Cf. T
5. Cf. le second quatrain, en particulier le v. 7 et Faust, Vertragsscene : « Mit meinem Geist das Hôchst’ und Tiefste greifen »., Cf. supra, 346, an etne edle Licbende, v. 7 et supra, 318, Lôüchstes Gebot.
6. Cf. le sonnet de Eichendorff : Gæthe. — 7. Cf. supra, 181, 182 et notes. — 8. P. 235; VII, 180, Hambourg, 6 septembre 1841. 2 .
9. Tibal, qui n’est guère tendre pour les sonnets de Hebbel, fait une exception pour ces deux, — 10. Cf. supra, 170 et 191 et n. 4.
Nun musst er darben, wie er einst erstickte, Ihm blieb Nichts übrig, als zurück zu gehen, Doch lieber hat er seine Form zerbrochen t.
Hebbel ne pouvait mieux s'acquitter du tribut d'admiration et de reconnaissance à un génial devancier?. Mais indépendamment de cette considération d'ordre personnel, on voit quelle rigoureuse conséquence d’un sonnet à l’autre; ils développent l’idée individualiste à la façon d’une enfilade de perles : il faut rester soi-même à l'instar de Gœthe et plutôt finir comme Kleist qu'abäiquer. Cultiver sa personnalité, ne signifie pas, du reste, considérer l'univers comme une crèche et, après lui avoir demandé la subsistance, l’ignorer; l’âme tout entière doit se laisser pénétrer, saturer de la pensée cosmique, car seul l’idéalisme est l’armure capable de la défendre contre l'emprise brutale du réel. Telle est la signification du sonnet ein Bild*, qui, comme le titre l'indique, nous présente une image se suffisant à elle-même“, et nous nous passerions bien volontiers Ÿ de l’interpréter, s’il était possible de l’isoler et de faire abstraction de la pensée de l’auteur et de ses autres poésies où l'intention symbolique est évidente et dont les leitmotivs reparaissent à chaque terme du premier quatrain :
Im Morgenwinde sab ich Blumen wanken,
Und sah, wie sie den Thau ‘ der gold’nen Frühe $,
Dass jede voller dufte 9, tiefer glühe 10, Mit heissem Mund begierig in sich tranken.
Ces fleurs se flétrissent rapidement sous les rayons du soleil, tandis que les roses !! ont emprisonné dans leurs calices une réserve suffisante de rosée et conservent leur fraicheur.
Ayant le sentiment à la fois de sa grandeur et de sa misère, l’homme est ballotté sans cesse entre ces deux extrêmes, tel un pendule qui ne peut s’immobiliser à son centre de gravité, mais le dépasse alternativement à droite et à gauche. C’est là das hüchste Gesetz!®?, Une fois que nous aurons reconnu cette loi, nous l’accepterons, car elle est le prix de notre existence, qui est la possibilité du bonheur :
Der holde Keim verborg’ner Môglichkeiten 13.
Il n’y a donc pas lieu, aux yeux de Hebbel, d'édifier un système de
1. Cf. auf eine Unbekannte, v. 15-16, supra, 279, an eine edle Liebende, v. 10, supra, 346 et Scheunert, D. j. I., 42. — 2, Cf. supra, 181, 239-240 et 300-301.
3. P. 236: VI, 326. Hambourg, 3 avril 1842 et supra, 341. — 4. Cf. Müller, 31 et 32, — 5. Cf. Tibal, 456 et 461.
6. CF. T., 1455 (Munich, 20 janvier 1839); cf. T., 1159 (Munich, 1° mai 1838). — 7. Cf. supra, 321 et n. 2 : Jedwede Blume et Scheunert, D. TH NBEretne 2
8. Cf. Fries, 56, n. 3 : « wie Bürger gleichfalls in einem Sonett homerisierend singt : Wenn die gold’'ne Frühe neugeboren ».
9. Cf. supra, 3°7 : Blume und Duft, 327 soviel, was einzig mich beglückt et Scheunert, D. j. H., 141 et suiv.
10. Cf. supra, 327 et suiv. : Rose und Lilie et Scheunert, D. j. H., 145, n. 1. — 11. Cf. supra, 289 : Und musst du denn.
12. P. 237; VII, 186. Hambourg, printemps, 1842; cf. Bw., LI, 120 et suiv. (4 avril 1842). !
13. Cf. T., 1759, 2524, 2596, 2652; Lyrik und Lyriker, 284, 285.
LES POÉSIES LYRIQUES DE 1835 A 1842. à 349
l’optimisme ou du pessimisme « en soi » et c’est de tel ou tel individu particulier que doit émaner la généralisation’. Au centre de son « livre » se place le sonnet Welt und Ich?, où il établit en quelque sorte le bilan de ses rapports avec le grand Tout et soutient
l'antithèse de son Stammbuchblatr; là, il conseillait à la goutte d’eau de ne pas se perdre dans l'océan’; ici au contraire :
Im grossen ungeheuren Oceane ; Willst du, der Tropte, dich in dich verschliessen ?.
Les métaphores favorites reviennent :
So wirst du nie zur Perl’ zusammenschiessen, Wie dich auch Fluthen schütteiln und Orcane #.
Et c’est, de nouveau *, l'évangile gœthéen que Hebbel prêche :
Nein, üffne deine innersten Organe : Und mische dich, im Leiden und Geniessen, Mit allen Strômen, die vorüber fliessen 6.
Ainsi se réalise la synthèse entre l’individualisme et le panthéisme : Dann dienst du dir und dienst dem hôchsten Plane 7.
Et, comme si l’auteur se remémorait tout à coup de précédentes déclarations, il reprend les termes mêmes dont il s'était servi :
Und fürchte nicht, so in die Welt versunken, Dich selbst und dein Ur-Eig’nes $ zu verlicren, Der Weg zu dir führt eben durch das Ganze ?!
: Encore une fois reparaissent les doctrines gœthéennes du cycle Gott und Welt : |
Erst, wenn du kühn von jedem Wein 10 getrunken, Wirst du die Kraft im tiefsten Innern spüren, Die jedem Sturm 11 zu steh’n vermag im Tanze!?
À l’école de son grand maître, Hebbel prend de plus en plusnettement conscience de ses limites, il se rend compte que «la barrière imposée à la créature est la liberté de la nature ‘* », et qu'inversement l'individu est libre dans la mesure même où il accepte la loi de l’univers !,
1. Cf. supra, 166. — 2. P. 238; VI, 317. Hambourg, printemps, 1842. — 3. Cf. supra, 227 et suiv. À : ;
4, Cf. supra, 83 et 288; cf. Fischer, 69; Scheunert, D. 7. H., 9, 62 et suiv., 182 et suiv.
5. Cf. supra, 227 et n. 10, 285, 292. — 6. Cf. Gœthe : Weltseele « Nerteilet euch nach allen Regionen » et Faust, même passage que supra, 347, n. 5.
7. Il est curieux de remonter l’évolution du même mot et de comparer les deux précédents jalons : Elegie am Grabe eines Jünglings, v. 14 et Gott über der Welt, v. 15 (cf. supra, 42 et 256 et suiv.). Cf. encore Zinkernagel, 46-47 et Bw., VII, 151-152.
8. Cf. das Sein, v. 28, supra, 258 et cette pièce reprend déjà la métaphore de la goutte d’eau du Séammbuchblatt; cf. supra, 227.
9, Cf. dernier vers de das Sein et derniers vers de ÆZrleuchtung, supra, 258 et 259.
10. Cf. supra, 338 et n.6.—11. Cf. supra, 328 : Sfurmabend, — 12. Cf. Gœthe : Weliseele (derniers vers) et J. Collin, Grenzboten du:‘18 janvier 1894, p. 150, — 19411700"
A4 AC. T., 2073, 2097, 23925, 2331, 2632, 2633, 3203, et Bw., VII, 152; pour l'émancipation que confère le rêve, cf. supra, 237 et suiv.
Finalement, cet axiome fondamental de son éthique trouvera une formule tout à fait analogue à celle des Stoïciens, distinguant, avant toute analyse, les rà 9” uiv et les +ù ox ëo’ fuïv !. Le sonnet der Mensch ? trace en quelque sorte le parallélogramme des forces psy-
chiques :
Die Wurzelkraft * im Menschen treibt zum Eilen.
Die Gegenkraft im Menschen treibt zam Weilen #.
L'une, centripète, retient l'âme, la ramène à son idiosyncrasie irréductible *; l'autre, centrifuge, la fait rayonner à l'infini, se confondre avec l'absolu f, s'évader de toute limitation et la résultante de ces deux forces de directions opposées, c’est la ligne même de notre destinée, la vie mystérieuse, déconcertante, éternellement renou- Velées
Nous revoilà au centre du pantragisme de Hebbel et le sonnet suivant : das Element des Lebens $ ne va que développer l'aphorisme déjà cité du journal « Toute vie est combat de l'individuel et de l'univers * ». Cela, il l'avait déjà dit à Munich, non seulement dans des poésies comme zu Pferd!zu Pferd! et Lebensgeheimniss, mais expressément. A Hambourg, l'affirmation est plus énergique encore; la désolation élégiaque de pièces comme der Baum in der Wäste détonne à côté de la virile décision de Srurmabend, du vaillant et inébranlable optimisme de l’épigramme Gott schickt ein Unglück "1. Êa bonne lutte contre l’adversité a trempé le courage de Hebbel. Dès août 1839, il s’écrie : « Lorsqu'un arbre dépérit, même dans le sol le plus ingrat, c’est seulement faute d’avoir poussé ses racines assez avant, Toute la terre lui appartient? ». Le 15 décembre de la même année, il déclare que la plus grande folie que l’on puisse commettre est d'entrer dans la vie en courbant l’échine : « la résistance est la raison d’être de la vie!#: nous devons nous dresser de toute notre taille jusqu'à ce que nous heurtions du front ce qu'il y a au-dessus de nous" ». Cet agonalisme ne se dément pas. « Marche au combat et conquiers tes armes en y allant! Tel fut mon sort! » consigne-t-il dans son journal , le 20 juillet 1840. Tel est l'état d'âme qu'exprime ce beau sonnet :
1. Cf. Bw., III, 204. « Der Mensch kann über Alles verfügen, über Blut und Leben, über jeden Teil seiner Person, nur nicht über seine Person selbst; über diese verfügen hühere Mächte ».
2. P. 239; VII, 176; Hambourg, 1840. Le titre était d’abord das Leben: cf. Anmerkungen, k30; cf. supra, 251 la pièce de 1833 der Mensch (VII, 107). ’
3. Cf. Scheunert, D. 7. H., 180, n. 2. — 4. Cf. chez Gœthe le titre antithétique : Dauer im Wechsel (gesellige Lieder, 1804),
5. Cf. supra, 349 et n. 8; cf. T., 2332 (Hambourg, 20 avril 1841) : « Wenn der Mensch überhaupt dauert, so dauert er als Individuum, denn er ist geborner Mittelpunkt ». à
6. Cf. T., 1759 et Zinkernagel, 43. — 7. Cf. les-vers 12-14 et le dernier vers de die junse Multer, supra, 33% pour la variante; cf. Anmérkungen, 430.
8. P. 240, VII, 186, Hambourg, printemps, 1842. — 9, T., 2199 (Hambourg, 13 septembre 1840); cf. supra, 165, 181 et n. 5.
10. Cf. supra,1297, 320 et n. 1. — 11. Cf. supra, 328, 339, 343. — 19. T., 1628 cf. supra, 219 : der Mensch soll treten in die Welt. — 13, Cf. supra, 346 an eine edle Liebende, v. 5 et suiv. — 14, T., 1830, — 15. T., 2046.
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Du schiltst die Welt und zeigst auf deine Wunden Und sprichst von deiner Kraft und deinem Wollen, Und fühlst dich, weil die Menschen dir Nichts zollen, Als Neid und Hass, im Innersten gebunden !.
Aus meinem Mund ist in verflossnen Stunden, Ich will's gesteh’n, das Gieiche oft erschollen. ich aber hôrte lange auf, zu grollen ?, Obgleich ich Widerstand? , wie du, gefunden.
In die enisiegelte Pandora-Büchse Das Widerstrebende # zurück zu fluchen, Heisst auf des Lebens Element verzichten.
Denn, wenn er gleich als Statue erwüchse, Der Marmorblock, an dem wir uns versuchen :
Was bliebe noch dem Bildner zu versuchen?
Nous voyons ici s’opérer d’un tercet à l’autre la transformation de l’agonalisme métaphysique de Zebensgeheimnissÿ en cet enthousiasme esthétique qui est et demeurera, chez Hebbel, la meilleure réserve d'optimismef. Le sonnet suivant, Mann und WeibT, oppose”à cet idéalisme de l’homme le réalisme de la femme. Les théories que nous avons citées à propos des rapports de Hebbel avec la Jeune Allemagne $ se retrouvent identiques dans ce sonnet : la femme a le privilége de jouir pleinement et constamment de ce qui lui est dévolu :
Sie freut sich an des fernsten Sternes Schimmer ?, Allein sie schliesst sich ab in klarem Frieden.
Elle se cramponne à son existence comme à un fil qui lui serait jeté au-dessus de l’abime, redoute les flots qui grondent au-dessous d'elle, respire avec délices les brises du ciel. L'homme, au contraire, dédaigneux de cet eudémonisme de tout repos, voit dans la lutte la raison même de l'existence °. A cette antithèse que Schiller avait développée déjà !!, Hebbel ajoute une nuance qui caractérise la disposition générale de son propre esprit :
Er widersteht nicht, sich im Meer zu baden,
Und forscht, vom hellen Leben abgezogen, Ob Gott sich nicht verbirgt im Schooss der Grüfte.
Voilà bien le « Grübler » défini par lui-même; son imagination,
1. CF. supra, 331 : Requiem et Gœthe : Liebebedürfnis (Vermischte Gedichte).
2. Cf. dem Schmerz sein Recht : Alle Wunden hôren auf … £Erquichung, supra, 286 et 291; cf. Gœthe, Faust (Vertragsscene : « Hôr’ auf, mit deinem Gram zu spielen »; cf. Heine : Ich grolle nicht, und wenn das Herz auch bricht (lyrisches Intermezzo). ;
3. Cf. supra, 350 et n. 13. — 4. Cf. an eine edle Liebende (NI, 315, v. 5) et der Mensch (VIT, 176: v. 9); supra, 846 et 350.
5. Cf. supra, 320 et n. 1. — 6. Cf. an Ludwig Uhland, supra, 127 et das Leben, supra, 249. — 7. P. 241; VI, 321; Hambourg, printemps, 1842.
8. Cf. supra, 184-186; cf. Bw., 1, 171 et T., 2019. « Wer die Menschheïit auf ibre Gränzen zurückweist, der erwirbt sich ein grüsseres Verdienst, als wer sie bei ihrem Streben gegen das Unermessliche unterstützt ».
9. Cf. Gœthe, v. 5 : Zuischen zwei Wellen (vermischte Gedichte) et supra, 271, n. 2; le passage de l'aust déjà cité.
10. Das Element des Lebens et la conception gœthéenne de Phomme en général: Faust : wer immer strebend sich bemüht…., werd’ ich beruhist je mich auf ein Faulbett legen..…, Werd ich zum Augenblicke sagen.