‹ HebbelChapitre 177 sur 425 · Cf. supra, 329 : Schifers Abschied · texte numérisé non relu

Cf. supra, 329 : Schifers Abschied

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Wenn ihr stolz, dem Baume gleich, Euch nicht unter Blüthen bückt,

Wenn die Last des Segens euch Erst hinab zur Erde drückt.

Et la pathétique péroraison met en évidence la fougue toute dionysiaque de cette exhortation. Le vin n'est qu'un symbole de la flamme intérieure, qui seule rend digne de sa caresse l’âme en communion avec la grande âme cosmique !. Et ce sont encore des échos de Gœthe au quatrain final :

Euch geziemt nur eine Lust, Nur ein Gang durch Sturm und Nacht,

Der aus eurer dunklen Brust ? 0 Einen Sternenhimmel ÿ macht.

On voit que cette pièce, tant par les traces d'influence des deux grands maîtres, Uhland et Gœthe, que par la diversité et l’importance des détails symboliques, peut être considérée comme un des centres du lyrisme de Hebbel.

Der Baum in der Wäste *, de date‘un peu antérieure, contenait déjà le motif de l'isolement de l'individu et les métaphores de l'arbre chargé de fruits. Nous songeons à l'arbre du marécage de Wesselburen’. Et si les détails du premier quatrain suggèrent l’analogie avec le palmier solitaire de Heine$, dans la pièce du lyrisches Intermezzo, le soleil brûlant de l'Orient nous intéresse surtout intrinsèquement et l'image nous retient davantage; chez Hebbel, au contraire, le glissement de l’image à l'idée est plus prompt, la personnification se précise d'un mot à l’autre et le symbole ne se contente pas de résulter, de se dégager de l’ensemble du morceau, mais confère à chaque terme sa part de potentiel évo-

CAleuUrs Die Sonne hat ihn fast verbrannt, Der Regen tränkt den durst’gen nie.

Si un lecteur peu averti ignorait, après ces vers, que « der Baum in der Wüste, » der «einzige : der dort gedieh », c'est l’auteur, peu à peu consumé par l’adversité, jamais rafraichi par un peu de ce bonheur dont il avait soif, il le soupçonnerait bien vite au quatrain

suivant :

- {n seiner falben Krone hängt | Gewürzig eine Frucht voll Saft, Er hat sein Mark hineingedrängt, Sein Leben, seine hôchste Kraft.

Et la plainte de l'artiste méconnu achève de s’exhaler, plus explicite encore :

1. Cf. Uhland : Gesang der Jünglinge, v. 19..— 2, Cf. Gœthe : 4x den Mond (fin). — 3. Cf. supra, 269, 271 et n. 2.

4. P. 60; VI, 238; Hambourg, 2 mai 1839. Neue Pariser Modeblätter, 1839, n° 38, avec la pièce : Geht slumm an dir vorbei die Welt, sous le titre de Zwet Gedichte, cf. supra, 290 et n. &.

5. Cf. D, 249, et supra, 29 et 74 : Ædles im Staube (VII, 48). — 6; Cf. le second quatrain de la pièce ein l'ichlenbaum steht einsam.

7. Cf. supra, 338 et n. 7. — 8. Cf. supra, 153-155; 159-161, 162; cf. Müller, 32.

Die Stunde, wo sie, überschwer, Zu Boden fallen muss, ist nah’1, Es zieht kein Wanderer daher Und für ihn selbst ist sie nicht da ?.

La confession est explicite et pourtant discrète, encore plus que : dans le cycle dem Schmerz sein Recht voilée de poétiques images. On se rend parfaitement compte que ces dernières importent vraiment davantage au poète que les misères qu’elles dissimulent, qu'elles sont ici le but et non le moyen, que la vérité poétique compte seule parce que de la réalité elle apporte l'âme, réfugiée dans la résonance musicale même de ces accents simples et pourtant si profondément, si impérieusement personnels.

On voit que l’individualisme de Hebbel n'implique nullement l’égoisme au sens courant et banal du mot : le moi des êtres de pensée et de sensibilité exclut si peu les autres êtres de son rayonnement qu'ils en constituent au contraire la condition et la mesure. Il ne saurait donc être question, si l’on parle de leur égoïsme, que de celui qu'analysait La Rochefoucauld, en discernant dans l'amour maternel, par exemple, une de ses formes supérieures. Il y a chez un même individu une véritable alternance de systole et de diastole qui, tantôt le fait se replier sur lui-même, rétrécir ses limites, se réfugier ou s’abîmer en son isolement, tantôt, au contraire, le pousse à élargir son horizon et à étendre sa sympathie. Telle est la norme selon laquelle s’équilibrent et se concilient des déclarations en apparence contradictoires, si nous considérons, d'une part, par exemple le Stammbuchblatt à Emil Rousseau ?, d'autre part des pièces comme für wen?, hüchstes Gebot, Wintérreise, neue Liebe, Schiffers Abschied et Requiem“. Mais, pour nous en tenir à la période du second séjour à Hambourg, il est aisé de retrouver en quelque sorte les pôles opposés de l’axe de cette éthique. Nürrisch® pose le problème tout schématiquement et indique, à employer l'expression des géomètres, la solution par l'absurde en développant cet aphorisme : « folle idée : au lieu de vieillir, toujours rajeunir, et pourtant, cela est dans la vie la plus profonde nécessité f! » La pièce de vers semble d'autant plus explicite que le journal est plus laconique :

Alt geboren, rückwärts strebend 7,

Jünger, immer jünger werdend,

Nur auf einem Punct verharrend,

Bis man, wieder Kind$ geworden

Im Bewusstsein alles dessen,

Was der Kreis des Lebens bietet,

Jene Kraft, die durch die Schôpfung

Sich verbreitend spriessen künnte,

Fesselte im Allerengsten.

C'est la même interprétation qu'il faut donner à l’épigramme wachse nicht°l ne grandis pas! De toutes parts t’entourent des pointes

1. CF. supra, 289, was willst du Sonnenschein. — 2, Cf. supra, 267 : für wen? — 3. Of. supra, 227. — 4. Cf. supra, 267, 318, 329, 326, 329, 331. — 5 NII, 177. — 6. T., 1950 (19 mars 1840). — 7. Cf. Diamant, W., 1, 358, lignes 13 et 14. — 8. Cf. Scheunert, D. 7. H., 51, n. 3, — 9, VII, 177, cf. T., 5102 (14 avril 1853) :

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d'épées et de poignards. Revoilà bien, poussé à sa dernière expression, le dogme de la concentration du Stammbuchblatt.

Hebbel sait cependant le danger des antinomies irréductibles, iragiques, et, dans son apologue der Pocal!, leur oppose l’idéale perfection des harmonieuses synthèses organiques : deux verres s’entrechoquent et se brisent; on en fond les morceaux en une coupe unique qui rend d'elle-même un son. Adams Opfer?, que Môrike loua, célèbre l'unité qui existe entre la « natura naturans » et la « natura naturata » en mettant en vers cet aphorisme : « tu ne peux donner aux dieux que ce qui vient d'eux ? ». Le panthéisme demeure plus que jamais l'atmosphère de l’individualisme :

Ich rang mit der Natur um ihr geheimstes Sein, Da schluckte sie mein eig’nes wieder ein #.

Die Weihe der Nacht est un hymne au sommeil conçu toujours comme état de communion entre l’âme humaine et l’âme cosmique . Ici encore, comme dans le NachiliedT, ce qui frappe le poète, c’est la plénitude, la fécondité de la nuit silencieuse, mais il ne se contente pas d'en décrire ce qu'on pourrait appeler les attributs poétiques extérieurs et leur ordinaire répercussion sur l'âme; sa conception se rapproche de celle de Novalis et des romantiques en ce qu'elle s'attache surtout à en rendre la puissance magique, génératrice de vie nouvelle plus profonde et plus pleine :

Was da lebte, Was aus engem Kreise Auf in’s Weit’ste strebte, Sanft und leise Sank es in sich selbst zurück Und quillt auf in unbewusstem Glück8.

L'âme se replonge au grand réservoir de l’Inconscient pour en sortir rajeunie et fortifiée :

Und von ailerf Sternen nieder Strômt ein wunderbarer Segen, Dass die müden Kräfte wieder Sich in neuer Frische regen, Und aus seinen Finsternissen Tritt der Herr, so weit er kann, Und die Fäden, die zerrissen, Knüpft er alle wieder an.

Wachse nicht ! Alte Idee von mir. Phantasiestück, aber wahr! — 1. P.78; VII, 178. Hambourg, 25 juillet 1841; cf. les motifs : Horn und Flôte et der Becher, supra, 265 et 294,

9. P. 46, VI, 238, Hambourg, 14 juin 1839; cf. Bamberg, Il, 379. — 3. T., 930 (Munich, 19 octobre 1837).

4. NII, 185; T., 2532 (Hambourg, 18 avril 1842). cf. supra, 257, 299, 403. Gott über der Welt; nicht darf der Staub et und ist ein blosser Durchgang; cf. encore Zinkernagel, 63-64 et Patzak, 68.

5. P. 154. an meine Seele, NI, 285, Hambourg, 16 août 1840; cf. la version primitive. Anmerkungen, 299-300 et Scheunert, D. j. H., 62, n. 1, 63, 70 ct 1516

6. Cf. Offenbarung, auf ein schlummerndes Kind, einsiges Geschiedensein, an den Tod, supra, 237-238, 266 et n. 4, 310 et 313; cf. T., 1753, 1831, 1868, 1998, 2072, 2092.

7. Cf. supra, 270 et suiv. — 8. Cf. Nachtlied (dernier quatrain, supra, 271).

Môrike ! loua ce poème, sans doute pour la beauté de sa forme définitive; quant au contenu, la critique a pu signaler dans les derniers vers le germe de la conception religieuse des derniers drames de Hebbel?.

Il nous reste à mentionner, outre la pièce doûteuse dererste und der letzte Kuss* quelques aphorismes et une demi-douzaine d’épi-

grammes. Deux seulement sont satiriques : Alt und Jung*, composée

tout juste avant la clôture du recueil : un amoureux sénile s’agenouille et bégaye devant une jeune fille qui, au lieu de lui rire au nez, s'agenouille à son tour et lui demande sa bénédiction paternelle; l’autre aphorisme se rapporte peut-être à Judith. Le leitmotiv de la lumière dans la nuit reparaît à plusieurs reprises : une première fois, dans le quatrain intitulé das traurige LichtT, simple notation impressioniste, puis dans la pièce intitulée das Licht will sich verstecken$, dont la dernière strophe est la plus communément citee :

O Licht, versteck dich nimmer !

Du siehst, wie es gelang.

O Licht, versteck dich immer Wohin noch keiner drang.

Es wird in deinem Strale Die grauenvollste Nacht Vielleicht mit einem Male Ein reicher Wunderschacht.

1. Bamberg, Il, 380; cf. Kuh, II, #10. — 2. Engelhard, 15 : « Das Tragische, das bei ihm nichts anders als Welt- und Selbsterhaltungstrieb Gottes ist.

3. VII, 241; der Hamburger Beobachter und das Archiv für Wissenschaften und Künste du 19 février 1842; cf. Anmerkungen, 449. Outre l'argument philologique que fait valoir l'éditeur critique, l’examen des motifs rend très vraisemblable l'hypothèse que la pièce est de Hebbel; cf. T., 601 et le leitmotiv de Menschenschicksal et de Morgen und Abend, supra, 105, n. 5 et 245; les poésies sur l'enfant, 109-112. (Cf. Scheunert, D. 7. H., 131-133); cf. les v. 19-20 à la romance : die junge Mutter, supra, 334; le v. 28 au titre : sie seh’n sich nicht wieder, supra, 327-328; les v. 11, 26, 27 ainsi que la dernière strophe aux pièces de Wesselburen : die Unschuld, Hoffnung, der Friedensengel, supra, 74, 104 et n. Comme nous ne connaissons que la date du périodique pur lequel ce morceau nous est parvenu, nous l’avons mentionné en même temps que les poésies de 1842. Mais si l’on tient compte de tous les rapprochements précédents, que l’on considère l'inspiration foncièrement schillérienne (cf. v. 33-36 et der Pilgrim, dernier quatrain), il est plus que probable que der erste und der lelzte Kuss remonte à l’époque de Wesselburen où furent composées les pièces analogues sus-indiquées ; pour le titre, rapprocher T., 3940 : der erste und der letzte Mensch.

L. P. 158; VII, 185, cf. T., 2543 où l’auteur appelle la pièce eine Schnurre (24 avril 1842) cette date s’oppose à la date : 1841 qui suit le titre de la poésie à la table du recueil.

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