‹ HebbelChapitre 172 sur 425 · P. 7; VI, 143; Hambourg, 19 mai · texte numérisé non relu

P. 7; VI, 143; Hambourg, 19 mai

6. CF. supra, 241, ein Gebet (VIT, 126, v. 10) et 276, n. 1 Wüiedersehen (NII 136, v. 8).

Sonst noch niemals dicht genug Hals und Busen deckte 1.

Cette fougue élémentaire, bien caractéristique de Hebbel? et qui le

pousse à associer, dans ses conceptions, sa destinée individuelle à

la vie de l'univers, avec quelle force elle se concentre ici antithétiquement, tragiquement, dans l'affirmation du « carpe diem * » et de la joie de vivre et d'aimer, face à la mort : Rausche, Wind! Wir seh’n die Zeit So, wie dich, entfliehen, Doch bevor sie Asche streut, Wagen wir zu glühen #!

Lockend vor mir, rund und roth, lhre Feuerlippe!

Zwei Schritt hinter mir, der Tod Mit geschwung’ner Hippe.

Ce n’est pas la première fois que nous voyons le poète défier le vent d'orage, il n'est besoin que de rappeler zu Pferd! zu Pferdÿl et, dans une variante de la présente chanson, il précise encore la métaphore :

Rausche Wind! Du machst die Glut, Evrst nur stärker flammen,

Sinkt sie auch vor deiner Wuth Endlich still zusammen 6!

On voit qu'au point de vue poétique, la passion du poète pour Emma Schrüder, après la période de recueillement et d’incubation, ne fut pas stérile et c’est pour présenter ensemble les beaux fruits

u’elle amena à maturité que nous n'avons pas séparé le lied Sturm-

abend des poésies diverses de circonstance du second séjour à Hambourg. Hebbel composa à la même époque deux autres chansons. À son lied de Munich der junge Schiffer' vient faire pendant alors Schiffers Abschied$. Dès le début :

Hier steh'n wir unterm Apfelbaum,

Hier will ich von dir scheiden, nous nous rappelons le Zebewohl d'Uhland, en même temps que le pommier de £inkehr®. On dirait souvent que Hebbel s'applique à combiner les beaux passages des grands lyriques allemands. Les vers suivants rachètent, il est vrai, par l’antithèse originale l’écho de réminiscences :

Hier träumte ich so manchen Traum !0, Hier trägt sich auch ein Leiden.

Et si la deuxième variation du thème fondamental apporte le joli quatrain :

1. Cf. Müller (35). Umbildung eines Motivs, das Hebbel bei Gœthe und Hülty,

fand. — 2. Cf. supra, 282. — 3. Cf. T., 2517 et supra, 274, — 4. Of. sie sehn sich nicht wieder (NI, 243, v. 9-11). — 5. Cf. supra, 297, — 6. VII, 178; T., 2362 (Hambourg, 4 juillet 1841). — 7. Cf. supra, 296.

8. P. 156, titre : Matrosen-Abschied, NI, 148; Hambourg, 24 avril 1842; cf. T., 2543 (24 avril 1842), et supra, 225.

9. Of. Gren:boten du 19 août 1909, p. 366. — 10. Cf. Chamisso : das Schloss Boncourt (4° strophe); Wilhelm Müller : der Lindenbaum, v. 2.

Hier sah ich dich zum ersten Mal In winterlicher Oede!

Wie war der Baum so nackt und kahl, Wie warst du kalt und sprôde!

qui niera l'emprunt par trop indiscret à Heine au quatrain suivant :

Doch bald ergrünte Zweig nach Zweig, Und alle Knospen trieben. ; Da sprang dein Herz, den Knospen gleich, Da fingst du an, zu lieben 1. :

Il est vrai que la conception antithétique, dramatique, que l'originalité de l’auteur se dégage tout à fait dans la deuxième partie du lied. Nous y retrouvons à la fois le motif des fruits et celui des fleurs, qui lui sont tous deux si familiers ? : Wie ist er jetzt von Blüten voll!

Wic wird er reichlich tragen!

Doch, wer ihn für dich schütteln soll, Le Das wüsst’ ich nicht zu sagen.

Nous avons vu Hebbel se demander jadis dans la pièce für wen? pour qui étaient ses douleurs présentes ?; il se demande maintenant qui fera cueillir les joies à la bien-aimée, qui lui donnera le bonheur. Et le motif de la pluie de fleurs reparaît* : Hei! Wie dich säuselnd jener Ast Mit rothem Schnee bestreute,

Als ob er schon die schwere Last Der künft’gen Früchte scheute!

En traduisant ce symbole : que d’espoirs dès les premières heures de l’amour naissant! Mais le batelier part en mer et c’est le vent d'automne qui secouera les fruits mürs. Si l’on interprète la métaphore comme dans les poésies précédentes contemporaines et d'inspiration analogue, le vent représente le réel opposé à l'idéal, le destin adverse”. En l’absence de l’ami, c'est la vie, la dure expérience qui se chargera de faire passer celle qu'il a quittée de la saison des fleurs à celle des fruits, de la jeunesse à la maturité. Et si, à la fin, l'orage a raison de la barque et que son pilote périsse dans le naufrage, sa dernière pensée sera encore un défi et un espoir : le plus beau fruit ne tombera pas :

So ruf ich noch im Scheitern aus:

Die schôünste will nicht fallen 6.

Nous arrivons en ce dernier vers, encore une fois, à ce que Hebbel appelle « l’obscure énergie du mot qui déchiffre l'énigme” » et si nous tâchons de pousser plus avant, il nous semble que l’interprétation la plus naturelle est la suivante : le vaincu emporte du moins la consolation qu'aucune adversité n’arrivera à faire tomber de l'arbre le plus beau fruit, la félicité suprême, qui pour la bien-aimée

1. Cf. : lyrisches Intermezzo, im wunderschünen Monat Mai, cî. supra, 239 : An Hedwig (début).

2.. Cf. supra, 141, 153, 157, etc. — 3. Cf. supra, 267. — 4. Cf. supra, 320 et n. 5. — 5. Cf. supra, 328 et 329. — 6. Cf. derniers vers de svas willst du Sonnenschein, supra, 289. — 7. Cf. supra, 295, 309 et n. 10.

Sera désormais la pensée fidèle et l'éternel regret du disparu. C'est la reprise, voilée et discrète et comme lointaine, du thème : Die Rose, die du nie gepflückt, ; Sie duftet ewig dir.

et il ne serait pas impossible, à notre sens, qu'il y ait, ici encore, une dernière résonance, très en sourdine, du souvenir d'Emma Schrüder. La pensée de la mort est, dans toutes ces pièces, ce que l'ombre est à la lumière dans un tableau. Maïs elle devient le sujet même d’un troisième lied : Requiem!,.comme l'indique le court refrain : Seele, vergiss sie nicht Seele, vergiss nicht die Toten. 7 Les morts ont besoin de notre amour; si nous le leur accordons, ils fêtent dans cette atmosphère réchauffante une sorte de prolongation d'existence : Athmen sie auf und erwarmen, Und geniessen zum letzten Mal Ihr verglimmendes Leben ?, Hebbel reprend ensuite, après le second retour du refrain, l’aphorisme du journal du 27 juillet 1840* : les âmes des morts flottent et rôdent autour de nous, en quête de notre amour : Und wenn du dich erkaltend Ihnen verschliessest, erstarren sie Bis hinein in das Tiefste.

Dann ergreift sie der Sturm der Nacht, Dem sie, zusammengekrampft in sich, Trotzten im Schoosse der Liebe, Und er jagt sie mit Ungestüm Durch die unendliche Wüste hin, ; Wo nicht Leben mehr ist, nur Kampf Losgelassener Kräfte Um erneuertes Sein #.

Nous étions habitué aux apparitions d’esprits dans les poésies de Wesselburen et en avons vu de nombreuses également dans les précédentes pièces du recueil”, mais nulle part le poète ne s'était attardé avec plus de complaisance et de détails à décrire cette. phase de transition qui semble, d’après lui, commencer pour l’âme immédiatement après la mort et la rattacher encore, dans certains cas et certaines conditions, au monde des vivants.

Le cycle des ballades et des romances s'enrichit, pendant le second séjour à Hambourg, de huit pièces. Nous pouvons les exa-

1. P. 213; VI, 149; Hambourg, 15 août 1840. — 2. Cf. Scheunert, D. ;. H., 59 et 121, n. 1; cf. Bw., II, 340-341.

3. T., 2048 : « Wenn Geister in den Lüften schweben, so kann wohl ein Mensch so wenig (eist sein, dass sie sich seiner bemächtigen, und ïhn zum blossen Medium machen. Die Besessenent der Bibel » cf. T., 3033 et 3034.

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