Cf. T., 2033 et Scheunert, D. 7. H., 75 et n. 1. h
5. Rappelons particulièrement : das Lied der Geister, die Toten, der Tanz,
miner sans préambule, le poète n'ayant aucunement modifié sa théorie du genre, telle que nous l'avons étudiée à propos de la période de Munich! et nous nous contenterons de dégager de l'analyse du nouvel apport poétique les idées générales formulées par l’auteur à propos de ces pièces, ou simplement et implicitement suggérées par elles.
La ballade, qui ouvrait le recueil de 1842 : Vater unser? est un drame en raccourci. Décor : nuages gros d'’éclairs, tempête au fond des bois, tocsin. Un vieux chef de brigands, tranquillement installé à l'abri d'un grand chêne, la pipe à la bouche, son chien endormi à ses pieds, donne des ordres sinistres à un jeune homme qu'effraie l'orage. Voilà l'exposition. Un éclair brille. « Pater noster*!», s'écrie l'adolescent, mais le bandit lui interdit de prier et pour que le meurtre serve de barrière entre Dieu et celui dont il veut être le seul maître, il fait le serment de lui faire tuer le premier être qu'il apercevra. Voilà la première péripétie et le second acte. Au troisième, le nœud : pour endurcir sa recrue, le chef lui raconte que lui aussi se laissait autrefois épouvanter à la seule idée du meurtre mais que le courage lui est venu le jour où il assassina son propre père. Alors l’action se précipite, c'est le quatrième acte. Un bref dialogue s'engage entre le jeune homme maintenant indigné et son cynique maître et la décision dramatique surgit, amenant le dénoue-
ment :
Wohl, da muss ich’s freilich halten, Was du schwurst, und thu’s mit Lust!
Ruft’s, und stôsst dem grausen Alten Fest sein Messer in die Brust.
Jener ballt die Hand verrôüchelnd, Doch er sieht es ohne Graus,
Betet, wie nach einem Opfer, Laut sein Vaterunser aus.
Uechtritz, dans la même lettre où il reproche à Hebbel son penchant pour-le bizarre‘, signale cette étrange récitation d’une prière après un meurtre, mais Hebbel explique que, précisément, le fait que le scélérat avait interdit au justicier le « Pater noster » doit l’amener naturellement sur ses lèvres. Là est, conclut l’auteur, le point culminant de la pièce, son indispensable raison d’être. On se rappelle les théories du poète demandant à la nouvelle de concentrer l'intérêt autour d'un événement extraordinaire, inouï et, de même, à la ballade d'exprimer à la façon antithétique de la véritable tragédie les lois de l'univers’. Le trait final, la pathétique prière, établit le leitmotiv tragique, affirme qu’à la fin le héros s’est libéré intérieurement et purifié, en un mot satisfait aux exigences de cette « Selbstcorrectur der Welt » qui est l'âme même du drame. das Wiedersehen, le cycle : ein frühes Liebesleben, Wiedersehen, supra, 83- 98: 112: 122; 229-239; 274:
1. Cf. supra, 297 et suiv., et T., 2721 (12 juillet 1843). — 9. P. 8: VI, 169: Hambourg, 5 décembre 1839, Morgenblatt du 27 juillet 1840,
3. Au sujet de la prière, cf. T., 1334. — 4. Cf. supra, 299; Bamberg, II, 213 et Oskar Walzel (deutsche Rundschau, mars 1913, p. 444-445), — 5. W., X, 418 et supra, 299 et n, 1. — 6. Cf. Bw., V, 2235 VI, 37 et supra, 299-300 et 305.
Il en va de même de la ballade Virgo et Mater!, impliquée aussi dans la controverse. Une jeune fille portant dans son sein le fruit d'un amour irrégulier implore en vain de la Vierge le pardon de son péché, mais elle emporte du moins une certitude :
Die Jungfrau kann ihr nicht verzeih’n, Die Mutter wird sie benedeï'n.
La mère du Christ qui accompagna son fils jusqu’à la croix ne refusera plus son pardon à celle qui reviendra se présenter à elle avec son enfant dans les bras ?. C’est qu'ici, comme dans Versühnung, le fait mème de transgresser certains devoirs fait pénétrer la coupable dans un champ infiniment plus vaste de devoirs nouveaux et ouvre à perte de vue la perspective du repentir et de l’expiation. Ici encore, le poète mentionne la loi de Selbstcorrectur der Welt et ne se lasse pas de protester de la pureté de l'inspiration et de la parfaite convenance du thème, envisagé, non pas du point de vue de tel ou tel dogme particulier, mais du point de vue d'éthique générale qui tient compte du fonds de morale commun à toutes les philosophies et à toutes les religions‘. Le biographe suggère judicieusement que la pensée du sort d'Elise n’a sans doute pas été étrangère à la conception de cette ballade et que par une réaction de tendresse, après les confidences brutales où l’avait entraîné l’aveuglement de sa passion pour Emma Schrôder, Hebbel rendrait ici au dévouement de son amie un nouvel hommage *. Il faudrait alors, et c'est ce que fait Kuh, rapprocher de cette ballade, en l’interprétant en partie comme poésie de circonstance, la pièce Leben f composée à Hambourg le 24 juillet 1841. De fait, sa signification générale s'accorderait parfaitement avec les intentions particulières attribuées ainsi à l’auteur. Il murmure à l'oreille d'Elise — mais il est bien évident que le conseil va plus loin et vise plus haut — de songer au sort du plongeur’ qui souffre de ne pouvoir respirer mais qui comprend, en revenant à la surface, que ce qui faisait sa souffrance est en réalité sa vie. La pièce, par sa généralisation éthique, se rattache donc directement au cycle dem Schmerz sein Recht$. L'homme, dans son élan vers l'idéal, se croit entravé par la douleur, mais c'est là une illusion :
Nur vom Athmen kommt sein Weh.
1. P. 191; VI, 178; Hambourg, 11 septembre 1841; Uechtritz avait écrit au sujet de cette pièce : « das letzte mindestens bedenklich » (Bamberg, I, 213).
2. On s’étonne que Scheunert ait omis de citer cette ballade dans son chapitre « die Mutterliebe. Hoher sittlicher Wert des Verhällnisses der Mutter zum Kinde » (D. 7. H., 131-133). Engelhard (16-18) compare en ces termes la pièce à celle de Dehmel, die Magzd : « Beim Vergleichen ergibt sich zum Greifen deutlich der Gegensatz zwischen der keuschen und strengen Gestaltung des Dramas durch einen wirklich grossen Dichter und der wortreichen Effekthascherei des neuesten Modepoeten ». — 3. Cf. Bw., VI, 9; T., 2030 et supra, 305. — 4, Cf. Bw., VI, 37, 44; V, 2928; T., 1344, 4344, et Scheunert, D. 7. J1., 90.
5. Kuh, I, 389, 390; cf. supra, 159, 160, 240-247, — 6. P. 89; VIT, 178, Kub, I, 388 « Leben, Virgo et Mater …. für diesen Abschnitt die biographisech bedeutsamsten, klingen all die Lebenskämpfe versähnlich aus, die ihn um Elisen gemartert haben ». — 7. Nous avons déjà rencontré à différentes reprises les métaphores du plongeur et de la perle : cf. supra 83 et 138. É A
8. Cf. supra, 282-294. Par contre, aucune analogie avec la pièce intitulée Das Leben; cf. supra, 249 et Zinkernagel, 45 et suiv.
De même que Platon avait montré la joie inséparable de la douleur et que Gœthe avait enseigné à ne pas chercher de raison d’être à la vie en dehors de la vie même, voici que Hebbel, à son tour, prend place au temple classique et exprime en formules lapidaires ce qu'il croit être des vérités fondamentales. Plus encore qu’un document biographique, ces vers nous apportent la définition de ce qui constitue à ses yeux la « faute tragique » et nous révèlent encore le ressort central de sa tragédie ?.
Le problème de la maternité reparaît dans la romance die junge Mutter qui rappelle Todestücke : la mort prématurée de l'enfant cause la mort de la mère. Mais la forme“ est bien supérieure et tandis que la romance de Wesselburen se présentait comme une simple anecdote, l’antithèse tragique éclate dans celle-ci et de nouveau la douleur et la mort sont montrées résultant de la vie même :
Der mit dem Lilienstengel :
Sonst tritt aus einem finstern Thor, Er ging, der Todes-Engel, Aus ihrem eig’nen Schooss hervor ÿ.
Nous avons, ici encore, la pointe finale indispensable aux yeux de Hebbel au point de vue de l'intérêt dramatiquef. Uhland et, après lui, l’auteur se déclarèrent satisfaits 7.
Mais le chef-d'œuvre dont Hebbel pouvait être fier à bon droit est la romance das Kind am Brunnen . Malgré les appels répétés du poète : « Frau Amme, Frau Amme, das Kind ist erwacht”... das Kind steht auf... der Brunnen ist tief », nous voyons, de quatrain en quatrain, l'enfant se rapprocher du puits. La nourrice dort toujours, « comme si elle était au fond ». Il y a, dans cette pièce, des trouvailles d'expression qui la désignaient évidemment au choix de toutes les anthologies, par exemple la petite scène où l'enfant se penche sur la margelle et joue avec sa propre image aperçue dans le miroir du puits, scène qui soutient la comparaison avec les vers délicieux d'Aermann und Dorothea. Voici le modèle gœthéen :
Sie beugte sich über zu schüpfen, Und er fasste den anderen Krug und beugte sich über.
Und sie sahen gespiegelt ihr Bild in der Bläue des Himmels Schwanken,und nickten sich zu und grüssten sich freundiich im Spiegel10.
1. Cf. lettre à Meyer du 8 février 1796 : « der Zweck des Lebens ist das Leben selbst ». — 2. Cf. les aphorismes du second séjour à Hambourg : T., 2199, 2197, 2262, 2335, 2440.
3. P. 209; VI, 179; Hambourg, 4 avril 1841. — 4. Cf. supra, 193, 124. — 5. Hebbel décrit l'enfant dans les mêmes termes que la vierge; cf. v. 4 et An Hedwig, v. 3; cf. supra, 239. — Cf. T., 2277 (21 février 1841); Fries (34) compare pour les mètres les dialogues du fragment CAhristus (W., V, 319-321); sur la signification sociale du problème de la maternité dans l’œuvre de Hebbel, cf. Th. Bieder, 18-20.
6. C£. Zyrik und Lyriker : 283-284 et Müller, 15. — 7. Bamberg, I, 140; Bw., VI, 2; VII, 157; VII, 19 et Oskar Walzel (Deutsche Rundschau, mars 1913, p. 438).
8. P. 219; VI, 180. Hambourg, 23 septembre 1841. Hebhel lit cette pièce aux occasions solennelles où on l'invite à réciter un choix de ses poésies; cf. Bw., IV, 409 et 417; cf. Bw., I, 6; V,1236: VI, 2: NITN9257%et MIII, 19.
9. Cf. v. 10 de Nachilied : « wie dem Kinde die Amme ». Supra, 271. — 10. Chant VII, v. 39-42,
Et voici l’imitation hebbélienne :
Da schaut’s in die Tiefe hinunter,
Und unten erblickt es ein holdes Gesicht, Mit Augen so hell und so süsse,
Es ist sein eig’nes, das weiss es noch nicht, Viel stumme, freundliche Grüsse !
Das Kindlein winkt, der Schatten geschwind Winkt aus der Tiefe ihm wieder
Herauf! herauf! so meint’s das Kind!
Der Schatten : hernieder! hernieder!
On voit, avec quelle maestria le motif est ici renouvelé, mis en quelque sorte au diapason du sujet original, accommodé à cette mise en scène enfantine à laquelle la prédilection de Hebbel pour les tout petits le faisait exceller'. Et au moment où l'enfant va perdre l'équilibre, ce sont précisément les fleurs qui l'ont attiré vers le, danger et qu'il a cueillies au bord du puits qui, par leur chute, vont sauver l’innocent :
Da fallen die Blumen ihm aus der Hand, Und trüben den lockenden Schimmer.
Verschwunden ist sie, die sûsse Gestalt, Verschluckt von der hüpfenden Welle Das Kind durchschauert’s fremd und kalt,
Und schnell enteilt es der Stelle!
Ainsi, par des coïncidences subtiles, s’affirment, dans les phénomènes de la nature, les intentions d'une sagesse suprême. Nous avons rencontré un autre exemple de téléologie analogue, mais le critique le plus sévère pour ce genre de solutions est ici désarmé et réconcilié par la magie de la forme?
Une autre ballade de cette époque die Polen sollen leben* commémore, ainsi que le sous-titre l'indique, un événement qui se produisit à Hambourg pendant la nuit de Noël de 1835. Des Polonais banquettent en l'honneur de leur pays lointain, l’un d'eux cependant est sombre et demande à l’astre des nuits si la Pologne doit survivre ou périr; un nuage voile la lune. Eh bien! il se poignardera et tombera ainsi Comme sa patrie. Minuit sonne : « Vivent les Polonais! » toaste-t-il d’une voix forte et comme les convives lèvent leur verre avec enthousiasme, leur compatriote tombe pâle à la renverse et expire :
Sie giessen, statt zu trinken, Den Wein jetzt in den Sand; Sie sah’n das Schicksal winken UÜnd haben’s wohl erkannt, Dass Polen bald dem Todten gleicht,
Doch keiner ahnt, wie bald vielleicht Die Welt dem Polenland.
La ballade die Spanierin* offre avec la précédente, entre autres