Cf. Bw., IL, 221, et Tibal
5. Cf. Scheunert, Pantrag., 82 et suiv. : « das Verhältnis zu Elise Lensing und zu seinen Freunden und die für Hebbel bestehende normative Bedeutung seiner Ansichten für andere »; cf. encore Winterfeld, 307-308 et notre biblio-
graphie systématique.
cynisme, nous devinons, derrière sa brusquerie et sa rigueur, la” tension de sa volonté et les frémissements de sa sensibilité à un tournant impérieux de son destin. Est-il certain qu’il n'y a pas eu sous tous les soubresauts de son argumentation passionnée plus de scrupules, de délicatesse et de pitié tendre que n'en aurait révélé une attidude correcte et calme? Nous n'étayerons pas sur des analyses purement formelles autre chose que des indications de tempérament.
Nous venons de montrer, en examinant, si l’on peut ainsi dire, le revers de la médaille, le caractère fatal des circonstances qui, l'ont imprimé. Il nous semble nécessaire également, si nous en prenons maintenant la face, d'insister au contraire sur la part d’autonomie du héros. Hebbel lui-même parle de « miracle », ses critiques concluent au « hasard providentiel! ». Mais ne convient-il pas de tenir compte des antécédents parfaitement organiques et conséquents qui ont, dans une certaine mesure, préparé les rencontres fortuites, à savoir l’opiniâtreté optimiste qui a persisté sous tous les accès de découragement et permis à Hebbel de tenir bon, de marcher dans la nuit noire si longtemps qu'à la fin, et en quelque sorte de guerre lasse, une bonne étoile s'est montrée? la chasse trépidante qui devait, après toutes les battues infructueuses, l’amener nécessairement à un carrefour plus favorable? les progrès de sa passion du beau qui le garda, l’empêcha de succomber, de se donner trop, de s'engager pour toujours, de se perdre et qui l’entraïna souvent vers des mirages et finalement vers le port? Ne faut-il pas enfin considérer son œuvre comme sa propriété et le prolongement de lui-même? Zerboni eût-il abordé le pauvre hère, sans l’admiration que lui avait inspiré le grand poète? Et n’est-ce pas sa Muse encore qui le conduisit d’Elise, la compagne d’adversité, à Christine, sa bonne fée? Le 18 décembre 1845, Hebbel écrit : « La Enghaus ne songe plus qu'à Judith depuis qu’elle est ici; elle me dit que ce serait pour elle la plus grande douleur, si je renonçais
à l’idée de la jouer? ». On aurait donc mauvaise grâce à condamner
Hebbel à une sorte de malchance à perpétuité, et comme rien n’est plus ordinaire que la persistance de la mauvaise fortune, il faut se défendre de cet étonnement de parti pris, qui nous porte à trouver suspect le moment où elle cesse et à ne jamais attribuer qu’au sonverain caprice du hasard tout revirement heureux.
Il semble que tous les génies bienveillants de Hebbel se soient alors au même instant concertés. Les frères Zerboni opèrent la métamorphose du poète. Ils le contraignent à dépouiller ses vêtements misérables pour revêtir un impeccable habit et l’installent somptueusement à « l’Archiduc Charles’ ». Aussitôt Hebbel relève la tête. Il écrit à Deinhardtsiein une lettre presque hautaine, dans sa hâte, on dirait, à réparer ce que ses premières démarches avaient
1. Cf, supra, 412-413; Tibal, 705 et cette déclaration de Hebbel : « der Genius meines Lebens war der Zufall » (Vienne, 24 mai 1862; N. Hebbeldok., 156). — 2. Bw., III, 299.