essentiellement passionnée et tourmentée, mais il n’en reste pas moins que l’origine en est dans le ravissement apaisant et doux de la contemplation. Voici la définition qu'exactement à cette époque nous rencontrons dans son journal : « la beauté est la profondeur de la surface * ». Là est le gage d’apaisement et plus tard, quand à la tourmente aura succédé l’accalmie, pourront naître un à un les fruits de cette expérience. En 1840, aucune trace! Mais en 1841 c’est, dans le domaine dramatique, la conception du personnage de Golo “et c’est, dans son lyrisme, une nouvelle série de pièces de circonstance. Le 24 juillet 1841 : neue Liebeÿ. Le poète salue l'éclair qui jaillit au fond de son âme et le fait vibrer dans ses moindres fibres d’une ardeur nouvellef.

Ich grüsse dich viel tausendmal

UÜnd frag’ nicht : bringst du mir Genuss ?

Denn du befreist mich von der Qual,

Dass ich mich selber lieben muss.

Voilà reprise la profession de foi de Hüchstes Gebot et de WinterreiseT et cette interprétation du poète, saluant en son amour pour Emma Schrôder un gage d’altruisme, il est curieux de l’opposer à celle qui pourrait y voir une preuve d’égoiïsme. Nous aurons à mettre au point la question de.sa fidélité et à discuter le reproche fait à Hebbel « de n'avoir pas aimé Elise comme elle le méritait ». Content d’avoir signalé l'incontestable manque de tact qui lui fait choisir précisément la femme qu'il n'aime pas d'amour pour confidente de sa passion pour sa rivale , tenons-nous en, pour l'instant, à l'explication et à l'appréciation objective des poésies. Cette passion, donc, l’exalte et il voudrait se persuader qu'elle le délivre de l’introspection. Belle illusion, puisque, nous venons de le voir, il la surveille tout en l'éprouvant et, avant même de s’y abandonner, en pré-

TAC supra, 325 et n. 3. — 2. Bw., I, 90,91. — 3. T., 2054. — 4. Cf. supra, 180. — 5. P. 127; VI, 212; Hambourg, 24 juillet 1841. — 6. Les v. 3 et # rappellent le quatrain de Wäinterreise, cf. supra, 322.

7, C£, supra, 318, 322; cf. aussi supra, 291 : « Bin längst nicht mehr der Thor, der fragt ». — 8. Cf. Tibal, 108. — 9. Cf. supra, 161 et 325.

voit la marche probable et l’inévitable déclin! N’avons-nous pas dit qu'il était, comme Gœæthe, un « possédé » ! et montré que c'est à Gœthe qu'il empruntait l'ordonnance du remède?? Et lorsque, conformément à ses prévisions, le remède s’est révélé illusoire, la même imagination, que les poètes prennent souvent pour leur cœur et qui l’a déçu, va le consoler ?, en idéalisant le passé comme elle avait projeté sur l'avenir son embellissant mirage.

Convaincu, à son tour, qu’un souvenir heureux est peut-être sur

terre plus vrai que le bonheur, il médite sans doute alors ses vers de Munich :

Soviel was einzig mich beglückt, Warum versagt sich’s mir ?

Die Rose, die du nie gepflückt, Sie duftet ewig dir#.

La réalité qui lui a échappé, le poète la ressaisit par le rêve. Rose und Lilieÿ, toujours à l’aide des métaphores favorites de HebbelS, symbolise la possession totale et bienheureuse de l’objet aimé : la rose aime le lis qui fleurit à ses pieds et lui envoie un salut en laissant tomber son plus beau pétale; lelis voudrait bien l’accueillir, mais le vent, sans pilié, emporte l’un après l’autre tous les messages de la rose qui s’effeuille par amour :

Die Rose doch lässt nimmer ab, Lässt immer neue fallen;

Sie grüsst und grüsst sich fast zu Tod, Doch keines trifft von Allen.

Nous reviendrons sur ces tropes floraux en étudiant dans son ensemble le symbolisme de Hebbel; contentons-nous, en attendant, de noter que, s’il prête ici aux fleurs des sentiments humains”, c'est qu'elles représentent en réalité des âmes humaines. La méta-: phore du rosier qui répand ses pétales sera plus tard pour lui l’image du poète de génie prodiguant ses dons ÿ., On peut songer également ici à la destinée de l’idéaliste, entassant sacrifice sur sacrifice et mettant à la fin sa vie même en jeu dans la pensée que cette abnégation ne sera pas vaine. Mais resterait encore à expliquer, après le symbole de la rose qui donne, celui du His qui reçoit, et la poésie tout entière s’éclaire d’un jour nouveau, rapportée à l'épisode d'amour contemporain. Le dernier pétale est le don suprême. Avec quelle ferveur il est accueilli :

Das letze fängt die Lilie Und thut sich dicht zusammen.

1. Cf. supra, 133 et n. 12. — 2. Cf. supra, 227, n. 9 et Engelhard, 26.

3. Nous ne pensons pas, comme Engelhard (26), qu'il faille rattacher à Vépisode d'amour la pièce du cycle dem Schmerz sein Recht : du hast kein Here, cf. supra, 287,

k. VII, 165; T., 1420, Munich, 6 janvier 1839; cf. Abendgefühl, v. 7 et 8; supra, 316 et Patzak, 66 et 67, C

5. P.6, VI, 259, Hambourg, 28 juillet 1841; Morgenblatt, du 7 mai 1842; der Hamburgische Beobachter, 9 juillet 1842.

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